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littérature française

  • Ici, toujours ici - Yves Bonnefoy

    Ici, toujours ici

    Ici, dans le lieu clair. Ce n'est plus l'aube,
    C'est déjà la journée aux dicibles désirs.
    Des mirages d'un chant dans ton rêve il ne reste
    Que ce scintillement de pierres à venir.


    Ici, et jusqu'au soir. La rose d'ombres
    Tournera sur les murs. La rose d'heures
    Défleurira sans bruit. Les dalles claires
    Mèneront à leur gré ces pas épris du jour.


    Ici, toujours ici. Pierres sur pierres
    Ont bâti le pays dit par le souvenir.
    A peine si le bruit de fruits simples qui tombent
    Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.

    (recueil Hier régnant désert, 1958)

    Le décor est planté. Un domaine minéral, que de la pierre partout. Trop de pierres surtout aux heures chaudes de la journée, c'est insoutenable, ça étouffe tout. Les désirs sont étouffés et des délices de la nuit, il ne reste que le scintillement des pierres. 

    On a tous connu de tels décors que ce soit dans l'enfance, en vacances ou ailleurs. L'été, un soleil de plomb qui brûle les pierres, à tel point qu'on évite de marcher pieds nus. Seules les roses bénéficiant de l'ombre peuvent survivre à la chaleur accablante. Les autres sont condamnées. 

    C'est un ici immuable et tout le pays a été bâti de la sorte. Cela évoque la Provence ou même pourquoi pas les quelques jours de canicules que la nature impose une fois tous les vingt ans à l'Armorique et ses chaumières en granit. Je me souviens de ces jours, de ces murs crevassés, des lézards qui s'y cachaient, des après-midi qui n'en finissaient pas et cette longère qui renvoyait la chaleur. On aurait aimé profiter du soleil mais on ne restait pas plus de 5 mns sur la terrasse de un mètre de large devant la maison. 

    Les premiers fruits tombent, les plus chétifs ou les plus précoces mais ils ne rassurent en rien. Ils ne nous évoquent pas l'automne, cet automne qu'on attend lorsque la chaleur est telle, alors oui, cette chaleur s'en ira mais ici, toujours ici, nos pas ne sont guidés que par une sorte de folie que provoque la fournaise. 

    Au cinéma, ce seraient des scènes de la piscine avec Alain Delon et Romy Schneider ou le mépris avec Michel Piccoli et Brigitte Bardot dans la villa Malaparte. 

    Rimbaud à Aden, tout de blanc vêtu et surveillant ses peaux de cuir, armé et abattant tous les chiens errants voulant s'y approcher. 

    Loïc LT

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    (merci à Alice pour la photo. région de l'Algarve au Portugal)

  • # poésie contemporaine : extrait - Yves Bonnefoy

    DSC00634.JPGJ'avais installé ma liseuse subrepticement à côté des deux plateaux sur lesquels étaient disposés des mets quelconques. En face de moi Prisca, trop occupée à me parler d'anecdotes diverses et variées comme seules les femmes ont le secret ne s'était rendue compte de rien. J'aurais bouffé un prospectus en face d'elle qu'elle n'en n'aurait rien vu. Oh, j'exagère ! Nous déjeunions en périphérie de Vannes dans une boulangerie-snack bien située par rapport à nos bureaux respectifs. J'ai remarqué que lorsqu'on se retrouve à deux en dehors du quotidien, le vrai, la maison, les enfants, la bouffe à préparer, et bien, c'est comme une parenthèse. On se dit qu'on est vraiment con de se prendre la tête pour des conneries. Le quotidien et la monotonie qui l'accompagne sont un tue-l'amour.  

    A la limite, je n'avais pas besoin de sortir ma liseuse. La poésie, ce n'est pas que de la littérature, c'est vivre et profiter de l'instant présent et réaliser le bonheur de vivre ensemble, de construire une histoire à deux. 

    Elle m'a parlé d'une amie qui n'allait pas très bien. Alors, j'ai tourné la tête et je lui ai dit : " Mais a-t-elle gardé claire son antique liberté ?". 

