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littérature

  • l'insoutenable légèreté de l'être

    Je vous prie de ne pas vous moquer. C'est écrit en 1977, je n'avais donc que quatre ans ! Sinon, plus sérieusement, si vous ne l'avez pas lu, faîtes-le (pas l'espèce de poème mais le livre -). 

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  • CR364 : la famille Martin - David Foenkinos

    famille martin.jpgDavid Foenkinos est un auteur qui a trouvé sa place dans la littérature française comme Françoiz Breut dans la variété mais c'est la première fois que je le lisais. C'était pas prévu mais quand j'ai lu la présentation sur Amazon, je l'ai téléchargé direct sur ma Kindle, ma Kindle qui me suis partout, qui se glisse aisément dans ma poche droite (autant que dans ma poche gauche) et qui doit contenir plus de 500 romans que ce soit des classiques ou des romans contemporains.

    Donc une fois le bouquin dans l'engin, j'ai lu cette histoire de la famille Martin avec beaucoup de délectation. Je vous indique quand même vite fait de quoi il s'agit. L'auteur en mal d'inspiration décide d'aborder la première personne qu'il croise dans la rue et lui demander si elle veut bien qu'il lui consacre un roman. Il tombe sur Madeleine, une vieille dame rentrant de ses courses. Surprise évidemment par la proposition et un peu inquiète quand même, elle l'invite quand même à venir chez elle pour boire un café ou je ne sais quoi. Au fil des jours, une réelle complicité se noue entre les deux contribuables et de fil en aiguille, l'auteur fait la connaissance de toute la famille Martin, c'est à dire des deux filles de Madeleine, Valérie et Stéphanie. Ceci dit, Stéphanie expatriée aux Etats-Unis (qui cherche encore son clown) est juste mentionnée. Valérie est mariée et a deux enfants et c'est le couple Valérie/Patrick qui devient le centre névralgique du roman. 

    A la base, l'auteur ne voulait être qu'un observateur. Tous les soirs, il note ce qu'il a appris dans la journée et le roman prend tranquillement forme. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Son intrusion dans la famille Martin la bouscule un peu et provoque des changements ou précipite certaines décisions qui restaient en plan. 

    Donc voilà. Ce roman m'a fait un peu penser aux "gens dans l'enveloppe" de Isabelle Monnin qui m'avait été conseillé par Julie Schittly et que j'avais lu il y a quelques années (si vous voulez lire le compte rendu, tapez : doelan/blogspirit/les gens dans l'enveloppe. J'avais eu un véritable coup de cœur pour ce roman ( mais c'est pas vraiment un roman en fait). 

    Concernant la famille Martin, une question me taraude. Est-ce que David Foenkinos a vraiment fait cette démarche en vrai ou tout n'est-il que fiction ?  Je penche quand même pour la fiction car l'enchainement des événements ne ressemble pas vraiment à ce qui se passe normalement dans la vraie vie. Il y a trop de rebondissements. Comme je le fais parfois, je vais essayer de rentrer en contact avec l'auteur (il est sur Facebook) afin d'éclaircir cette affaire.

    En tout cas, c'est un roman facile à lire. Il figure en ce moment dans les meilleures ventes (mais l'auteur est coutumier du fait). Mais ce n'est pas parce que c'est un bestseller qu'il est mauvais. Tous les Français ne lisent pas les bouses de Marc Levy et Guillaume Musso.

    Lecture sur Kindle, parution le 1er octobre 2020 chez Gallimard. Note : 4/5

    Shako. 

  • CR362 : le chat bleu - Sébastien Monod

    lechatbleu.jpgIl y a des livres qu'on ne devrait jamais lire, ceux sur lesquels on ne tombe pas dans les librairies ou chez l'épicier du coin, ceux qui ne sont pas mis en avant sur les sites de vente. Vous me direz, avec 500 livres sortis à la rentrée littéraire, difficile de faire autrement. Donc, j'ai lu celui ci parce que je connais (virtuellement) l'auteur qui est le modérateur d'un groupe Facebook consacré à Etienne Daho. J'avais déjà lu un de ses romans, "rue des deux anges", dont vous pouvez sans doute trouver le compte rendu dans les limbes de ce blog (mais évitez quand même car je n'aimais pas ma façon d'écrire il y a 15 ans - car oui, ce blog a 15 ans).

