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vie personnelle

  • affaires de divorce, épisode 2

     

    Elle n'était pas obligée de venir me chercher alors que demander de plus. Mais elle a toujours été comme ça. Elle ne laisse jamais tomber les gens. Bon cœur. Taxi gratuit. Il ne fallait pas attendre les grands discours. Comme de fait. Silence à peine pesant. Presque évident. Parfois je pose une question et elle répond par oui ou par non et un peu plus s'il fallait. Trois mots grand maxi. J'avais mal mais je ne lui en voulais pas. Un mois plus tôt j'avais fait la connerie de trop alors il fallait pas que je sois surpris qu'elle ne me demande pas comment s'était passé ce séjour d'un mois à Séné. Pour que vous sachiez chers lecteurs, il s'est bien passé. Et depuis ma sortie, il y a vingt jours, je n'ai pas bu une goutte. 

    Dans sa grande bonté, elle est venue me chercher. J'ai attendu toute la journée car j'étais libéré le matin. Je n'avais aucune appréhension. Parce que je n'attendais rien. Et je n'étais pas fier.

    J'aurais voulu quand même avoir des nouvelles des filles. Mais c'était des oui et des non encore . Même pour mes filles. Pas besoin de faire des alexandrins pour dire ça. Ça suffit la poésie. Il y a des choses qui sont à dire le plus simplement.

    Parle-moi d'elles

    Parle-moi d'elles

     

    Mais non, Chloé est en Nouvelle Zélande et Lola est draftée en NBA ? Je n'en sais rien. Au moins savoir ça. Parle-moi d'elles. Bon sang mais parle-moi d'elles ! Sont-elles heureuses ? Et leurs petits copains ? Parle moi au moins d'elles, s'il te plait ! Toi et ta vie, peu m'importe. On ne se doit plus rien. Tu fais ce que tu veux. Je ne veux même pas le savoir. Mais....

    Parle-moi d'elles

    Parle-moi d'elles. 

    On est arrivés. Merci. De rien. 

  • affaires de divorce, épisode 1

    On a divorcé il y a deux ans et demi mais ce n'est pas le divorce qui m'a emmerdé puisque avec Prisca on a vécu 12 ans ensemble en union libre. On s'est marié un peu sur un coup de tête en 2013 et le but essentiel était de réunir nos deux familles qui ne se connaissaient pas ou à peine. Non, le divorce en lui même, j'en avais rien à foutre, le plus dur fut de quitter la maison, la vie de ma famille à quatre etc.  J'ai résolu de parler de tout ça avec un brin de dérision dans une série de poèmes que personne ne lira pas mais qu'importe, je mets ici ce que je veux. Je mettrai aussi d'anciennes productions où je parle de ce sujet.

    J'évoque dans celui-ci les vieux draps, housses de couette, draps housse ou autres bricoles que j'ai ramenés dans mon appart de la maison. J'ai pris le parti de m'en débarrasser. Je ne peux plus les voir, vaisselles comprises. deux rimes avec le même mot mais pas d'histoire !

    Affaires de divorce (1)

    J’ai jeté toutes les reliques de jadis
    Près d’un buisson de rien tout près de mon appart
    Et lorsque ce fut fait j'ai cru clore une vie
    Un peu comme on termine le reste d'une tarte. 

    Le tout attendait quoi, depuis deux ou trois jours
    Car de tout ceci je n’avais plus trop que faire
    Et je décidai dans la nuit qu'enfin le jour
    Vienne enfin pour finir de jeter ces affaires

    Ensuite j'ai chanté debout sur une chaise
    En écoutant Basia après les Matt Bianco
    Un peu comme ces fous qu’on voit sur les falaises

    Ceux là même hantant  les paisibles chaumières
    Lorsqu'au sein de la nuit, la lune alors éclaire
    Ce formes bizarres comme des barbotieres.

    Shako, le 02.08.2020
  • Isabelle ou le Chat de Schrödinger

    Depuis quelques mois je connais une fille qui habite Saint-Malo-de-Beignon. C'est un bourg qui me parle car lorsque j'effectuais mon service militaire à Guer, le soir, on sortait avec quatre ou cinq bidasses, on achetait de la bière et on allait les boire au bord d'un étang situé près de ce bourg. Et quand on était bien éméché, on se foutait à poil 100%, on courait vers le ponton et on se jetait à l'eau. C'est le seul souvenir que j'ai de ce bourg, c'est pour ça que lorsqu'Isabelle m'en a parlé, j'ai repensé à ces soirées au bord de cet étang dont je ne sais le nom.

    Cela fait plusieurs mois que je connais Isabelle. Quand je l'ai connue, elle n'allait pas bien et puis j'ai assisté à sa transformation. Mais on se parlait très peu. Un jour que pour une fois je lui parlais, j'ai dû lui dire que je m'intéressais à la physique quantique, elle m'a demandé alors si je connaissais le chat de Schrödinger. A part mon chat Merlin, je ne connais pas le nom des chats des autres et donc encore moins de celui du dénommé Schrödinger. Je lui ai répondu que non mais ça m'avait surpris qu'elle me sorte ça de façon si naturelle comme ci elle me disait qu'il faisait beau dehors. Lorsque je suis rentré chez moi, j'ai en effet trouvé l'endroit où il en était question et l'expérience de ce chat qui existe et n'existe pas et qui est en fait un fondement de la physique quantique mais je vais éviter les explications.

    J'ai su plus tard qu'elle avait un sérieux bagage scolaire et qu'elle avait participé à une conférence sur le quantique et qu'à côté d'elle était assis un des frères Bogdanov.