    Je n'avais pas sorti cette phrase tirée du poème de Bonnefoy au hasard car je connaissais un peu cette amie et son antique liberté. Mais Prisca, la surprise passée ( encore que je l'avais sortie de façon si naturelle que dans un premier temps elle a pensé que c'était de moi, ce qui aurait été possible mais pas à cet instant, dans ce court espace-temps entre nos activités professionnelles, je n'étais pas inspiré). Bref, elle a vu la liseuse. Et je ne sais plus après si je lui ai proposé de lui lire le texte. Non en fait, je crois qu'elle n'était pas disposée. On a commandé un café et oublié Bonnefoy, une bonne fois pour toutes. Que c'est drôle !

    Mais dans l'après-midi, j'ai copié le poème sur mon sous-main. J'ai réfléchi à la question. L'homme est plus fort que le cosmos car il a conscience de lui-même. Des planètes ou des galaxies sont entrées en collision, des comètes ont fait vaciller la Terre et malgré leurs puissances astronomiques, la fracture totale ne s'est pas produite et la vie est advenue. 

    La femme est la création ultime d'un dessein dont nul ne sait le pourquoi du comment. Elle est dépendante des éléments (astreinte) mais elle est libre, plus libre que la flore (les vents les plus hauts) qu'une tempête peut abattre. Et cette puissance humaine est innée, elle naît dès la naissance et est déjà plus forte que les étoiles qui sont tributaires des aléas du chaos de l'univers. 

    Loïc LT

    Poème de Yves Bonnefoy extrait du recueil Hier régnant désert ( 1958)

     

    Combien d'astres auront franchi
    La terre toujours niable,
    Mais toi tu as gardé claire
    Une antique liberté.

    Es-tu végétale, tu
    As de grands arbres la force
    D'être ici astreinte, mais libre
    parmi les vents les plus hauts.

    Et comme naître impatient
    Fissure la terre sèche,
    de ton regard tu dénies
    Le poids des glaises d'étoiles.

  • # poésie contemporaine : Élégie - Guillevic

    Élégie

    Lorsque nous tremblions
    L'un contre l'autre dans le bois
    Au bord du ruisseau,

    Lorsque nos corps
    Devenaient à nous,

    Lorsque chacun de nous
    S'appartenait dans l'autre
    Et qu'ensemble nous avancions,

    C'était alors aussi
    La teneur du printemps

    Qui passait dans nos corps
    Et qui se connaissait

    Guillevic ("Sphère" - éditions Gallimard, 1963)

     

    Ma stratégie fonctionne à merveille. Plus je parle de poésie contemporaine, plus l'audience du blog diminue. Ainsi, tout revient comme avant. Ceci va redevenir un  petit blog secret, que même Google ne référencera plus ou alors au bout d'une longue et laborieuse recherche. Pour vivre heureux, vivons cachés, entourés de recueils de Guillevic, Francis Ponge (ou Francis, ton tour viendra -), de Paul-Alexis Robic dont la bibliothèque de Quistinic porte le nom et tant d'autres encore.

    J'essaie d'être en osmose avec les saisons. Donc, continuons avec le printemps...qui est évident car, voyez cette photo prise cet après-midi au lieu-dit La Coulée Verte à Baud :

    DSC00626.JPG

    Ce poème de Guillevic aurait très pu être écrit au bord du ruisseau qui coule au milieu de ce parc. Après tout, il n'est pas exclu que Guillevic qui était de Carnac ne soit pas passé un jour par Baud. Qui peut dire le contraire ? (si un jour tu vois qu'une pierre te sourit, iras-tu le dire ?) Admettons. Il se promène dans le parc et invente des vers et puis rencontre une Baldivienne. Ils s'assoient sur un banc sur lequel on vient de refaire la peinture mais ils n'ont pas vu l'écriteau mais ils s'en foutent. Ils se sont reconnus au premier regard, ce sont des poètes tous les deux, des rêveurs, des êtres contemplateurs en marge de la société. Ils ne voient de la vie que ceux que les autres ne voient pas. 

    Il devait faire froid ce jour-là, comme souvent en mars ou en avril et d'autant plus lorsqu'on s'installe au bord d'un ruisseau, à même le sol humide. Ils se touchent quand même mais les corps ne se réchauffent pas si facilement par un simple contact. 

    Alors , ils se sentent bien, leurs corps leur appartiennent enfin et ne sont plus utilisés à des fins mercantiles ou autres affaires humaines.  Quand on se sent si bien et qu'on a le sentiment de se connaître depuis longtemps, il n'y a pas besoin de parler pour se rapprocher. Les corps suffisent. Le langage n'est utile que lorsqu'on n'ose pas laisser parler nos corps. Ce couple avançait par la simple communion des corps. Et puis, aidée de la nature qui s'éveille autour, comme ce saule, comme ces fleurs printanières, le couple n'est plus qu'un corps qui se connait. 