    Donc ce n'est pas parce que je connais l'auteur que je vais lui envoyer des fleurs. C'est pas le genre de la maison (et je crois qu'il doit le savoir !) Mais objectivement, ce roman est très bon. Le style est limpide, sans effet de style, les phrases sont propres et soignées. L'auteur maîtrise parfaitement l'art du roman. 

    L'action de se déroule en 2045 et comme dans tout roman d'anticipation, la dictature règne (1984, de George Orwell, 2084 de Boualem Sansal, Ravage de Barjavel - plutôt apocalyptique ce dernier - et peut être un peu aussi Soumission de Michel Houellebecq). Des robots ressemblant à des humains assurent la sécurité ou sont utilisés à des tâches subalternes. Des milices contrôlent tous les lieux de passages importants. 

    Trois histoires différentes vont finir par s'imbriquer. Celle des Franciscains d'un couvent de Saorge en Italie  (ou moins j'aurais appris que contrairement à ce qu'on croit, les couvents ne sont pas dédiés qu'aux femmes) où recherche faîte il existe bien un monastère. On y fait la connaissance de Frère Jordan et du jeune frère Émeric. Celle de Elian habitant en Italie et désireux de se rendre en France à Marseille à la recherche de son frère qu'il ne connait pas. Pour ce faire, il s'octroie les services d'un passeur intitulé Vittore. Enfin, nous suivons l'histoire de Lou Baker, une chanteuse de cabaret (le chat bleu) dont le vrai nom est Louise (pas Julie Schittly) et qui dispose d'un fils qui s'appelle Neil. 

    Sur fond de dictature donc (mais l'auteur n'y joue pas de trop), Sébastien Monod tisse sa toile et l'on devine évidemment où il veut en venir mais sans trop savoir comment. C'est agréable à lire. L'auteur m'a dit qu'il avait dû opérer un important travail de documentation qui lui a demandé plus de temps même que l'écriture, l'écriture qui doit être récente car il est question du Covid44 ! Merde alors, on n'en a pas fini avec ce bordel. Étonnamment, il écrit sur son site : "ce roman, je l’ai commencé lors d’une résidence d’écriture au Monastère de Saorge dans l’arrière-pays mentonnais en 2016 et achevé lors d’une autre résidence d’écriture, cette fois en Camargue en octobre 2018". A-t-il opéré des modifications après ?

    Je ne comprends pas trop la couverture du livre qui représente une moto contre un mur défraîchi. Vittore et Elian se déplacent bien en moto mais en moto électrique, ce qui ne semble pas être le cas de celle sur la couverture. Mais qu'importe, je vous recommande ce roman qui vaut 16€ broché et que 4€ en numérique. Mais s'il vous plait, ne faîtes pas comme moi, achetez le en vrai. Vous pouvez le trouver directement sur son site et vous aurez une dédicace. Je vais peut être l'offrir à Louise Vanaem de Voringhem.  Je vous laisse, on frappe à ma porte, peut-être que c'est quelqu'un. 

    lecture: septembre 2020
    parution le 27 août 2020, édition des deux Anges
    note : 4/5

    Shako 

  • CR361 : Broadway - Fabrice Caro

    fabricecaro.jpgJe ne vais pas faire de résumé, ça ne sert à rien et on le trouve partout. Ce roman de Fabrice Caro paru cet été dans la collection "sYgne" de Gallimard est un véritable coup de cœur. 