    Petit à petit, on s'est mis à discuter de plus en plus de choses métaphysiques. J'étais agréablement surpris de sa transformation. D'une fille très effacée portant tout le temps un espèce de gilet rose, elle était devenue plus féminine jusque porter une jupe. Enfin, je croyais que c'était une jupe mais en fait c'était une robe. Un autre jour, elle portait une robe longue que j'aimais moins mais j'ai pas osé lui dire que ça ressemblait à un sac à patates. Physiquement de visage, je ne saurais trop dire. Je devinais qu'un mystère s'y cachait et les traces d'un passé assez lourd. Je ne posais aucune question sur sa vie qu'elle me distillait tranquillement. J'ai su qu'elle avait une fille mais je ne sais plus son âge et surtout qu'elle avait un mec qui s'appelle Cédric. Comme elle commençait à m'attirer, je lui disais en rigolant que j'allais tuer ce Cédric et donc qu'il me fallait abattre tous les Cédric de Nantes où il habitait car je ne savais pas son nom de famille. Souvent alors qu'on buvait un café ensemble avec d'autres individus, son téléphone sonnait et elle répondait "coucou chéri". J'aurais dû être indifférent car je ne savais pas ce qu'il se passait dans mon cerveau. J'étais fragile moi aussi et je n'avais pas du tout confiance en moi. J'étais en surpoids et le soir quand je me regardais dans la glace, je faisais des grimaces pour ne pas me voir en vrai. C'était une époque où on mangeait dans le même restaurant et j'étais surpris qu'elle se mette à une table avec des vieilles personnes alors que j'étais souvent seul à une autre table comme un con. Je ne le sais pas encore...mais tout ça est fini. Il y a de fortes chances qu'on ne se revoie plus. 

    Mais je n'ai pas encore dit l'essentiel. Un soir, perdu dans mes pensées forcément métaphysiques autant que discrètement sentimentales, je doutais plus que jamais de l'existence de la matière et donc de l'atome. Seule Isabelle me posait des questions là dessus. On jouait à un jeu de société à deux, trois ou quatre mais souvent la partie s'interrompait lorsqu'elle et moi discutions de choses et d'autres. Elle ne venait pas souvent et ça m'énervait et je ne savais pas trop pourquoi. Un jour que je devais quitter Vannes, je lui ai envoyé un message. Un ami que j'avais souvent au téléphone m'avait dit "arrête de réfléchir et fonce". C'est vrai, cette putain de vie est trop courte, pourquoi se fixer ces interdits ridicules ? Prendre un râteau n'est pas la fin du monde. Donc je lui ai envoyé ce texto : "heureusement que je ne suis pas resté plus longtemps à Vannes parce que j'étais en train de tomber amoureux de toi". Et à ma grande surprise, j'ai eu très vite cette réponse : " j'avoue que moi aussi. Je l'ai ressenti, ça m'a troublée puis je me suis ressaisie". Je dois dire  que je n'ai pas bien compris cette réponse. A-t-elle ressenti que je tombais amoureux d'elle et que ça la troublait ou bien elle avouait qu'elle aussi était en train de tomber amoureuse de moi ?  En tout cas, ensuite, une fois lancé, j'ai poursuivi par un "un jour, nos mains se sont touchées et j'ai eu des frissons partout. C'est très bien que tu t'es ressaisie". Je mentais, je ne voulais pas qu'elle se ressaisisse. Elle avait un mec qu'elle aimait et elle venait même de faire les présentations à ses parents dont elle m'a dit laconiquement que ça s'était bien passé.

    Il est deux heures du matin. En écrivant cette note, j'écoute Franck Sinatra. Ecouter ce chanteur me rassure, m'apaise. A propos de chanteur, Isabelle m'avait fait écouter des choses qu'elle aimait et surtout à la question "qu'est ce que tu écoutes ?", elle ne m'avait pas répondu bêtement comme la plupart des gens "un peu de tout". Je me souviens qu'elle m'avait fait écouter Damien Saez un chanteur que je ne connais que de nom. Au fond de moi, je lui pardonnais alors de ne jamais avoir entendu parler de Dominique A. Ce chanteur sans doute le plus prolifique et inspiré de France reste totalement inconnu du grand public. Il lui manque sans doute un tube. J'en ai fait un peu écouter à Isabelle et notamment "il ne faut pas souhaiter la mort des gens" et j'ai profité de l'occasion pour lui dire à nouveau que je voulais tuer Cédric. 

    Ayant quitté Vannes, j'ai fait exprès de ne pas lui envoyer de message pour voir si elle allait m'en envoyer. J'ai attendu deux jours sans trop y croire et hier soir j'ai reçu un "y'a qu'à toi que je peux raconter tout ça car on est libre d'en parler sans limite" suivi d'un autre message "on se ressemble beaucoup". Je ne vais pas dire de quoi elle parlait dans le premier message. En tout cas, je me disais qu'on avait échangé cette troublante relation que par texto. A ce dernier texto, je lui ai bêtement envoyé les paroles d'une chanson de Daho qui s'intitule "on se ressemble". Peut-être espérait-elle quelque chose de plus personnel. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête d'une femme.

    Aujourd'hui, nous ne nous voyons plus. Est-ce une histoire impossible ? Je crois que oui mais elle ne m'a pas servi à rien. C'était pas grand chose mais ça me redonnait un peu confiance et elle, je ne sais pas. Je vous l'ai déjà dit, lisez un peu. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête d'une femme !

    En tout cas je me souviendrai longtemps d'elle. Que de chemin parcouru depuis le chat de Schrödinger. Cette expérience est tellement sidérante que je vous pose ici ce qu'en dit wikipedia : 

    C'est la mesure qui perturbe le système et le fait bifurquer d'un état quantique superposé (atome à la fois intact et désintégré par exemple… mais avec une probabilité de désintégration dans un intervalle de temps donné qui, elle, est parfaitement déterminée) vers un état mesuré. Cet état ne préexiste pas à la mesure : c'est la mesure qui le fait advenir. 

