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l'espèce de blog - Page 4

  • Le dîner de Bénabar (taillé en pièces)

    Je veux pas y aller à ce dîner,  J'ai pas le moral, je suis fatigué, Ils nous en voudront pas,

    Allez on n'y va pas. En plus faut que je fasse un régime : ma chemise me boudine,

    J'ai l'air d'une chipolata, Je peux pas sortir comme ça. Ça n'a rien à voir,

    Je les aime bien tes amis mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.

    On s'en fout, on n'y va pas, On n'a qu'à se cacher sous les draps,

    On commandera des pizzas, toi la télé et moi, On appelle, on s'excuse,

    On improvise, on trouve quelque chose, On n'a qu'à dire à tes amis

    Qu'on les aime pas et puis tant pis.

    Je suis pas d'humeur, tout me déprime et il se trouve que par hasard,

    Y a un super bon film à la télé ce soir : un chef-d’œuvre du 7ème art

    Que je voudrais revoir, un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez.

    C'est une satire sociale dont le personnage central

    Est joué par de Funès, en plus y a des extraterrestres !

    J'ai des frissons je me sens faible, Je crois que je suis souffrant,

    Ce serait pas raisonnable de sortir maintenant.

    Je préfère pas prendre de risque, c'est peut-être contagieux,

    Il vaut mieux que je reste.  Ça m'ennuie mais c'est mieux.

    Tu me traites d'égoïste ? Comment oses-tu dire ça !

    Moi qui suis malheureux et triste et j'ai même pas de home-cinéma !

    On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps,

     

    Je ne sais pas de quand date cette chanson et je n’ai pas envie de faire des recherches sur Bénabar. Je crois qu'elle est sortie dans les années 2000 et tout de suite, je l’ai détestée et tout de suite aussi, je me suis dit que je détesterais à vie un chanteur qui ose sortir une daube pareille.

    J’ai enlevé la version en vers, car ce texte insipide ne mérite pas qu’on dise que c’est une chanson.

    Evidemment, comme Bénabar ne sait pas faire de métaphores, on comprend le texte tout de suite. Car Bénabar écrit comme il parle et il pense qu’il fait des chansons. Il veut se la jouer rebelle mais il passe dans les foyers français comme le gendre idéal et comme disait mon père l’autre soir sans conviction, Bénabar est un homme qui sait humer l’air du temps. Je me marre.

    Il y a des évidences qu’il ne méritent même pas qu’on les explique. Mais on m’en voudrait de ne pas le faire. Alors, allons-y gaiement, dans la joie et le foutoir.

    Donc, le type ne veut pas aller dîner chez des amis. Pourquoi pas, ça m’arrive aussi. Il cherche des excuses (veut faire un régime comme si un seul dîner allait changer quoi que ce soit). Ensuite il dit “ Je les aime bien tes amis mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.”

    La vache ! Que c’est beau. J’ai l’impression d’entendre un gosse qui n’a pas envie de manger sa soupe. Et puis le type n’a pas honte du paradoxe. Il aime bien les amis mais il veut pas les voir parce qu’il a envie de rester tranquillement au plumard pour regarder un épisode des gendarmes de Saint-Tropez. Il se croit malin au point d’en faire tout un discours :

    Y a un super bon film à la télé ce soir : un chef-d’œuvre du 7ème art

    Que je voudrais revoir, un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez.

    C'est une satire sociale dont le personnage central

    Est joué par de Funès, en plus y a des extraterrestres !

    Y’avait-t-il besoin d’un quatrain (je suis gentil d'écrire que c'est un quatrain...mais j'ai un bon fond) pour parler d’un film dont trois mots auraient suffi ? Et par ailleurs, admettons que le mec a de bonnes raisons de ne pas aller chez les amis, il n’a pas autre chose à regarder que les Gendarmes ? ..sérieux quoi. What the Fuck dirait ma fille -) Moi, j’en profiterais pour me mater un bon film, pour lire, faire l’amour mais pas pour regarder un nanar.

    Ensuite, pourquoi veut-il qu’ils se cachent sous les draps ? Il croit que les amis en question vont venir voir pourquoi ils ne sont pas venus et s’il y a de la lumière dans la maison ? N’importe quoi.

    Et puis, pourquoi, il passe son temps à chercher des excuses alors qu’un moment il dit qu’il n’y a qu’à dire aux amis qu’il les aime pas ?  A partir du moment où tu téléphones à tes amis pour leur dire que tu ne les aimes pas, qu’est-il besoin de chercher des excuses ? (régime, maladie, risque de contagion...) Vous imaginez le propos :

    • salut Théodore, je voulais te dire qu’on viendra pas ce soir parce que je dois faire un régime, en plus je suis malade et c’est contagieux et puis par ailleurs je t’aime pas.

    Ça n’a ni queue ni tête. S’il leur annonce qu’il les aime pas, inutile de palabrer.

    Gros cliché par ailleurs : ils vont commander des pizzas. En soi, pourquoi pas, comme Bénabar est un chanteur générationnel, la commande de pizzas va parler à beaucoup de trentenaires ! “ouah, il est cool ce Bénabar, je ferais comme lui”. Personnellement, j’ai déjà commandé des pizzas mais je ne les ai jamais mangées dans mon lit et encore moins sous la couette. Ah oui...mais il faut qu’ils se cachent, j’avais oublié.

    Il n’y a pas une once de poésie dans ce texte prosaïque (pas le mien, celui de Bénabar, le mien est une critique à charge et je n’ai pas la prétention d’en faire une chanson). Dans la suite de sa carrière, le chanteur est resté dans la même veine, il a écrit des textes tout aussi insipides (comme l’effet papillon..) et y’a des gens de ma génération qui aiment ça ?