    Loïc LT

     

  • Philippe Jacottet, suite !

    Dans la série "tentative de compréhension d'un poème contemporain",  j'ai envie de continuer avec Philippe Jaccottet car je sais que vous êtes devenus amoureux de sa poésie depuis la dernière note qui lui fut consacrée. 

     

    Les eaux et les forêts, partie 1

    La clarté de ces bois en mars est irréelle, tout est encor si frais qu'à peine insiste-t-elle.
    Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si, très loin, où l'aubépine éclaire les taillis, le coucou chante.
    On voit scintiller des fumées qui emportent ce qu'on brûla d'une journée, la feuille morte sert les vivantes couronnes, et suivant la leçon des plus mauvais chemins, sous les ronces, on rejoint le nid de l'anémone, claire et commune comme l'étoile du matin.

     

    C'est un poème d'actualité, on est en mars ! C'est fou mais je n'ai pas vu passer l'hiver. J'ai l'impression qu'une seule nuit a séparé octobre et mars. C'est la première fois que j'ai ce sentiment. Je ne l'explique pas. Heureusement que je n'ai pas attendu l'hiver pour lui dire que je l'aimais car j'ai fait l'impasse sur la saison crépusculaire..

    Non, mais sérieux Philippe, tu t'affirmes comme un poète contemporain et tu écris encore encore sans E. Depuis Mallarmé, c'est ringard de ne pas mettre de E à encore !

    Oui, en mars, le soleil est encore trop faiblard et il fait encor(e) frais pour que la lumière éblouie. Inutile donc qu'elle insiste et le soleil a tout a fait le droit d'économiser de l'hydrogène. Je ne connais pas l'aubépine, je veux bien croire que comme le crocus ou la narcisse, elle fleurisse en mars par contre, une chose est certaine : le coucou ne chante pas en mars, en tout cas pas en Bretagne. On peut l'entendre au plus tôt mi-avril, je dirais...mais en mars, Philippe, non ! 

    On voit scintiller des fumées qui emportent ce qu'on brûla d'une journée

    C'est tellement simple à comprendre qu'on se demande si c'est vraiment du Jaccottet ou alors, il était vraiment fatigué le jour où il a écrit ça parce qu'avec les coucous, ça fait beaucoup ! Ensuite, et bien, je cherche encore que sont les vivantes couronnes qui servent aux feuilles mortes. Une feuille morte est très fragile et encore plus au mois de mars où elle est dans un état de décomposition avancé, alors en quoi peut-elle servir à quelque chose ? Les feuilles mortes sont au ras du sol, elles n'ont plus la force de s'envoler à part peut-être lorsque des tourbillons, annonçant souvent l'orage les dérangent. Mais ça nous avance pas sur les vivantes couronnes. Elles doivent signifier quelque chose dans l'esprit du poète. Il vit encore mais il est très vieux, on peut toujours lui demander.  

    Peut-être l'indication comme quoi il emprunte des mauvais chemins où poussent des ronces qui cachent des anémones peut-elle nous aider mais pas vraiment. Bon, les ronces gardent l'essentiel de leurs feuillages en hiver, on est d'accord. L'autre jour, j'ai taillé ma haie de thuyas et j'en ai enlevé plein et les méchantes m'ont griffé et je me souviens qu'elles avaient encore des feuilles. Les anémones qui sont avant tout des plantes couvre-sol (et qui peuvent donc se laisser envahir par les ronces)  survivent à l'hiver et commencent souvent à fleurir en mars. Mais qui est donc ce "on" qui rejoint le nid de l'anémone...un promeneur botaniste qui en a vu d'autres et qui trouve ça normal de trouver des anémones au bord des chemins perdus ? L'étoile du matin ne peut-être que le soleil et donc, le poète ferme la boucle ouverte avec la faible clarté que cette étoile diffuse.

    Je n'ai fait qu'un commentaire linéaire mais quel est le sens de tout ça ? Faut-il lire la suite du poème pour en trouver l'explication ou bien, doit-on se contenter d'un poème bucolique qui n'a d'autre but que de décrire un sous-bois au début du printemps ? Est-ce une réponse à Rimbaud qui embrassa l'aube d'été ? Trop bling bling, l'aube d'été, un poète contemporain va préférer l'aube d'une nouveau printemps. 

