Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

poésie

  • J'ai pris ce gros nuage...

    nuage25042017.jpg

    J’ai pris ce gros nuage

    Ce soir au crépuscule,

    Il partait en voyage

    Avec ses particules

     

    Allait-il vers l’Orient

    L’Occident ou l’Afrique ?

    Qu’en sais-je des errements

    Des corps atmosphériques…

     

    Mais cinq minutes après

    Quand je suis revenu

    Tout était bleu, mais qu’est

    Donc mon stratus devenu ?

     

    Éphémère ou blagueur

    Me demandais-je ensuite ?

    A quoi bon chercher l’heure

    De ce qui n’est que fuites...

     

    Loïc LT (25.04.2017)

  • tentative (im)possible d'explication d'un poème de Sylvia Plath

     

    Messagers

    La parole d'une limace sur le plateau d'une feuille ?
    Ce n'est pas de moi, ne l'accepte pas.

    De l'acide acétique dans une boite scellée ?
    Ne l'accepte pas. Ce n'est pas authentique.

    Un anneau en or avec le soleil en prime ?
    Des mensonges ? Des mensonges et un chagrin.

    Du givre sur une feuille, le chaudron
    Immaculé qui discute et crépite

    Tout seul à la cime de chacune
    Des neuf Alpes noires.

    Un trouble dans les miroirs,
    Quand la mer grise vient fracasser le sien -

    Amour, amour, ma saison

    (recueil : Ariel, traductions de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau)

     

    ariel.jpgSylvia Plath fut une poétesse américaine du XXe qui a vécu une vie une intense en même temps que tragique. Elle s'est donnée la mort à 30 ans de façon macabre. Elle a toujours souffert de troubles psychologiques et ses poèmes sont le reflet de ses troubles alors c'est difficile pour un homme "normal" de se mettre en position de comprendre de tels écrits. Mais, je sous assure que l'on vit tous au bord du précipice mais qu'une force de vie nous en éloigne continuellement...en tout cas heureusement pour une majorité d'entre nous. Je me souviens qu'un médecin m'avait dit que le nombre de fous menant une vie normale était hallucinante. Le plus dur dans la vie, ce n'est pas de se lever tôt le matin, de bosser, d'élever ses enfants, d'avoir une vie sentimentale harmonieuse, le plus dur est de ne ne pas se laisser attirer par le précipice.

    C'est gai ce que je dis ! 

    Le premier vers me rappelle un vers de Guillevic. Imagine que tu te promènes en forêt, que tu as toute ta raison et que tout à coup sur le bord du chemin, un caillou se met à te parler, puis se tait pour toujours. Tu es certain de ne pas avoir eu de vision, tu as vécu une réalité. Et bien, lorsque tu vas rentrer chez toi, encore choqué (pour le moins !), vas-tu dire à ta femme (ou ton mari) ou tes enfants (ou pas) qu'une pierre t'a parlé ? Non, tu ne vas pas le dire car ce n'est pas crédible. 

    J'ai envie de considérer ce poème de Sylvia Plath de la sorte. La poétesse cherche à nier, à fuir sa folie. N'accepte pas d'avoir entendu parler une limace. Pour quelle raison on enfermerait l’inoffensif acide acétique dans une boite scellée ? Oublie cette vue.

    Ensuite, je pense qu'on est plus dans l'autobiographie. Sylvia Plath a aussi vécu des années heureuses et il n'est pas impossible que la vue d'un anneau en or offert par son mari  luisant au soleil n'était qu'un mensonge amoureux et les prémices d'un chagrin. 

    ...le chagrin, l'hiver, le retour à Londres peut-être. L'hiver 1962 où elle est rentrée seule à Londres avec ses deux enfants fut rude. Toujours ces visions, ce chaudron qui discute, on évite le reflet des miroirs et la mer du Nord est triste. La seule saison qui vaille, c'est l'amour mais cet amour n'est plus. Il est temps de partir.  

    Quelle cohérence à ce poème ? Le combat contre la folie.

    Loïc LT

  • Ici, toujours ici - Yves Bonnefoy

    Ici, toujours ici

    Ici, dans le lieu clair. Ce n'est plus l'aube,
    C'est déjà la journée aux dicibles désirs.
    Des mirages d'un chant dans ton rêve il ne reste
    Que ce scintillement de pierres à venir.