    Loïc LT (en mode défouloir)

  • CR309 : là où les tigres sont chez eux - Jean-Marie Blas de Roblès

    compte rendu de lecture, littérature, littérature française, 2008, prix médicis, lecture, culture, zulmaCommencé début décembre, j’ai terminé ce roman-fleuve ce 31 décembre quelques minutes avant minuit. Ce fut une course contre la montre. Drôle de réveillon ! Il était hors de question que je continue à porter ce fardeau en 2017. Repartons sur de bonnes bases et pour ma part, ce sera l’insouciance de Karine Tuil.

    Globalement, là où les tigres sont chez eux m’a ennuyé. L’auteur aurait mieux fait de laisser les félins tranquilles et utiliser son talent pour un autre sujet. Et oui, j’attaque 2017 avec la férocité d'un tigre ! On ne change pas une équipe qui perd -)

    Difficile de résumer ce pavé...alors faisons court. Il se compose de 4 histoires plus ou moins indépendantes dont la plus importante est celle de la vie trépidante du Père Athanase Kircher, un jésuite vivant au XVIIe et dont les aventures nous sont racontées par son disciple Caspar Schott. Kircher était un curieux. Fidèle à ses convictions religieuses, il n’aura toute sa vie de cesse de résoudre des énigmes scientifiques, d’inventer des machines défiant l’entendement et surtout de tenter de trouver l’énigme des hiéroglyphes. Il écrit beaucoup pour faire part de ses découvertes….mais l’histoire nous montrera qu’il s’est trompé sur quasiment toute la ligne. Paradoxalement, même si on peut trouver le personnage ridicule, sa quête de la vérité scientifique ( à qui il cherche toujours forcément une origine chrétienne) force l’admiration.

    Retour au XXe : Eléazar von Wogau est correspondant de presse pour Ouest-France Pontivy au Brésil et est chargé par je ne sais plus qui d’écrire la biographie de Kircher, ce à quoi il s’attaque sans réelle conviction. Parallèlement, on suit les aventures de son ex-femme, Elaine, partie en exploration aux confins de l’Amazone et de Moëma, fille des deux précédents. Homosexuelle et toxicomane, elle est capable de tout et n’importe quoi, part en excursion dans des contrées libertines où il lui arrive des malheurs...et c’est là qu’intervient un certain Nelson, un pauvre paralytique ( et qui est la figure principale du quatrième volet du roman) qui sauve la vie de Moëma qui s’était encore foutue dans de sales draps.

    Voilà à peu près le résumé. Compliqué mais difficile de faire plus simple. Il doit y avoir un fil rouge dans ce roman mais je ne l’ai pas trouvé ; je ne lui ai trouvé que du fil à retordre. On pourrait peut-être saluer le tour de force de l’auteur de nous narrer dans un même roman la vie d’un jésuite du XVIIe et celle d’une toxicomane vivant au Brésil au XXe. On pourrait peut-être mais pour ça il faudrait trouver ce fameux fil rouge...alors pourquoi ne pas subodorer que l’écrivain a voulu nous raconter la vie de gens aux moeurs contraires mais ayant pour point commun de se fourvoyer….dans l’erreur pour l’un et dans la débauche pour l’autre. Je passe sur les mésaventures d’Elaine en Amazonie qui aussi folles soient-elles n’apportent pas d’eau au moulin, à part peut-être celle de divertir le lecteur lassé des expériences abracadabrantes du Père Kircher ( qui meurt à la fin).

    Conclusion : pas véritablement emballant, ce roman possède au moins le mérite de nous faire voyager dans le temps et dans l’espace. l’Amazone tient une bonne place dans ce récit...mais pas autant que l’ennui.

    Sorti en 2008 et lauréat du prix Médicis, je l’avais acheté la même année. Il m’aura fallu 9 ans pour m'y atteler, pour au final le lire sur kindle ( qui ne fait que 150 grammes alors que le bouquin - que je vais déposer dans la cabine téléphonique de Grand-Champ transformée en boîte à livre,  pèse 3 kilos -). 

    lecture : décembre 2016 (liseuse kinkle). édition papier : 765 pages, éditeur : Zulma. anecdote : tous les ‘et’ sont écrits en mode &. prix Medicis 2008. ma note : 3/5

    Loïc LT

  • l'espèce de blog en 2016 : bilan.

    Ce blog existe depuis 2007. C'est une fierté, il n'y en a pas beaucoup qui durent aussi longtemps. Je me rappelle l'avoir créé alors que deux minutes avant, je n'en avais pas l'intention. J'ai cliqué sur un lien, je suis tombé sur la page d'accueil de BlogSpirit, plateforme que je connaissais pas du tout et je me suis inscris pour m'amuser et je me suis dit sur le coup que ce serait amusant d'y mettre l'espèce de poème que je venais d'écrire. 

    Ensuite, j'avoue avoir effacé beaucoup de notes, parce que 2007, étant une année électorale, j'y ai mis mon grain de sel (je défendais Sarkozy et je l'assume....aujourd'hui, je ne le ferai plus et j'assume aussi ce retournement de veste) et même plus. Pendant deux mois, il est devenu un lieu de discussions très fréquenté. Malgré ce qui s'est passé en 2016, je n'ai jamais atteint les audiences de début 2007 (et aussi parce que les blogs se sont ringardisés). Après les élections, cela s'est calmé, je me suis lassé de la politique et j'ai décidé de réorienter le ligne éditoriale du blog. Ce ne furent plus que comptes rendus de lectures et fantaisies diverses. Dans un souci de cohérence, j'ai effacé toutes les notes concernant les élections de 2007.