    Je me suis fait ma propre interprétation de cet énigmatique extrait : les choses n'existent que parce qu'on les voit. J'en parlais à Isabelle et bien qu'elle respectait mon opinion, elle n'était pas du tout d'accord. J’insistai sur le fait qu'elle n'existe que parce que je la vois donc en ce moment précis au cœur de cette nuit, elle n'existe pas. Elle m'appartient donc puisqu'elle n'existe que lorsque je la regarde. Oui, j'ai remplacé la mesure par le regard. C'est rassurant de penser ça. Je ne la reverrai sans doute jamais mais elle m'appartient. 

    Loïc LT

  • 2018 / Comment je me suis fait kidnapper pour la première fois de ma vie.

    Évoquer sa vie personnelle sur son blog...je l'ai fait par le passé mais toujours pour le bon côté des choses. Et puis, y'a un blog tenu par une personne dont je tairai le nom mais qui se reconnaîtra et qui m'a donné envie de m'y remettre. Ecrire, c'est une thérapie, façon de soulager des choses désagréables par des mots qui forment des phrases qui elles mêmes forment un tout cohérent.  Et si j'écris beaucoup (sorte d'autobiographie en cours), ce n'est pour l'instant jamais pour les autres mais pour le mien. Alors, allons-y.

    En 2018, je me suis retrouvé dans un hôpital psychiatrique du Havre. Hôpital Janet. Comment et pourquoi, je vais vous l'expliquer de la façon la plus objective possible.

    Un jour, alors que venant de Bretagne, j'avais débarqué chez ma sœur en Haute Normandie le matin et dans un sale état, dans l’après midi, elle m'a proposé gentiment de boire un café dans son salon. Je sentais bien quelque chose de louche tant elle ne savait plus que faire de moi et puis de se retrouver autour d'un café comme si de rien n'était me semblait étrange mais pas suffisant pour deviner ce qui m'attendait. Si je pouvais revenir sur le passé, je me serais douté de quelque chose et notamment qu'il y avait un véhicule de pompier garé et caché près de la maison ou je ne sais où.... pour pas que je le vois auquel cas, alors j'aurais continué mon chemin jusque très tard, les pompiers n'allaient pas rester glander toute la journée. J'ai vraiment été trop con sur cette affaire-là et je m'en voudrais toute ma vie de cette naïveté. Je pense même que je serais retourné chez moi, sans mes bagages ni ma trompette mais mais c'est une raison dérisoire bien que je tiens à mon tambour. 

    Et donc je buvais mon café tranquillement quand ont débarqué à gauche et à droite de la pièce deux pompiers tout de jaune vêtus et quelques minutes plus tard, j'étais dans le camion citerne, destination inconnue.

    Pour être complètement honnête, j'étais arrivé le matin même chez ma sœur et mon beau-frère (sans y avoir été invité) et j'étais saoul (mais pas dépendant à l'alcool car je sortais de deux mois de clinique pendant lesquels je n'avais pas bu une goutte évidemment). Mais j'ai débarqué chez elle sérieusement alcoolisé. Peu après mon arrivée, sachant que je n'étais pas trop le bienvenu, je suis allé me promener au bord de la Seine, endroit où par connaissance fraternelle, elle n'a pas tardé à me retrouver. Quand je l'ai vu arriver, je ne lui ai pas laissé le temps de sortir de son Cactus (je n'ai jamais compris comment des écolos de bazar puissent acheter un tel véhicule) et je me suis barré. Je pense alors qu'elle est rentrée chez elle et qu'elle s'est arrangée avec les pompiers pour qu'ils viennent et pour que le camion benne soit caché.

    Rentré de ma promenade et n'ayant pas eu le temps de boire son putain de café  (bio sans doute donc dégueu-), je me suis donc retrouvé dans le camion poubelle et j'ai été admis à l'hôpital Janet qui n'avait rien à envier à une prison. Confiscation du portable pendant tout le séjour (mais ça, on s'y fait), interdiction de sortie, chambres doubles voire certaines triples et puis j'ai vu des choses dans ce lieu totalement hallucinantes : "Des couples" qui faisaient l'amour dans les couloirs, des types qui se faisaient sucer...et les infirmières passaient devant tout ça sans rien dire. Vous comprenez que j'appréhendais d'aller dans les douches collectives, d'ailleurs en trois semaines, j'ai dû me laver que deux ou trois fois tellement j'avais la frousse de ce que vous savez et si ça s'était passé,  je savais que les infirmières ou les aides soignantes me rigoleraient au nez. 

    Parlons des infirmières. Ayant passé deux mois à la clinique du Golfe près de Vannes, je m'étais habitué à des infirmières bienveillantes qui venaient souvent discuter avec les patients, parfois une heure s'il fallait ou plus. Quant au psychiatre, il venait nous voir tous les jours.  A Janet, rien de tout cela. Je n'ai pas discuté avec une infirmière une seule fois (puisqu'elles étaient tout le temps fourrées dans l’infirmerie à s'amuser et à se moquer sans doute des patients) et se foutaient pas mal de nous sauf quand l'un d'entre nous pétait les plombs, ce qui arrivait régulièrement évidemment, tant nous étions traités comme des truies dans une porcherie. Et je n'ai vu que deux fois le psychiatre en trois semaines et lors de la seconde (ma sœur présente ?), le sujet principal était de savoir comment j'allais être rapatrié dans le Morbihan quand bien même ma Polo m'attendait. (c'est vrai que ce côté pratique était du ressort d'un psychiatre, je me marre). En tout cas je ne sais pas comment j'ai fait, si j'ai joué un sale tour à ma sœur ou quoi mais je suis quand même rentré avec ma voiture encore sous le choc de ce que j'avais vécu pendant presqu'un mois.

