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l'espèce de blog

  • poème naïf

    grand-champ, cabine téléphonique, livre, square

     

    Poème naïf*

     

    Nous discutions de rien affalés sur un banc

    Lorsqu’apparut soudain s’engageant sur le square

    Une mignonne comme il est courant de voir

    Dans ces bourgs situés au cœur du Morbihan.

     

    La créature alors ménageant son effet

    D’un pas sûr se rendit vers la cabine qui

    Était la raison de notre présence ici

    Bien que mon compagnon  n’y voyait point d’attrait.

     

    Dix minutes plus tard, ayant fini sa pioche

    Je m’enquiers du bouquin dépassant de sa poche.

    On n’a pas bien compris mais de nous s’approchant

     

    On a parlé d’Orwell et de son oeuvre culte

    Qu’elle cherchait en vain dans tous ces édicules

    Dans lesquels aujourd’hui s'empilent les romans.

     

    Loïc LT (25.08.2016)

    * sur une histoire vraie (square près de la chapelle à Grand-Champ)

     

  • vie d'Igitur

    J'ai rencontré Erevan Dana tout à fait par hasard. Il était minuit et il était allongé sur l'herbe dans un champ près de Trémargat. Rien n'avait de sens, sauf ce minuit. Je l'ai revu le lendemain et il m'a dit 'certainement subsiste une présence de minuit'. Je m'en serais bien passé. Il ne me restait rien de ce minuit. Erevan était attablé devant une église agonisante et il me racontait l'histoire d'un enfant de dix ans devenu fou à cause d'un jouet dont l'attachement lui était devenu obsessionnel. Plus tard, l'enfant est interné dans un établissement où on lui laisse la jouissance de l'objet. Après m'avoir raconté cette histoire abracadabrantesque , le dénommé Erevan s'est volatilisé. 

    C'est l'histoire de cet enfant que je vous raconte. Pour les non rimbaldiens, cherchez un peu et vous comprendrez le pourquoi de la couleur des voyelles.

     

    Vie d’Igitur

     

    La bâtisse est grande, austère et les parterres

    Agrémentent le parc où des individus vont

    Et viennent sans savoir dans quelle direction

    Ils pourraient retrouver un bout de fil de fer.

     

    L’un deux, la trentaine porte un piteux veston,

    Ainsi que dans ses bras, un cube gigantesque

    Multicolore et que par des gestes grotesques

    Il manipule avec ferveur et obsession.

     

    Igitur avait cinq ans que déjà ce marmot

    Dormait avec l’objet qu’il fourrait dans son sac

    Avant de partir pour l’école André Malraux.

     

    Sur son bureau trônait, le rectangle magique

    O bleu, u vert, i rouge, murmurait ce maniaque

    Que l’on regardait comme un débile authentique.

    Loïc LT ( 24/08/2016)

    *prononcer Iguitur.

     

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  • soirée ciné : l'économie du couple - Joachim Lafosse

    ob_36a984_capture.JPGSuis-je objectif lorsque je dis qu’il n’y a pas beaucoup de villes auxquelles on s’attache autant qu’à Lorient ? Sans doute pas, mais admettons que si. Je n’ai jamais habité dans cette ville portuaire, qui d’un point de vue architectural n’a rien pour elle puisqu’elle a été complètement détruite en 1944. Mais j’y ai fait deux ans d’étude, mes deux filles y sont nées, je suis fan de son équipe de football et pour des raisons diverses, je l’ai toujours considéré comme ma ville de cœur. Et c’est pour ça que ce soir, en sortant de la séance du cinéma, je me sentais bien alors que la nuit était tombée et que la vie nocturne avait pris le relais, une vie nocturne post-festival qui n’est pas pour me déplaire car je n’ai jamais pu supporter cette manifestation folklorique.