    Malgré un faible nombre de visites, j'ai continué à écrire parce que j'ai besoin d'écrire (et on le fait d'autant mieux quand on sait qu'on peut potentiellement être lu) et parce qu'il me restait un noyau de fidèles. Aujourd'hui, quand je relis ce que j'ai écrit entre 2008 et 2013, je constate que j'ai progressé dans le style, la forme etc. Tout donc n'aura pas servi à rien. Et puis si je ne me souviens plus d'un bouquin que j'ai lu en 2010, je sais que je vais trouver son compte rendu ici. Hélas, à l'époque, en plus d'être souvent médiocres, j'agrémentais mes comptes rendus de détails inutiles (sur le poids du livre ou l'odeur du papier), histoire de faire mon intéressant. 

    Au passage, je note que très peu de blogs littéraires sont tenus par des hommes....bizarre quand on sait que les hommes lisent plus que les femmes. Par ailleurs, je n'ai jamais joué le jeu de la communauté des blogueurs...comme je ne laisse quasiment aucun commentaire ailleurs et que je n'ai mis sur mon blog aucun lien vers d'autres blogs, je récolte très peu de commentaires. Mais que m'importe les commentaires. J'apprécie avoir un petit commentaire sympathique (ou pas) de temps en temps mais je n'en fais pas une fixation. D'ailleurs, regardez Eric Chevillard dont j'admire le blog, et bien, les commentaires y sont fermés. 

    Il y a le nombre de commentaires et il y a l'audience. Il est de bon ton dans la blogosphère de dire qu'on se fiche de l'audience alors que je suis persuadé que la plupart est rivé sur les stats. Au début, c'était compliqué avec BlogSpirit car la plateforme tenait elle-même les stats mais  ses blogueurs  se sont rendus compte très vite que ces stats étaient fausses et surtout gonflées...sans doute pour encourager les gens à continuer à bloguer (car il faut savoir aussi qu'entre temps, c'est devenu payant : 17€/trimestre...correct et plus de pubs et possibilité de mieux personnaliser son blog). 

    En terme d'audience, il faut résonner en 'visiteurs uniques'. Sinon, un fan de ton blog qui vient 60 fois le visiter par jour serait compté 60 fois. Avec le système des visiteurs uniques, il n'est compté qu'une fois. Maintenant que BlogSpirit a arrêté son module stat, j'ai installé Xiti. Compliqué mais indépendant, les stats sont honnêtes. Alors si vous me demandez mes stats, je vais vous répondre que c'est compliqué. Genre, à la rentrée scolaire, parce que des étudiants travaillaient sur le bouquin lambeaux de Charles Juliet, le blog a connu une pointe à 300 visites uniques par jour (plus de 1 000 visites par jour au total) pendant 2 jours. Il y a comme ça des pics liés à des noms propres que j'ai écrit sur mon blog. Genre aussi un photographe spécialisé dans le terrain vague qui a tout à coup fait exploser les stats. Je m'en fous des stats ! Mais je vous en parle car quand il est question de mon blog, c'est la question qui revient toujours. 

    Evidemment l'article dans Ouest-France en début d'année et le passage sur France 3 Bretagne ont fait leur effet aussi. D'ailleurs, depuis que le blog est passé sous les feux de rampe, il ne passe plus jamais sous un étiage autour de 60 visites uniques (en été ou pendant les fêtes).

    Sur le fond, il y a eu ce 'fameux' inventaire des cabines commencé il y a 2 ans et qui au début ne convainquait pas grand monde autour de moi...sauf ma femme qui ne cessait de me dire que cela allait finir par attirer l'attention d'un journaliste. Elle avait raison. 

    Donc ce papier dans Ouest-France m'a encouragé à continuer mais le temps jouait contre moi. En même temps que j'accentuais mes déplacements dans des communes lointaines, les cabines téléphoniques disparaissaient, comme si un mauvais génie voulait m'empêcher de poursuivre mon dessein !

    Aujourd'hui, je ne pars pratiquement plus en recherches de cabines, même si je sais qu'il en reste. Mais c'est décourageant de faire 100 km, de visiter 20 bourgs et de rentrer à la maison avec 2 cabines dans la pellicule. Heureusement pour vous chers lecteurs, j'ai fait quasiment 200 bourgs et je suis loin de les avoir tous évoqués sur le blog. Le souci est que pour certains, ça commence à dater. Mais je sais broder et raconter n'importe quoi (j'ai d'ailleurs eu des appels ou mails de mairies me faisant part d'erreurs.....erreurs qui n'en n'étaient pas puisque je les faisais volontairement). 

    J'écris très vite. Excusez les fautes, je corrigerai plus tard. Maintenant, voici 2017. Il faut savoir une chose, c'est que le blog est passé de mode. Quand j'en parle à mes filles ou à des jeunes de 20 ans, ça leur fait le même effet que si je leur parlais du Minitel. Exemple, pendant un moment, j'écrivais une note sur mon blog et je mettais un lien sur Facebook et j'avais bien plus de commentaires sur fb que sur le blog. Les réseaux sociaux, parce qu'ils offrent plus de visibilité et parce que l'info ou l'article te tombent dessus sans que tu n'aies rien demandé sont plus efficaces. D'ailleurs, le si peu de blogueurs qui restaient ont, soit réduit la voilure, soit supprimé leur blog. Mais l'efficacité est une chose, le travail d'écriture, une autre. 