    Ce dont je lui en veux en plus (notez que je ne dis ni son prénom, ni son nom, ni son salaire, ni si elle connaît la physique quantique, ni le bourg où elle habite, elle ne peut pas me reprocher ça), c'est qu'elle n'est venue me voir qu'une seule fois et juste pour une histoire de linge à laver...et pour rester discuter quelques minutes et basta. Je lui avais clairement fait comprendre je crois que cet hôpital était un enfer mais elle n'a pas bronché. . Elle avait l'air de s'en foutre (un mal pour un bien devait-elle penser) et elle se serait bien passée de s'occuper de mon linge, ce que j'ai obtenu par insistance ( peut-être qu'elle est venue deux fois, une pour récupérer mon linge sale et l'autre pour revenir avec le linge propre mais ces visites logistiques ne duraient que quelques minutes). 

    Voilà ce que j'ai vécu (sans doute les semaines les plus atroces de ma vie), j'aurais dû faire une psychanalyse après (comme les soldats Américains en rentrant de conflits ) et pourtant je ne suis pas de nature à être rancunier. Mais il y a des limites. D'habitude, éducation chrétienne oblige, j'ai tendance à tendre l'autre joue. Mais depuis mes trois semaines d'incarcération, chaque fois que j'entends le mot "le Havre", j'ai envie de vomir. Le pire est que quelques mois plus tard, elle a osé me faire visiter cette foutue ville (qui fait rêver tout le monde, hein -) détruite pendant la guerre par les alliés (comme beaucoup de villes normandes) et qu'un architecte nommé Auguste Perret (sans doute un disciple de Le Corbusier) avait reconstruit privilégiant le côté pratique mais clairement pas le côté esthétique. Y'a des gens qui n'ont honte de rien mais il faut se replacer dans le contexte. 

    Bref, ce dernier point n'est pas si important. Juste savoir que je suis sorti de l'hôpital plus mal que j'y suis rentré, ce qui doit être le cas pour la plupart des patients (dont la plupart ne semblaient souffrir d'aucune pathologie, à part celle de trouver l'occasion d'enculer des pov'types, excusez moi, je m’énerve mais en plus c'était ça) mais j'ai eu de la chance d'échapper préférant éviter ça et puer. 

    J'ai oublié de dire une chose ou je ne l'ai dit que trop brièvement. J'étais en état d'ébriété en arrivant chez ma sœur mais pas au point de suivre une cure. Quand on n'a pas bu depuis deux mois, boire cinq ou six bières ne crée par une dépendance. Et je ne sais plus ce qu'on a fait de moi quand je suis arrivé dans cet hôpital maudit. Le psychiatre a-t-il appelé celui qui me suivait à la clinique (dr Labouret) ? Sans doute que non car si ça avait été le cas, j'aurais été éjecté de Janet dans les 24 heures. C'est une évidence. Heureusement qu'on ne place pas en psychiatrie tous ceux qui prennent une cuite ponctuelle. 

    J'ai hésité à partager cette note sur Facebook (mais Fb donne plus de visibilité donc oui) et je vais signer par mon vrai prénom, Shako étant réservé aux choses agréables et culturelles. En tout cas, même si je pense qu'elle ne va pas m'appeler mais au cas où je préfère l'avoir elle plutôt que son mari (comme elle le fait souvent quand il s'agit de traiter de sujets délicats), non que j'aie quelque chose contre lui, bien au contraire, mais je pense que c'est une affaire entre elle et moi. 

    Du coup, chaque fois que j'entends "vers le bleu" de Dominique A, ça me ramène à tout ça mais à l'envers car il m'arrive parfois de penser que ma frangine qui a cru bien faire (j'espère) n'avait aucunement envie de me ramener vers le bleu. Elle dira "non" bien sûr en plus elle ose dire qu'elle n'ira vraiment bien que si je vais bien...après ce qu'elle m'a fait vivre au Havre, je trouve ça indécent. Mais en ce moment, expérience devant le juge étant, j'ai remarqué que j'étais gonflé à bloc. 

    Ma rancune ne durera pas longtemps car ce n'est pas ma nature. J'oublie très vite, j'évacue.  Alors, j'en profite en attendant de retrouver mon état "j'aime tout le monde". 

    Loïc LT

  • Un 28 février, 13 heures

    Hier dans l'après-midi, j'avais le moral dans les chaussettes et je n'avais qu'une idée en tête : aller courir le soir pour évacuer tout ce sentiment d'injustice qu'on a quand on l'impression de se donner à fond dans tous les compartiments de sa vie et de quand même se prendre une soufflante comme je n'en ai jamais reçue. La surprise passée, j'ai accusé le coup, prostré, anéanti, je n'ai parlé à personne pendant une heure comme si j'étais devenu muet. Puis, je me suis ressaisi. Quand on a la conscience pour soi et la confiance aussi, qu'on arrive à prendre un peu de recul et qu'on est rassuré par sa femme et un vieil ami, on se ressaisit. 

    J'ai bossé comme un dingue dans l'après-midi, c'était le dernier jour du mois et c'est toujours compliqué le dernier jour, j'me comprends mais avec mon collègue, on a bien assuré et surtout on a rigolé. Quand t'es submergé de boulot, que le téléphone sonne sans arrêt, que tous les services te sollicitent, il arrive un moment où la saturation est telle que l'humour l'emporte sur l'énervement. 

    Mais j'avais quand même cette boule dans le ventre et à la moindre accalmie, le coup de massue de 13 heures me tapait à nouveau sur le système. Alors oui, seul un footing de la mort pouvait évacuer cette rage.