    Nous nous sommes donc rendus tous les quatre au Cinéville, les filles pour voir Insaisissable et Prisca et moi pour prendre une leçon d’économie. Bizarre dans un cinéma me direz-vous..Et bien le fait est que le film l’économie du couple porte bien son nom parce que son sujet principal consiste dans la problématique financière d’un couple en perdition. Les deux ex-amoureux, parents de deux jumelles de 6 ou 7 ans n’ont d’autres choix que de continuer à cohabiter ensemble car ils ne sont pas d’accord sur la part qui revient à chacun...elle, considère qu’elle a le droit aux deux tiers et lui pense que c’est 50-50. C'est la raison de tous les coups de gueule, parce qu’en dehors de ça, le désamour qui est présent dès le début du film ne nous est pas expliqué. Il y a juste lors d’une soirée où elle avait invité des amis que Marie dit qu’elle ne supporte plus Boris pour ce qu’il est, pour ses gestes, pour le son de sa voix etc etc. C’est épidermique, elle n’aime plus cet homme. Lui, par contre semble toujours amoureux d’elle et dans cette période de cohabitation fait comme si la vie continuait comme avant espérant peut-être qu’à force, elle reviendra sur sa décision. Mais son attitude désinvolte agace Marie qui a plus de caractère que Boris qui  ne baisse cependant  pas les bras. Les enfants sont malheureux, va sans dire et en fin de compte…. l’histoire semble bien banale.

    J’ai aimé ce film car le jeu des acteurs est juste, il n’y a pas de débauches de moyen (d’ailleurs l’essentiel des scènes se joue entre la cuisine et le salon), c’est un film qui colle à son époque et personnellement, c’est ce que je recherche dans le cinéma...qu’il soit au plus proche de la réalité. Dans la voiture, en rentrant, Prisca était plus réservée. Elle pense que le cinéma doit permettre de s’évader, de voir autre chose que ce que l’on voit au quotidien. Je respecte cet avis et je ne suis pas contre un James Bond de temps en temps. Mais je me suis régalé de toutes les scènes de ce film, un peu comme si je regardais un Sautet. Et c’est vrai que ça se répète un peu mais à chaque fois, comme dans un jeu d’échec, chacun tente d’avancer ses pions pour tenter de faire craquer l’autre. Dans ce “drame budgétaire’, la musique (le prélude en si mineur de Bach) est à l’image du film, c’est comme une ritournelle qui ne semble pas trouver sa conclusion un peu comme ce couple qui tourne en rond pour une question d’argent. Mais dans l’esprit du réalisateur, est-ce que “l’économie” n’était à prendre qu’au premier degré ? Je pense que non. Ce couple en crise avait-il la possibilité de faire l’économie de sa désunion ? Vers la fin, on constate un petit revirement. L’affection semble revenir. Marie accepte de prendre la main de Boris, accepte de danser avec lui et même, dans un moment de désir, de faire l’amour. Il ne manquait pas grand chose pour que ce couple se retrouve. Mais Marie avait dès le début, pris une décision ferme et n’a jamais voulu y revenir (d'ailleurs, on n'est pas dupe de ces soi disant week-ends qu'elle va passer seule chez son amie Lucie...là, c'est moi qui subodore -). Un moment, la mère de Marie dit quelque chose de très juste qu’on remarque d’ailleurs dans nos quotidiens : un peu comme on jette des objets qu’on n’a plus besoin ou qu'on renouvelle du  matériel non obsolète, de plus en plus les couples considèrent que l’amour est une denrée jetable, qui en appelle une autre....discutable.

    l’économie du couple, 2016. réalisation : Joachim Lafosse. acteurs principaux : Bérénice Béjo, Cédric Kahn, Marthe Keller. film franco-belge. ma note :4.5/5

    Loïc LT

  • (course à pied) - trail de Gourin le 14 08 16. Souffrance sur les hauteurs

    Les montagnes noires n'ont de montagnes que le nom car elles ne culminent qu'à 350 mètres. N'empêche que lors de cette fameuse course - le trail des crêtes des montagnes noires - (où j'ai fini dans les derniers mais battu quand même un record : celui de ma plus longue distance parcourue dans une course: 33 kms), on avait vraiment l'impression parfois d'être en haute montagne. Parfois, on devait même escalader des rochers avec des cordes et sur certaines pentes, il fallait avancer comme des singes, fou rire garanti. Il faisait chaud et je courais avec mon meilleur ami.On avait décidé de ne pas se quitter. On aurait été enchaîné, ça aurait été pareil. 