    Là, je suis à la croisée des chemins. J'aime bien quand même ce coin que je personnalise à souhait. Un blog, c'est comme une boutique, tu y entres si tu en as envie. Un réseau social, c'est une rue, tout le monde est obligé d'y passer et de regarder les vitrines. 

    Et puis, il y a Babelio, une communauté de lecteurs sur laquelle on peut classer ses bouquins, écrire ses critiques et plein d'autres choses....et là, idem, visibilité assurée. Les temps changent ! Il faut suivre. 

    Pour l'instant, le blog reste...en l'espèce ! Si BlogSpirit ne nous abandonne pas en rase campagne (car on ne doit plus être très nombreux..)

    Bonnes fêtes de fin d'année à toutes et à tous et à l'année prochaine !

    Loïc LT

  • Vie en entreprise : le métier de procédurier

     

    Depuis 15 ans au sein de la MESTAC, société lorientaise spécialisée dans la fabrication de passoires à un trou, Théodore occupe le poste de procédurier, un métier de l’ombre où la paperasse résiste encore à l’informatique.

    Théodore court de services en services tenant dans ses mains des piles de dossiers et des cachets encreurs avec des inscriptions de tous types. Pour compléter le tout, fixé à sa poche droite, son téléphone le suit partout et ne cesse de sonner. Quand ses collègues le voient débouler dans un service, ils savent qu’il ne vient pas pour raconter une histoire de Toto. A l’accueil froid qu'on lui réserve, Théodore répond par un sourire un brin vicieux. Cela fait longtemps que l’exaspération ne l’atteint plus. Blindé comme un fourgon de transport de fonds, il sait qu’il n’est jamais le bienvenu mais l’importance de sa fonction le rassure. “ A l’école de formation des procéduriers, nous avons été formés sur la façon dont il fallait répondre à la nervosité et l’agacement que suscite notre métier. Il s’agit en fait de se rappeler chaque seconde que nous sommes indispensables” souligne Théodore.

    Mais au fait, pourquoi les entreprises ont-elles besoin de procéduriers ? En général, un, voire deux procéduriers suffisent dans une PME de 200 salariés. D’ailleurs, depuis peu, Théodore est secondé par un second procédurier, Théodule, qui le soulage un peu. Le but du procédurier est de mettre tout en oeuvre pour ralentir le processus de production et en fin de compte de ralentir la progression du chiffre d’affaires de l’entreprise en créant des contraintes administratives ingénieuses mais surtout inutiles. ‘Le plaisir justement est que la tracasserie administrative que nous mettons en place force l’admiration, c’est rare mais il arrive que des salariés saluent notre inventivité et c’est toujours pour moi, un grand moment d’émotion’, fait part Théodore. Une émotion rentrée, cela dit car, ajoute le procédurier, fan de pêche et de football, “nous devons rester impassible et cacher au mieux les satisfactions ou les frustrations que nous retirons de cette fonction”.

    On devine la question que se pose le lecteur. Quel intérêt,  pour une entreprise pour qui seul le profit compte, que d’embaucher des gens qui mettent des freins partout où c’est possible ? Le procédurier remplit cette fonction à merveille. “C’est vrai que ça peut dérouter, susurre le directeur général, mais les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles en ont l’air. L’effectif d’une entreprise doit être harmonieux et donc, il nous faut opérer un subtil dosage. On pourrait comparer une entreprise à une Ferrari disposant du système de freinage d’une twingo. Il nous faut des freins solides afin d’éviter la surchauffe.”

    Et Théodore n’a pas d’équivalent dès lors qu’il s’agit de pondre une note de service qui n’a d’autre objectif que de faire perdre leurs temps à ceux qui la lisent. Le procédurier a la passion de son métier mais jusqu’à une certaine limite. Mais dès qu’il a quitté les murs de l’entreprise, il ne pense plus à sa fonction. Amoureux de la nature et du silence des rivières, Théodore aime sa Bretagne natale et il connaît des rivages et des coins de verdure où les touristes ne mettent jamais les pieds.

    Car les procéduriers, bien qu’ils aiment mettre des grains de sable dans des services où tout fonctionne sont avant tout des êtres humains. Le sort qui leur est réservé est souvent injuste mais il est des métiers dont la réputation a la dent dure.

    Loïc LT  

  • A présent (Vincent Delerm, la chanson, pas l'album)

    Nous sommes Marcia Baila
    Les cracheurs de feu de l'enfance
    Le trajet qui n'en finit pas
    Et la banquette arrière immense
    Nous sommes riverside park
    Les pelouses dans les centres-villes
    Les beaux jours qui débarquent
    Nous sommes les amours imbéciles

    Nous sommes le soleil blanc
    Juste en sortant du cimetière
    Le boulevard après l'enterrement
    Les visages pales dans la lumière
    Nous sommes la fin d'été
    La chaleur les soirs de retour
    Les appartements retrouvés
    La vie qui continue sous cour

    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.

