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l'espèce de blog - Page 3

  • le malentendu - Etienne Daho

    J’ai des périodes où je n’écoute plus Daho et puis d’autres où je n’écoute que lui. Et il se trouve qu’en ce moment, j’écoute et réécoute son dernier album (sorti en 2013 ) : les chansons de l’innocence retrouvée. On est tous d’accord sur une chose : le titre est mal trouvé. Trop long, pas assez accrocheur (déformation de journaliste Ouest-France, euh pardon de “simple correspondant local -) donc le titre est mal trouvé. L’innocence retrouvée aurait suffi (mais parfois le vide suffit...en tout cas il vaut mieux que la torture). La couverture est provocante et surprend venant de Daho, qui s’il s’affirme comme libertin, est toujours assez pudique dans ses albums et les médias. En surface est le seul tube sorti de cet album et comme par hasard c'est la seule chanson pas écrite par Daho (auteur : Dominique A). 

    Les chansons maintenant. Dans cet album, Daho fait du Daho, c’est à dire de l’auto-psychanalyse. Il le fait depuis cinq ou six albums. C’est assumé sans doute, il a ce besoin de se comprendre et de chercher à analyser les rapports conflictuels dans le couple. Car c’est un fait que depuis corps et armes (son meilleur album qui date de 2000), s’il sait écrire le bonheur de narrer la rencontre (titre l’ouverture...sublime), de chanter l’amour fou, l’essentiel de son propos tourne autour de la difficulté de vivre pleinement l’amour au quotidien. Des dizaines de chansons sont consacrées à ce thème. Ce n’est pas un reproche, c’est un constat (au fait, vous avez remarqué, la plupart du temps quand quelqu’un vous dit “c’est pas un reproche, c’est un constat” et bien, en fait, c’est un reproche. Hors-sujet, passons).

    Je vais ce soir m’en tenir à un titre : le malentendu qu’on trouve dans les chansons de l’innocence retrouvée.


                                 

    Ce qu’il y a de bien avec Daho, c’est qu’on n’a pas besoin de se prendre la tête comme avec une chanson de Julien Doré ou de Alain Bashung (c'est pas un reproche, c'est un constat -). Le texte semble simple et il l'est globalement. Tout est dans le titre. Un couple vit une crise car il n'existe que sur un malentendu et le narrateur décide d’en finir en s’adressant à sa campagne ou son compagnon (avec Daho, on ne sait pas trop mais qu’importe ).

    Combien de couples vivent sur un malentendu (voire même pire sur une incompatibilité d’humeur)  et s’en contentent car ils considèrent que  l’apparence sociale et le confort matériel priment sur l'amour ? Je précise que je ne m’identifie pas à ce texte. Dans tous les couples, subviennent des malentendus mais celui évoqué par Etienne dans ce texte (qui n’est pas exempt de tous reproches notamment quant au choix de certains mots qui font hiatus) est un malentendu fondamental.

    Alors, un soir, il décide d’arrêter la comédietraîner sur le port ce soir, je dormirai dehors, jouer la comédie, je n’y arrive plus.

    Quand je dis que des phrases sont mal choisies, je citerais celle-là : c’est dans les mauvais lits que naissent les mensonges. Elle veut tout et rien dire. Faut-il croire que ce ce couple a débuté sur une histoire de cul (les mauvais lits), c’est à dire de façon superficielle et que donc, le tout est parti d’un mensonge, le mensonge d’une osmose sexuelle d’un soir ou alors je me trompe totalement et la phrase ne veut rien dire ?

    Mais Daho est capable du meilleur comme du pire et autant cette strophe est belle, autant elle me questionne (comme quoi en fouillant comme je le disais tout à l'heure, ce texte n’est peut-être pas si simple qu’il en a l’air).

    Je voyais, dans tes yeux

    La présence du bon dieu

    Des vols d’oiseaux sauvages

    Explosés en plein vol

    Il voit dans les yeux de la personne qu’il n’aime pas la présence du bon dieu. S’il avait dit diable, j’aurais compris mais le bon dieu, pour un croyant comme un pour un athée, le bon dieu n’est pas un reproche. Si ce soir, je dis à Prisca que je vois dans ses yeux la présence du bon dieu, elle va d’abord me prendre pour un fou car elle sait que je ne crois pas en dieu et puis ensuite, elle va presque prendre ça comme un compliment.