    Cette question ne devrait pas m'empêcher de dormir, ni Gérard Larcher, ni vous. Mais quand même...les vivantes couronnes. Là est la clé du poème.

    Chers amis de la poésie, bonsoir !

    Loïc LT

  • Frère et soeur ( Michel Leiris )

    Pour faire descendre l'audience de son blog (que, sans fausse modestie, je trouve trop élevée ce ce moment), quoi de plus facile que de faire dans la poésie contemporaine ! 

    Mais cette note est une note à part entière et je la dédie à ma sœur. 

     

    Frère et sœur

    comme l'aiguille et le fil

    comme la larme et l'œil

    comme l'aile et le vent

     

    Frère et sœur

    comme la flèche et l'arc

    comme la foudre et le nuage

    comme les veines et le sang

     

    Un vent dur soufflera

    qui tarira la langue habile des sources

    fendillera les poteries d'argile noire

    dans la cave des gosiers

     

    Retournerons-nous jamais

    à nos moiteurs sacrées

    néfastes seulement pour ce qui craint la rouille

    nous qui sommes du fond de la mer?

     

    Il vous faut une explication ou vous êtes grands maintenant ? Michel Leiris est quand même plus abordable que Saint-John Perse ( dont je reparlerai).

    Les deux premières strophes se passent de commentaire. Ensuite, il faut comprendre que la complicité qui unit le frère et la sœur peut être mise à mal par le temps qui passe (métaphore du vent dur) et qui efface les joies de l'enfance et ce qui reste de l'enfance...au fond de la cave où sont entassés les vieilles bouteilles de cidre frelaté que faisait notre père. Je me souviens qu'on piétinait les pommes mélangées avec de la paille. Moi, je l'ai fait toujours, enfin, je crois. Pour bien écraser les pommes et faire couler le jus. Son cidre était imbuvable d'ailleurs, on n'en buvait jamais. Enfance ! On ne buvait jamais sauf quand on avait des invités. Notre père supportait peu l'alcool. 

    Dernière strophe. Cela se complique. Une question est posée qui sous-entend une réponse négative. On ne retournera évidemment pas à cette forme de "sacré" qui entoure l'enfance. Ma patrie, c'est l'enfance écrivait Marthe Bibesco. La patrie est un mot que je déteste mais si on lui retire sa connotation patriotique, il peut retrouver une certaine saveur et s'il s'agit de l'enfance, et bien, cette patrie a quelque chose de sacrée. 

    Un jour, il n'y a pas si longtemps, ma sœur avait scandé à des gens proches réunis autour d'elle "vous êtes mon terreau" et ça a fait son effet. Ce fut le clou de la soirée où étaient réunis des gens qui avaient partagés son enfance. Retournerons-nous jamais à nos moiteurs sacrées néfastes seulement pour ce qui craint la rouille nous qui sommes du fond de la mer ? Mon enfance ne fut pas un long fleuve tranquille - je ne vais pas m'étendre - mais je n'en garde pas un mauvais souvenir et je ne crains donc pas la rouille dont le temps la couvre inexorablement.

    Le fond de la mer ? Oui, l'homme est né dans l'océan...la soupe primitive dont le hasard a fait naître une cellule vivante... ou bien le poète n'a-t-il pas voulu parler de cette même matrice dont sont tous les deux issus le frère et la sœur ?

    Loic LT

  • tentative de compréhension d'un poème contemporain

    Il faut arrêter à la fin de dire que la poésie contemporaine est incompréhensible. Prenons un exemple. Dans le recueil Poésie 1946-1967 de Philippe Jaccottet, j'ai pris une page au hasard.

    philippe jaccottet

    Dans l’herbe à l’hiver survivant
    ces ombres moins pesantes qu’elle,
    des timides bois patients
    sont la discrète, la fidèle,

    l’encore imperceptible mort

    Toujours dans le jour tournant
    ce vol autour de nos corps
    Toujours dans le champ du jour
    Ces tombes d’ardoise bleue

     

    L'herbe survit de toute façon à l'hiver, elle pousse même un peu quand il ne gèle pas. Dans cette herbe, il y a de petits morceaux de bois arrachés sans doute des branches qui tombent quand il y a du vent. Ce sont des brindilles si petites qu'elle font moins d'ombre que les herbes, donc elles sont discrètes. Qui se promenant sur sa pelouse remarque ces petites choses que cachent les herbes ?