    Axel, le narrateur fait partie de la classe moyenne supérieure (je ne sais plus comment on appelle ça en sociologie, CSP+, non ?). Il est le "chef" d'une famille normale avec deux enfants en pleine crise d'adolescence. Le fil rouge du roman constitue la réception d'un courrier de la CPAM lui demandant de se soumettre à un dépistage cœlioscopique afin de détecter un éventuel cancer de la prostate (ou du colon, je sais plus). Mais il est surpris car il n'a que 46 ans et logiquement, c'est envoyé aux hommes de plus de 50 ans. Moi, en tout cas, j'ai 47 et j'ai rien reçu. (Je n'envisage même pas d'avoir 50 ans un jour). Axel se pose des questions existentielles à propos de ce courrier comme il s'en pose à propos de tout. Tout le gonfle dans cette vie faite de convenances où il faut toujours faire bonne figure. Il habite dans une cité pavillonnaire cossue et ses voisins sont envahissants, notamment ceux de droite qui décrètent des choses sans demander l'accord d'Axel et sa femme Anna, genre, on se fait un apéro une fois par trimestre chez l'un et chez l'autre et il va de soit qu'Axel aime le whisky alors qu'il déteste alors il doit à chaque fois en boire et même quand il invite chez lui, il doit en acheter aussi. Et ces voisins envahissants ont décrété qu'on irait cet été en vacances ensemble à Biarritz pour faire du paddle, idée qui horrifie Axel. On n'ose pas dire non. Tout est comme ça dans la vie sociale. On ne peut pas sortir des sentiers battus. 

    Je me suis retrouvé un peu dans Axel qui se demande par exemple pourquoi les caissières portent un badge avec leur prénom. Personnellement, j'en ai fait mon parti. Quand je passe en caisse, je dis "bonjour Nadine" ou "bonjour Albertine". Parfois elles sont surprises ! Mais il faut bien que ce foutu badge serve à quelque chose. Le gala de danse de sa fille qui revient tous les ans est également une corvée parce que c'est à chaque fois un peu bâclé mais il ne faut pas le dire. J'ai connu ça aussi. Et son fils qui fait des dessins érotiques dans lequel il met en scène ses professeurs. Et évidemment, ça tombe sous la main d'un prof. Axel doit s'expliquer et s'excuser au nom de son fils. Peut-être faudrait-il qu'il voit un pédiatre...évidemment...couru d'avance. 

    Roman totalement délirant, l'auteur se moque et pilonne cette vie sans aspérités. Ça m'a fait penser à une chanson en duo de Souchon et Voulzy intitulé "il roule, les fleurs du bal" (vidéo ci dessous). Surtout la fin que je vais évidemment pas vous divulguer. Partir dans la nuit, Partir comme ça, Cette envie,Tout le monde l'a....

    Perso, malgré moi, j'ai connu cette vie pendant dix huit ans...que j'ai quitté quand même à regret. Je ne suis sans doute pas aussi sévère qu'Axel parce que je réalise ce que j'ai perdu. Je mets un bémol quand même. Rien ne trouve grâce aux yeux d'Axel. Ça fait un peu too much. Mais à lire ! Fou rire garanti toutes les trois pages. 

    lecture septembre 2020, kindle

    date de sortie : août 2020, Gallimard.

    note 4.5/5

    Shako. 

      


                                                           

    Morne est son cœur
    Et sans raison
    Vers cinq heure
    Il quitte la maison
     
    Il démarre
    Sans raison
    Comme aspiré par
    L'horizon
     
    Peut être l'amour
    Peut être la vie
    La tombe du jour
    Ou simplement l'ennui

    Partir dans la nuit
    Partir comme ça
    Cette envie
    Tout le monde l'a
     
    Larmor-Baden
    Guingamp
    Dehors le noir de la plaine
    Et puis le noir dedans
     
    Il part, il part
    Comme s'il allait quelque part
    Laissant là, dans la salle
    Sur le sol éparpillées
    Les fleurs du bal
     
    Dans l'axe est son moteur
    Il décolle
    Son accélérateur
    Le console
     
    Les guitares qui jouent fort
    Dans son cockpit
    Lui sont d'un réconfort
    Amniotique
     
    Il roule, il roule
    Comme les larmes…
    Qui coulent
    Laissant là, dans la salle
    Sur le sol éparpillées
    Les fleurs du bal
  • Françoiz Breut : ses conseils de lecture

