14.05.2008

Pierre-Jean Rémy, André Gide...

30e7c07ade2e3936c5951cb09cbeafe2.jpgJe ne sais pas si je vais trouver l'inspiration pour parler d'un écrivain que je ne connais pas...d'autant que je traverse une période de grosse fatigue. fatigue physique et morale. C'est étrange mais ça coincide pile poil avec le fait que j'ai arrêté de boire du café. Serait-ce que je suis dépendant de la caféïne ?. Malgré tout je trouve la force de ne pas m'endormir trop tôt le soir pour pouvoir écouter tous les podcasts que j'ai en stock et notamment le sublime "du jour au lendemain" de Alain Veinstein. C'est ainsi que je suis tombé sur l'émission du 10.04.07. L'invité  est Pierre-Jean Rémy. Le dialogue dure 40 minutes et c'est un régal, un moment de radio délicieux. J'ai découvert un type enthousiaste, orgueilleux comme il faut, bavard comme il faut. Pierre-Jean Rémy (que personne ne connait ) ne doute pas une seconde de son talent et considère ses récents insuccès comme de simples injustices.  Et il le dit avec tant de certitude qu'on le croit, qu'on a envie de le lire. Et c'est pourquoi je vais le lire..et dans sa longue bibliographie je vais choisir l'un de ceux que l'écrivain préfère à savoir Mémoires secrets pour servir à l'histoire de ce siècle.


AV - comment vous vivez ce silence ou cette indifférence qui accompagne la sortie de certains de vos livres ?
PJR - très mal, très très mal..très mal et méchamment. c'est à dire  quand je vois par exemple que tel de mes livres sort, qui est un livre dans lequel j'ai mis bcp de moi-même et dont je sais que les gens que j'aime l'aiment et l'estiment et quand je vois qu'il n'a que très peu de presse souvent alors que d'autres livres qui paraissent et que j'ai lus et dont je connais les limites de ceux qui les ont écrits etc, sont encensés par la presse et les médias, je suis bêtement jaloux, je me sens méchant. J'en souffre beaucoup parce que vraiment écrire c'est toute ma vie.


Donc ces mémoires secrets rentrent dans ma pal.


3fe6e670e3e828ad4f0969e4d39e0b92.jpg Je lis en ce moment les faux-monnayeurs d'André Gide. (c'est en lisant ce blog que j'ai eu envie de sortir ce vieux poche qui dormait dans la bibliothèque de mon père...).  C'est marrant, j'avais toujours cru que ce roman parlait vraiment de faux-monnayeurs. Et au bout de cent pages, je commence à me dire qu'il n'en sera pas question. J'ai d'ailleurs commencé à le lire sans savoir trop de quoi ça parlait. Il s'avère que c'est une histoire de mecs plutôt homosexuels dans le Paris du début du XX. C'est un roman savamment construit avec des personnages et des histoires qui se multiplient par un système d'enchainement déroutant. Ce qui fait que je le lis avec un bloc-note où j'ai dessiné un organigramme me représentant qui est qui. Pour compenser un peu cette histoire sans queue (-)) ni tête, le lecteur a quand même le droit a un style fluide et très agréable (à des années lumières d'Ovaldé par exemple).
Avec le temps, je me dis finalement que ça ne sert à rien de vouloir s'inventer un style, de vouloir bouleverser les règles de narration. Les romans novateurs ont souvent un style très simple. Et j'espère que Pierre-Jean Rémy ne me décevra pas de ce côté-là.