    Mais ces petits morceaux de bois s'ils sont peut-être encore un peu verts,  si on gratte un peu sont promis à une mort certaine car le bois ne vit pas sans sève. 

    Ensuite, et bien, évidemment, le jour est tournant. Il passe du matin au soir comme un vol au dessus de nos corps mais comme les petits morceaux de bois morts, nous ne sommes que des tombes en sursis. Pour l'ardoise bleue, je pense qu'évoquant le champ du jour, il veut nous signifier que l'humanité qui ne doit son existence qu'à l'atmosphère représentée ici par le ciel bleu (qui devient une ardoise, c'est à dire quelque chose de solide comme un cercueil) est une tombe en devenir. Le poète part donc de l'infiniment petit (les brindilles) pour finir à l'infiniment grand. C'est assez simple en fin de compte ! 

    Loïc LT

  • [mes brillantes archives] CR254 : du côté de chez Swann - Marcel Proust

    Comme le blog commence à dater et que je suis un peu en manque d'inspiration et que par ailleurs, j'ai envie de relire Proust (reprendre après 'du côté de chez Swan' que j'avais relu en 2013, je me suis dit, tiens, pour une fois, je vais pas me prendre la tête et fouiller dans mes archives qui ne sont pas forcément brillantes mais pas sombres non plus. 

    Loïc LT 

    compte rendu de lecture, octobre 2013 :

    Plutôt que de faire un compte rendu de cette oeuvre (que j'avais lue il y a 20 ans), j'ai décidé de faire comme si je devais la résumer à mes filles. 

    Du côté de chez Swann expliqué à mes filles.

    Le roman se passe au début du XXème siècle en France. C’est l’histoire d’un garçon adulte qui s’appelle Marcel et qui essaie de se rappeler des souvenirs de son enfance dans le petit village de Combray en Normandie mais il n’en garde pas beaucoup à part le fait qu’il avait du mal à s’endormir surtout lorsque sa maman ne venait pas lui faire un bisou et cela arrivait surtout lorsque la famille recevait le visite d’un dénommé Charles Swann, un monsieur très élégant, cultivé et qui connaissait beaucoup de gens importants à Paris ; du coup Marcel n’aimait pas beaucoup quand Swann venait. Un jour pourtant, le simple fait de manger une madeleine avec un thé lui procure une joie intense et fait remonter du fond de sa mémoire tous ces souvenirs jusque-là inaccessibles. Le narrateur peut commencer sa recherche du temps perdu. 

    Marcel et ses parents vivaient à Paris en hiver et chez une tante à Combray en été. Ils sont plutôt riches et n’ont pas vraiment besoin de travailler pour vivre. A Combray, il y a une église avec un joli clocher et puis plein de gens dont Charles Swann qui y possède une maison (mais il en a aussi une à Paris). Swann est marié avec une jolie poupée qui s’appelle Odette de Crécy et toute une partie est consacrée à la façon dont ces deux-là (un amour de Swann) sont tombés amoureux (et ça se passe bien avant que Marcel ne soit né). Après avoir conquis Odette, Swann devient très jaloux, à en devenir fou si bien qu’Odette en a marre de lui mais finalement il s’en fout car il trouve qu’elle n’est pas son genre. Mais ils se marieront quand même et ils auront un enfant qui s’appellera Gilberte.

    On va faire la connaissance de Gilberte dans la 3ème partie du roman (noms de pays : le nom) , partie dans laquelle Marcel nous informe d’abord que faute de pouvoir voyager (parce qu’il a une santé fragile), il essaie d’imaginer à quoi ressemblent les villes et les autres pays à la simple prononciation de leur nom. Ensuite, nous sommes à Paris en hiver. Un peu par hasard, Marcel et Gilberte deviennent amis en jouant dans un parc près des Champs-Elysées. Quel âge a Marcel, je ne sais pas trop, dans les 12 ans peut-être. Mais lui, c’est plus que de l’amitié qu’il éprouve pour Gilberte, c’est de l’amour ! Il aime Gilberte alors qu’elle, elle considère Marcel avant tout comme un bon ami. Et puis, Marcel devient un peu marteau et devient amoureux de tout l’univers de Gilberte et notamment de ses parents, comme Swann par exemple qu’il détestait tant avant parce que ses visites l’empêchaient d’avoir un bisou de sa maman.