    Sur le groupe "everyone kisses Françoiz Breut", la chanteuse nous donne lors d'une interview dans une forêt remplie d'arbres quelques conseils de lecture, dont le titre d'un seul, celui de Geneviève Brisac, qui personnellement ne me fait pas du tout envie. Non, je rigole, ce n'est évidemment pas pour le groupe qu'elle le fait mais pour un site culturel belge qui s'appelle Musiq3

    https://www.rtbf.be/musiq3/emissions/detail_paroles-d-artistes/accueil/article_francoiz-breut-chanteuse-et-illustratrice-je-continue-a-etre-une-grande-lectrice-et-a-avoir-envie-de-partager-des-histoires?id=10560420&programId=17142&fbclid=IwAR2V31ycRGTUXhfbLAuq989y3ycbInUdWMFwAGZJ8u-c0i7gz-_kVR6UzvY

    A propos, si cette chanteuse vous intéresse, je vous conseille donc de joindre le groupe Facebook "everyone kisses Françoiz Breut" un peu en sommeil ces derniers temps mais qui devrait redevenir un lieu de joie et de discordes très rapidement avec la rentrée des classes et des bestiaux. Ci dessous, donc, la liste des auteurs. 

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    - Sisyphe est une femme, la marche des cavaliers de Geneviève Brisac

    - Christiane Rochefort

    - Doris Lessing

    - Natalia Ginzburg

    - Viviane Gornick

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  • Brouillon de culture, Shako sabre la bouteille d'eau !

    Voilà, il est arrivé ce qui devait arriver. Votre serviteur, Shako au grand cœur reprend du service et notamment ses vidéos qui ont fait la non-notoriété de son blog ! Du coup, ça laisse plus de place à l'amusement. Il ne faut rien prendre au sérieux de ce qui se passe sur le net. Par contre si une jolie fille que tu ne connais pas te fout une claque dans la rue, t'es en droit de te demander qu'elle est le sens de ta vie.

    Dans cette vidéo douce comme le câlin d'un bisounours, je convoque au rapport les vivants et les morts à savoir Marcel Proust, Honoré de Balzac, Dominique A, Eric Reinhardt et mon pauvre ami Sébastien Monod qui se retrouve bien entouré dans ce festin culturel !

    Evidemment, tous les commentaires sont les bienvenus mais je préfère les commentaires désobligeants voire agressifs et même de mauvaise foi tiens, c'est plus drôle ! Ceci dit, je serais remettre à leur place les proustiens et les rimbaldiens s'ils en venaient aux mains ou aux sabres et tam-tam

    Shako ô grand cœur !


  • CR317: l'archipel du Goulag - Alexandre Soljenitsyne

    l'archipel du goulag.jpgIl y a des monuments littéraires qu'il faut avoir lu pour mourir moins con qu'on est né...à la recherche du temps perdu, la montagne magique, pastorale américaine, sur la route...j'en passe et puis donc l'archipel du Goulag de Alexandre Soljenitsyne. Ce dernier manquait à mon palmarès. La seule chose positive que je peux en tirer sera justement de pouvoir me dire "bon, celui-là, c'est fait", parce que cet essai en lui-même est littéralement imbuvable. Comme tout le monde sait de quoi il traite, je ne vais pas épiloguer...et comme tout le monde sait les ravages du communisme dans les pays de l'Est pendant le XXème siècle, lire ce pavé, c'est enfoncer des portes ouvertes. Mais bon, je me disais, à défaut d'apprendre quelque chose, voyons sa valeur littéraire. Et bien, c'est très moyen. Pour être honnête, c'est aussi rédhibitoire à lire que ne l'était l'absurdité de l'administration soviétique. Il s'agit ni plus ni moins d'un inventaire comme autant d'exemples de gens ayant été arrêtés arbitrairement essentiellement sous Staline, ayant subi les tortures lors d’interrogatoires avant d'être jetés en prison et envoyés dans le fameux archipel. Quand un ou deux exemples aurait suffi, l'écrivain russe nous en livre une centaine, tous plus ou moins identiques. Pour être clair et honnête, c'est barbant.