    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    J'écoute beaucoup plus le dernier album de Julien Doré qui frôle la perfection, parce qu'il m'intrigue, qu'il cache bien des mystères et qu'en plus les mélodies sont bien enlevées et les arrangements parfaits mais il ne faut pas être exclusif. Et j'écoute aussi (entre autres) beaucoup le dernier opus de Vincent Delerm. Mais je ne l'écoute pas dans la même optique. Il y a une grosse différence entre une chanson de Doré et une chanson de Delerm. Doré exalte la beauté, la nature, la féminité, il y a un côté glamour mais un glamour qui frôle l'hermétisme. Le fait d'avoir fait jouer Pamela Anderson dans son clip "le lac" est purement anecdotique et la raison n'est pas celle que l'on pense. Le chanteur s'est expliqué là-dessus (et ce serait bien qu'il nous explique aussi ce qu'il veut nous dire dans certaines de ses chansons...). 
    Lorsque j'écoute Delerm, je ne cherche pas la même chose que lorsque j'écoute Doré. Delerm est un chanteur générationnel, il s'adresse aux quadragénaires, il nous parle des années 80, il nous dit la difficulté de vivre en couple, il évoque nos failles, nos fardeaux mais paradoxalement, dans ce flot de sombre nostalgie, il distille avec intelligence un positivisme et nous invite à vivre pleinement le présent. C'est le titre de l'album ! Et il se trouve que ces petites touches positives sont si fortes qu'on oublie les chansons plus tristes. Moi, après avoir écouté cet album, je me sens mieux. Et cette chanson en particulier. A présent. Tous les gens nés dans les années 70 se retrouvent un peu dans ce titre (Le trajet qui n'en finit pas et la banquette arrière immense....à qui ça ne parle pas ?). Je me revois dans la R6 orange ou la BX  quand on partait chez des amis de nos parents qui habitaient très loin et qu'on n'avait pas envie parce qu'on savait qu'on allait s'emmerder. Je me rappelle aussi d’enterrements divers, la procession jusqu'au cimetière et oui, les visages étaient pales dans la lumière. Etc etc.

    Vincent Delerm était en cours d'écriture quand il a appris l'attentat du Bataclan, le Bataclan qui est devenu un peu son antre, et l'album suinte de cette déchirure et plutôt que de l'évoquer platement, le chanteur a préféré prendre le contre-pied et nous inviter à vivre le présent intensément. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Alors, ce soir, 11 décembre 2016, nous sommes la vie en cet instant et il faut se dire que c'est une chance d'être entouré des gens qu'on aime. C'est l'hiver, les volets sont fermés, le sapin de noël est allumé. Mais...
     
    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.
     
    Mes filles ont grandi, elles ont chacune leur personnalité, leur caractère et je crois que cette jolie strophe s'adresse surtout aux parents qui ont des enfants plus jeunes car je ne vois dans la vie de mes filles que la joie de vivre, de l'insouciance et j'ai du mal à discerner ce qui peut les alarmer et qui m'alarmait aussi. Peut-être parce qu'un garçon et une fille ne s'alarment pas pour les mêmes choses. Je devine quand même les premières amours imbéciles et tout ce qui se passe dans leurs petites têtes de jeunes adolescentes.
    Par ailleurs, la mélodie de à présent est en phase avec le propos, c'est une mélodie gaie qu'agrémentent  des chœurs féminins (un classique chez Delerm)
    Alors, c'est entendu ?  Malgré tous nos problèmes, tous les drames, toutes nos tracasseries, aimons-nous vivant...ah non, zut, je me trompe de chanson -), mais n'empêche qu'il n'avait pas tort. Je ne sais pas ce que François Valéry disait dans la chanson mais tout était dans le titre, un titre très fort. Et finalement, c'est le message que Vincent Delerm veut faire passer aussi : 
     
    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    Loïc LT

  • CR : Martine, la dispute - Jean-Louis Marlier/Marcel Marlier


    9782203106925.jpgIl ne s’agit pas du dernier Martine mais je ne l’avais pas dans ma collection (oui, j’ai toute la collection et des volumes très rares achetés pour certains très chers...une collection qu’à moi, d’ailleurs mes filles ne se sont jamais intéressées à Martine). Ce numéro 57 de la série (qui en compte désormais 60, il m’en manque donc 3 ) est paru en juin 2016. Mais ça devient un peu compliqué chez Casterman car le même livre est sorti sous un autre nom en septembre 2007 sous le titre J’adore mon frère !... En fait, l’éditeur est malin. Pour une même histoire, il crée plusieurs volumes sous des noms différents pensant berner les martinophiles.

    Donc, l’histoire. Comme tout le monde le sait, Martine (qui n’a pas beaucoup grandi en 50 ans mais qui a quand même un amoureux, ça bouge...mais il faut arrêter avec cette critique comme quoi elle n'a pas grandi et se dire que les auteurs ont décidé de figer le temps)  a un petit frère qui s’appelle Jean et un autre frère qui se prénomme Paul et dont j'ignorais l'existence). Les parents sont parfaits, la maison est cossue et il neige en hiver. Les relations entre Martine et Jean sont semblables à toutes les relations garçon-fille au sein des fratries. Il y a des moments de complicité et des moments de chamaillerie.

     

    DSC09645.JPGEt ici, donc, comme le titre l’atteste, Martine et Jean se déchirent parce qu’alors qu’elle avait presque fini son château de cartes, Jean balance une peluche sur l’édifice qui du coup s’effondre. Martine est très en colère d’autant qu’elle est punie autant que son frère. Peu après, elle cherche à se rassurer en s’installant devant son pc pour discuter avec Antoine, son amoureux, mais Jean qui n’a pas compris la leçon vient encore embêter Martine en essayant de lire dans son dos. Martine s’énerve, bouscule Jean et sa tête heurte une petite table. Jean saigne au front. Il faut l’emmener aux urgences. Martine s’en veut terriblement. Elle a peur pour Jean. Elle est triste comme jamais elle ne l’a été. Patapouf  et une amie tentent bien de la rassurer mais elle inconsolable.

    Heureusement, Jean rentre des urgences le sourire aux lèvres. On lui a fait quelques points de suture mais rien de méchant ! Martine décide de lui écrire une longue lettre pour lui demander pardon, une longue lettre qu’elle enferme dans un bel emballage.