    J'ai beaucoup souffert. Dans les 10 derniers kilomètres, mes jambes étaient telles des traverses sncf. Je ne pouvais plus les articuler. Avec les crampes, en plus, c'était l'enfer sur la terre armoricaine. Et comme on savait que nos familles nous attendaient sur la ligne d'arrivée, on voulait quand même arriver en courant, fiers et dignes, ce qui était, même si c'était plat sur la fin, un sacré défi mais on y ait arrivé quand même ! Les traverses sncf ont bien voulu se plier un peu. Quand je suis arrivé, je me suis écroulé et on a passé un bel après-midi entre amis sur les bords du Scorff.

    Mais avec le recul avec mon ami, on en garde un souvenir mémorable. 

    'La douleur diminue quand elle est partagée.' Charles Albert Demoutier

    prochaines courses :

    - semi-marathon Auray-Vannes, le 11 septembre 2016

    - marathon de Vannes, le 16 octobre 2016 (avec un nouveau record de distance en vue).

    Loïc LT

    photos de l'enfer (prises par Bobby LeBouhellec, lien ici ):

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  • recensement des cabines # 71 - Sainte-Hélène-sur-Mer (56)

    Quand j'étais ado, nous n'avions pas l'habitude d'aller à la mer qui ne se situait pourtant qu'à une demi-heure de Languidic. Par ailleurs, je n'avais pas appris à nager en école primaire. Alors, lorsque tonton Michel m'a offert un vélo qui ressemblait un peu à celui-là,

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    je me suis mis à pédaler, j'allais souvent autour du Blavet et puis un jour je me suis dit "pourquoi ne pas aller à la mer ?". J'avais quoi 16 ans et demi, jouant rarement les tombeurs même si parfois je me retrouvais souvent groggy avec des larmes plein le coeur (après avoir été largué par Loraine ou Sophie, hein, je meuble ikea). 

    La plage la plus proche était Plouhinec et se situait à 28 kms de Languidic. Je me souviens très bien du trajet : Languidic (cabine) - Brandérion (Cabine) - Nostang (Cabine) - Sainte-Hélène (Cabine) puis Plouhinec (cabine ?). Je partais donc en début d'après-midi sans rien dire à personne, sans serviette ni maillot de bain et je me sentais bien !

    Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre naturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était - Et je m'en aperçois seulement ! (AR)

    A la différence de Rimbaud, je me complaisais dans ma solitude. Je n'étais pas forcément un être épanoui mais c'est avec un brin de nostalgie que je me souviens de cette époque où je découvrais la littérature, la natation (et n'ayant pas de maillot de bain, je me baignais nu sur la plage déserte)...et l'économie aussi parce que je me rappelle que je posais plein de question à mon père sur la bourse parce qu'il y avait ce fameux encart avec les cotations dans le Ouest-France dont je ne comprenais rien.

    Donc, j'enfourchais mon vélocipède et partais, libre comme le vent. Languidic, Brandérion, Nostang. A Nostang, les marécages commencent à  signaler que la mer n'est pas loin mais c'est en arrivant dans le bourg de Sainte-Hélène que je me sentais proche du littoral.

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    Il y avait l'avant Saint-Hélène et l'après. Aujourd'hui donc, après une introduction autobiographique longue et nostalgique, je vous fais visiter le bourg de Sainte-Hélène, qui s'appelle depuis peu officiellement Sainte-Hélène-sur-mer (raison du changement : trop de Sainte-Hélène en France). C'est une connaissance qui m'a informé de la présence d'une cabine dans ce joli bourg de caractère. Elle se situe à sa sortie direction Plouhinec au milieu d'un parking triste et près d'une cité pavillonnaire. 

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    Son numéro d'appel est le 36 60 35 (on est dans le Morbihan, est-il encore utile que je vous donne les 4 premiers chiffres ?). Quand on appelle, ça sonne et quand la sonnerie d'une cabine retentit on est surpris, on a l'impression de se retrouver 30 ans en arrière ou dans un téléfilm de Maigret. C'est une cabine à carte mais je ne me risque plus à tenter d'émettre d'appels. 