    Si on ajoute à cela que sur le fond, j'ai été gêné quand à plusieurs reprises, il se permet de dire à peine à mots couverts que le nazisme était moins mauvais que le stalinisme, on n'en peut plus quoi. Il évoque parfois le capitalisme dont il n'est pas fan non plus...et heureusement qu'il lui arrive de louer quand même le monde libre que constituait les pays occidentaux. 

    Mais parfois, la description du  culte de la personnalité provoque des fous rires :

    Voici un petit tableau datant de ces années-là. Une conférence du parti dans la région de Moscou. Elle est présidée par le nouveau secrétaire du Comité de rayon, remplaçant celui qui vient d'être coffré. A la fin de la conférence, adoption d'une motion de fidèle dévouement au camarade Staline. Bien entendu, tous se lèvent ( de même que, tout au long de la conférence, tout le monde a bondi de son siège à chaque mention de son nom). Une "tempête d'applaudissements se transformant en ovation" éclate dans la petite salle. Pendant trois, quatre, cinq minutes, elle continue à faire rage et à se transformer en ovation. Mais déjà les paumes commencent à être douloureuses. Déjà les bras levés s'engourdissent. Déjà les hommes d'un certain âge s'essoufflent. Et même ceux qui adulent sincèrement Staline commencent à trouver cela d'une insupportable stupidité. Cependant, qui osera s'arrêter le premier ? Le secrétaire du Comité de rayon, qui est debout à la tribune et vient de lire la motion, pourrait le faire, lui. Mais il est tout récent, il remplace un coffré, il a peur lui aussi ! Car, entre ces murs, parmi ces gens tous debout et qui applaudissent, il y a des membres du NKVD, l'oeil aux aguets : voyons voir que cessera le premier !... Et dans cette petite salle perdue, perdus pour le Chef, les applaudissements se prolongent pendant six minutes, sept minutes, huit minutes!...Ils sont flambés : Ils sont fichus ! Maintenant, il ne peuvent plus s'arrêter, ils doivent continuer jusque la crise cardiaque ! Au fond de la salle, perdu dans la foule, on peut encore un peu tricher, frapper moins souvent, moins fort, moins frénétiquement : mais sur l'estrade, au vu de tout le monde ?!...

    Voilà, j'arrête là, parce que la scène dure un moment, je ne sais plus comment ça finit mais bon, c'est drôle et d'un autre côté, ça ne surprend personne. Ce genre de scène existe encore en Corée du Nord malheureusement.

    Donc, au final, on a peu de descriptions du Goulag. C'est surtout un enchaînement de transfèrements d'une prison à l'autre et au final aussi, on ne sait même pas comment et pourquoi Soljenitsyne est libéré. En fait, là où le récit aurait pu avoir un intérêt et bien, on n'a pas la réponse. 

    Point final. 

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017, parution en France le 1er juillet 1974 aux éditions Seuil, 446 pages. note : 1.5/5

    Loïc LT

  • CR316 : la chambre des époux - Eric Reinhardt

    la chambre des époux.jpgJ'adore Eric Reinhardt autant qu'il m'agace mais l'éblouissant Cendrillon sorti en 2007 (à propos duquel il dit qu'il ne pourra jamais rien écrire de mieux) fait que je lui excuse beaucoup de choses. Et avouons que cet écrivain secoue un peu le doux ronronnement de la littérature française d'aujourd'hui de part l'ambition de ses romans, leurs constructions et les thèmes toujours très proches de l'actualité qu'il y développe. 