    Ici, et jusqu'au soir. La rose d'ombres
    Tournera sur les murs. La rose d'heures
    Défleurira sans bruit. Les dalles claires
    Mèneront à leur gré ces pas épris du jour.


    Ici, toujours ici. Pierres sur pierres
    Ont bâti le pays dit par le souvenir.
    A peine si le bruit de fruits simples qui tombent
    Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.

    (recueil Hier régnant désert, 1958)

    Le décor est planté. Un domaine minéral, que de la pierre partout. Trop de pierres surtout aux heures chaudes de la journée, c'est insoutenable, ça étouffe tout. Les désirs sont étouffés et des délices de la nuit, il ne reste que le scintillement des pierres. 

    On a tous connu de tels décors que ce soit dans l'enfance, en vacances ou ailleurs. L'été, un soleil de plomb qui brûle les pierres, à tel point qu'on évite de marcher pieds nus. Seules les roses bénéficiant de l'ombre peuvent survivre à la chaleur accablante. Les autres sont condamnées. 

    C'est un ici immuable et tout le pays a été bâti de la sorte. Cela évoque la Provence ou même pourquoi pas les quelques jours de canicules que la nature impose une fois tous les vingt ans à l'Armorique et ses chaumières en granit. Je me souviens de ces jours, de ces murs crevassés, des lézards qui s'y cachaient, des après-midi qui n'en finissaient pas et cette longère qui renvoyait la chaleur. On aurait aimé profiter du soleil mais on ne restait pas plus de 5 mns sur la terrasse de un mètre de large devant la maison. 

    Les premiers fruits tombent, les plus chétifs ou les plus précoces mais ils ne rassurent en rien. Ils ne nous évoquent pas l'automne, cet automne qu'on attend lorsque la chaleur est telle, alors oui, cette chaleur s'en ira mais ici, toujours ici, nos pas ne sont guidés que par une sorte de folie que provoque la fournaise. 

    Au cinéma, ce seraient des scènes de la piscine avec Alain Delon et Romy Schneider ou le mépris avec Michel Piccoli et Brigitte Bardot dans la villa Malaparte. 

    Rimbaud à Aden, tout de blanc vêtu et surveillant ses peaux de cuir, armé et abattant tous les chiens errants voulant s'y approcher. 

    Loïc LT

    yves bonefoy,poésie,littérature,littérature française,cinéma,arthur rimbaud,le mépris,poésie contemporaine

    (merci à Alice pour la photo. région de l'Algarve au Portugal)

  • # poésie contemporaine : extrait - Yves Bonnefoy

    DSC00634.JPGJ'avais installé ma liseuse subrepticement à côté des deux plateaux sur lesquels étaient disposés des mets quelconques. En face de moi Prisca, trop occupée à me parler d'anecdotes diverses et variées comme seules les femmes ont le secret ne s'était rendue compte de rien. J'aurais bouffé un prospectus en face d'elle qu'elle n'en n'aurait rien vu. Oh, j'exagère ! Nous déjeunions en périphérie de Vannes dans une boulangerie-snack bien située par rapport à nos bureaux respectifs. J'ai remarqué que lorsqu'on se retrouve à deux en dehors du quotidien, le vrai, la maison, les enfants, la bouffe à préparer, et bien, c'est comme une parenthèse. On se dit qu'on est vraiment con de se prendre la tête pour des conneries. Le quotidien et la monotonie qui l'accompagne sont un tue-l'amour.  

    A la limite, je n'avais pas besoin de sortir ma liseuse. La poésie, ce n'est pas que de la littérature, c'est vivre et profiter de l'instant présent et réaliser le bonheur de vivre ensemble, de construire une histoire à deux. 

    Elle m'a parlé d'une amie qui n'allait pas très bien. Alors, j'ai tourné la tête et je lui ai dit : " Mais a-t-elle gardé claire son antique liberté ?". 