    Le centre bourg est caractéristique des bourgs côtiers du Morbihan. Les murs sont blancs ou en pierre, les routes bitumées et pour peu qu'il fasse beau (comme en ce 13 août 2016) il n'y a pas beaucoup de contribuables à traîner dans la place. 

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    Quelques-uns cependant prennent du bon temps sur la terrasse de l'un des deux cafés du village (le Napoléon), café qui se situe à côté de l'épicerie moderne. 

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    Sainte-Hélène-sur-mer apporte un soin particulier au fleurissement du bourg. De grandes vasques contiennent des hortensias, pétunias, heuchères et autres fleurs en plastique aux couleurs marquées. 

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    De l'autre côté du Napoléon, il y a cette maison devant laquelle nous nous sommes arrêtés quelques instants. On a discuté avec son habitant qui nous a pris pour des touristes. Je n'ai pas démenti. Je me sens toujours un peu touriste quand je visite des bourgs. 

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    photo parmi d'autres...

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    A la fin, j'étais las de ce monde ancien. Après avoir lu les messages laissés par des retraités dans l'abribus,

    abribus.jpg

    je me suis endormi dans cet abri sempiternellement parrainé par Groupama, je me souviens avoir rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, baiser montant aux yeux des mers avec lenteur, la circulation des sèves inouïes et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs :

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    Sainte-Hélène-sur-mer , (56700), Morbihan , bourgmestre  : Pierre Le Fur  (depuis 2014),  1156,3 hélénois, cabine téléphonique accessible handicapés et pouvant recevoir des appels d'offres. reportage réalisé le 13 août 2016. 

    Loïc LT

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  • le bateau ivre (version finale)

    Je n'aime pas trop l'idée de toujours se filmer, (d'autant que je n'aime ni me voir ni ma voix),  je préfère l'écriture mais pour le projet bateau ivre, il fallait que je me filme. Donc, c'est terminé. Le poème est acquis, il est dans la boite, la diction est loin d'être parfaite, la forme non plus mais je ne suis pas acteur. Le bateau ivre, c'est fini, il est coulé. Il resurgira dans ma vie en épave (mais vous savez, même les épaves ont la trempe des braves...). 

    Loïc LT


     

  • Algarve

    Algarve

     

    A Cacela Velha, midi roi des étés,

    Sur la place pavée où tout est désolant,

    Le ciel est d’encre par / dessus les toits brûlants

    A Cacela Velha, c’est le coeur de l’été.

     

    Dans les casas, attend l’habitant rêvant du

    Couchant, lorsque le large envoie un soupçon d’air

    Et quand le soir, il sort, on devine qu’il erre

    Comme un spectre pleurant l’individu qu’il fut.

     

    Et la cabine seule a connu la lueur

    Les poussières et l’astre aux rayons destructeurs,

    Elle a vu le silence et l’épreuve des larves.

     

    Beige et désopilante, inutile et vacante,

    Elle dresse pourtant sa carcasse imposante

    A Cacela Velha dans le sud de l’Algarve.


    Loïc LT, 11.08.2016

     


     

  • la cabine de Cacela Velha (Portugal)

    Il y a encore un mois, je n'aurais pas été capable de parler du Portugal ici. Mais le sport est l'école de la vie et il faut savoir en accepter les règles et les injustices, car oui ! les français étaient supérieurs aux portugais aussi valeureux fussent ces derniers. Mais depuis, il s'est passé des choses graves qui ont remis les choses à leur place, c'est à dire le foot à ce qu'il est, c'est à dire un jeu. Alors Viva Portugal !