    Tu veux rien entendre

    Mais notre grande histoire

    N’est qu’un malentendu

    Lui seul veut en finir avec cette comédie, l’autre ne veut rien entendre et veut poursuivre le malentendu. Voilà qui est clair. En même temps, quand tu vis avec Daho, même si c'est sur un malentendu, t'as peut-être envie que ça dure !

    Et cela se termine par 

    Mais notre grande histoire

    Oui, notre grande histoire

    Née d’un malentendu.

     

    Etienne insiste sur le fait qu’il s’agit quand même d’une grande histoire. Grande histoire, ne veut pas dire “belle histoire”. Quand tu vis, genre dix ans avec une même personne, même si c’est parti d’un malentendu, il s’agit quand même d’une grande histoire, parce que déjà elle a duré dans le temps et ensuite parce qu’il y a forcément eu des moments de bonheur et de complicité. Vivre sur un malentendu ne signifie pas que le malentendu remplit tous les instants de la vie.  

    Pour finir, je vais parler de la musique...car elle est plus belle que le texte. C’est de la pop symphonique et en la matière, Daho est le meilleur. La façon dont les cordes montent en puissance donne des frissons et le tout finit par un déchaînement basses-claviers-batteries mélodiquement agressif pour bien symboliser la destruction de ce couple.

    Je ne crois pas que Daho l’ait chantée en tournée ( que je n'ai pas honoré de ma présence) donc, je pense qu’elle mérite qu’on a parle, même sur un modeste blog. J'ai écouté cette chanson toute la journée pour le plaisir de l'entendre, ces cordes, la voix veloutée de Daho etc et puis en pensant à la note que je pourrais en faire. Je ne demande aucun compliment, je ne suis pas au collège,  ni ici (sur ce blog) ni ailleurs. D'ailleurs, ce n'est pas à moi de juger si ce que j'écris mérite un compliment, en tout cas, si c'est le cas, je m'en passe. J'ai 44 ans et je sais mes forces et mes faiblesses. Daho pourrait écrire des centaines de chansons sur ce thème !

    Loïc LT

  • En attendant Maryse...


    course à pied,sport,trail maryse le gallo,trail,fractionnéParmi tous les circuits que je possède autour de chez moi, il y a le circuit de Saint-Quidy (je leur donne tous un petit nom). C'est un circuit de 22,1 kms, à 85% sur route, qui part de chez moi, qui longe la rivière Le Tarun. Pendant quelques kilomètres, je cours sur la commune de La Chapelle-Neuve et puis ensuite sur celle de Plumelin et puis je bifurque à droite pour revenir à Camors en passant par le charmant village de Saint-Quidy (qui fait partie de Plumelin je pense). Saint-Quidy se mérite, il faut se farcir une grosse bosse pour atteindre la chapelle. Avant et après Saint-Quidy, c'est la partie la plus difficile du circuit (voir printscreen à gauche, on se croirait en montagne) . Les côtes sont raides. Ensuite, en revenant vers Camors, ça redescend mais il y a quelques faux plats qui font mal surtout quand on a déjà 15 kilomètres dans les jambes. Un moment, en traversant la forêt, j'envie à chaque fois les gens qui habitent  une petite maison en bois. La lumière est tamisée à l'intérieur et de la fumée sort de la cheminée. Cette maison respire le bonheur. Mais sans doute que j'idéalise. 

    Je n'avais pas fait ce circuit depuis le 22 octobre 2016. Je l'avais parcouru en 01h46, ce qui constituait mon record. Ce matin, j'ai hésité avant de partir tant le temps était pourri mais je suis quand même parti et j'ai explosé mon record de 10 minutes : 01:36. Pourtant, le retour fut une vraie galère. Le vent de face était terrible et pourtant j'avais les jambes pour aller vite. Je passe sur les averses de grêle ayant émaillé cette sortie. Le seul point positif est que sur les 10 premiers kilomètres, j'avais le vent dans le dos. 

    Je n'ai pas du tout regardé ma montre GPS (Garmin) pendant la course par peur de me démoraliser...alors quand je suis arrivé à Kerniel (après avoir donc avalé la grosse côte du village (voir printscreen)....comme si j'avais besoin de ça après 22 kms)) et que j'ai vu le chrono, j'ai halluciné. Encore que, j'avais remarqué que j'étais en forme et que j'avais une belle foulée mais j'ignorais dans quelle mesure les conditions météorologiques m'avaient ralenti. Donc, elles m'ont sans doute ralenti mais pas au point d'effacer les efforts réalisés depuis octobre 2016. C'est bien simple, depuis que je fais du fractionné en côte, je note à quel point c'est LA SOLUTION pour progresser. Je n'ose même pas imaginer quel chrono j'aurais fait si la météo avait été idéale. Une chose est claire en tout cas, je vaux désormais moins de 01h30 sur semi. 