loïc, 23h00 

12.05.2008

CR35 - pars vite et reviens tard - Fred Vargas

7c50c3c7ffcb53e270977e3866ba0fa1.jpgC'est allongé sur le sable fin de la plage de Gâvres que j'ai enfin terminé ce bouquin. Il faisait aux alentours de 26° mais le fond de l'air était plutôt lourd. L'intérêt de cette plage que nous avions choisi pour cette première sortie en bord de mer de l'année est qu'elle est très longue et que donc les "gens" sont très espacés les uns des autres. On est donc tranquille. (j'en connais qui penseront qu'au contraire, c'est embêtant car on ne peut pas mater.). Donc Chloé comme d'hab s'en ait donné à coeur joie heureuse avec ses coquillages et ses étoiles de mer. Alors que lola, toujours aussi craintive n'a pas bougée de ce qu'elle appelle le "parapluie". Prisca a mis les pieds dans l'eau..et moi j'ai mis tout mon corps, après, je dois l'admettre, près d'un quart d'heure de préparation physique (mouillage des épaules, avancement à petits pas...) et mentale. Une fois que j'ai eu mis ma tête sous l'eau et j'eus nagé quelques mètres, j'ai regagné le sable et pensé que pour un mois de mai, ça n'était pas si mal.
A ce moment là, j'ai sorti le polar de la glacière. Mmmh, il était bien frais, c'était agréable de le toucher et de le faire glisser le long de mes joues brûlantes. Par la même occasion, j'ai bu une petite bière que Prisca avait eu la bonne idée d'emmener...et puis là, coup de barre, je tombe comme une massue et dors à peu près une demi-heure. J'ai toujours pensé que les siestes impromptues sur la plage sont les siestes les plus profondes, les plus réparatrices et les plus merveilleuses qu'il soit. Quand je me suis réveillé, j'ai trouvé le polar à moitié enseveli par le sable. (C'est incroyable comme à la plage les objets ont cette envie de se planquer dans le sable.) Je me suis dit, "toi, je t'achève, ça fait quinze jours qu'on vit ensemble et il est temps  d'en terminer". Et une heure après, ce fut fait. Je me suis donc dit que cet après-midi au bord de l'Atlantique fut une triple réussite :
- les filles étaient heureuses ;
- j'ai réussi à me mettre entièrement sous l'eau (temp 16°) ;
- j'ai fini ce polar.

Le polar est bien écrit, l'histoire est sympa. Mais le fait est que j'en ai un peu marre des flics "originaux" (à tel point qu'aujourd'hui un polar original mettrait en scène un flic banal) et des meurtres en série opérés par des tueurs hyper-intelligents. A la fin, ça lasse. Mais quand même, Fred Vargas arrive à créer une petite atmosphère populeuse sympathique autour de la rue de la Gaîté et de la place Edgar-Quinet. Je n'aurais envie de voir l'adaptation cinématographique que pour une chose : voir comment le réalisateur s'y prend pour rend crédible les criées de Joss Le Guern, seule grande invention de ce livre.
Cette lecture clôt la série des trois romans policiers que je m'étais juré de lire à la suite, histoire de les sortir de ma pal.  Je dirais que je le classe au dessus de Métropolice de Daeninckx mais en dessous de lune sanglante de James Ellroy.  
note : 3/5
Loïc, 00h00 

10.05.2008

sans titre

fd6c012793c26faf9146e5b8dd446d49.jpgJe mets du temps à lire pars vite et reviens tard pour deux raisons :
- vous l'aurez remarqué, je me suis mis au vert ces derniers jours
- et puis je ne suis pas spécialement enthousiasmé pour cette lecture. J'expliquerai pourquoi.

Parallèlement je lis (enfin) les passagers du Roissy- Express de François Maspero et là par contre, c'est un régal. J'aime beaucoup l'idée d'un road-movie en zones péri-urbaines.
extrait :
Donc ils partiraient pour un mois loin de chez eux, disant adieu aux leurs, comme on part pour n'importe quel pays que l'on veut visiter. Il noterait, elle photographierait. Ce serait une balade le nez en l'air, pas une enquête : ils n'avaient nullement l'intention de tout voir, de tout comprendre et de tout expliquer. La règle de base, celle qui conditionnait toutes les autres, c'était de prendre le RER de station à station et, à chaque fois, de s'arrêter, de trouver à se loger et de se promener. Ils regarderaient les paysages, les admireraient ou les détesteraient suivant les cas, chercheraient les traces du passé, visiteraient les musées et iraient au spectacle si l'occasion s'en présentait, ils essaieraient de saisir la géographie des lieux et des gens : de voir leurs visages. Qui étaient ceux qui avaient habité là ? Comment y avaient-ils vécu, aimé, travaillé, souffert ? Qui y vivait aujourd'hui ?