    J'ai reçu hier ce MMS magnifique de la sœur de ma femme qui n'est autre que la fille de la mère de ma partenaire de jeu et par ailleurs aussi tante de mes enfants (ça fait beaucoup pour une personne) :

    cabine téléphonique, portugal

    La photo a été prise à Cacela Velha qui se situe sur la commune de Vila Real de San Antonio dans la région de l'Algarve (sud du Portugal). J'aime la sonorité de Algarve et il me tarde de le placer dans un poème. Quand on veut placer un mot, on y arrive toujours. Tout de suite, j'ai été saisi par cette photo, la pureté des couleurs, le bleu du ciel, la blancheur des murs, les ombres portées et cette cabine beige qui ne sert à rien puisqu'elle ne contient pas de téléphone, ni même un bibelot d'inanité sonore. Seul son sobre esthétisme lui donne sens. La chaleur doit être accablante, d'ailleurs l'homme est absent. Certainement subsiste une présence de minuit mais il faudrait la chercher longtemps. Donc, ce qui m'interpelle c'est le vide, l'absence, la vacuité. Un personnage (peut-être le Maître) a dû fuir cette pureté et se calfeutrer dans une casa. 

    Ça m'évoque un passage de l'Histoire de l'Art d'Elie Faure (lu par Belmondo dans Pierrot Le Fou) :

    L'espace règne. C'est comme une onde aérienne qui glisse sur les surfaces, s'imprègne de leurs émanations visibles pour les définir et les modeler, et emporter partout ailleurs comme un parfum, comme un écho d'elles qu'elle disperse sur toute l'étendue environnante en poussière impondérable. 

    Et comme cet été (sans fin) est mallarméen, je ne peux m'empêcher de trouver des accointances entre cette photo et le poème en X du poète également appelé sonnet allégorique de lui-même. Qu'est-ce qu'une allégorie ? C'est une façon de représenter quelque chose qui ne peut pas se présenter. Le poème de Mallarmé n'a d'autre but que de se raconter, or, comme il ne signifie rien, il y a comme un phénomène d'effondrement, de mise en abîme. Le poème n'a de raison d'être que lui-même. 

    stéphane mallarmé, sonnet en X

    Mallarmé tente de décrire une pièce vide dans laquelle des objets inutiles sonnent creux. Il l'expliquait ainsi " une fenêtre nocturne ouverte, les deux volets attachés, et dans une nuit faite d'absence et d'interrogation, sans meubles, sinon l'ébauche plausible de vagues consoles, un cadre, belliqueux et agonisant, de miroir suspendu au fond, avec sa réflexion, stellaire et incompréhensible, de la Grande Ourse, qui relie au ciel seul ce logis abandonné du monde."

    Vous avez le droit de penser que je m'égare, c'est une option. Mais cette rue déserte, ces maisons blanches, cet édicule inutile, ce ciel bleu m'apparaissent comme la version diurne du sonnet en X. Avec un peu d'inspiration, je pourrais en faire un sonnet avec des rimes en arve (mais il n'y a que larve et ça m'énarve !) 

    Loïc LT ( qui s'en va puiser des pleurs au Styx)

     

    petit bonus pour rigoler un peu :


  • Paris sens interdits - Etienne Daho. (lecture personnelle)

    étienne daho, paris sens interditsJ’ai relu plusieurs fois le texte de cette chanson (qui est une reprise d'un titre écrit par un certain Arthur Baker en 1989 et qui n'apparaissait sur aucun album d'Etienne). La version de 1989 n’est pas désagréable mais le lifting opéré par Daho en 2015 est remarquable. Plus que le texte que j’évoquerai succinctement après, il faut s’arrêter sur les arrangements, le clip et tout l’esthétisme qui entoure cette nouvelle version. Il n’y a pas un temps mort, les musiciens s’éclatent autant que Daho et que dire de ce jeu de lumière qui subrepticement met en valeur les contours du visage et du corps du chanteur habillé de noir. Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher à ce morceau de pop emballant...d’être trop parfait peut-être. J’espère qu’Etienne le jouera en live en vrai (parce que petit bémol, je doute que le clip ait été enregistré dans les conditions du direct, mais c'est le prix de la perfection).

    Le texte ne prête à aucune confusion et c’est assez amusant qu’Etienne ressorte ce morceau après le succès de en surface où, sous la plume de Dominique A, il feint de regretter ses plus jeunes années, la vie nocturne, les brumes de l'alcool, le paraître...or c’est justement cet univers qui est décrit sans amertume dans Paris sens interdits. Le titre dit tout. D'ailleurs,  en surface bien qu'il soit magnifique est un peu le hiatus (assumé) dans l'album de l'innocence retrouvée !