    Je fais le fractionné en côte sur une butte de 600 mètres près de chez moi. Je la monte 5 fois à fond les ballons, je reprends mon souffle en redescendant et remonte. C'est dur, ça fait mal aux jambes, on en veut à la terre entière, à la topographie et à Gérard Larcher. C'est violent mais ce n'est que dans la douleur qu'on peut progresser.

    Donc, 01:36 pour 22 kms (soit 1 km de plus qu'un semi-marathon) sur un terrain accidenté et avec une météo pourrie est un résultat exceptionnel surtout lorsqu'on a fait 01:45 à Auray-Vannes qui est plus facile que mon circuit de Saint-Quidy.

    Donc, je suis en confiance pour dimanche prochain, jour où a lieu le trail Maryse Le Gallo. 3 distances sont proposées ( 8, 15 et 30 kms). J'ai hésité entre le 15 et le 30 mais comme jusque là, je n'ai fait que le 15 et comme je n'ai jamais fait mieux que 01:14, je me dit que c'est la chance de ma vie d'exploser mon record. Je pense que sur un malentendu, je peux flirter avec l'heure de course. 

    Loïc LT

  • Un 28 février, 13 heures

    Hier dans l'après-midi, j'avais le moral dans les chaussettes et je n'avais qu'une idée en tête : aller courir le soir pour évacuer tout ce sentiment d'injustice qu'on a quand on l'impression de se donner à fond dans tous les compartiments de sa vie et de quand même se prendre une soufflante comme je n'en ai jamais reçue. La surprise passée, j'ai accusé le coup, prostré, anéanti, je n'ai parlé à personne pendant une heure comme si j'étais devenu muet. Puis, je me suis ressaisi. Quand on a la conscience pour soi et la confiance aussi, qu'on arrive à prendre un peu de recul et qu'on est rassuré par sa femme et un vieil ami, on se ressaisit. 

    J'ai bossé comme un dingue dans l'après-midi, c'était le dernier jour du mois et c'est toujours compliqué le dernier jour, j'me comprends mais avec mon collègue, on a bien assuré et surtout on a rigolé. Quand t'es submergé de boulot, que le téléphone sonne sans arrêt, que tous les services te sollicitent, il arrive un moment où la saturation est telle que l'humour l'emporte sur l'énervement. 

    Mais j'avais quand même cette boule dans le ventre et à la moindre accalmie, le coup de massue de 13 heures me tapait à nouveau sur le système. Alors oui, seul un footing de la mort pouvait évacuer cette rage.

    Même si je me sentais fort, presque indestructible, un excès de confiance n'est jamais salutaire. Donc, j'ai appelé à gauche et à droite pour avoir l'avis de gens en qui j'ai confiance et qui envisageaient les choses de loin. Alors, évidemment, j'ai essayé d'être le plus objectif possible, en n'occultant rien.

    Le soir, j'ai tout expliqué à Prisca. Elle m'a rassuré et les filles sans rien savoir aussi...par leurs présences et leurs soucis et rires d'adolescentes. Il tombait des cordes dehors. On a dîné et vers les 10:30, on n'entendait plus la pluie par dessus les toits. Je suis sorti. Le ciel était étoilé. Ni une ni deux, je me suis mis en tenue et suis allé courir à Baud. J'ai un circuit près du collège et j'ai explosé mon record précédent de 40 secondes. La boule dans le ventre a explosé aux alentours du huitième kilomètre. Splaasch ! Les dix kilomètres terminés, j'étais bien, en paix, avec moi-même. J'ai marché longtemps. Il était presque minuit. Je n'étais pas fatigué. Mais je n'allais pas errer toute la nuit dans la ville ! Et Prisca allait s'inquiéter. Je suis rentré, j'ai pris une douche, j'ai lu du Saint-John Perse (et oui, je fais une obsession en ce moment -) et me suis endormi en écoutant le dernier album de Benjamin Biolay qu'à chaque écoute, je trouve de mieux en mieux. 