    Figurez-vous la chambre des époux. Il évoque dès le début un roman qu'il aimerait écrire qui s’appellerait une seule fleur mais qu'il ne va pas écrire car il a d'autres projets. Faute de l'écrire, il nous en explique la trame...qui constitue quasiment tout le roman la chambre des époux ! Plutôt cocasse comme "dispositif" comme il dirait. ER s'amuse volontairement avec les codes romanesques et avec ses lecteurs. C'est un fait que l'écrivain n'est pas un amateur du récit banalement chronologique et qu'il profite des libertés qu'offre l'art romanesque quitte à dérouter et à provoquer des mises en abyme vertigineuses (et pardon si c'est un pléonasme). L'autre  caractéristique des romans de ER est toujours se mettre en scène (à part peut-être dans le système Victoria, j'ai un doute), faisant donc de l'autofiction dans ce qu'elle a de plus noble. Il y a donc une base de vrai et ensuite on ne sait plus trop. Ce qui est vrai dans ce récit, c'est que l'écrivain a appris le cancer du sein de sa femme Margot alors qu'il était loin d'en avoir fini avec Cendrillon, que Margot a survécu à ce cancer. Après ce ne sont que conjectures mais ce qui fait 80% de la chambre des époux, c'est à dire une période de la vie de son fils (ou pas) Nicolas (compositeur et chef d'orchestre de génie...) constitue de la pure fiction, c'est justement ce une seule fleur qu'il ne veut pas écrire. Donc, il écrit un roman qu'il n'écrira jamais !

    Le cancer est omniprésent dans ce roman mais il est narré comme un drame autant que comme une bénédiction. C'est la cancer qui donne à l'auteur la force de finir Cendrillon  et c'est le cancer de Marie qui va pousser Nicolas  à se rapprocher d'elle et lui écrire un requiem ( évidemment plus beau que celui de Fauré ou de Dvořák...mais pas celui de Mozart) au risque de briser son propre couple mais il joue franc jeu annonçant à sa femme Mathilde qu'il va la quitter provisoirement pour aller au chevet d'une mourante. 

    J'ai le sentiment que Eric Reinhardt a voulu exorciser par l'écrit ce drame qui l'a touché de près. Alors sans doute, il en fait trop, trop de superlatifs, trop de tout mais en dehors de cet aspect, on ne lui enlèvera pas cette énergie romanesque qu'il parvient à insuffler à ses romans. 

    Des citations, je pourrais vous en mettre plein mais moi qui adore le pot-au-feu, je veux juste vous restituer ce passage parce que je veux parler du pot-au-feu (que ma femme m'a promis de refaire très vite, je regarderai comment elle fait cette fois-ci et je l'aiderai) :

    La savoureuse odeur d'un pot-au-feu cuisiné par Mathilde et mijotant doucement dans sa marmite voluptueuse et argentée embaume l'appartement. C'est plat préféré de Nicolas [...] et c'est lui-même qui le matin, au marché, a fait part  à Mathilde de son envie de pot-au-feu. 

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017,  Editions Gallimard , parution août 2017. note : 4 / 5

    Loïc LT

  • CR315 : sur les chemins noirs - Sylvain Tesson

    sur les chemins noirs.jpgTout le monde s'imagine seul avec son baluchon tel Rimbaud sur les routes ardennaises (Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course, Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou... ), avec quoi dedans,en tout cas sans thunes et personne qui ne t'attend nulle part. Et bien, si c'était le cas pour moi, je ferais le trajet ouest-est en longeant la Loire et en rejoignant Paris à la confluence de la Seine et de la Marne et je rejoindrai l'est, sans forcément suivre le cours de la Marne comme JP Kauffmann mais en prenant des chemins noirs ainsi que les appelle Sylvain Tesson qui dans se récit relate sa marche initiatique des Alpes vers le Cotentin. 

    L'idée est d'éviter autant que faire ce peut la civilisation (les routes, les métropoles...), ce qui l'appelle donc les chemins noirs, qui correspondent pour moi aux routes jaunes (c'est ainsi que jadis on nommait une route non bitumée située deux cent mètres devant la maison familiale et qui  servait juste à faire passer les tracteurs et les vaches, routes qu l'administration appelle des chemins d'exploitation). Son intention est de retrouver de l'authenticité deux ans après avoir fait l'imbécile en tentant d'escalader le mur de la maison d'un ami après avoir pris un coup de pied de barrique. Dans son périple, il dort soit à la belle étoile, soit sous sa tente Quechua, rencontre des paysans d'un autre temps et des âmes égarées, s'arrête dans des cafés de campagne pour boire de l'eau. 

