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livre

  • CR307 : la dentellière - Pascal Lainé

    product_9782070367269_195x320.jpgSi dans l’esprit de l’auteur, la fille nue qu’on voit de dos sur la couverture représente Pomme (tableau la robe du soir de Magritte), l’héroïne du roman (enfin héroïne, personnage principal on va dire), je prends tout de suite ! Sauf que cette fille ne colle pas du tout avec la façon dont l'auteur nous décrit Pomme, surnom qu’on lui a donné dans l’enfance car elle avait les joues rondes comme une pomme (encore que j'ai du mal à imaginer à quoi peut ressembler Pomme, mais indice : dans l'adaptation du livre au cinéma, c'est Isabelle Huppert qui joue le rôle). Pomme est une fille du Nord, elle grandit seule avec sa mère, elle est naïve, bête et elle n'a pas conscience des choses de l’amour.

    Sa mère décide de quitter le Nord pour s’installer à Paris du côté de Nanterre ou de Suresnes, le narrateur n’a jamais trop su (oui le roman est un brin loufoque). Pendant que la mère devient crémière, Pomme travaille dans un salon de coiffure où elle exécute les tâches ingrates. Dans le salon de coiffure, elle fait la connaissance de Marylène, une fille plus expansive. Marylène ‘avait une espèce d’amitié pour Pomme’. Les deux ‘amies’ partent en vacances à Cabourg où Pomme fait la connaissance de Aimery de Béligné, un petit aristo étudiant et frêle. En quoi Pomme l’attire ? Je ne saurais le dire, je ne me rappelle plus. Je crois qu’il se sentait un peu à part, comme l’était Pomme. Ils emménagent ensemble dans un petit appart à Paris mais n’ayant pas de points communs, ils ne parlent pas. Pomme passe son temps à faire la seule chose qu’elle sait faire : les tâches ménagères. Ils finissent par faire l’amour aussi, l’occasion pour Pomme de découvrir que les hommes sont dotés d’un attribut dont elle ignorait l’existence. Puis, Aimery de Béligné finit par se rendre compte qu’il s’ennuie et Pomme retourne chez sa mère du côté de Nanterre ou Suresnes. La mère et la fille revivent ensemble, la vie est platonique, et Pomme ne mange plus rien, elle maigrit  et finit dans un hôpital psychiatrique où elle devient de plus en plus folle (car tel est le but de ces établissements, avis du blogueur)

    C’est un étrange roman dans lequel l’auteur tente de dérouter mais il le fait avec de trop gros sabots, genre lorsque, pris d’un accès de faiblesse du fait de son anorexie, Pomme tombe en pleine rue. Un conducteur ne peut plus avancer et l’auteur va nous décrire l’intérieur de l’habitacle de sa voiture de fond en comble pendant trois pages. 

    Mais Pomme avait le de droit à son roman. Il n’y a pas de raison que seuls les gens beaux et brillants soient les héros. Des milliers de Pomme peuplent cette planète, des gens transparents, inintéressants. L’auteur ne le dit pas mais ce roman (prix Goncourt 1974) leur est dédié.

    extrait (page 125, édition de poche) : Mais parfois, il (Aimery) se disait que si Pomme ne l’entendait pas, lui, par contre, la comprenait, et qu’ils formaient un couple au moins parce qu’il était le seul à pouvoir la comprendre, par-delà les mots qu’elle ne savait pas dire. De cette manière ils étaient faits l’un pour l’autre, un peu comme la statuette ensevelie, qui n’existe plus à l’intention de personne, et l’archéologue qui l’exhume. La beauté de Pomme était celle d’une existence antérieure, oubliée, différée, sous les débris de mille vies misérables, comme celle de sa mère, avant que ne se révèle dans ce corps et cette âme parfaitement simples le secret de toutes ces générations, finalement sauvées de leur nullité ; car c’est cela que signifiait le surgissement précieux de la si pure petite fille.

    lecture novembre 2016, sur poche Folio (trouvé dans une cabine téléphonique reconvertie en librairie) , 177 pages, édition originale chez Gallimard, parution 5 février 1974, note : 3.5/5