    Je n'avais pas sorti cette phrase tirée du poème de Bonnefoy au hasard car je connaissais un peu cette amie et son antique liberté. Mais Prisca, la surprise passée ( encore que je l'avais sortie de façon si naturelle que dans un premier temps elle a pensé que c'était de moi, ce qui aurait été possible mais pas à cet instant, dans ce court espace-temps entre nos activités professionnelles, je n'étais pas inspiré). Bref, elle a vu la liseuse. Et je ne sais plus après si je lui ai proposé de lui lire le texte. Non en fait, je crois qu'elle n'était pas disposée. On a commandé un café et oublié Bonnefoy, une bonne fois pour toutes. Que c'est drôle !

    Mais dans l'après-midi, j'ai copié le poème sur mon sous-main. J'ai réfléchi à la question. L'homme est plus fort que le cosmos car il a conscience de lui-même. Des planètes ou des galaxies sont entrées en collision, des comètes ont fait vaciller la Terre et malgré leurs puissances astronomiques, la fracture totale ne s'est pas produite et la vie est advenue. 

    La femme est la création ultime d'un dessein dont nul ne sait le pourquoi du comment. Elle est dépendante des éléments (astreinte) mais elle est libre, plus libre que la flore (les vents les plus hauts) qu'une tempête peut abattre. Et cette puissance humaine est innée, elle naît dès la naissance et est déjà plus forte que les étoiles qui sont tributaires des aléas du chaos de l'univers. 

    Loïc LT

    Poème de Yves Bonnefoy extrait du recueil Hier régnant désert ( 1958)

     

    Combien d'astres auront franchi
    La terre toujours niable,
    Mais toi tu as gardé claire
    Une antique liberté.

    Es-tu végétale, tu
    As de grands arbres la force
    D'être ici astreinte, mais libre
    parmi les vents les plus hauts.

    Et comme naître impatient
    Fissure la terre sèche,
    de ton regard tu dénies
    Le poids des glaises d'étoiles.

  • # poésie contemporaine : Élégie - Guillevic

    Élégie

    Lorsque nous tremblions
    L'un contre l'autre dans le bois
    Au bord du ruisseau,

    Lorsque nos corps
    Devenaient à nous,

    Lorsque chacun de nous
    S'appartenait dans l'autre
    Et qu'ensemble nous avancions,

    C'était alors aussi
    La teneur du printemps

    Qui passait dans nos corps
    Et qui se connaissait

    Guillevic ("Sphère" - éditions Gallimard, 1963)

     

    Ma stratégie fonctionne à merveille. Plus je parle de poésie contemporaine, plus l'audience du blog diminue. Ainsi, tout revient comme avant. Ceci va redevenir un  petit blog secret, que même Google ne référencera plus ou alors au bout d'une longue et laborieuse recherche. Pour vivre heureux, vivons cachés, entourés de recueils de Guillevic, Francis Ponge (ou Francis, ton tour viendra -), de Paul-Alexis Robic dont la bibliothèque de Quistinic porte le nom et tant d'autres encore.

    J'essaie d'être en osmose avec les saisons. Donc, continuons avec le printemps...qui est évident car, voyez cette photo prise cet après-midi au lieu-dit La Coulée Verte à Baud :

    DSC00626.JPG

    Ce poème de Guillevic aurait très pu être écrit au bord du ruisseau qui coule au milieu de ce parc. Après tout, il n'est pas exclu que Guillevic qui était de Carnac ne soit pas passé un jour par Baud. Qui peut dire le contraire ? (si un jour tu vois qu'une pierre te sourit, iras-tu le dire ?) Admettons. Il se promène dans le parc et invente des vers et puis rencontre une Baldivienne. Ils s'assoient sur un banc sur lequel on vient de refaire la peinture mais ils n'ont pas vu l'écriteau mais ils s'en foutent. Ils se sont reconnus au premier regard, ce sont des poètes tous les deux, des rêveurs, des êtres contemplateurs en marge de la société. Ils ne voient de la vie que ceux que les autres ne voient pas. 

    Il devait faire froid ce jour-là, comme souvent en mars ou en avril et d'autant plus lorsqu'on s'installe au bord d'un ruisseau, à même le sol humide. Ils se touchent quand même mais les corps ne se réchauffent pas si facilement par un simple contact. 