    Je n'en veux pas au type à l'origine de tout ça. Je sais qu'il est au bord de la rupture, il me l'a dit. Il avait besoin d'un souffre-douleur et je suis le client idéal pour ça. Si au moins, ça a pu le servir, c'est déjà ça ! Je veux bien aider les aider en leur servant de défouloir...mais pas tous les jours hein ! Ma gentillesse a des limites -) Et ne me demandez-pas de détails en commentaires, vous n'en aurez pas, par respect pour cette personne et parce que c'est pas mon genre. Par cette note, je ne voulais pas parler de lui mais de moi et de mon ressenti. 

    Car ce fut du coup un jour particulier. Si l'expression "tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort" n'était pas utilisée à tout va, je conclurais là-dessus...encore que je me sentais bien sans avoir besoin de penser à la mort. Je suis en vie ! j'ai 44 ans et je ne me suis jamais senti aussi fort. 

    Les meilleurs ennemis de l'injustice sont l'amour, la poésie, les amis, le sport et la confiance qu'on a en soi.  

    Aujourd’hui, 1er mars, tout est rentré dans l'ordre. C'est comme s'il ne s'était rien passé hier, comme si en fait, ça n'avait pas existé, comme lorsqu'on se réveille d'un cauchemar et qu'on se demande quelques secondes si on est dans la réalité ou pas. 

    Loïc LT

  • éloge de la crème anglaise

    Souvent les gâteaux au chocolat sont un peu secs alors pour relever le goût, on y ajoute un coulis de crème anglaise. Enfance ! On adorait la crème anglaise faîte maison. On peut évidemment l'acheter toute faîte mais comme on dit, "c'est pas pareil". 

    Alors, comme ma belle-mère (qui a tenu un restaurant à Villiers-Fossard ) nous fait une succulente crème anglaise, je vous propose donc, en ce dimanche triste qui préfigure un Demain que je déteste déjà (pour au moins trois raisons), un petit tuto "crème anglaise made in Normandie". Merci Mano

    Loïc LT


                             

     

  • Frère et soeur ( Michel Leiris )

    Pour faire descendre l'audience de son blog (que, sans fausse modestie, je trouve trop élevée ce ce moment), quoi de plus facile que de faire dans la poésie contemporaine ! 

    Mais cette note est une note à part entière et je la dédie à ma sœur. 

     

    Frère et sœur

    comme l'aiguille et le fil

    comme la larme et l'œil

    comme l'aile et le vent

     

    Frère et sœur

    comme la flèche et l'arc

    comme la foudre et le nuage

    comme les veines et le sang

     

    Un vent dur soufflera

    qui tarira la langue habile des sources

    fendillera les poteries d'argile noire

    dans la cave des gosiers

     

    Retournerons-nous jamais

    à nos moiteurs sacrées

    néfastes seulement pour ce qui craint la rouille

    nous qui sommes du fond de la mer?

     

    Il vous faut une explication ou vous êtes grands maintenant ? Michel Leiris est quand même plus abordable que Saint-John Perse ( dont je reparlerai).

    Les deux premières strophes se passent de commentaire. Ensuite, il faut comprendre que la complicité qui unit le frère et la sœur peut être mise à mal par le temps qui passe (métaphore du vent dur) et qui efface les joies de l'enfance et ce qui reste de l'enfance...au fond de la cave où sont entassés les vieilles bouteilles de cidre frelaté que faisait notre père. Je me souviens qu'on piétinait les pommes mélangées avec de la paille. Moi, je l'ai fait toujours, enfin, je crois. Pour bien écraser les pommes et faire couler le jus. Son cidre était imbuvable d'ailleurs, on n'en buvait jamais. Enfance ! On ne buvait jamais sauf quand on avait des invités. Notre père supportait peu l'alcool. 

    Dernière strophe. Cela se complique. Une question est posée qui sous-entend une réponse négative. On ne retournera évidemment pas à cette forme de "sacré" qui entoure l'enfance. Ma patrie, c'est l'enfance écrivait Marthe Bibesco. La patrie est un mot que je déteste mais si on lui retire sa connotation patriotique, il peut retrouver une certaine saveur et s'il s'agit de l'enfance, et bien, cette patrie a quelque chose de sacrée. 

    Un jour, il n'y a pas si longtemps, ma sœur avait scandé à des gens proches réunis autour d'elle "vous êtes mon terreau" et ça a fait son effet. Ce fut le clou de la soirée où étaient réunis des gens qui avaient partagés son enfance. Retournerons-nous jamais à nos moiteurs sacrées néfastes seulement pour ce qui craint la rouille nous qui sommes du fond de la mer ? Mon enfance ne fut pas un long fleuve tranquille - je ne vais pas m'étendre - mais je n'en garde pas un mauvais souvenir et je ne crains donc pas la rouille dont le temps la couvre inexorablement.