Si je fais un petit effort et que le weekend est pluvieux, compte-rendu du livre de Fred Vargas, dimanche soir.
 
loïc, 8h25 

05.05.2008

le jardin sympa (2) - réalisation d'une rocaille

8157664fd291c90738c14c2296b868d2.jpgAprès la mise en place d'une pinède vendredi dernier (aujourd'hui, trois jours après, je considère l'opération comme étant un succès), la deuxième étape de ces travaux de printemps consistait en la réalisation d'une rocaille, sur la droite de l'allée quand on entre dans la propriété. La première tâche fut d'arracher l'herbe, ce qui a nécessité plusieurs bérouettes. Ensuite, j'ai préparé le terrain  en enlevant les vieilles racines, toutes les saloperies et en démotant la terre. Suite à quoi, j'ai eu l'ingénieuse idée d'agrémenter ce parterre d'une espèce d'amphore dont je ne savais que faire (et que le précédent propriétaire des lieux nous avait laissé) ainsi que d'un gros caillou, qui jusque là se situait dans un endroit où il f8f9430e8c59aaca98065cfad868d7a7.jpgn'avait pas sa place.


A ce moment de récit, je dois préciser une chose. Je me suis inspiré pour cette affaire de l'album 'Martine embellit son jardin' (au passage, je signale que je suis fan de Martine depuis longtemps et en tout cas bien avant tout ce barnum autour des titres des albums). Explication : dans les manuels pour jardiniers, les choses sont souvent trop complexes à réaliser pour au final arriver à faire des jardins..dignes de professionnels. Ce n'est pas mon but. Je veux un jardin simple, familial et pas prise de tête..et c'est en pensant à ça que je me suis souvenu de ces album où la petite Martine, aidé de son frère Jean s'attelle au jardinage et à l'entretien de9f54d15b1a16a1ab5686a5879d628b89.jpg la propriété de leurs parents. Plus que dans le texte, ce sont les images qui m'inspirent (depuis que j'ai lu le roman d'Ovaldé , je ressens ce besoin de revenir à des livres simples..). Par exemple, dans ce livre, j'ai appris comment on pouvait débourber une bérouette avec une simple planche en bois. Et puis surtout, il y a cet escalier en pierre qui me fait rêver. J'ai essayé dans ma rocaille de faire quelque chose d'approchant mais j'en suis loin. Je n'ai pas de si beaux cailloux.


Ce qu'il y a de sympa quand on fait du jardinage, ce sont les courses..surtout que les jardineries sont ouvertes le dimanche. Prisca a choisi la moitié des plants et moi l'autre moitié (cependant que comme d'hab les filles faisaient un bordel monstre dans les allées  a7eef635c0070c167618ed71ab13b740.jpgdu magasin). On en a eu pour 50 euros : correct. Le lendemain, j'ai poursuivi les frais en achetant des bordures en bois (pas visibles sur les photos). Au final, on en a en tout et pour tout pour environ 100 euros.


Après quoi, un peu d'imagination est nécessaire pour disposer tout ça. Il faut considérer la rocaille sous différents angles et faire attention à ne pas trop serrer les plants, surtout quand ils sont appelés à s'étendre, ce qui est souvent le cas avec les vivaces. J'ai fait tout ça ce soir et Moumoute me tenait compagnie. Le résultat me plaît assez même si au départ les plants et arbustes étant petits, on a du mal à se faire une idée de ce qui cela peut donner. Mais j'ai confiance en l'avenir. La nuit étant tombée, je n'ai pas pu prendre de photo avant de rentrer. Loïc lt

 

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04.05.2008

printemps des poètes (7) - Charles Baudelaire, poète surestimé.