    Alors , ils se sentent bien, leurs corps leur appartiennent enfin et ne sont plus utilisés à des fins mercantiles ou autres affaires humaines.  Quand on se sent si bien et qu'on a le sentiment de se connaître depuis longtemps, il n'y a pas besoin de parler pour se rapprocher. Les corps suffisent. Le langage n'est utile que lorsqu'on n'ose pas laisser parler nos corps. Ce couple avançait par la simple communion des corps. Et puis, aidée de la nature qui s'éveille autour, comme ce saule, comme ces fleurs printanières, le couple n'est plus qu'un corps qui se connait. 

    Loïc LT

     

  • Philippe Jacottet, suite !

    Dans la série "tentative de compréhension d'un poème contemporain",  j'ai envie de continuer avec Philippe Jaccottet car je sais que vous êtes devenus amoureux de sa poésie depuis la dernière note qui lui fut consacrée. 

     

    Les eaux et les forêts, partie 1

    La clarté de ces bois en mars est irréelle, tout est encor si frais qu'à peine insiste-t-elle.
    Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si, très loin, où l'aubépine éclaire les taillis, le coucou chante.
    On voit scintiller des fumées qui emportent ce qu'on brûla d'une journée, la feuille morte sert les vivantes couronnes, et suivant la leçon des plus mauvais chemins, sous les ronces, on rejoint le nid de l'anémone, claire et commune comme l'étoile du matin.

     

    C'est un poème d'actualité, on est en mars ! C'est fou mais je n'ai pas vu passer l'hiver. J'ai l'impression qu'une seule nuit a séparé octobre et mars. C'est la première fois que j'ai ce sentiment. Je ne l'explique pas. Heureusement que je n'ai pas attendu l'hiver pour lui dire que je l'aimais car j'ai fait l'impasse sur la saison crépusculaire..

    Non, mais sérieux Philippe, tu t'affirmes comme un poète contemporain et tu écris encore encore sans E. Depuis Mallarmé, c'est ringard de ne pas mettre de E à encore !

    Oui, en mars, le soleil est encore trop faiblard et il fait encor(e) frais pour que la lumière éblouie. Inutile donc qu'elle insiste et le soleil a tout a fait le droit d'économiser de l'hydrogène. Je ne connais pas l'aubépine, je veux bien croire que comme le crocus ou la narcisse, elle fleurisse en mars par contre, une chose est certaine : le coucou ne chante pas en mars, en tout cas pas en Bretagne. On peut l'entendre au plus tôt mi-avril, je dirais...mais en mars, Philippe, non ! 

    On voit scintiller des fumées qui emportent ce qu'on brûla d'une journée

    C'est tellement simple à comprendre qu'on se demande si c'est vraiment du Jaccottet ou alors, il était vraiment fatigué le jour où il a écrit ça parce qu'avec les coucous, ça fait beaucoup ! Ensuite, et bien, je cherche encore que sont les vivantes couronnes qui servent aux feuilles mortes. Une feuille morte est très fragile et encore plus au mois de mars où elle est dans un état de décomposition avancé, alors en quoi peut-elle servir à quelque chose ? Les feuilles mortes sont au ras du sol, elles n'ont plus la force de s'envoler à part peut-être lorsque des tourbillons, annonçant souvent l'orage les dérangent. Mais ça nous avance pas sur les vivantes couronnes. Elles doivent signifier quelque chose dans l'esprit du poète. Il vit encore mais il est très vieux, on peut toujours lui demander.  

    Peut-être l'indication comme quoi il emprunte des mauvais chemins où poussent des ronces qui cachent des anémones peut-elle nous aider mais pas vraiment. Bon, les ronces gardent l'essentiel de leurs feuillages en hiver, on est d'accord. L'autre jour, j'ai taillé ma haie de thuyas et j'en ai enlevé plein et les méchantes m'ont griffé et je me souviens qu'elles avaient encore des feuilles. Les anémones qui sont avant tout des plantes couvre-sol (et qui peuvent donc se laisser envahir par les ronces)  survivent à l'hiver et commencent souvent à fleurir en mars. Mais qui est donc ce "on" qui rejoint le nid de l'anémone...un promeneur botaniste qui en a vu d'autres et qui trouve ça normal de trouver des anémones au bord des chemins perdus ? L'étoile du matin ne peut-être que le soleil et donc, le poète ferme la boucle ouverte avec la faible clarté que cette étoile diffuse.