    Même si je me sentais fort, presque indestructible, un excès de confiance n'est jamais salutaire. Donc, j'ai appelé à gauche et à droite pour avoir l'avis de gens en qui j'ai confiance et qui envisageaient les choses de loin. Alors, évidemment, j'ai essayé d'être le plus objectif possible, en n'occultant rien.

    Le soir, j'ai tout expliqué à Prisca. Elle m'a rassuré et les filles sans rien savoir aussi...par leurs présences et leurs soucis et rires d'adolescentes. Il tombait des cordes dehors. On a dîné et vers les 10:30, on n'entendait plus la pluie par dessus les toits. Je suis sorti. Le ciel était étoilé. Ni une ni deux, je me suis mis en tenue et suis allé courir à Baud. J'ai un circuit près du collège et j'ai explosé mon record précédent de 40 secondes. La boule dans le ventre a explosé aux alentours du huitième kilomètre. Splaasch ! Les dix kilomètres terminés, j'étais bien, en paix, avec moi-même. J'ai marché longtemps. Il était presque minuit. Je n'étais pas fatigué. Mais je n'allais pas errer toute la nuit dans la ville ! Et Prisca allait s'inquiéter. Je suis rentré, j'ai pris une douche, j'ai lu du Saint-John Perse (et oui, je fais une obsession en ce moment -) et me suis endormi en écoutant le dernier album de Benjamin Biolay qu'à chaque écoute, je trouve de mieux en mieux. 

    Je n'en veux pas au type à l'origine de tout ça. Je sais qu'il est au bord de la rupture, il me l'a dit. Il avait besoin d'un souffre-douleur et je suis le client idéal pour ça. Si au moins, ça a pu le servir, c'est déjà ça ! Je veux bien aider les aider en leur servant de défouloir...mais pas tous les jours hein ! Ma gentillesse a des limites -) Et ne me demandez-pas de détails en commentaires, vous n'en aurez pas, par respect pour cette personne et parce que c'est pas mon genre. Par cette note, je ne voulais pas parler de lui mais de moi et de mon ressenti. 

    Car ce fut du coup un jour particulier. Si l'expression "tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort" n'était pas utilisée à tout va, je conclurais là-dessus...encore que je me sentais bien sans avoir besoin de penser à la mort. Je suis en vie ! j'ai 44 ans et je ne me suis jamais senti aussi fort. 

    Les meilleurs ennemis de l'injustice sont l'amour, la poésie, les amis, le sport et la confiance qu'on a en soi.  

    Aujourd’hui, 1er mars, tout est rentré dans l'ordre. C'est comme s'il ne s'était rien passé hier, comme si en fait, ça n'avait pas existé, comme lorsqu'on se réveille d'un cauchemar et qu'on se demande quelques secondes si on est dans la réalité ou pas. 

    Loïc LT

  • A présent (Vincent Delerm, la chanson, pas l'album)

    Nous sommes Marcia Baila
    Les cracheurs de feu de l'enfance
    Le trajet qui n'en finit pas
    Et la banquette arrière immense
    Nous sommes riverside park
    Les pelouses dans les centres-villes
    Les beaux jours qui débarquent
    Nous sommes les amours imbéciles

    Nous sommes le soleil blanc
    Juste en sortant du cimetière
    Le boulevard après l'enterrement
    Les visages pales dans la lumière
    Nous sommes la fin d'été
    La chaleur les soirs de retour
    Les appartements retrouvés
    La vie qui continue sous cour

    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.

    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    J'écoute beaucoup plus le dernier album de Julien Doré qui frôle la perfection, parce qu'il m'intrigue, qu'il cache bien des mystères et qu'en plus les mélodies sont bien enlevées et les arrangements parfaits mais il ne faut pas être exclusif. Et j'écoute aussi (entre autres) beaucoup le dernier opus de Vincent Delerm. Mais je ne l'écoute pas dans la même optique. Il y a une grosse différence entre une chanson de Doré et une chanson de Delerm. Doré exalte la beauté, la nature, la féminité, il y a un côté glamour mais un glamour qui frôle l'hermétisme. Le fait d'avoir fait jouer Pamela Anderson dans son clip "le lac" est purement anecdotique et la raison n'est pas celle que l'on pense. Le chanteur s'est expliqué là-dessus (et ce serait bien qu'il nous explique aussi ce qu'il veut nous dire dans certaines de ses chansons...). 
    Lorsque j'écoute Delerm, je ne cherche pas la même chose que lorsque j'écoute Doré. Delerm est un chanteur générationnel, il s'adresse aux quadragénaires, il nous parle des années 80, il nous dit la difficulté de vivre en couple, il évoque nos failles, nos fardeaux mais paradoxalement, dans ce flot de sombre nostalgie, il distille avec intelligence un positivisme et nous invite à vivre pleinement le présent. C'est le titre de l'album ! Et il se trouve que ces petites touches positives sont si fortes qu'on oublie les chansons plus tristes. Moi, après avoir écouté cet album, je me sens mieux. Et cette chanson en particulier. A présent. Tous les gens nés dans les années 70 se retrouvent un peu dans ce titre (Le trajet qui n'en finit pas et la banquette arrière immense....à qui ça ne parle pas ?). Je me revois dans la R6 orange ou la BX  quand on partait chez des amis de nos parents qui habitaient très loin et qu'on n'avait pas envie parce qu'on savait qu'on allait s'emmerder. Je me rappelle aussi d’enterrements divers, la procession jusqu'au cimetière et oui, les visages étaient pales dans la lumière. Etc etc.