20dbfc50627c3d12b6641d5d1d174e2b.jpg Charles Baudelaire occupe une place à part dans mon coeur parce que c'est le poète grâce auquel je suis entré en poésie. J'étais au lycée en seconde et comme souvent à cet âge-là , j'étais un peu con, voire très con, rebelle, antisocial, vêtu de noir et donc, je me retrouvais beaucoup dans les fleurs du mal. Je trouvais qu'il parvenait à mettre des mots sur des idées noires et me récitais par coeur des poèmes comme l'ennemi ou une charogne. (et puis surtout je laissais volontairement le recueil dépaser de ma poche pour que mes camarades et profs puissent voir que je lisais du Baudelaire...) Et puis avec les années, je suis devenu rieur et optimiste et alors Baudelaire m'est sorti par les trous de nez. Aujourd'hui, non seulement, je ne me retrouve plus dans ses vers mais en plus je trouve tout cela convenu et classique. Je ne vais pas vous dire qu'avec un bon dictionnaire de synonyme, on peut arriver à faire quelque chose d'approchant mais bon,y'a de ça. (par contre faire du Grand Corps Malade est à la portée de n'importe quel abruti).
Aujourd'hui, les gens de lettres ou les philosophes se proclament facilement de Rimbaud, Mallarmé ou Aragon mais rarement de Baudelaire. Par contre, à une personne désireuse de connaître les règles prosodiques ou qui voudrait se mettre au sonnet, on  conseillera du lire du Baudelaire. Ce type avait l'obsession du vers bien construit et pour lui la poésie ne pouvait se faire sans respecter des règles ancestrales. ça peut sembler être contradictoire avec l'idée qu'on se fait d'un Baudelaire 'Moderne' et précurseur du symbolisme. ça l'est. Sur le fond aussi, il cultivait l'ambiguïté . Exemple : sa hantise de l'automne et de l'hiver alors qu'on aurait pu penser que ces périodes siéraient mieux à un mec vivant une sorte de dépression permanente. Mon idée est que là encore, il était trop imprégné de classicisme et suivant la trace des romantiques, il s'est senti obligé de condamner ces saisons où la nature décline et s'endort.
Bon, maintenant que j'ai bien cassé le bonhomme, il me faut admettre que quelques poèmes échappent à cette ambiance morose. Non seulement, ils échappent mais ils sont aussi des hymnes à la beauté, à la nature et à la vie. Je pense au  'voyage' (pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes...) mais surtout aux correspondances, sonnet où le poète tente de déchiffrer des analogies entre l'homme et la nature. Ce poème a un sens profond mais est également de toute beauté. J'aurais pourtant une raison de le détester attendu que je l'ai étudié en classe de première de fond en comble, par tous ses bords et ses rebords.
Mais globalement quand même, je trouve que Baudelaire est largement surestimé. (Par les gens de lettres et par l'éducation nationale).

Voici les correspondances :


La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.



02.05.2008

le jardin sympa (1) - plantation d'une pinède

Quand on me demande pourquoi je veux faire une pinède sur la partie nord-est de ma propriété (vu la grandeur, c'est ainsi qu'il faut s'exprimer), je réponds que j'ai une fascination pour le pin maritime et tous ses petits cousins. En effet, le pin m'évoque les bords de mer, ambiance vacances etc et puis il y aussi cette odeur de résine qui monte à la tête. L'autre raison est que je suis avant tout un paresseux et que, j'ai remarqué que mes voisins d'en face, qui ont également des pins sur quasiment tout leur jardin n'ont presque aucun entretien à faire attendu que l'herbe ne pousse presque pas au pied des pins. A la place de l'herbe, le sol est tapissé d'épines de pin et tout cela me fait rêver.

817fb841e5ad45cc7f18355158e74b82.jpgb00fbb7f6aff8f3f59a4f747923fe801.jpga09e193ab290c7cc43614a61c8297474.jpgJ'avais débuté les opérations en septembre 07 avec la plantation d'un pin sylvestre. On l'a appelé Kafka. L'arbre a très bien passé l'hiver et il a déjà pris 2 ou 3 centimètres. J'avais acheté ce pin chez un pépiniériste. Vu le prix et sur le conseil d'amis trotskistes, j'ai décidé pour la suite de procéder autrement en allant me servir directement dans la forêt toute proche. C'est ce que j'ai fait ce matin. Muni d'une cagoule pour ne pas me faire remarquer et de ma fourche pour déplanter comme il faut les arbres, je suis parti en vadrouille..et suis revenu deux heures plus tard avec 3 pins dans le coffre. Je les ai planté et baptisé dans la foulée (Kafka grandira donc désormais en compagnie de Kundera, Pessoa et Zola -l'idée étant que le nom d'un pin doit se terminer par la lettre a).