    Le fond de la mer ? Oui, l'homme est né dans l'océan...la soupe primitive dont le hasard a fait naître une cellule vivante... ou bien le poète n'a-t-il pas voulu parler de cette même matrice dont sont tous les deux issus le frère et la sœur ?

    Loic LT

  • Éloge de Saint-John Perse (Éloges !)

    J’ai appris l’existence de Saint-John Perse au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient grâce à un camarade qui était fan du film les Bronzés...Vous me direz “quel rapport ?” Et bien, dans le premier épisode des Bronzés, Jérôme (Christian Clavier) récite du SJP (on va faire court) à genoux au bord d’un lac et Nathalie (Josiane Balasko) lui dit un truc du genre “ ça t’arrive souvent de réciter du SJP à poil au bord d’un lac ?”. Maintenant que ça me vient, c’est étonnant d’ailleurs, c’est même inconcevable qu’elle ait pu reconnaître que c’était du SJP qu’il récitait, car qui connait ce poète ? quasiment personne. Alors, Nathalie, qui est un peu cruche dans son genre quand même; non seulement, elle connaît le nom de ce poète mais en plus elle est capable de reconnaître par quelques vers récités que c’est du SJP ! Ne cherchons pas midi à quatorze heures, c’est une comédie et elle n’a pas vocation à être cohérente.

    Donc voici ce que récite Jérôme :

     Azur ! nos bêtes sont bondées d’un cri !

    Je m’éveille, songeant au fruit noir de l’Anibe dans sa cupule verruqueuse et tronquée…

    C’est le début d’un poème du recueil Éloges...que mon camarade de classe avait acheté que pour ces deux vers ! Depuis, je l’ai un peu perdu de vue (on s’est appelé il y a 3 ou 4 ans je crois) mais grâce à lui, non seulement, je n’ai jamais oublié ces vers mais en plus, je connais Saint-John Perse...qui est un poète littéralement imbuvable.

    Enfin non, je me suis rappelé après coup qu’en première, au lycée Notre-Dame-du-Vœu à Hennebont, une prof d’histoire sachant mon grand amour de la poésie (que la responsable du CDI lui avait soufflé car j'empruntais plein de recueils de poésie), m’avait demandé après un cours ce que j’aimais comme poètes...et comme je n’en connaissais pas beaucoup, j'avais dû citer Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et elle m’avait demandé si je connaissais SJP. Je lui avais répondu que non et je crois que ça l’avait déçue.

    N’empêche que ces deux vers dont on ne comprend rien sont tellement beaux que je ne les ai jamais oubliés...à tel point que j’ai réussi à les faire rentrer dans la famille. Mon beau-frère par exemple récite les premiers mots parfois mais je crois qu’il remplace Azur par Amour en s'adressant à ma sœur et Prisca lui a emboîté le pas et m’appelle parfois Amour sur le même ton que Christian Clavier dans les Bronzés

    Non mais quelle histoire !

    S’il y a une vie après la mort et qu’on peut voir ce qui se passe sur Terre, quelle tristesse cela doit être pour SJP de se dire qu’il est passé à la postérité grâce à un nanar.

    A la base, je voulais m’amuser à tenter une explication d’un texte de SJP mais j’ai déjà trop écrit, j’ai la flemme...et surtout SJP, c’est vraiment chiant ! Alors, une autre fois !

    Si un jour, j’ai le courage de le faire, ce sera sur celui-là... que j’ai pris en prenant une page au hasard dans Éloges (page 61)

     

    Silencieusement va la sève et débouche aux rives minces de la feuille.

    Voici d'un ciel de paille où lancer où lancer, ô lancer  ! à tour de bras la torche !

    Pour moi, j’ai retiré mes pieds.

    ô mes amis où êtes-vous que je ne connais pas ?. . . Ne verrez-vous cela aussi ?... des havres crépitants, de belles eaux de cuivre mol où midi émietteur de cymbales troue l'ardeur de son puits... Ô c’est l'heure

    où dans les villes surchauffées, au fond des cours gluantes, sous les treilles glacées, l'eau coule aux bassins clos violée

    des roses vertes de midi... et l'eau nue est pareille à la pulpe d'un songe, et le songeur est couché là, et il tient au plafond un œil d'or qui guerroie. . .