    Entre deux bois, je lançais mes cris d'amour aux vaches et obtenais un parfois un long "meuh" en réponse. A Saint-Sévère, je lus la presse dans un soleil huileux. Les nouvelles du monde  n'étaient pas pire que d'habitude. Après tout, quand Attila avait débarqué avec des Huns sur les rives de la Loire, la situation n'avait pas dû être plus enviable qu'aujourd'hui.

    Et à Ardentes, au bord de l'Indre, il se demande :

    Les rivières ont-elles la nostalgie des sources ? 

    Alors qu'en même temps, Julien Doré surenchérit dans mon écho  " où vont le silence des rivières ? ", question que je ne comprends pas car une rivière est rarement silencieuse.

    Sylvain Tesson, le visage déformé par l'accident, prend plaisir à passer ses nuits à la belle étoile. " Le bivouac est un luxe qui rend difficilement supportables, plus tard les nuits dans les palaces". 

    A la fin du périple :

    Toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces, on évite un village, on trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour. On élit domicile dans la forêt, on s'endort bercé par les chevêches, on repart un matin électrisé par la folie des herbes hautes, on croises des chevaux. On rencontre des paysans muets.

    Et pour finir

    La France changeait d'aspect, la campagne de visage, les villes de forme et la marée montait autour de notre tente, demain il s'agirait de ne pas traîner. Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre et on pouvait couronner ces heures de plein vent des nuits dans des replis grandioses. 

    Il fallait les chercher, il existait des interstices.

    Il demeurait des chemins noirs.

    De quoi se plaindre ?

     

    Ce récit me fait penser un peu aux expériences de François Maspero ( les passagers de Roissy Express), aux travaux de Raymond Depardon et évidemment au périple de Jean-Paul Kauffmann le long de la Marne...et puis aussi à l'essai de Philippe Vasset cherchant à Paris des zones blanches, autant d'auteurs que j'ai évoqués sur ce blog pour le meilleur ou pour le pire (je parle de moi).

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017,  Editions Gallimard , parution octobre 2016. note : 4 / 5

    Loïc LT

     

  • tentative (im)possible d'explication d'un poème de Arun Kolatkar

    Lorsque je veux jauger la popularité d'un écrivain ou autres, mon premier réflexe est de regarder s'il dispose  d'une page wikipedia. Or Arun Kolatkar (1931-2004) n'en a pas. Trop de chance ! On est dans l'underground de la littérature. Kolatkar était un citoyen de l'Inde qui vivait dans un quartier artistique de Bombay qui s'appelait Kala Ghoda. Je vais faire court. C'était un marginal qui n'a pas connu la gloire de son vivant (ni après sa mort n'empêche qu'il est dans la collection Poésie/Gallimard - vous savez cette collection que vous ne trouvez pas dans les librairies, merci le net) et qui un peu comme George Perec s'installait toujours dans la même rue et écrivait ce qu'il voyait..mais différence entre les deux : Perec faisait un inventaire très précis alors que Kolatkar s'envolait dans des rêves poétiques désopilants. Pour lui, la rue était juste une base de travail sur laquelle il s'appuyait pour écrire des choses invraisemblables. 

    Je retranscris ce poème en le transformant en poème en prose ( sinon, ça part trop en longueur). Si j'arrive à en trouver la clé, je vous en reparle après (sinon merci à Carla pour la découverte). 

    arun.jpgUn vieux pneu de vélo

    J'ai beau être un vieux pneu de vélo, une pelure de roue toute râpée, une anguille qui se mort la queue, un zéro de traviole, un shunya infirme - ce n'est pas pour autant que je compte me pendre à un épi de faîtage, ou moisir sur un toit couvert de mousse en compagnie d'une chaise bancale, d'une godasse gauche au sourire fendu jusqu'aux oreilles, et d'un escargot sans-logis pris dans le cercle vicieux de ma chatte.