    Loïc LT

  • CR305 : tropique de la violence - Natacha Appanah

    tropique de la violence.jpgLe souvenir de l'étranger m'habite. A chaque fois qu'un ado désoeuvré est livré à lui-même dans un pays exotique, je repense tout le temps à Meursault et tente de trouver des points communs. En plus, ici, Moïse, le héros de ce roman polyphonique voit sa mère adoptive s'écrouler sous ses yeux (sans doute victime d'une crise cardiaque) et au lieu d'appeler les secours, il reste de marbre, fait comme si de rien n'était, dort même dans la maison puis s'en va rejoindre le bidonville de Mayotte, portant sa casquette NY. Cette mère adoptive, c'était la Française qui l'avait adopté après qu'il ait été abandonné par une réfugiée arrivée illégalement des Comores via un bateau de fortune (appelé kwassa là-bas si je me souviens bien). La mère l'élève comme un enfant blanc, il fréquente les beaux quartiers, l'école française et puis après son décès brutal, comme poussé par un instinct primitif, il rejoint les lieux de ce qu'il est au fond : un enfant du pays. Il traîne alors dans l'immense bidonville de Mayotte qu'on appelle là-bas Gaza et fait la rencontre de Bruce, le chef de gang qui va précipiter sa perte.

    Le roman polyphonique n'est pas trop ma tasse de thé. Je préfère qu'il n'y ait qu'un seul narrateur et j'ai déjà expliqué la raison plein de fois sur ce blog et je n'ai pas envie de redire pourquoi. Nonobstant ce dispositif, tropique de la violence tient la route et vaut surtout pour sa valeur documentaire. On imagine mal que la république française (dont Mayotte est le 101ème département mais politiquement l’affaire pose toujours problème) compte un territoire où règne une telle violence, à part évidemment dans des quartiers bien délimités où les français  vivent comme dans des ghettos de luxe.

    En dehors de cela, la personnalité de Moïse est attachante en même tant qu’agaçante. Le parallèle avec Meursault n'est donc pas dénué de fondement. Moïse souffle le chaud et le froid, relit sans cesse le même livre (l'enfant et la rivière de Henri Bosco) mais est attiré par le danger.

    Les services sociaux de l’Etat Français ou des ONG  en prennent pour leur grade (il ne servent à rien sauf à se faire vandaliser leurs locaux) et Mayotte non plus n'en sort pas grandi malgré des descriptions époustouflantes des plages et de la nature luxuriante (faut que je fasse gaffe à ce que je raconte parce que je connais quelqu'un - très bien même - qui connaît quelqu'un qui y est en ce moment).

    Tropique de la violence vaut le détour et Mayotte aussi paraît-il ! C’est une destination touristique peu prisée mais pour ceux qui souhaitent s’y rendre en partant de Pleugriffet via le Canal de Nantes à Brest, on peut débuter son voyage en partant de  l’écluse de Cadoret en navigant sur l’Oust et puis une fois arrivé à Nantes, couler son bateau d’une manière ou d’une autre (perceuse avec gros forêt, masse, dynamites…) et se rendre à l’aéroport, prendre le  premier avion pour Paris et à Paris trouver une hypothétique correspondance pour Mayotte. Il faut arrêter de voir des difficultés là où il n’y en a pas. Les choses sont souvent plus simples qu’elles en ont l’air.

    lecture octobre 2016, sur livre papier (emprunt médiathèque Quatro à Baud), 175 pages, éditions Gallimard, parution août 2016, note : 3/5. 

    Loïc LT

  • CR304 : les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

    les gens dans l'enveloppe.jpgQuelques personnes parfois me demandent d’écrire un livre (roman ou autres). Ecrire, c’est chouette, mais il faut avant tout avoir le talent pour ça et je suis le mieux placé pour savoir que je ne l’ai pas et par ailleurs il faut une idée. Et l’idée, je ne l’ai pas. Je parle de ça parce que les gens dans l’enveloppe, c’est avant tout une idée géniale ! Sur Internet, l’auteure achète sans trop savoir pourquoi une enveloppe contenant des photos défraîchies d’une famille quelconque. Ensuite, passée l’interrogation sur la raison pour laquelle une famille se débarrasse de ses photos, une idée lui vient. A partir de ces clichés (rarement légendés), elle va écrire un roman. C’est la première partie du livre. Dans ce roman, en s’appuyant évidemment sur les photos et en attribuant des prénoms aux gens (sauf ceux dont la photo donne le nom), elle imagine l’histoire de cette famille dont elle ne sait rien, pas même l’endroit où elle habite. Le personnage central est une jeune fille très belle qui s’appelle Laurence et qui attend désespérément le retour de sa maman qui a fui avec son amant en Argentine. Plus tard, elle part d'ailleurs en Argentine à sa recherche (j'espère qu'elle n'est pas tombée sur les rustres du CR303 -)...pour ceux qui suivent ce blog...