    Brève étude de quelques bribes du texte Paris sens interdits

    Si tu oublies un jour tes peines, sombres motels, moi languis, entre Bakerstreet et le pont des Soupirs....

    Tous les sites (foireux) qui proposent les lyrics parlent de Pokerstreet mais c’est bien de Bakerstreet qu’il s’agit. Il faut admettre que Etienne le prononce assez mal mais Pokerstreet n’existe pas alors que Bakerstreet est une rue de Londres et le pont des soupirs, qui ne connaît pas ?  Bien, le personnage s’ennuie dans ces endroits trop propres et trop pittoresques et préfère prendre des sens interdits à Paris. S'il n'y avait pas eu la tentation du jeu de mots, le morceau aurait pu tout aussi bien s'appeler Paris sans interdits

    Comme toi lassé, j’espère trouver un monde où me perdre, où de risibles amours éclairent mes zones d’ombre et ces revers, que j’en oublie un jour mes chaînes...d’autres hôtels où s’évanouir, si tu crois au pire en un mot sans mobile...etc etc

    Je peux me tromper (et j'en suis sûr même -)  que les risibles amours font référence au recueil de l’écrivain Milan Kundera dans lequel, si ma mémoire est bonne, il évoque la légèreté et les amours d’un soir. J’aimerais vraiment que le risibles amours de la chanson soit un clin d’oeil à Kundera qui est un écrivain que j’adore.

    Le texte est approximatif et boiteux, les références un peu bancales (un peu comme Paris le Flore et ses lieux communs) mais dans les années 80, on ne faisait pas dans la littérature ! Qu’importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! Mais le texte est avant tout un faire-valoir. La musique et le clip avant toute chose !

    Pour finir, je rappelle que cette nouvelle version fait partie des deux inédits présents sur le best-of l'homme qui marche sorti fin 2015 (à noter que sur deezer, seul ce titre n'est pas disponible...et j'ai remarqué aussi que contrairement à la version de 1989, Paris sens interdits est désormais au pluriel. Il doit y avoir une histoire de droit d'auteur). 

    Loïc LT (qui aime bien les sens interdits aussi).

  • Ad nauseam - Tristan J.

    Ce soir,  je vous présente un texte écrit par un type que je connais un peu pour l'avoir côtoyé quelques jours dans ma vie. Tristan a dans les 20 ans, prend soin de sa personne et il est conscient de son talent. C'est quelqu'un d'ambitieux et de prétentieux mais ne prenez pas ces adjectifs pour des défauts. Il ne se donne comme limites que celles fixées par la loi (et encore) et ne se prédispose pas à prêter allégeance à l'état islamique (il lui préfère l'Etat Poétique).  A ses heures perdues, il réalise des courts métrages et pour une raison que j'ignore, il a de la considération pour moi, mon avis compte pour lui mais il me surestime. Je devrais en être fier mais en même temps, ça me met un peu la pression car je ne crois pas être à la hauteur de son talent. J'ai 43 ans et je connais mes limites, lui en a 20 et ne  connait pas encore les siennes. Nonobstant toute considération sexuelle (car nous sommes tous les deux hétéros) et toutes proportions gardées, j'ai l'impression d'être son Verlaine quand lui serait mon Rimbaud. Rimbaud regardait Verlaine avec considération alors que Verlaine jalousait le talent de Rimbaud. 