    Voilà un peu près l’histoire. Il ne se passe pas grand-chose dans le roman. Pour Marcel Proust, les sensations comptent plus que les faits et il aime bien décrire les gens physiquement un peu mais surtout psychologiquement, c’est-à-dire qu’il essaie de comprendre pourquoi les gens agissent d’une façon plutôt qu’une autre. Et il le fait très bien, aucun écrivain n’a réussi à le faire aussi bien. Mais il faut s’accrocher car souvent les phrases sont très longues et on s’y perd un peu !

    Loïc LT

    kindle/lecture :octobre 2013, 5/5

  • CR310 : l'insouciance - Karine Tuil

    41zBmpIu7WL._SX339_BO1,204,203,200_.jpgFrançois Vély est un riche entrepreneur en communication  et s’apprête à fusionner avec une société américaine. Tout roule en apparence pour lui mais sa vie publique cache une vie privée chaotique. Deux fois divorcé, sa seconde épouse s’est défenestrée. Il vit actuellement avec Marion Decker, une journaliste free-lance qui couvre les zones de conflit. Et puis, surtout, il met un point d’honneur à cacher ses origines juives, ce que son père avait déjà fait en changeant le nom Lévy et Vély. Pour couronner le tout, Thibault, un des enfants de François se radicalise et reproche à son père de renier sa judéité.

    Sa vie amoureuse avec Marion est complexe mais cette dernière apprécie le luxe et l’insouciance que lui procurent la richesse de son mari. Ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureuse de Romain Roller, un soldat qui revient d'Afghanistan et qui doit rester quelques jours dans le ‘sas de décompression” de Chypre. Romain est meurtri par la violence à laquelle il a assisté sur le terrain mais le couple est fusionnel, sexuellement avant tout.

    Parallèlement, on suit l’histoire de Osman Diboula, un black des quartiers chauds de Paris, porte-parole des insurgés lors des émeutes de 2005. Cette mise en lumière lui permet d’intégrer l’Elysée où l’on cherche à faire dans la diversité. Osman vit avec Sonia, la plume du président. Le couple est beau, noir, on les appelle les “Obama” de l’Elysée. Mais Osman ne supporte pas que ses origines soient la raison de son succès. Il est évincé par l’Elysée après que le président ait décidé de droitiser son discours et de se lancer sur le thème de l’identité nationale.

    Il est clair que les personnages de ce roman “documentaire” (je sais, je le dis souvent) et très bien renseigné sont les avatars de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, Xavier Niel etc.

    Le titre l’insouciance peut surprendre. Est-ce une antiphrase tant le monde dans lequel vivent tous ces gens est violent (dans les mots et parce que la guerre ) ou bien peut-être, c’est vrai, calfeutrés l’un, dans sa cour d’ivoire et d’autres dans le palais de l’Elysée n’ont pas réalisé que le pire était à venir et que le terrorisme islamiste ne serait pas vaincu par quelques actions armées.

    Dans ce roman brutal et sans fioriture, l’auteure n’a pas oublié l’intimité des protagonistes, directement touchés par les éléments extérieurs. Les couples se déchirent emportés par la violence du monde dont ils sont à leurs façons des acteurs. Soldat, journaliste, chef d’entreprise...plus on avance dans la lecture, plus on pressent le pire, le pire que peut-être donc tous ces gens n'avaient pas pressenti...l'insouciance

    On n’apprend rien de ce qu’on sait déjà du terrorisme mais ce roman permet de voir les choses de l’intérieur et non de façons superficielles et spectaculaires tels que traitées par les journalistes de BFMTV.

    Je pourrais reprocher son manque de valeur littéraire. Mais il est évident que l’auteure ne pouvait traiter ce roman d’actualité autrement. Sinon, je lui trouve des accointances dans le style et dans les "obsessions" (sexe, étude du couple, mondialisation) avec Eric Reinhardt, l'un de mes écrivains français préféré. 