    Je n'ai fait qu'un commentaire linéaire mais quel est le sens de tout ça ? Faut-il lire la suite du poème pour en trouver l'explication ou bien, doit-on se contenter d'un poème bucolique qui n'a d'autre but que de décrire un sous-bois au début du printemps ? Est-ce une réponse à Rimbaud qui embrassa l'aube d'été ? Trop bling bling, l'aube d'été, un poète contemporain va préférer l'aube d'une nouveau printemps. 

    Cette question ne devrait pas m'empêcher de dormir, ni Gérard Larcher, ni vous. Mais quand même...les vivantes couronnes. Là est la clé du poème.

    Chers amis de la poésie, bonsoir !

    Loïc LT

  • Frère et soeur ( Michel Leiris )

    Pour faire descendre l'audience de son blog (que, sans fausse modestie, je trouve trop élevée ce ce moment), quoi de plus facile que de faire dans la poésie contemporaine ! 

    Mais cette note est une note à part entière et je la dédie à ma sœur. 

     

    Frère et sœur

    comme l'aiguille et le fil

    comme la larme et l'œil

    comme l'aile et le vent

     

    Frère et sœur

    comme la flèche et l'arc

    comme la foudre et le nuage

    comme les veines et le sang

     

    Un vent dur soufflera

    qui tarira la langue habile des sources

    fendillera les poteries d'argile noire

    dans la cave des gosiers

     

    Retournerons-nous jamais

    à nos moiteurs sacrées

    néfastes seulement pour ce qui craint la rouille

    nous qui sommes du fond de la mer?

     

    Il vous faut une explication ou vous êtes grands maintenant ? Michel Leiris est quand même plus abordable que Saint-John Perse ( dont je reparlerai).

    Les deux premières strophes se passent de commentaire. Ensuite, il faut comprendre que la complicité qui unit le frère et la sœur peut être mise à mal par le temps qui passe (métaphore du vent dur) et qui efface les joies de l'enfance et ce qui reste de l'enfance...au fond de la cave où sont entassés les vieilles bouteilles de cidre frelaté que faisait notre père. Je me souviens qu'on piétinait les pommes mélangées avec de la paille. Moi, je l'ai fait toujours, enfin, je crois. Pour bien écraser les pommes et faire couler le jus. Son cidre était imbuvable d'ailleurs, on n'en buvait jamais. Enfance ! On ne buvait jamais sauf quand on avait des invités. Notre père supportait peu l'alcool. 

    Dernière strophe. Cela se complique. Une question est posée qui sous-entend une réponse négative. On ne retournera évidemment pas à cette forme de "sacré" qui entoure l'enfance. Ma patrie, c'est l'enfance écrivait Marthe Bibesco. La patrie est un mot que je déteste mais si on lui retire sa connotation patriotique, il peut retrouver une certaine saveur et s'il s'agit de l'enfance, et bien, cette patrie a quelque chose de sacrée. 

    Un jour, il n'y a pas si longtemps, ma sœur avait scandé à des gens proches réunis autour d'elle "vous êtes mon terreau" et ça a fait son effet. Ce fut le clou de la soirée où étaient réunis des gens qui avaient partagés son enfance. Retournerons-nous jamais à nos moiteurs sacrées néfastes seulement pour ce qui craint la rouille nous qui sommes du fond de la mer ? Mon enfance ne fut pas un long fleuve tranquille - je ne vais pas m'étendre - mais je n'en garde pas un mauvais souvenir et je ne crains donc pas la rouille dont le temps la couvre inexorablement.

    Le fond de la mer ? Oui, l'homme est né dans l'océan...la soupe primitive dont le hasard a fait naître une cellule vivante... ou bien le poète n'a-t-il pas voulu parler de cette même matrice dont sont tous les deux issus le frère et la sœur ?

    Loic LT

  • Éloge de Saint-John Perse (Éloges !)