Je ne suis pas du tout convaincu que les 3 prennent. J'ai notamment très peur pour Zola qui est déjà un grand pin et qui risque de mal prendre ce déracinement brutal, d'autant plus que début mai, la fève est en pleine montée. Déjà ce soir, ces sommets montraient des signes de faiblesse. 

En tout état de cause, j'arrose bien mes 4 arbres, je les bichonne et vous tient au courant de tout ça.

Loic, 17h30 

 

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01.05.2008

passages choisis : les motels vues par Bruce Bégout

5e955b642ca63ebe544213fa2022c6ec.jpgLes motels, tels qu'on les voit dans les séries ou films us n'existent pas vraiment en France ni en Europe. On a des choses ressemblantes comme les formule 1 mais ce n'est pas tout à fait pareil. Bruce Bégout a eu la bonne idée d'écrire un essai sur ce sujet. Le livre est sorti aux éditions Allia, dont il faudrait parler tant elle fourmille de petits livres pas chers sur des thèmes rares et peu porteurs. Je ne fais que parcourir ce livre mais j'avoue que c'est une forme de littérature que j'aime beaucoup car il s'agit de décrire ce que Raymond Queneau appelait des espèces d'espaces, des espaces neutres et sans intérêt.

page 16, Bruce Bégout décrit précisément ce qu'est un motel :

 

Le motel se présente comme un bâtiment simple, souvent de plain-pied, qui n'offre à sa clientèle passagère qu'un unique service : une chambre à coucher. De par sa forme ordinaire et ses matériaux rudimentaires, il ressemble à un entrepôt de marchandises, muni de fenêtres identiques et d'un hall d'entrée d'une simplicité spartiate, où une forte odeur de détergent insensibilise tout sens de l'hospitalité. Les chambres sont austères pour la plupart, pourvues de commodités essentielles (lits, douche, lavabo, télévision), proches d'une place de parking et reliées entre elles en un assemblage monotone. On s'y arrête pour passer une ou deux nuits au maximum, en marge de la ville, presque en marge de la vie, tant on n'accorde en général aucun intérêt affectif ou esthétique à ce séjour. Seul le prix modique nous y attire. Les facilités de paiement, l'accès immédiat, la simplicité des services, une place de parking garantie, comptent également pour beaucoup dans notre choix. La logique du peu régit de part en part notre usage du motel. Pour l'homme urbain, cette modicité du séjour n'est pas qu'économique ; elle n'épargne pas seulement son portefeuille, mais aussi ses nerfs. Favorisant une forme d'abattement tranquille, le motel entraîne en effet chez ses visiteurs une manière d'économiser gestes et paroles, de se laisser envahir par l'anesthésiante simplicité du Banal.

0078318f60c79e2cae59878d0ca3cef8.jpgL'atonie générale du bâtiment prêt-à-dormir se retrouve dans les façons frustes d'occuper l'espace : les formalités administratives qui accompagnent habituellement l'installation dans un hôtel sont ici réduites à leur plus simple expression. Il suffit de donner son nom ou plus simplement encore le numéro d'immatriculation se son véhicule, et, quelques secondes après, on peut se diriger vers sa chambre. De la même manière, tous les codes de sociabilité plus ou moins tacites qui organisent les relations au sein des bâtiments publics sont ici limités à quelques mots d'usage, au geste rudimentaire de prendre et de rendre sa clef. La codification minimale des lieux déteint sur le comportement humain. L'échange entre les clients se réduit à une entente mutuelle très pauvre qui consiste généralement dans la volonté de ne pas empiéter sur le domaine de l'autre, de ne pas lui faire d'ombre ni de lumière, cet autre présent et absent, devenu presque mystérieux par sa discrétion, que l'on devine furtivement au bout d'un couloir, en train de pénétrer dans sa chambre, ou toussant derrière les cloisons, mais que l'organisation spatiale du motel nous empêche absolument de rencontrer. Même si les voyageurs ou le gérant voulaient nouer une relation plus profonde, la structure des lieux les en dissuaderait. Dans un motel, tout est fait pour couper court à chaque tentative de constituer des "lignes de sympathie", des transistions douces d'une humeur à une autre, d'une parole à un geste. La disjonction règne en maître et renvoie chacun à sa propre existence privée sans porte ni fenêtre.