    Ensuite, une idée géniale appelant une idée lumineuse, elle se décide à aller à la rencontre de cette famille, sans être trop certaine de pouvoir la retrouver. Les photos datent et elle n’a que très peu d’éléments à part que les gens habitent en Bourgogne. A partir d’un petit indice (un rectangle blanc sous l’horloge du clocher), elle parvient à trouver le lieu. Il s’agit du bourg de Clerval dans le Doubs. Elle se rend sur place et aidée par des clervalois férus d’histoire locale, elle retrouve la trace de la famille. Elle prend contact. Ceux qui étaient âgés sur les photos sont morts et les plus jeunes ont vieilli (comment parler pour ne rien dire) . La famille se prête au jeu. Et évidemment, leur histoire n’a rien à avoir avec celle inventée par l’auteure.

    Donc le livre se divise en deux parties : le roman et l’enquête. Le roman m’a laissé sur ma faim. J’ai trouvé qu’il manquait de souffle et d’ambition. Quand on a une si belle idée, on l’exploite au maximum. L’enquête par contre m’a complètement chamboulé. A force de s'immiscer dans la famille, Isabelle Monnin a fini par s’attacher à elle. Son projet est devenu une obsession. Son but était de retrouver une jeune fille qu’on voit sur la photo (Laurence) dont les parents se sont séparés  mais c’est Michel, le père de Laurence qui s’avère être le personnage central. Il est le lien entre les grands-parents décédés et sa fille Laurence qui vit dans une villa moderne de Clerval. Michel a 67 ans au moment de l’enquête, sa vie est derrière lui mais l’arrivée d’Isabelle Monnin avec son enquête aussi étrange qu’incongrue va lui donner un second souffle et il va se nouer un lien très fort entre lui et Isabelle (même si à la base, c’était mal parti car elle a voulu faire croire qu’elle voulait acheter la maison de famille ce que Michel a mal pris). J’abrège bien sûr, toute la famille est de la partie et l’enquête est l’occasion aussi d’évoquer Clerval ( à défaut de Persquen) , bourg de 1000 habitants assez industrialisé et les mutations qu’il a connues. La famille M (évidemment, l’auteure a la délicatesse de ne pas dévoiler le vrai nom), ses déboires, ses joies, ses peines, Clerval, l’histoire de France, c’est tout cela qui est convoqué dans ce récit. C'est une famille banale, tout comme Clerval et avec si peu de matière (ou avec ce trop plein de matière, tout dépend comment on conçoit la littérature) Isabelle Monnin nous livre un objet littéraire non identifié plus modianesque que les romans de Modiano. Au milieu du bouquin, entre le roman et l’enquête, le livre contient quelques photos trouvées dans l’enveloppe (j’ai mis celle de Laurence en bas de la note). 

    Il y a beaucoup d’émotion sur la fin, quand l’enquête se termine. Le compositeur et chanteur Alex Beaupain (que j’adore par ailleurs) met le tout en musique et certains membres de la famille acceptent de chanter (et Michel, lui, il parle dans le titre -Clerval, Serge - du brocanteur qui est venu vider la maison de famille en prenant entre autres les photos que l’auteure retrouvera plus tard sur le net). J’ai terminé le roman à l’aube et je me suis surpris à pleurer...pour Michel et puis je ne sais pas. Pour le temps qui passe et qui laisse quoi de nos vies à part des photos qui vieillissent mal...peut-être aussi parce qu'on a tous quelque chose de cette famille M.

    Et moi, si j’avais trouvé une enveloppe avec les photos d’une famille inconnue qu’en aurais-je fait ?

    (Sinon, avis aux célibataires, sachez qu’à Clerval sur le pavé, y’a des filles à marier, yen a des petites et des grandes, elles sont toutes à marier, mais personne ne les demande)...chansonnette écrite par un ancien curé de Clerval et qui sert de base à quatre chansons de Alex Beaupain. (Moi, à la maison, pour rigoler quand je la chante, je change les grandes en moches, c'est pas drôle hein ?)

    lecture sept/oct 2016, sur livre papier (et oui, encore !), 408 pages, éditions JC Lattès (livre de poche), parution septembre 2015, note : 4/5. Grand merci à celle qui me l'a conseillé

    Loïc LT

    Voici Laurence ( née en 1975 et fille de Michel et Suzanne), avec son beau pull rayé que sa grand-mère a dû lui tricoter, son regard fugueur et la belle tapisserie derrière. A quoi ressemble-t-elle aujourd'hui, mère de deux enfants et habitant une maison moderne de Clerval ?