    J’ai appris l’existence de Saint-John Perse au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient grâce à un camarade qui était fan du film les Bronzés...Vous me direz “quel rapport ?” Et bien, dans le premier épisode des Bronzés, Jérôme (Christian Clavier) récite du SJP (on va faire court) à genoux au bord d’un lac et Nathalie (Josiane Balasko) lui dit un truc du genre “ ça t’arrive souvent de réciter du SJP à poil au bord d’un lac ?”. Maintenant que ça me vient, c’est étonnant d’ailleurs, c’est même inconcevable qu’elle ait pu reconnaître que c’était du SJP qu’il récitait, car qui connait ce poète ? quasiment personne. Alors, Nathalie, qui est un peu cruche dans son genre quand même; non seulement, elle connaît le nom de ce poète mais en plus elle est capable de reconnaître par quelques vers récités que c’est du SJP ! Ne cherchons pas midi à quatorze heures, c’est une comédie et elle n’a pas vocation à être cohérente.

    Donc voici ce que récite Jérôme :

     Azur ! nos bêtes sont bondées d’un cri !

    Je m’éveille, songeant au fruit noir de l’Anibe dans sa cupule verruqueuse et tronquée…

    C’est le début d’un poème du recueil Éloges...que mon camarade de classe avait acheté que pour ces deux vers ! Depuis, je l’ai un peu perdu de vue (on s’est appelé il y a 3 ou 4 ans je crois) mais grâce à lui, non seulement, je n’ai jamais oublié ces vers mais en plus, je connais Saint-John Perse...qui est un poète littéralement imbuvable.

    Enfin non, je me suis rappelé après coup qu’en première, au lycée Notre-Dame-du-Vœu à Hennebont, une prof d’histoire sachant mon grand amour de la poésie (que la responsable du CDI lui avait soufflé car j'empruntais plein de recueils de poésie), m’avait demandé après un cours ce que j’aimais comme poètes...et comme je n’en connaissais pas beaucoup, j'avais dû citer Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et elle m’avait demandé si je connaissais SJP. Je lui avais répondu que non et je crois que ça l’avait déçue.

    N’empêche que ces deux vers dont on ne comprend rien sont tellement beaux que je ne les ai jamais oubliés...à tel point que j’ai réussi à les faire rentrer dans la famille. Mon beau-frère par exemple récite les premiers mots parfois mais je crois qu’il remplace Azur par Amour en s'adressant à ma sœur et Prisca lui a emboîté le pas et m’appelle parfois Amour sur le même ton que Christian Clavier dans les Bronzés

    Non mais quelle histoire !

    S’il y a une vie après la mort et qu’on peut voir ce qui se passe sur Terre, quelle tristesse cela doit être pour SJP de se dire qu’il est passé à la postérité grâce à un nanar.

    A la base, je voulais m’amuser à tenter une explication d’un texte de SJP mais j’ai déjà trop écrit, j’ai la flemme...et surtout SJP, c’est vraiment chiant ! Alors, une autre fois !

    Si un jour, j’ai le courage de le faire, ce sera sur celui-là... que j’ai pris en prenant une page au hasard dans Éloges (page 61)

     

    Silencieusement va la sève et débouche aux rives minces de la feuille.

    Voici d'un ciel de paille où lancer où lancer, ô lancer  ! à tour de bras la torche !

    Pour moi, j’ai retiré mes pieds.

    ô mes amis où êtes-vous que je ne connais pas ?. . . Ne verrez-vous cela aussi ?... des havres crépitants, de belles eaux de cuivre mol où midi émietteur de cymbales troue l'ardeur de son puits... Ô c’est l'heure

    où dans les villes surchauffées, au fond des cours gluantes, sous les treilles glacées, l'eau coule aux bassins clos violée

    des roses vertes de midi... et l'eau nue est pareille à la pulpe d'un songe, et le songeur est couché là, et il tient au plafond un œil d'or qui guerroie. . .

    Et l'enfant qui revient de l'école des Pères, affectueux longeant l'affection des Murs qui sentent le pain chaud, voit au bout de la rue où il tourne

    la mer déserte plus bruyante qu'une criée aux poissons. Et les boucauts de sucre coulent, aux Quais de marcassite peints, à grands ramages, de pétrole

    et des nègres porteurs de bêtes écorchées s'agenouillent aux faïences des Boucheries anglaises, déchargent un faix d'or et d’ahan

    et au rond-point de la Halle de bronze, haute demeure courroucée où pendent les poissons et qu'on entend chanter dans sa feuille de fer, un homme glabre, en cotonnade jaune, pousse un cri : je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !

    et un autre envahi par le goût de tuer se met en marche vers le Château d'Eau avec trois billes de poison : rose, verte, indigo.