 

29.04.2008

l'esprit des choses (vu par Vargas, De Nerval...et moi-même)

J'avais sous le coude une note où il était question de toutes ces tracasseries qui nous arrivent dans la vie et surtout le matin : les objets qui ne se laissent pas faire, les gens qui font n'importe quoi, les divers incidents et obstacles saugrenus qui amènent souvent à penser qu'une sorte de Conscience subliminale s'efforce de compliquer la vie des êtres humains (et tout spécialement celle des travailleurs et des travailleuses). Je m'étais persuadé que tous ces embêtements atteignaient bien plus le moral des gens que les difficultés de leur vie sentimentale, leur situation financière brinquebalante ou la politique gouvernementale.

Mais en lisant le début du livre de Fred Vargas, je me suis aussi dit qu'elle savait mieux exprimer tout ça que moi (et y'a pas de mal...). Je laisse donc la parole à l'auteur de pars vite et reviens tard :

Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses était à l'évidence chargé d'une énergie toute entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation, parce qu'offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme, du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inacessible, déclenchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d'ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d'un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaisement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C'est ainsi que les choses, animées d'un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d'esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l'homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme une chien, n'épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Josse n'aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu'aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l'âme et la troisième la vie.

 

300319842669d092bca2d5f2727a84bf.jpgMais j'avoue que je ne crois pas que les choses aient un esprit. Mais de le penser permet de trouver un bouc-émissaire facile et ainsi de donner du sens aux matin-galère. Et puis, il faut admettre que ça concerne surtout les gens gauches, maladroits et souvent impatients. Devant un paquet de café, en prenant son temps et en élaborant un plan d'attaque précis, on peut arriver à déposer du café moulu dans le filtre sans en mettre partout. Je suis persuadé que c'est une question de logique et de patience. Je me répète mais c'est important de dire que l'homme peut vaincre les choses, même quand elles semblent hostiles. Enfin merde, quoi. Regardez ce qu'on a fait de la planète en 3.000 ans. Au début, il n'y a avait que de l'eau, de la végétation, des montagnes..et aujourd'hui... non mais c'est hallucinant, tout ce qu'on a réussi à faire avec les choses, en connaissant bien la matière choses. Et ce par la seule force de l'esprit (dont seul l'homme dispose). Alors, c'est quoi ces petits grincheux qui veulent se pendre pour avoir pris un coin de porte dans la tronche ou avoir glissé sur une peau de banane. J'ai envie de leur dire qu'ils se trompent d'ennemi. L'ennemi, ce ne sont pas les choses, c'est le libéralisme économique. Pendant qu'on s'énerve inutilement contre les choses, le monstre libéral progresse.

Par rapport à tout ça, je vais arrêter de dire tous les matins où je suis pressé que l'eau chaude met deux fois plus de temps à arriver que d'habitude. Et donc je ne devrais pas illustrer ces propos par les vers dorés de Nerval.

 

Vers Dores
Eh quoi! tout est sensible.
Pythagore


 
Homme! libre penseur! te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
 
Respecte dans la bête un esprit agissant:
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose;
"Tout est sensible!" Et tout sur ton être est puissant.
 
Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie:
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie!
 
Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres!

26.04.2008

zone de réception (3) - "ferroviaires" de Sereine Berlottier

754dad9da839e64652d3da4ab1411fac.gifEntre le moment où j'ai débarqué sur le site publie.net, que je me suis décidé à l'achat d'un livre numérique et qu'enfin je choisisse ce livre, il s'est passé quoi...3 minutes. J'ai donc jeté mon dévolu sur ferroviaires de Sereine Berlottier, livre qui serait dans le même esprit que les passagers de Roissy Express de François Maspero (mon livret de chevet) ou de paysage fer de François Bon (celui-là même qui gère publie.net).