    Vincent Delerm était en cours d'écriture quand il a appris l'attentat du Bataclan, le Bataclan qui est devenu un peu son antre, et l'album suinte de cette déchirure et plutôt que de l'évoquer platement, le chanteur a préféré prendre le contre-pied et nous inviter à vivre le présent intensément. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Alors, ce soir, 11 décembre 2016, nous sommes la vie en cet instant et il faut se dire que c'est une chance d'être entouré des gens qu'on aime. C'est l'hiver, les volets sont fermés, le sapin de noël est allumé. Mais...
     
    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.
     
    Mes filles ont grandi, elles ont chacune leur personnalité, leur caractère et je crois que cette jolie strophe s'adresse surtout aux parents qui ont des enfants plus jeunes car je ne vois dans la vie de mes filles que la joie de vivre, de l'insouciance et j'ai du mal à discerner ce qui peut les alarmer et qui m'alarmait aussi. Peut-être parce qu'un garçon et une fille ne s'alarment pas pour les mêmes choses. Je devine quand même les premières amours imbéciles et tout ce qui se passe dans leurs petites têtes de jeunes adolescentes.
    Par ailleurs, la mélodie de à présent est en phase avec le propos, c'est une mélodie gaie qu'agrémentent  des chœurs féminins (un classique chez Delerm)
    Alors, c'est entendu ?  Malgré tous nos problèmes, tous les drames, toutes nos tracasseries, aimons-nous vivant...ah non, zut, je me trompe de chanson -), mais n'empêche qu'il n'avait pas tort. Je ne sais pas ce que François Valéry disait dans la chanson mais tout était dans le titre, un titre très fort. Et finalement, c'est le message que Vincent Delerm veut faire passer aussi : 
     
    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    Loïc LT

  • fin de périple (06/07 février 2016)

    Après avoir quitté Langoëlan, je suis passé par Séglien et Locmalo.... mais ces deux bourgs étaient dépourvus de cabines. Bon, ne soyons pas trop sectaires, libérons-nous des contraintes ! Voici quelques photos de ces deux patelins acabines (néologisme sur le modèle de apatride). Les patelins acabines méritent quand même d'être cités même si je ne peux pas leur dédier une note entière. 

    Séglien :

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    Locmalo :

    Le brouillard était épais, on n'y voyait pas à cinq mètres. 

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    Ensuite, pour retourner chez moi, je suis passé par le bourg de Persquen, déjà recensé mais  je me suis arrêté histoire de humer l'air des lieux. Deux gentilles dames m'ont pris en photo devant la cabine téléphonique qui trônera un jour dans mon jardin dussé-je la voler. A Persquen, on a peu de risque de se faire surprendre !

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    Comme j'avais encore un peu de temps, l'idée m'est venue de me rendre dans le village où vécut mon grand-père avant d'emménager dans le bourg. Evidemment, ça ne dira rien à personne mais je tenais à ce que cela soit ici. Le village s'appelle Kercher et le corps de ferme que mon grand-père louait n'est pas en ruine mais ne semble pas occupé toute l'année. 

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    Je crois savoir, comme souvent dans la Bretagne intérieure que la maison est habitée par des anglais mais en tout cas, pas en ce moment. Lorsque j'y venais en vacances, il n'y avait pas d'herbe devant la maison. Pour le reste, rien n'a vraiment changé. J'imagine que plus loin devant la maison, il y a toujours ce chemin ombragé et caillouteux que mon grand-père empruntait pour aller cultiver son jardin. C'était un endroit humide où poussait du cresson. 

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    Et puis, je me souviens très bien de cette grange à droite de la maison et d'un muret sur lequel je me revois en train de marcher. Bon, et sur la photo ci-dessus, on distingue une échelle de couvreur sur un toit. Toute cette partie du corps de ferme ne manque pas d'allure. 

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    Je ne m'attendais pas à finir ce périple solitaire dans cet endroit ô combien symbolique. Quel bilan tirer de tout cela ? La mort de Beauchamp est-elle pure fiction ou est-elle réalité ?  J'en saurai plus le lendemain...et que me reste-t-il de tous ces bourgs : des images fortes et malgré la sinistrose qui s'en dégage, quelque part la promesse d'un bel avenir. J'y crois vraiment.  Ces bourgs ne mourront pas...je n'irai pas dire qu'ils finiront pas servir de refuges mais je pense que  quelque chose va se passer qui va surprendre tout le monde. Toutes les projections qu'on fait sur l'avenir s'avèrent souvent fausses. Allez savoir, peut-être que ces environs ne seront pas contre accueillir l'aéroport que les nantais ne veulent pas (un brin ironique sur ce coup-là).  Il n'y aura plus de cabines téléphoniques mais j'ai la conviction qu'un bourg peut survivre sans cabine, ce ne sera pas facile au début mais les gens sauront s'adapter...et désolé à ceux qui s'y reconnaîtront de ne pas m'être arrêté à Lescouët-Gouarec...

    Voici pour les puristes, le parcours depuis Rostrenen.

    locmalo,séglien,persquen, rostrenen

    Le soir, je suis rentré, j'ai allumé le feu, me suis lavé (ce que je n'avais pas fait depuis 48 heures) et j'ai mangé une pizza avant de m'endormir avec plein d'images en tête.

    fin de périple. 

    Loïc LT, 24/03/2016

  • l’hôtel enchanté (hôtel Alexandra****, Saint-Malo)

    Quinze ans plus tard, j’ai pris quelques rides, je porte une alliance, j’ai deux filles, j’ai changé de boulot. Quinze ans pendant lesquels il y a eu des moments difficiles (des accidents de la vie comme on dit) mais au final, la balance penche quand même plutôt du bon côté. J’ai changé, le monde a changé mais pas tant que ça si on considère qu’internet et les smartphones ne sont que des moyens d’acquérir du savoir et de communiquer...mais les moyens ne sont pas des fins.