    Et l'enfant qui revient de l'école des Pères, affectueux longeant l'affection des Murs qui sentent le pain chaud, voit au bout de la rue où il tourne

    la mer déserte plus bruyante qu'une criée aux poissons. Et les boucauts de sucre coulent, aux Quais de marcassite peints, à grands ramages, de pétrole

    et des nègres porteurs de bêtes écorchées s'agenouillent aux faïences des Boucheries anglaises, déchargent un faix d'or et d’ahan

    et au rond-point de la Halle de bronze, haute demeure courroucée où pendent les poissons et qu'on entend chanter dans sa feuille de fer, un homme glabre, en cotonnade jaune, pousse un cri : je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !

    et un autre envahi par le goût de tuer se met en marche vers le Château d'Eau avec trois billes de poison : rose, verte, indigo.

    Pour moi, j'ai retiré mes pieds .

     

    Je n'ai même pas réussi à trouver ce poème entièrement sur le net. Il m'a fallu faire des collages... et des corrections même !

    Mes amis, où êtes-vous que je ne connais pas ? Ce n'est même pas la peine que je vous demande de trouver une explication (mais le premier vers au moins est assez simple), vous n'avez même pas été capable de trouver le poète de Quistinic, Paul-Alexis Robic, que je suis le seul à évoquer sur le net. J'aime bien être le seul à m'occuper d'une figure disparue. 

    Et bon courage....comment une mer peut-elle être déserte (une plage encore, on comprendrait) mais déserte et  plus bruyante qu'une criée aux poissons ? Bon courage si vous voulez essayer et bon courage à moi. Je ne suis pas idiot, je sais qu'une criée est souvent bruyante mais une mer ne peut pas être déserte....ou alors elle s'est retirée très loin (comme elle le fait sur la côte ouest du Cotentin lorsqu'à marrée basse, elle se barre à des kilomètres si bien que si on veut aller la voir quand elle est au plus loin, plus on s'y approche plus on a l'impression de s'en éloigner si bien qu'on se croit en plein désert) mais si elle s'est retirée très loin, elle ne peut pas être bruyante !

    Il y a des accents rimbaldiens dans ce poème (oui, je sais, j'y reviens toujours) mais sans rien n'y comprendre on devine que l'action se situe dans un pays chaud....dans ces pays poivrés et détrempés comme écrivait Arthur et quand SJP écrit "je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !", ça me rappelle un poème de Rimbaud mais je ne me souviens plus lequel.

    Mais, vous ne perdez rien pour attendre, je reviendrai dussé-je m'enfiler des boucauts d'absinthe ! 

    Loïc LT

  • la note suivante

    J'aime tellement ma dernière note que j'ai eu du mal à en faire une nouvelle. Elle va lui faire de l'ombre forcément. Mais la vie continue. Cette note n'a donc d'autre but que d'être. 

    Il y a une phrase de Proust que je me murmure souvent lorsque j'ai l'impression que les emmerdes s'accumulent (et comme disait Chirac "les emmerdes, ça vole toujours en escadrille"). Je vous rassure, je n'ai pas d'emmerdes, quelques ennuis peut-être mais pas plus que tout le monde. 

    Proust donc : 

    On ne connaît pas son bonheur. On n'est jamais aussi malheureux qu'on croit. 

     

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    Et sinon, vous n'avez toujours pas trouvé le nom du poète inconnu (note précédente) ? J'ai glissé son nom sur un bout de papier que j'ai glissé dans la boîte illustrée d'un dessin de Martine. Concentrez-vous bien sur la boîte et de toutes vos forces, songez au mot qu'elle contient. Avec un peu de volonté, et de toute façon, la matière n'existant pas (mais je ne vais pas me répéter une énième fois) on peut voir à travers les choses. 

    Loïc LT

  • Un moment, elle a attaché ses cheveux....

    Il est 03:56 matin,  mais

    Certainement subsiste une présence de Minuit. L’heure n’a pas disparu par un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, évoquant un ameublement par sa vacante sonorité. Je me rappelle que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rêverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexité marine et stellaire d’une orfèvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.

    Mallarmé a raison, minuit comme les autres heures ne disparaissent pas. Nulle seconde ne disparaît. Le temps ne s'égrène pas, il s'entasse. Tout ce qu'on a vécu existe encore. Comme ce couple qui a déjeuné dans un restaurant un dimanche soir. Avant de partir elle a attaché ses cheveux. Cela est toujours concret. Les heures qui passent s'archivent, on ne sait pas où, c'est invisible pour l'homme mais le monde n'est qu'un empilement de scènes plus ou moins plaisantes. Le présent poursuit cet éternel travail d'empilement.