    Il faut saluer la force de ce roman qui décrit le monde d'aujourd'hui et son impact sur la vie de ceux qui en sont les acteurs. Il n’y a pas de manichéisme, les choses sont dites telles qu’elles sont. Un roman comme celui-là vaut plus que mille article de presse. Mon rêve : que Karine Tuil m'accorde un petit entretien pour l'espèce de blog ( mais très fréquenté depuis quelques semaines !)

    lecture : janvier 2017 (liseuse kindle). édition papier : 528 pages, éditeur : Gallimard. parution le  18 août 2016.

    ma note 4/5

    Loïc LT 

    (corrections ortho à venir)

  • CR309 : là où les tigres sont chez eux - Jean-Marie Blas de Roblès

    compte rendu de lecture, littérature, littérature française, 2008, prix médicis, lecture, culture, zulmaCommencé début décembre, j’ai terminé ce roman-fleuve ce 31 décembre quelques minutes avant minuit. Ce fut une course contre la montre. Drôle de réveillon ! Il était hors de question que je continue à porter ce fardeau en 2017. Repartons sur de bonnes bases et pour ma part, ce sera l’insouciance de Karine Tuil.

    Globalement, là où les tigres sont chez eux m’a ennuyé. L’auteur aurait mieux fait de laisser les félins tranquilles et utiliser son talent pour un autre sujet. Et oui, j’attaque 2017 avec la férocité d'un tigre ! On ne change pas une équipe qui perd -)

    Difficile de résumer ce pavé...alors faisons court. Il se compose de 4 histoires plus ou moins indépendantes dont la plus importante est celle de la vie trépidante du Père Athanase Kircher, un jésuite vivant au XVIIe et dont les aventures nous sont racontées par son disciple Caspar Schott. Kircher était un curieux. Fidèle à ses convictions religieuses, il n’aura toute sa vie de cesse de résoudre des énigmes scientifiques, d’inventer des machines défiant l’entendement et surtout de tenter de trouver l’énigme des hiéroglyphes. Il écrit beaucoup pour faire part de ses découvertes….mais l’histoire nous montrera qu’il s’est trompé sur quasiment toute la ligne. Paradoxalement, même si on peut trouver le personnage ridicule, sa quête de la vérité scientifique ( à qui il cherche toujours forcément une origine chrétienne) force l’admiration.

    Retour au XXe : Eléazar von Wogau est correspondant de presse pour Ouest-France Pontivy au Brésil et est chargé par je ne sais plus qui d’écrire la biographie de Kircher, ce à quoi il s’attaque sans réelle conviction. Parallèlement, on suit les aventures de son ex-femme, Elaine, partie en exploration aux confins de l’Amazone et de Moëma, fille des deux précédents. Homosexuelle et toxicomane, elle est capable de tout et n’importe quoi, part en excursion dans des contrées libertines où il lui arrive des malheurs...et c’est là qu’intervient un certain Nelson, un pauvre paralytique ( et qui est la figure principale du quatrième volet du roman) qui sauve la vie de Moëma qui s’était encore foutue dans de sales draps.

    Voilà à peu près le résumé. Compliqué mais difficile de faire plus simple. Il doit y avoir un fil rouge dans ce roman mais je ne l’ai pas trouvé ; je ne lui ai trouvé que du fil à retordre. On pourrait peut-être saluer le tour de force de l’auteur de nous narrer dans un même roman la vie d’un jésuite du XVIIe et celle d’une toxicomane vivant au Brésil au XXe. On pourrait peut-être mais pour ça il faudrait trouver ce fameux fil rouge...alors pourquoi ne pas subodorer que l’écrivain a voulu nous raconter la vie de gens aux moeurs contraires mais ayant pour point commun de se fourvoyer….dans l’erreur pour l’un et dans la débauche pour l’autre. Je passe sur les mésaventures d’Elaine en Amazonie qui aussi folles soient-elles n’apportent pas d’eau au moulin, à part peut-être celle de divertir le lecteur lassé des expériences abracadabrantes du Père Kircher ( qui meurt à la fin).

    Conclusion : pas véritablement emballant, ce roman possède au moins le mérite de nous faire voyager dans le temps et dans l’espace. l’Amazone tient une bonne place dans ce récit...mais pas autant que l’ennui.