    Nous partons en amoureux pour un week-end dans un hôtel à Saint-Malo estampillé  quatre  étoiles. Je n’y connais rien en étoiles mais dans mon esprit quatre étoiles, c’est quasiment le palace. Mais une loi datant de 2008 a changé la donne : l’attribution des étoiles obéit à des critères qui ne sont pas forcément visibles de la clientèle.

    Enfin bref. L’essentiel est d’être bien à deux. On est plus fort quand on est deux. A Paris, en 2000, j’étais seul et vulnérable.

    L’hôtel Alexandra donne sur la plage du Sillon et se situe dans un quartier cossu composé de maisons pittoresques avec des toits et des façades magnifiques.

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    Ma seule déception vient du fait que je m’étais fait une idée fausse de l’hôtel 4 étoiles. Quand on rentre dans l’Alexandra, aucun groom vêtu de rouge nous monte les bagages. A la place, un type un peu blasé, avachi derrière son comptoir nous donne un passe après avoir vérifié notre réservation. Le salon à l’accueil est agréable mais sans plus. D’ailleurs, pendant les deux jours, je n’ai vu personne s’y installer. Ensuite, évidemment, notre chambre donne côté rue et non côté plage mais qu’importe, les toits de la cité corsaire ne sont pas inintéressants.

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    La chambre est spacieuse mais à la place d’un lit deux places, nous devons nous contenter de lits jumeaux accolés. Le petit balcon est le bienvenu mais le bar est décevant. Contrairement à mon modeste hôtel à Montparnasse (en 2000), celui de l’Alexandra ne contient que des jus d’orange et de l’eau bénie. Il faut dire que les temps ont changé !!! Aujourd’hui, c’est chacun pour soi...heu zut, je m’égare (mais c’est pas faux non plus). Les temps ont changé, on ne peut plus fumer dans les chambres ni se bourrer la gueule. Le monde s’aseptise au nom de la santé publique et du culte du bien-être du corps et de l’esprit. Ce n’est pas un reproche,c’est un constat.

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    Après avoir déposé nos affaires, nous enfilons nos tenues de soirée. Je chausse mes souliers qui me serrent et je vêts mon paletot sans manches. Nous nous rendons au dîner dans la grande salle donnant sur la Manche. Le repas est correct sans plus, le prix des boissons est exorbitant et le service est discret. Nous nous sommes amusés à nous moquer d’un jeune serveur peu souriant et manquant d’expérience et d’une serveuse à la coiffure décoiffante. On peut toujours critiquer mais je me sentais bien, on se sentait bien. Je crois que c’est à ce moment du repas que je me suis souvenu de mon séjour à Paris. Il y a eu comme un flash et pensif, je réalisais qu'entre septembre 2000 et octobre 2015 c’était le jour et la lune (pour reprendre un lapsus entendu ce matin sur France Inter). Les couteaux étaient magnifiquement dessinés et conçus de telle sorte que la lame ne peut pas toucher la nappe.

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    Ensuite, la nuit nous tendait les bras...

    Le matin, on aurait pu se faire servir le petit dej en chambre mais on a préféré se rendre en salle, ce qui fut une bonne idée tant le buffet était copieux. Moi le matin, je ne suis pas un grand mangeur mais Prisca s’est régalée. J'ai demandé au jeune serveur s’il savait à quelle température était l’eau de mer et il m’a répondu 18° sans conviction. J’en doutais d’autant qu’il faisait 12° dehors..mais j’avais une envie folle d’aller nager.. Prisca m’y encourageait. Alors, j’y suis allé et je suis rentré dans l’eau sans trop de mal. J’ai nagé 20 minutes et j'en suis ressorti trempé ! Fou que je suis, je suis rentré en maillot de bain dans la grande salle propre comme un sou neuf, les pieds plein de sable sous le regard inquisiteur du personnel.

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    Après, on a profité de la chambre, écouté de la musique d'ascenceur, écrit des cartes postales (on a gardé cette vieille habitude) et profité du temps présent. Du balcon, je contemplais les toits de Saint-Malo qui dominaient de petits jardins privés toujours bien agencés. La ville était sereine. Le temps était suspendu. Des joggers couraient, des cyclistes pédalaient, des marcheurs marchaient et des vieux devisaient. Le ciel était bleu comme la mer. C’était reposant, tout simplement.

     

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    15 ans plus tôt, ce n’était pas la même histoire.

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    week-end du 10 et 11 octobre 2015, Saint-Malo (et visite de Dinard)

    Loïc LT

  • l'hôtel désenchanté

    Je me souviens qu'en septembre 2000, j'avais décidé de faire une escapade à Paris. J'étais en congé, je vivais avec mon père et j'avais besoin de changer d'air. Je n'étais pas très bien dans ma peau, je me sentais seul et pour ne pas paraître plus désœuvré que je ne l'étais, j'avais fait croire à mon père que j'allais rejoindre un ami à Paris. C'était totalement faux, j'avais bien un ami à Paris mais je n'avais aucune envie de le voir (bien qu'il aurait été super content de me voir). Pour compliquer les choses ou peut-être pour les rallonger, j'avais décidé de ne prendre le train qu'à Rennes et donc de faire le trajet Languidic-Rennes en voiture. Arrivé à Rennes, toujours aussi peu pressé mais me sentant bien, anonyme et libre dans la ville, j’ai loué une chambre dans un F1. Au petit matin, je m'y sentais bien, cette chambre minuscule était comme un refuge où personne ne pouvait m'atteindre. Avec le recul, je me demande pourquoi je voulais absolument aller à Paris. J’aurais pu rester à Rennes et dormir dans de petits hôtels tous les soirs, je serais resté tout aussi incognito. En 2000, je ne connaissais plus personne à Rennes. J’avais quitté la fac en 1994.