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    Comme cet homme que j'ai pris en photo dans la médiathèque d'une ville quelque part. On dirait qu'il est un peu dehors. Il est beau. Tout est bien pensé comme s'il avait créé cette scène (plaisante)  avant que j'arrive avec mon appareil photo. Je ne veux pas croire que ce n'est que du passé. Certainement subsiste une présence de ce dix-sept heure six. 

    Parfois je me demande à quoi sert ce blog. Je trouve que c'est un outil de communication égoïste et prétentieux. Je discute avec plein de gens qui ont des choses plus intéressantes que moi à dire et qui n'ont pas de blog.

    Mais si un jour, tu vois qu'une pierre te sourit, iras-tu le dire ? (Guillevic)

    Non, tu n'iras pas le dire parce qu'on ne te croira pas. Les gens qui ont plein de choses intéressantes à dire pensent également que leur savoir est inutile aux autres, que ça ne les intéressera pas.

    Au moins, le blog permet de redonner vie à des poètes. 

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    Ce poème par exemple. Tapez ces premières lignes sur Google et vous n'aurez aucune réponse (sauf dans trois jours). Il n'est présent sur aucune des milliards de pages que contient la toile. C'est injuste, il est tellement beau. Mais si je ne l'écris pas moi-même, personne ne le retrouvera parce qu'aussi doué soit-il, Google ne référence pas les textes sur une photo. Et l'écrire avec ton beau stylo plume qu'on t'a offert à Noël ne sert à rien non plus. Le moteur de recherches ne reconnait que ce qu'on écrit sur un clavier. Tout le reste n'existe pas pour lui. Il ne référence que ce qui est virtuel, c'est à dire, ce qui n'existe pas. 

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    Le soleil était heureux.

    On savait les noms des vagues, l’itinéraire des îles en partance, les secrets de la forêt, des landes et des bruyères.

    On pouvait escalader les montagnes neigeuses du ciel, saisir à pleines brassées de joie le vent bleu, rose ou vert.

    Tout était simple, facile. Le pain était sur la table. Les gens avaient les mains chaudes. Et quand le maître en classe élevait la voix et faisait trembler les vitres, on avait le choix pour disparaître entre un petit trou dans le plancher et la Cordillère des Andes.

     

    Je ne vous donnerai pas le nom de son auteur. ( Je l'emporte avec moi vous l'oublierez moi non, je l'aime). C'est triste que le plus beau vers de l'année ait été inventé et scandé sur TF1 ( Je vous emporte avec moivous m'oublierez, moi non, je vous aime...). Un jour peut-être, demain, dans deux ans, dans dix ans, une étudiante en lettres, un thésard, quelqu'un de sa famille... viendra ici divulguer son nom. Je t'attends, cher ami

    Ce poème en prose est empreint d'une nostalgie désuète mais il me touche. Sur la page d'avant, il y a cette citation qui donne un peu le ton. Il me touche exactement pour cette raison :

    Ma patrie, c'est l'enfance

    (Marthe Bibesco)

    Un moment, elle a attaché ses cheveux. Pris de surprise, fasciné,  l'homme en face d'elle a eu du mal à finir sa gorgée. Elle ne s'est pas aperçue du trouble. Ce n'est que plus tard qu'il lui a dit. Il était inconcevable qu'il lui dise de suite "j'ai aimé cette façon naturelle et gracieuse avec laquelle tu as attaché tes cheveux". Peut-être qu'il aurait dû lui dire tout de suite, ainsi, elle ne lui aurait sans doute pas dit quelques heures plus tard ou le lendemain, je ne sais pas ce que dit le roman qu'elle ne l'avait pas trouvé très à l'aise. 

    Loïc LT (04:37)  

  • soirée ciné : La La Land - Damien Chazelle (2016)

    la_la_land-262021831-large.jpgCela commence par un embouteillage sur le périphérique de Los Angeles. Ce sont des bagnoles très colorées  des années 50 mais à l’intérieur des gens utilisent des smartphones. Tout est permis dans les comédies musicales ! Et puis, tout à coup, quelqu’un sort de sa voiture et se met à chanter et à danser entraînant avec lui tous les conducteurs dans une folle danse. On monte sur les capots, un orchestre jaillit d’un camion. Ça démarre fort. On devine tout de suite le clin d’oeil à Jacques Demy (lorsque le cirque débarque à Rochefort) mais c’est le seul. La suite reprend les codes de la comédie musicale mais ce sont des références plus américaines (chantons sous la pluie etc…)

    Je résume vite fait l’histoire car elle n’est qu’un prétexte. Une serveuse rêve de devenir actrice et un fan de jazz rêve d’ouvrir son propre club où l’on joue du vrai jazz et non celui trop pop-rock qu’il n’aime pas. Les deux ambitieux se rencontrent et il y a une histoire d’amour. Les scènes de ménage ne sont jamais bien méchantes. On ne vient pas voir une comédie musicale pour se farcir des scènes de ménage.