    Pour moi, j'ai retiré mes pieds .

     

    Je n'ai même pas réussi à trouver ce poème entièrement sur le net. Il m'a fallu faire des collages... et des corrections même !

    Mes amis, où êtes-vous que je ne connais pas ? Ce n'est même pas la peine que je vous demande de trouver une explication (mais le premier vers au moins est assez simple), vous n'avez même pas été capable de trouver le poète de Quistinic, Paul-Alexis Robic, que je suis le seul à évoquer sur le net. J'aime bien être le seul à m'occuper d'une figure disparue. 

    Et bon courage....comment une mer peut-elle être déserte (une plage encore, on comprendrait) mais déserte et  plus bruyante qu'une criée aux poissons ? Bon courage si vous voulez essayer et bon courage à moi. Je ne suis pas idiot, je sais qu'une criée est souvent bruyante mais une mer ne peut pas être déserte....ou alors elle s'est retirée très loin (comme elle le fait sur la côte ouest du Cotentin lorsqu'à marrée basse, elle se barre à des kilomètres si bien que si on veut aller la voir quand elle est au plus loin, plus on s'y approche plus on a l'impression de s'en éloigner si bien qu'on se croit en plein désert) mais si elle s'est retirée très loin, elle ne peut pas être bruyante !

    Il y a des accents rimbaldiens dans ce poème (oui, je sais, j'y reviens toujours) mais sans rien n'y comprendre on devine que l'action se situe dans un pays chaud....dans ces pays poivrés et détrempés comme écrivait Arthur et quand SJP écrit "je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !", ça me rappelle un poème de Rimbaud mais je ne me souviens plus lequel.

    Mais, vous ne perdez rien pour attendre, je reviendrai dussé-je m'enfiler des boucauts d'absinthe ! 

    Loïc LT

  • Un moment, elle a attaché ses cheveux....

    Il est 03:56 matin,  mais

    Certainement subsiste une présence de Minuit. L’heure n’a pas disparu par un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, évoquant un ameublement par sa vacante sonorité. Je me rappelle que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rêverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexité marine et stellaire d’une orfèvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.

    Mallarmé a raison, minuit comme les autres heures ne disparaissent pas. Nulle seconde ne disparaît. Le temps ne s'égrène pas, il s'entasse. Tout ce qu'on a vécu existe encore. Comme ce couple qui a déjeuné dans un restaurant un dimanche soir. Avant de partir elle a attaché ses cheveux. Cela est toujours concret. Les heures qui passent s'archivent, on ne sait pas où, c'est invisible pour l'homme mais le monde n'est qu'un empilement de scènes plus ou moins plaisantes. Le présent poursuit cet éternel travail d'empilement.

    DIMANCHEQUATRO050217 (26).JPG

    Comme cet homme que j'ai pris en photo dans la médiathèque d'une ville quelque part. On dirait qu'il est un peu dehors. Il est beau. Tout est bien pensé comme s'il avait créé cette scène (plaisante)  avant que j'arrive avec mon appareil photo. Je ne veux pas croire que ce n'est que du passé. Certainement subsiste une présence de ce dix-sept heure six. 

    Parfois je me demande à quoi sert ce blog. Je trouve que c'est un outil de communication égoïste et prétentieux. Je discute avec plein de gens qui ont des choses plus intéressantes que moi à dire et qui n'ont pas de blog.

    Mais si un jour, tu vois qu'une pierre te sourit, iras-tu le dire ? (Guillevic)

    Non, tu n'iras pas le dire parce qu'on ne te croira pas. Les gens qui ont plein de choses intéressantes à dire pensent également que leur savoir est inutile aux autres, que ça ne les intéressera pas.

    Au moins, le blog permet de redonner vie à des poètes. 

    DSC00171.JPG

    Ce poème par exemple. Tapez ces premières lignes sur Google et vous n'aurez aucune réponse (sauf dans trois jours). Il n'est présent sur aucune des milliards de pages que contient la toile. C'est injuste, il est tellement beau. Mais si je ne l'écris pas moi-même, personne ne le retrouvera parce qu'aussi doué soit-il, Google ne référence pas les textes sur une photo. Et l'écrire avec ton beau stylo plume qu'on t'a offert à Noël ne sert à rien non plus. Le moteur de recherches ne reconnait que ce qu'on écrit sur un clavier. Tout le reste n'existe pas pour lui. Il ne référence que ce qui est virtuel, c'est à dire, ce qui n'existe pas. 