    Tout est bien qui finit bien. Martine adore effectivement son frère !

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    mon avis : c’est un Martine classique. On ne change pas une équipe qui gagne. Beaucoup de frères et soeurs se retrouveront dans cette histoire et les plus jeunes ne seront pas dépaysés car si Martine utilise toujours un vieux téléphone, elle utilise un pc portable et se connecte à internet ! Révolution pour les fans de Martine ! Les dessins de Marcel Marlier sont toujours aussi magnifiques et j'affirme que c'est un grand artiste qui nous donne à voir une sorte de monde idéal en harmonie avec le quotidien banal en même temps qu’enchanteur de Martine que Jean-Louis Marlier (auteur qui a succédé à Gilbert Delahaye, décédé, le nom de ce dernier apparaissant quand même sur la couverture) décrit très bien.

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    Il y a quelque chose dans la série des Martine qui échappe au temps. La famille de la fille qui ne grandit pas semble vivre dans un monde où les problèmes et le monde extérieur n’existent pas ou alors que par leurs bons côtés. C’est un peu le défaut de la série...mais c’est ce qui fait son succès. On se sent bien, on se rassure lorsqu’on lit Martine. Lire Martine, c’est un peu passer une veillée de noël, on met tous ses soucis de côté, tous les problèmes du monde et on se laisse prendre à cette vie rêvée.

    On t’aime Martine...et continue à nous faire rêver.

    Loïc LT. 

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  • recensement des cabines # 80 - Bignan (Morbihan)

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              Benoit Debigne, correspondant local

  • recensement des cabines # 79 - Quelneuc (Morbihan)

    Nos départements sont ainsi faits que leurs frontières paraissent parfois incongrues. On peut comprendre qu'un cours d'eau puisse faire séparation mais parfois rien n'explique pourquoi telle une presqu’île osant défier l'océan (mais la nature n'est pas douée de raison), un morceau de département empiète sur un autre. Il est vrai que nous ne sommes pas en Afrique et qu'on n'a pas utilisé de règle pour faire les délimitations. Il y a sans doute des raisons historiques ou administratives mais je n'ai pas envie de chercher le pourquoi du comment.

    Il en est ainsi de Quelneuc, commune la plus orientale du Morbihan. D'ailleurs, le site internet de la commune le stipule très bien :

    presqu'île de Bretagne intérieure à l'Orient du Morbihan, s'avance en Ille et Vilaine, comme une main tendue vers les lueurs de l'aurore.

    Sur la carte, Quelneuc est représenté par le point rouge. On sent que telle une feuille morte emportée par les vents d'ouest, Quelneuc a des envies d'ailleurs (j'essaie d'être aussi poétique que celui ou celle qui a écrit sur le site -). Hélas, Quelneuc, dans le Morbihan tu es, dans le Morbihan tu resteras, parce qu'il rare qu'une commune change de département selon son bon vouloir, d'autant plus lorsqu'on est une commune sous administration française. 

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    20 novembre 2016. Après une nuit venteuse, la météo s'était calmée dans la matinée et j'avais à faire dans les environs de Quelneuc. J'avais repéré la veille cette incongruité à tel point que roulant sur la route nationale 24 jonchée de branches et d'amoncellements de feuilles mortes, j'étais quasiment aussi motivé par mon affaire que par la visite de Quelneuc dont j'espérais évidemment la présence d'une cabine (avec bon espoir car d'expérience, plus une commune est paumée et peu peuplée, plus elle a de chances d'en disposer encore une....à force de recenser, je suis presque en mesure d'écrire une thèse sur "la probabilité de la présence d'une cabine téléphonique dans telle commune"). 

    Je suis arrivé sur zone à 16:54. Le ciel était gris. J'ai été accueilli à Quelneuc par un panneau standard m'indiquant que je roulais sur la D138. Je glose, je glose car je ne vais pas avoir grand chose à dire de ce bourg. 

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    Il ne m'a fallu que quelques secondes pour tomber sur la cabine qui se situe juste à côté de la mairie. Il s'agit d'une cabine à pièces fermement scellée sur une dalle de béton telle une statue à laquelle on tient comme à la prunelle de ses yeux. 

     

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    Son numéro d'appel est le 02 99 08 93 35. Je signale au passage que l'indicatif 99 est utilisé en Île-et-Vilaine (97 pour le  Morbihan), preuve s'il en est que Quelneuc ne sait pas sur quel pied danser. A ce propos, il m'amuse de penser que la frontière coupe un champ en deux. Il y a souvent des légendes de la sorte dans les zones frontalières. J'ai décroché le combiné, pas de tonalité. J'ai quand même essayé d'appeler et la sonnerie a retenti, par contre la communication était impossible. La sonnerie continuait à retentir alors que j'avais coupé la communication sur mon smartphone sans fil. J'ai attendu que ça s'arrête de peur d'effrayer quelque badaud mais la sonnerie continuait à retentir. J'ai donné un coup de pied dans le bordel et la sonnerie s'est tue. Mon petit doigt me dit que c'est la dernière fois qu'elle a sonné. 

    Chers habitants de Quelneuc, avides d'histoires locales et d'anecdotes inutiles, apprenez que votre cabine a sonné pour la dernière fois le 20 novembre 2016. Les méchants démanteleurs , même s'ils ont du retard sur leur prévisionnel finiront bien par la trouver, qu'ils soient des méchants morbihannais ou des vilains bretilliens. Bretillien est le gentilé (tout récent) des habitants d’Île-et-Vilaine et avouez qu'il est étrange qu'on n'est pas mis d'accent sur le premier E de Bretillien. 