    Jacques Demy est ma seule référence en matière de comédie musicale et je crois avoir regardé les demoiselles de Rochefort des centaines de fois . Evidemment, Demy, ça date, les temps ont changé et le réalisateur nous a concocté une comédie musicale moderne, tout en gardant les codes du genre. Ceci dit et c’est ma seule réserve, cette comédie musicale manque ce qui doit en être sa raison d’être : plus de séquences chantées et dansées. Dans les films de Demy, j'adore ces danses improvisées et synchronisées lorsque les passants d'une rue ou la clientèle d'un magasin se mettent à danser. Ici, cela se limite à quelques séquences (la plus belle étant l’intro), pour le reste, ce sont les deux acteurs principaux qui s’en chargent (on saluera au passage l'entrainement que ça a dû leur demander) . Quelques chansonnettes poussées, quelques claquettes (notamment, moment magique, la nuit, sur les hauteurs de Los Angeles) et pour le reste, et bien, on croit regarder une comédie classique. C’’est assumé évidemment mais dommage. Par contre, les fans du genre retrouveront tout ce qui fait le charme de ce type de films : des décors très colorées, toujours de la musique de fond avec plus ou moins de puissance et ici, l’accent est mis sur le happy jazz avec quelques élans symphoniques et évidemment l’optimisme ambiant et l'histoire d'amour un peu mièvre. Il peut arriver des malheurs à Sebastian ou Mia mais l’univers dans lequel ils évoluent rend leurs détresses peu crédibles.

    Il me tarde de réécouter la bande originale écrite par Justin Hurwitz, notamment le titre city of stars, promenade romantique douce comme une nuit étoilée.

    On a besoin de ce genre de films. Je savais à l’avance que j’allais aimer, je savais les frissons et je savais aussi que ce serait moins dur à comprendre qu’un poème de Philippe Jaccottet -)


    La La Land, 2016. film américain réalisé par Damien Chazelle. acteurs principaux :Ryan Gosling, Emma Stone. ma note : 4.5/5. film vu au CGR de Lanester le 02 février 2017

    Loïc LT

    La La Land_1.jpg

  • tentative de compréhension d'un poème contemporain

    Il faut arrêter à la fin de dire que la poésie contemporaine est incompréhensible. Prenons un exemple. Dans le recueil Poésie 1946-1967 de Philippe Jaccottet, j'ai pris une page au hasard.

    philippe jaccottet

    Dans l’herbe à l’hiver survivant
    ces ombres moins pesantes qu’elle,
    des timides bois patients
    sont la discrète, la fidèle,

    l’encore imperceptible mort

    Toujours dans le jour tournant
    ce vol autour de nos corps
    Toujours dans le champ du jour
    Ces tombes d’ardoise bleue

     

    L'herbe survit de toute façon à l'hiver, elle pousse même un peu quand il ne gèle pas. Dans cette herbe, il y a de petits morceaux de bois arrachés sans doute des branches qui tombent quand il y a du vent. Ce sont des brindilles si petites qu'elle font moins d'ombre que les herbes, donc elles sont discrètes. Qui se promenant sur sa pelouse remarque ces petites choses que cachent les herbes ?

    Mais ces petits morceaux de bois s'ils sont peut-être encore un peu verts,  si on gratte un peu sont promis à une mort certaine car le bois ne vit pas sans sève. 

    Ensuite, et bien, évidemment, le jour est tournant. Il passe du matin au soir comme un vol au dessus de nos corps mais comme les petits morceaux de bois morts, nous ne sommes que des tombes en sursis. Pour l'ardoise bleue, je pense qu'évoquant le champ du jour, il veut nous signifier que l'humanité qui ne doit son existence qu'à l'atmosphère représentée ici par le ciel bleu (qui devient une ardoise, c'est à dire quelque chose de solide comme un cercueil) est une tombe en devenir. Le poète part donc de l'infiniment petit (les brindilles) pour finir à l'infiniment grand. C'est assez simple en fin de compte ! 

    Loïc LT