    DSC00174.JPG

    Le soleil était heureux.

    On savait les noms des vagues, l’itinéraire des îles en partance, les secrets de la forêt, des landes et des bruyères.

    On pouvait escalader les montagnes neigeuses du ciel, saisir à pleines brassées de joie le vent bleu, rose ou vert.

    Tout était simple, facile. Le pain était sur la table. Les gens avaient les mains chaudes. Et quand le maître en classe élevait la voix et faisait trembler les vitres, on avait le choix pour disparaître entre un petit trou dans le plancher et la Cordillère des Andes.

     

    Je ne vous donnerai pas le nom de son auteur. ( Je l'emporte avec moi vous l'oublierez moi non, je l'aime). C'est triste que le plus beau vers de l'année ait été inventé et scandé sur TF1 ( Je vous emporte avec moivous m'oublierez, moi non, je vous aime...). Un jour peut-être, demain, dans deux ans, dans dix ans, une étudiante en lettres, un thésard, quelqu'un de sa famille... viendra ici divulguer son nom. Je t'attends, cher ami

    Ce poème en prose est empreint d'une nostalgie désuète mais il me touche. Sur la page d'avant, il y a cette citation qui donne un peu le ton. Il me touche exactement pour cette raison :

    Ma patrie, c'est l'enfance

    (Marthe Bibesco)

    Un moment, elle a attaché ses cheveux. Pris de surprise, fasciné,  l'homme en face d'elle a eu du mal à finir sa gorgée. Elle ne s'est pas aperçue du trouble. Ce n'est que plus tard qu'il lui a dit. Il était inconcevable qu'il lui dise de suite "j'ai aimé cette façon naturelle et gracieuse avec laquelle tu as attaché tes cheveux". Peut-être qu'il aurait dû lui dire tout de suite, ainsi, elle ne lui aurait sans doute pas dit quelques heures plus tard ou le lendemain, je ne sais pas ce que dit le roman qu'elle ne l'avait pas trouvé très à l'aise. 

    Loïc LT (04:37)  

  • tentative de compréhension d'un poème contemporain

    Il faut arrêter à la fin de dire que la poésie contemporaine est incompréhensible. Prenons un exemple. Dans le recueil Poésie 1946-1967 de Philippe Jaccottet, j'ai pris une page au hasard.

    philippe jaccottet

    Dans l’herbe à l’hiver survivant
    ces ombres moins pesantes qu’elle,
    des timides bois patients
    sont la discrète, la fidèle,

    l’encore imperceptible mort

    Toujours dans le jour tournant
    ce vol autour de nos corps
    Toujours dans le champ du jour
    Ces tombes d’ardoise bleue

     

    L'herbe survit de toute façon à l'hiver, elle pousse même un peu quand il ne gèle pas. Dans cette herbe, il y a de petits morceaux de bois arrachés sans doute des branches qui tombent quand il y a du vent. Ce sont des brindilles si petites qu'elle font moins d'ombre que les herbes, donc elles sont discrètes. Qui se promenant sur sa pelouse remarque ces petites choses que cachent les herbes ?

    Mais ces petits morceaux de bois s'ils sont peut-être encore un peu verts,  si on gratte un peu sont promis à une mort certaine car le bois ne vit pas sans sève. 

    Ensuite, et bien, évidemment, le jour est tournant. Il passe du matin au soir comme un vol au dessus de nos corps mais comme les petits morceaux de bois morts, nous ne sommes que des tombes en sursis. Pour l'ardoise bleue, je pense qu'évoquant le champ du jour, il veut nous signifier que l'humanité qui ne doit son existence qu'à l'atmosphère représentée ici par le ciel bleu (qui devient une ardoise, c'est à dire quelque chose de solide comme un cercueil) est une tombe en devenir. Le poète part donc de l'infiniment petit (les brindilles) pour finir à l'infiniment grand. C'est assez simple en fin de compte ! 

    Loïc LT