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    Voici ci-dessus une vue globale du centre de Quelneuc. Au premier plan, on distingue la Charmette, un restaurant qui fait guinguette, qui n'a l'air de rien comme ça et pourtant, selon son site, il s'agirait d'un haut lieu de la culture bretonne :

    charmettes.jpg

    Je ne sais pas si c'est très visible mais il est clairement indiqué qu'en 15 ans, cette adresse bien connue des bretons (j'ai fait une enquête aujourd'hui au boulot et cette assertion n'est pas confirmée) attire un public éclectique. Je suis naïf et disposé à le croire mais le site n'a pas annoncé de spectacle depuis la Saint-Valentin du 14 février 2015 (et pourtant, comme à Clerval, à Quelneuc sur le pavé, il y a des filles à marier...mais personne ne les demande -)

    J'ai pris une photo de l'église de Quelneuc mais elle est d'un style gothique tellement quelconque que je ne vais pas prendre la peine de la poster ici. Je serais quand même curieux de savoir combien de messes y sont célébrées chaque année et puis aussi la dernière fois qu'un homme et une femme s'y sont mariés (oui, parce que dans les églises, on ne pratique pas encore le mariage homosexuel...sauf peut-être à Quelneuc). 

    Je n'ai même pas pris dix photos du bourg dans lequel je suis resté  quelques minutes alors tout ce que je pourrais dire de plus serait des infos trouvées sur le net, genre : Roger Gicquel y a vécu (et depuis Quelneuc a peur !) et une course de vélocipèdes réputée y a lieu tous les ans. 

    Quelneuc, qui ne compte que 550 habitants dispose quand même d'une école (catholique va sans dire). 48 élèves y sont scolarisés. Quand un bourg possède encore une école, c'est qu'il n'est pas complètement mort, d'ailleurs, je n'ai jamais dit ça. Dans cette note, notez que je ne me suis pas moqué de Quelneuc, tout simplement parce que j'ai de la sympathie pour les bourgs paumés ne voyant pas la moitié de leur misère. Allez, humour !

    Quelneucoises, quelneucois, profitez de vivre à l'abri de ce monde fou, profitez de votre anonymat. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Le parvis de l'église est assez grand pour y organiser des farandoles et les prés suffisamment reculés pour y organiser des raves parties. L'avenir vous appartient.

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    Oui, profitez, rassemblez-vous, aimez-vous, faîtes des enfants, faîtes vivre vos petits commerces et même si j'ai donné un coup de pied dans la cabine, et que vous voulez quand même savoir s'il y a de la vie en dehors de votre commune et bien, utilisez d'autres moyens mais évitez autant que faire se peut d'aller voir ailleurs. Je vous le dis sincèrement et du fond du cœur et comme l'écrivait maladroitement Proust :

    On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit.

    Avant de partir, j'ai pris ces cornouillers, le seul arbuste qui est plus beau en hiver qu'en été. 

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    visite le dimanche 20 novembre 2016. Arrivé à 16:54, départ à 17:09.  Maire  : Loïc Hervy . 550 quelneucois. Canton de Guer. Prochaine étape : Saint-Abraham

    Loïc LT

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  • CR308 : chanson douce - Leïla Slimani

    41EYjgteJdL.jpgLui travaille dans un studio de production musicale, elle, après son congé maternité reprend son activité d’avocate. Sur les conseils d’un ami, il décident d’embaucher Louise, une nounou pour s’occuper de leurs deux enfants. Elle a tout de la nounou parfaite.

    Mais l’auteure ne laisse pas durer le suspense. Dès le début, on se retrouve dans un bain de sang avec un enfant mort et l’autre sur le point de l’être. Louise est la meurtrière. Tout le long du récit, on revient très peu sur le drame mais  avec une écriture sobre et sans fioriture, la romancière repart du début et tente de comprendre comment l'horreur a pu arriver. Paul et Myriam étant très pris professionnellement (chacun a le désir de monter en hiérarchie), c’est le quotidien de Louise que l’on suit, comment elle choie les deux enfants et surtout comment subrepticement, elle ne devient plus seulement nounou mais gouvernante. Elle fait tout à la maison et le couple se repose totalement sur elle. Ils l’invitent même à venir en vacances avec eux en Grèce. Mais petit à petit, les relations se détériorent. Le lecteur réalise que Louise sombre dans la folie alors que le couple se pose de plus en plus de questions mais sans s'alarmer plus que ça. Ils la trouvent tout au plus de plus en plus envahissante au point qu’ils voudraient s’en débarrasser mais ils n’arrivent à s’y résigner tant elle fait un peu partie de la famille. 

    Les enfants grandissent, vont à l’école, Louise n’a plus vraiment de raison de rester dans le ménage mais elle ne se fait pas à cette idée. Elle fantasme sur l’idée que Myriam pourrait retomber enceinte et fait tout pour que Paul et Myriam soient libérés des enfants le soir afin de concevoir ce troisième enfant qui lui permettrait de rester car elle ne voit pas d’autre issue à sa triste vie solitaire .On assiste donc au désarroi de Louise qui se transforme en naufrage. Elle sombre dans la folie, folie à peine perçue par les parents trop accaparés.

    En plus d’être le roman des causes profondes d’un fait divers atroce, il s’agit aussi pour l’auteure de nous décrire notre société contemporaine dans laquelle le travail prime sur tout et où la solitude en milieu urbain nous empêche de considérer l'autre. 

    Le titre peut paraître surprenant mais la chanson est souvent douce lorsque Louise s’occupe des enfants (et par ailleurs, Louise ne sait pas chanter autre chose que des comptines). On pourrait aussi considérer que c’est une antiphrase. Un peu des deux. Chacun voit. 