C'est vrai que je suis, plus que personne, attaché au livre en sa qualité d'objet...l'odeur de colle, les pages écornées, les annotations...etc, tout cela compte pour moi. Mais c'est vrai aussi qu'il faut être absolument moderne ! Alors, à suivre...

Loïc, 15h20

présentation du livre par François Bon :

Sereine Berlottier a publié chez Fayard un livre étonnant et angoissant, Nu précipité dans le vide, marche enquête vers le suicide de Gherasim Luca, avec archives et bibliothèques, mais surtout travail sur la répercussion intérieure de cette approche, l’ombre active et grandissante qui se fait en vous-même dangereuse.

Elle a récemment publié à La Rivière Echappée (collection dirigée par François Rannou), Chao praya, et est membre de la rédaction de remue.net.

J’ai toujours eu fascination (et cette mise en ligne pourrait paradoxalement être dédiée à Julien Gracq) à comment l’outil littérature pouvait inscrire du réel ne disposant pas encore de sa propre représentation. Lorsque j’ai écrit "paysage Fer", la ligne de train Paris-Nancy me permettait une remontée vers mon propre temps, la province, l’échelle des villes, le travail (métallurgie, mines) à son origine. J’ai cette même fascination pour le paysage urbain, et ce que Edward Hopper, par exemple, nous a appris pour sa saisie cinétique. Récemment encore, sur le même trajet qu’explore, 1ère moitié aller, 2ème moitié retour, le texte de Sereine Berlottier, j’avais fait une série de photographies.

Ce qui est fascinant, c’est comment la littérature, à condition de se charger de l’expérience poétique, du dessin de la phrase, peut aborder ces cinétiques, ces géométries, cet anonymat, et la répétition des jours (aller-retour professionnel de Paris à la bibliothèque d’une ville nouvelle, mais pas besoin d’en parler, ce n’est pas évoqué dans le texte, et il est écrit longtemps après qu’on ne le fait plus, ce trajet...

Si cette rubrique s’appelle Zone risque, on est en parfaite cohérence.

25.04.2008

CR34 - métropolice - Didier Daeninckx

0c9c7de72f1f2eeedef6d4890e717d2a.jpgAprès l'éblouissant lune sanglante de James Ellroy, je continue mon programme spécial congés de printemps : lire trois grands auteurs de polars jamais lus. J'ai dit tout le bien que je pensais d'Ellroy. Je suis plus sceptique concernant Didier Daeninckx. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'est pas dans la même catégorie. Mais le lire après Ellroy, c'était peut-être pas la chose à faire.

L'originalié de ce roman est qu'il se passe entièrement dans le métro parisien. Au passage, il faut admettre que Daeninckx maîtrise très bien la géographie de ces lieux (contrairement à moi). Nous sommes au début des années 80 et le socialisme prend le virage de la rigueur (et le roman baigne un peu dans cette atmosphère désanchantée).  Un type, récemment sorti de l'hôpital psychiatrique de Rodez (où séjourna Antonin Artaud apprend-on) veut règler ses comptes avec un accident l'ayant meurtri par le passé. Son but sera de sévir dans les stations commençant par la lettre C en poussant des quais des individus ressemblant à celui qui le poussa par le passé. Il commet trois crimes de la sorte. Commence une course poursuite entre la brigade du métro et le type en question.

Le tout se laisse lire tranquillement mais ça ne donne pas vraiment envie d'en lire d'autres. Une sorte de roman de plage en quelque sorte (pour peu que le métro puisse faire rêver les plagistes).

lectures à venir :

  • Pars vite et reviens tard - Fred Vargas
  • Cent ans de solitude - Gabriel Garcia Marquez
  • Le nom de la rose - Umberto Eco.

Se profile à l'horizon un nouveau triptyque (pas sûr que le mot soit approprié) : lire à la suite 3 auteurs mal aimés. On ira chercher du côté de Christine Angot, Camille Laurens et Marie Darrieusecq (ce qui pourrait également constituer un spécial auteur féminin français contemporain.)

Loïc, 14h20