    Le problème est que j'ai du mal avec la poésie contemporaine car depuis que la poésie a rompu les amarres avec les contraintes prosodiques, elles est devenue hermétique. Pas plus tard que tout à l'heure, ma sœur qui est prof de français m'informait qu'elle allait essayer de s'attaquer à la poésie de Yves Bonnefoy (recueil : les planches courbes) comme s'il s'agissait d'un défi. Comment se fait-il que les poètes du XXe aient tous eu cette obsession de ne pas se faire comprendre (et après, on s'étonne que la foule - pourtant sentimentale- s'est éloignée de la poésie ?). S'être débarrassé des rimes et des alexandrins ne voulait pas forcément dire se débarrasser du sens. Mais je sais ce qu'on va répondre : que la poésie n'est pas là pour expliquer le monde (pour cela il suffit d'ouvrir un journal) mais pour dire l'indicible, pour suggérer, pour faire réfléchir le lecteur en lui laissant  le choix entre plusieurs interprétations possibles. Et ce dernier point est rassurant ! Je ne comprends rien à ce qu'a voulu dire l'auteur mais je m'en fous, l'essentiel est ce que ce poème signifie pour moi. 

    Ad nauseam est le poème d'un jeune homme. Il y a quelques lourdeurs mais je ne me permettrais pas de critiquer un poème en vers libres. Je sais, c'est un peu facile mais après sa lecture, je proposerai quand même ma petite lecture personnelle. 

    Ad nauseam

    Un début est toujours dur à amputer,
    Un trépas qui ne fait que passer,
    Et je demande jusqu’où ira ma nausée.

    Un pardon telle une charnière,
    Qui se plie à ne plus faire de manière,
    Je m’excuse de mes prédictions,
    Le satyre qui m’attire sans interdictions.

    Oui, je ne peux continuer,
    Elle ne cesse la paresse,
    Mon fort est ruiné
    Mes mensonges ne sont vieillesses,

    Oui je n’ai plus le goût de t’aimer,
    Je ne veux plus goûter à ce que tu m’as apporté,
    Je brouillonne et te fais bouillonner,
    Laisse-moi coudre sur tes lèvres, la haine qui va te pénétrer.

    Femme, monde, infâme et immonde,
    Je suis mon propre bourreau qui va se faire sortir de sa tombe
    Ma tête fut coupée pour mieux percevoir mon corps se faire contrôler
    Qui es-tu ? Marionnette quelques peu coquette ?
    Un pantin sur une pente indolore qu’est ce globe de plaisantin.
    Âme désuète.

    Laissez-moi être fou allié,
    Je vais au bar prendre ma tournée
    Et y retourner pour me barrer
    Y être bourré toute la journée.

    Oui tu m’obsèdes, me taquines,
    Je veux nuire à ces mesquines
    Qui prennent ma haine pour épine.
    Ta jupe est courte laisse-moi soulever ta vie
    Et te souiller avec hâte moi qui plie sous le poids de tes tromperies.

    Oui je suis missionnaire, et entre deux coups d’avant arrière, mon nom sera sanctifié.
    La fournaise démoniaque de ces mots… Je me perds… Laisse-moi sauter de ton égo
    Chute mortelle. Je m’acharne à charmer ces chairs cambrées, ravagé de désir
    Cravaché par le temps, je béni de maudire ces regards qui me rendent esclaves.

    La voix des airs sera mon désert
    La nausée sera mon parterre
    Tes appâts seront mes ulcères.

     

    Un homme a la nausée car il ne fait plus confiance en celle qu'il a profondément aimé (mais je ne comprends pas le mes mensonges ne sont vieillesses..a-t-il voulu écrire ME au lieu de NE et signifier que ses propres mensonges sont si lointains qu'il y a prescription) ? En tout cas, cette femme ( -femme monde- pour montrer l'universalité de ce drame passionnel) infâme en prend pour son grade mais elle reste désirable alors il va se venger. Il va se bourrer la gueule et revenir et afin de lui faire payer  toutes ses tromperies il va lui faire l'amour bestialement afin de rétablir son honneur d'homme (mon nom sera sanctifié).

    Les trois derniers vers, qui sont aussi les plus courts sont les plus beaux. La voix des airs sera mon désert signifie qu'il n'y aura plus de dialogue entre eux, quant à lui, malgré sa prouesse sexuelle, garde sa nausée et puis pour finir de façon bien macabre (mais imagée va sans dire), ce qu'il reste de son amour sera la douleur. Tes appâts (tes restes) seront mes ulcères (ma douleur).

    C'est un poème brutal qui dit la difficulté d'accepter la trahison.

    Loïc LT (poème de Tristan J)