    Mais non, j’ai garé ma voiture près de la gare et pris le premier TGV. Arrivé à Montparnasse, je me suis senti seul sur le grand parvis devant la gare où tournait un manège et je ne savais pas où aller. Je remarquai au loin un hôtel qui faisait quelques étages et qui avait l’air plutôt modeste. Je m’y suis précipité. Je ne sais plus quelle heure il était. C’était le début de soirée je crois et c’était la première fois que je me rendais dans un vrai hôtel. Je me souviens très bien de la réception. Une salle style année 70, aujourd’hui on dirait vintage, des divans et une odeur de tabac. A l’accueil, j’ai demandé une chambre. On m’a filé les clés et je suis monté. La chambre était en accord avec la salle en bas mais c’était propre et j’avais une belle vue sur la rue et la gare et enfermé, le tumulte de la capitale me rassurait.

    Tout ceci m’est revenu le week-end dernier lorsqu’on a dormi dans un 4 étoiles de Saint-Malo où soi disant il y avait un bar dans la chambre. Il y  avait effectivement un frigo avec des jus d’orange...alors que dans cet hôtel de Paris, sans doute 2 étoiles, il y avait un vrai bar avec alcool et tout. Mais j’avais peur de me servir, je ne savais pas si c’était payant ou pas. Je n’osais rien, à part m’allonger et dormir. Le réveil de Paris m’a sorti de mon sommeil et je suis sorti de l’hôtel en fin de matinée. Je portais un sac à dos et je ne savais pas où aller. J’avais pas trop envie de m’éloigner de la gare mais en même temps, je n’allais pas rester tout le séjour dans le secteur. D’ailleurs, je ne savais pas combien de temps j’allais rester. J’avais ce qu’il fallait en argent mais j’étais complètement perdu. Alors, j’ai pris un grand boulevard. Je n’avais pas pris de petit dej, ce n’est pas que j’avais faim mais un petit café me tentait bien. Mais les brasseries m’impressionnaient trop , j’avais peur d’y entrer, de paraître gauche. Finalement, je suis rentré dans un bar moins clinquant que les autres et j’ai dû prendre un café.

    Je ne me souviens plus du tout de ce que j’ai fait de la journée. Je ne me vois pas déjeuner à midi. Le soir, j’ai réservé une chambre dans un hôtel Ibis. Je suis ressorti, il faisait nuit et j’ai acheté du riz au lait et des pommes et suis retourné à l’hôtel. Ma chambre se situait dans les combles et j’avais une vue magnifique sur les toits de Paris. J’ai allumé la télé et mis une chaîne d’info. Nous étions en septembre 2000 et le CAC40 frôlait les 7000 pts. Je me rappellerai toujours de ça parce que j’avais investi un peu dans des actions. Mais si le CAC n’a jamais atteint les 7000 pts, il a battu son record (toujours à battre) alors que j’étais dans cet hôtel mais je ne me doutais pas de la suite des événements, du dégonflement de la bulle internet, des attentats du 11 septembre 2001. C’est amusant d’y songer aujourd’hui. Ma vie a pris un tournant positif après ce triste séjour dans la capitale alors que la finance internationale commençait son chemin de croix.

    Le matin, j’ai été réveillé par les femmes de ménage qui faisaient du bruit dans le couloir et les chambres à côté. L’une d’entre elle a même frappé à ma porte. Je me suis dit qu’il fallait que je décanille. Je suis sorti et j’ai marché tout en réfléchissant. A quoi bon rester une journée de plus, voire une nuit dans cette ville ? Il m’est alors venu l’idée saugrenue de me rendre aux Lilas, une commune située à l’est de Paris où travaillait dans un office notarial une fille avec qui je discutais beaucoup sur le net. Je savais pertinemment que même si je trouvais l’endroit, je n’oserais jamais entrer dans l’office mais je ne sais pas pourquoi je voulais voir l'endroit...et puis avec un peu de courage, peut-être aurais-je osé. Alors, j’ai marché aidé d’un vieux guide trouvé chez mon père. Il faisait chaud, je transpirais, j’avais soif, j’ai acheté une bouteille d’eau dans une épicerie et au bout de 3 heures interminables pendant lesquelles je n’ai fait preuve d’aucune curiosité comme le ferait tout touriste, je suis arrivé sur les lieux et j’ai vite trouvé le cabinet de la fille en question. Je suis resté 5 minutes de l’autre côté de la rue, on était en fin d’après-midi, vers les 16 heures, je dirais et il me semblait évident qu’elle était là, à bosser derrière les vitres. Aurait-elle été contente de me voir ? J’en doute. Surprise, certainement. Mon cœur battait fort mais inutilement car j’étais incapable de rentrer.

    J’ai donc rebroussé chemin et me suis retrouvé à Montparnasse, éreinté et désœuvré. J’ai pris un train pour Rennes. Il était bondé et avec toute cette marche, j’avais l’impression qu’il émanait de moi une odeur nauséabonde. Mais j’étais tellement prostré que je n’osais même pas me rendre au wagon restaurant où j’aurais été peut-être plus à l’aise. En plus, j’étais côté couloir et j’étais incapable de lire ou faire quoi que ce soit.

    C’est donc avec un grand soulagement que j’ai vu que l’on traversait la périphérie rennaise. Arrivé à la gare, j’ai regagné ma voiture et je crois que j’ai pris le premier hôtel venu mais je n’en ai aucun souvenir. Au petit matin, je suis rentré à la maison.

    Vraiment, c’était chouette ce séjour à Paris !

     

    Mais c’est après que j’ai réalisé que ces trois jours de désœuvrement furent un déclic. Tout s’est précipité dans ma vie après. Je suis retourné au boulot et comme par enchantement, mon existence a pris un nouvel élan. Et j’ignore si ce séjour désenchanté y est pour quelque chose.