    C’est un roman captivant comme lorsqu’on regardait faites entrer l’accusé le dimanche soir mais d’un point de vue littéraire, ça n’atteint pas les sommets des monts d’Arrée. Tel n’était sans doute pas le but de Leïla Slimani  qui n’a pas démérité car elle maîtrise parfaitement la technique du roman. Sa valeur s’arrête là...mais elle peut se défendre en arguant qu’elle n’a jamais demandé à recevoir le prix Goncourt.

    C’est ainsi qu’on donne désormais  une prime au caractère social d’un roman plus qu’à sa valeur littéraire. Aujourd'hui, l’idée dominante est que le roman doit avoir une fonction sociale. Mais imaginez que ce roman figure dans le même palmarès que “à l’ombre des jeunes filles en fleur’ !

    Je n’accable pas Leïla Slimani, au contraire, je l’envie d’avoir pu écrire ce roman et l’invite à me coacher pour l’écriture de mon roman-fleuve qui évoque l’histoire d’un couple suisse qui achète un moulin breton et finit par y accueillir des artistes qui ne savent pas le piège dans lequel ils sont tombés. Les soirées arrosées et la proximité d'un canal ne font pas bon ménage. 

    lecture novembre 2016 (en une soirée), liseuse kindle (240 pages dans l'édition papier), éditeur Gallimard, parution 18 aout 2016, prix Goncourt 2016, note : 3.5/5

    Loïc LT

  • CR307 : la dentellière - Pascal Lainé

    product_9782070367269_195x320.jpgSi dans l’esprit de l’auteur, la fille nue qu’on voit de dos sur la couverture représente Pomme (tableau la robe du soir de Magritte), l’héroïne du roman (enfin héroïne, personnage principal on va dire), je prends tout de suite ! Sauf que cette fille ne colle pas du tout avec la façon dont l'auteur nous décrit Pomme, surnom qu’on lui a donné dans l’enfance car elle avait les joues rondes comme une pomme (encore que j'ai du mal à imaginer à quoi peut ressembler Pomme, mais indice : dans l'adaptation du livre au cinéma, c'est Isabelle Huppert qui joue le rôle). Pomme est une fille du Nord, elle grandit seule avec sa mère, elle est naïve, bête et elle n'a pas conscience des choses de l’amour.

    Sa mère décide de quitter le Nord pour s’installer à Paris du côté de Nanterre ou de Suresnes, le narrateur n’a jamais trop su (oui le roman est un brin loufoque). Pendant que la mère devient crémière, Pomme travaille dans un salon de coiffure où elle exécute les tâches ingrates. Dans le salon de coiffure, elle fait la connaissance de Marylène, une fille plus expansive. Marylène ‘avait une espèce d’amitié pour Pomme’. Les deux ‘amies’ partent en vacances à Cabourg où Pomme fait la connaissance de Aimery de Béligné, un petit aristo étudiant et frêle. En quoi Pomme l’attire ? Je ne saurais le dire, je ne me rappelle plus. Je crois qu’il se sentait un peu à part, comme l’était Pomme. Ils emménagent ensemble dans un petit appart à Paris mais n’ayant pas de points communs, ils ne parlent pas. Pomme passe son temps à faire la seule chose qu’elle sait faire : les tâches ménagères. Ils finissent par faire l’amour aussi, l’occasion pour Pomme de découvrir que les hommes sont dotés d’un attribut dont elle ignorait l’existence. Puis, Aimery de Béligné finit par se rendre compte qu’il s’ennuie et Pomme retourne chez sa mère du côté de Nanterre ou Suresnes. La mère et la fille revivent ensemble, la vie est platonique, et Pomme ne mange plus rien, elle maigrit  et finit dans un hôpital psychiatrique où elle devient de plus en plus folle (car tel est le but de ces établissements, avis du blogueur)

    C’est un étrange roman dans lequel l’auteur tente de dérouter mais il le fait avec de trop gros sabots, genre lorsque, pris d’un accès de faiblesse du fait de son anorexie, Pomme tombe en pleine rue. Un conducteur ne peut plus avancer et l’auteur va nous décrire l’intérieur de l’habitacle de sa voiture de fond en comble pendant trois pages. 

    Mais Pomme avait le de droit à son roman. Il n’y a pas de raison que seuls les gens beaux et brillants soient les héros. Des milliers de Pomme peuplent cette planète, des gens transparents, inintéressants. L’auteur ne le dit pas mais ce roman (prix Goncourt 1974) leur est dédié.

    extrait (page 125, édition de poche) : Mais parfois, il (Aimery) se disait que si Pomme ne l’entendait pas, lui, par contre, la comprenait, et qu’ils formaient un couple au moins parce qu’il était le seul à pouvoir la comprendre, par-delà les mots qu’elle ne savait pas dire. De cette manière ils étaient faits l’un pour l’autre, un peu comme la statuette ensevelie, qui n’existe plus à l’intention de personne, et l’archéologue qui l’exhume. La beauté de Pomme était celle d’une existence antérieure, oubliée, différée, sous les débris de mille vies misérables, comme celle de sa mère, avant que ne se révèle dans ce corps et cette âme parfaitement simples le secret de toutes ces générations, finalement sauvées de leur nullité ; car c’est cela que signifiait le surgissement précieux de la si pure petite fille.

    lecture novembre 2016, sur poche Folio (trouvé dans une cabine téléphonique reconvertie en librairie) , 177 pages, édition originale chez Gallimard, parution 5 février 1974, note : 3.5/5

    Loïc LT