    Sorti en 2008 et lauréat du prix Médicis, je l’avais acheté la même année. Il m’aura fallu 9 ans pour m'y atteler, pour au final le lire sur kindle ( qui ne fait que 150 grammes alors que le bouquin - que je vais déposer dans la cabine téléphonique de Grand-Champ transformée en boîte à livre,  pèse 3 kilos -). 

    lecture : décembre 2016 (liseuse kinkle). édition papier : 765 pages, éditeur : Zulma. anecdote : tous les ‘et’ sont écrits en mode &. prix Medicis 2008. ma note : 3/5

    Loïc LT

  • CR308 : chanson douce - Leïla Slimani

    41EYjgteJdL.jpgLui travaille dans un studio de production musicale, elle, après son congé maternité reprend son activité d’avocate. Sur les conseils d’un ami, il décident d’embaucher Louise, une nounou pour s’occuper de leurs deux enfants. Elle a tout de la nounou parfaite.

    Mais l’auteure ne laisse pas durer le suspense. Dès le début, on se retrouve dans un bain de sang avec un enfant mort et l’autre sur le point de l’être. Louise est la meurtrière. Tout le long du récit, on revient très peu sur le drame mais  avec une écriture sobre et sans fioriture, la romancière repart du début et tente de comprendre comment l'horreur a pu arriver. Paul et Myriam étant très pris professionnellement (chacun a le désir de monter en hiérarchie), c’est le quotidien de Louise que l’on suit, comment elle choie les deux enfants et surtout comment subrepticement, elle ne devient plus seulement nounou mais gouvernante. Elle fait tout à la maison et le couple se repose totalement sur elle. Ils l’invitent même à venir en vacances avec eux en Grèce. Mais petit à petit, les relations se détériorent. Le lecteur réalise que Louise sombre dans la folie alors que le couple se pose de plus en plus de questions mais sans s'alarmer plus que ça. Ils la trouvent tout au plus de plus en plus envahissante au point qu’ils voudraient s’en débarrasser mais ils n’arrivent à s’y résigner tant elle fait un peu partie de la famille. 

    Les enfants grandissent, vont à l’école, Louise n’a plus vraiment de raison de rester dans le ménage mais elle ne se fait pas à cette idée. Elle fantasme sur l’idée que Myriam pourrait retomber enceinte et fait tout pour que Paul et Myriam soient libérés des enfants le soir afin de concevoir ce troisième enfant qui lui permettrait de rester car elle ne voit pas d’autre issue à sa triste vie solitaire .On assiste donc au désarroi de Louise qui se transforme en naufrage. Elle sombre dans la folie, folie à peine perçue par les parents trop accaparés.

    En plus d’être le roman des causes profondes d’un fait divers atroce, il s’agit aussi pour l’auteure de nous décrire notre société contemporaine dans laquelle le travail prime sur tout et où la solitude en milieu urbain nous empêche de considérer l'autre. 

    Le titre peut paraître surprenant mais la chanson est souvent douce lorsque Louise s’occupe des enfants (et par ailleurs, Louise ne sait pas chanter autre chose que des comptines). On pourrait aussi considérer que c’est une antiphrase. Un peu des deux. Chacun voit. 

    C’est un roman captivant comme lorsqu’on regardait faites entrer l’accusé le dimanche soir mais d’un point de vue littéraire, ça n’atteint pas les sommets des monts d’Arrée. Tel n’était sans doute pas le but de Leïla Slimani  qui n’a pas démérité car elle maîtrise parfaitement la technique du roman. Sa valeur s’arrête là...mais elle peut se défendre en arguant qu’elle n’a jamais demandé à recevoir le prix Goncourt.

    C’est ainsi qu’on donne désormais  une prime au caractère social d’un roman plus qu’à sa valeur littéraire. Aujourd'hui, l’idée dominante est que le roman doit avoir une fonction sociale. Mais imaginez que ce roman figure dans le même palmarès que “à l’ombre des jeunes filles en fleur’ !

    Je n’accable pas Leïla Slimani, au contraire, je l’envie d’avoir pu écrire ce roman et l’invite à me coacher pour l’écriture de mon roman-fleuve qui évoque l’histoire d’un couple suisse qui achète un moulin breton et finit par y accueillir des artistes qui ne savent pas le piège dans lequel ils sont tombés. Les soirées arrosées et la proximité d'un canal ne font pas bon ménage. 

    lecture novembre 2016 (en une soirée), liseuse kindle (240 pages dans l'édition papier), éditeur Gallimard, parution 18 aout 2016, prix Goncourt 2016, note : 3.5/5

    Loïc LT