    Je ne me vois pas non plus rejoindre une communauté à la noix de pneus de vélo ascètes qui vivent en colonies au sommet des arbres, et, les nuits sans lune, s'élèvent, dit-on, telle une volée d'oiseaux, pour se mettre en roue libre, faire la course d'un horizon à l'autre, s'accoupler librement, ou batifoler dans le ciel toute la nuit, avant de regagner leur perchoir sur des hôtes feuillus aux petites heures du matin et de rester là en suspens sans donner signe de vie jusqu'à la prochaine nuit sans lune. Foutaises que tout cela ! Et d'ailleurs, je ne suis pas du genre à me percher comme ça sur un banyan frappadingue ou un arbre de pluie grandiose. 

    Je n'entends pas le moins du monde laisser les cigales me pisser dessus, les chauve-souris chier sur moi ou une Tachardia Lacca me laquer le cuir. Très peu pour moi. J'aimerais mieux m'immoler, empuantir une belle matinée d'hiver et réchauffer des clochards frissonnant sur le bord de la route plutôt qu'écouter un criquet accorder son mini-Stradivarius électrique, et encore moins un orchestre entier de criquets qui ferait son show sous les étoiles en se livrant à des excès pseudo-wagnériens. Grands dieux, non ! En tout cas, pas tant que je teindrai la route, qu'un gosse déluré pourra grâce à moi s'en donner à cœur joie, ou tant qu'il y aura assez de gosses sur terre pour me flanquer une bonne claque sur le derrière suivie d'une autre, puis d'autres encore en rafale. Je frémis à chaque fois que je m'en prends une, mais c'est ce qui me fait aller de l'avant, j'imagine, c'est ma raison de vivre. A ce propos, je m'interroge, quand t'auras mon âge, ils seront combien à te courir encore après, hein, ma belle ? 

     

    Bien. Je devine le poète Indien (oui, les habitants de l'Inde sont des Indiens, j'ai vérifié), installé comme d'habitude à sa table de café habituelle. Il voit un vélo passer ou appuyé contre un arbre. Il décide, par la volonté de l'intelligence humaine de se prendre pour un pneu de vélo, c'est à dire rien de poétique, une bande de caoutchouc, à qui il donne une conscience. Et quand on a la conscience (humaine) d'être un simple objet, l'idée d'en finir avec cette "existence' peut effleurer l'esprit. Mais ce n'est pas le souhait de ce pneu. D'ailleurs (séquence premier degré : comment se suicider quand on n'est pas un être vivant ?) Après, c'est compliqué, l'idée du suicide étant rejetée, il explique à travers un rêve qu'il ne veut pas rejoindre tous ces boyaux qui la nuit venue se cachent dans les arbres, copulent même (mais comment deux chambres à air peuvent-ils faire l'amour, dîtes-moi ?) et s'envolent pour revenir au petit matin de simples pneus inertes.  Ce qu'il veut, ce boyau, c'est venir en aide aux plus pauvres ou faire plaisir aux enfants aussi ingrats soient-ils. 

    Evidemment, on peut aller plus loin. Ce poème est avant tout une allégorie de l'humain, le pneu est un vieil homme agonisant qui veut encore aider son prochain, aider des jeunes désœuvrés qui lui foutent des baignes. Il n'y a pas pire que la cruauté des enfants.  C'est presque trop naïf. Moi, j'ai un vélo, il est au fond de mon cabanon et la prochaine fois que je le sortirai et que je gonflerai ses pneus, j'aurai une pensée pour ce poème, tout en m'énervant sur la valve qui me crée à chaque fois des embêtements (pour ne pas être vulgaire). 

    Si vous voulez aller plus loin, je vous invite à lire la note de Pierre Assouline où il est question de la traduction du recueil (par Pascal Aquien et Laetitia Zecchini). Arun Kolatkar écrivait en anglais. Par ici

    Loïc LT