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  • CR299 : Poète et paysan - Jean-Louis Fournier

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    Il s'agit d'un tout petit ouvrage d'un auteur que je ne connaissais pas, un si petit roman que je n'ai pas envie d'en faire des longueurs. Pour résumer, un jeune parisien cultivé et côtoyant les milieux artistiques tombe amoureux d'une étudiante, fille de fermier du Pas-de-Calais. Il est si amoureux qu'il accepte d'aller travailler à la ferme avec comme objectif de devenir le patron quand son beau-père prendra sa retraite. Sauf qu'on se fait une idée de la campagne et le Nooord, c'est vraiment pas beau, c'est plat, c'est gris et la vie de fermier est difficile ce qui nous donne le droit à des situations cocasses. En attendant donc, le parisien est juste ouvrier agricole et voit sa future femme que lorsqu'elle rentre de Paris le week-end. Elle retrouve son futur mari qui est devenu son fiancé mais ce n'est plus le bellâtre bien sapé et qui sentait bon qu'elle avait connu à Paris. Entre temps, elle a trouvé un autre type plus fréquentable et le pauvre fermier qui n'arrive pas à se débarrasser d'une odeur de purin même après trois douches et qui accumule les bourdes sur l'exploitation se retrouve comme un con. Alors, il décide de partir. Il trouve un métier à la télévision lilloise et du coup intéresse à nouveau son ex-fiancée.
    Une fois de plus, le nord en prend pour son grade (il n’y a pas encore longtemps avec Eddy Bellegueule) et on va finir par croire que les clichés qu’on se fait des Hauts-de-France (puisque tel est le nouveau nom de cette région) sont vrais. Mais méfiance quand même. Ce petit roman est amusant et parsemé de passages poético-écologiques :

    Il y a des coquelicots dans les champs de blé.
    Il y a des bleuets dans les champs de blé.
    C’est beau
    Mais il commence à y avoir du maïs, de plus en plus de maïs. Dans le maïs, il n’y a plus de coquelicots. De toute façon, s’il y en avait, on ne les verrait pas. C’est trop grand, le maïs. Quand il y a du maïs, on ne voit plus la campagne, on ne voit plus rien. Sauf le maïs
    Les champs de maïs me font peur. J’ai l’impression que je vais en voir sortir un Vietcong avec une mitraillette et qu’il va m’abattre sans sommation.
    En plus, il paraît que ça boit beaucoup d’eau le maïs. A cause de lui, je ne peux plus prendre de bain l’été.
    Si les paysans en cultivent, ce n’est pas par amour de la plante, c’est par amour des subventions.
    Pourquoi on ne donne pas plutôt les subventions à ceux qui n’en plantent pas ?
    Il va y avoir moins de fleurs dans les champs. Heureusement, il reste les tournesols, on les voit de loin, les grands tournesols, on pense à Van Gogh.
    Les coquelicots, on commence à les tuer avec de la chimie.
    Heureusement, il y a des coquelicots qu’on ne tuera jamais. Ceux qui poussent dans les tableaux de Monet.

    Au moins, dans le Nord, ils ont des coquelicots. Il n’y en a pas en Bretagne car la terre est trop acide (sauf que hier j'en ai vu plein dans le jardin en friche de mon père mais il y a une raison particulière...et j'ai voulu en cueillir et à chaque fois que je coupais une tige, les fleurs tombaient snif ). Et je me permets de rectifier l’auteur. Les paysans sèment du maïs avant tout pour nourrir les bêtes. Ils le faisaient avant la politique agricole commune et le feront après. 
    Et bien, dans une bibliothèque, ce serait peut-être à ranger à côté des romans de Marie-Hélène Lafon. La démarche est différente. Jean-Louis Fournier prend plus de légèreté et fait plus dans la poésie alors que MH Lafon fait de la littérature haut de gamme, avec des mots compliqués et puis des situations souvent plus dramatiques. Mais c’est très bien d’écrire sur la France “profonde” comme on dit.
    Moi aussi, et je le dis sans fausse modestie, un éditeur m’a demandé de le faire mais pour l’instant, je ne m’en sens pas capable et pourtant en lisant chaque court chapitre de ce roman, je me dis que j’aurais été capable de les écrire mais de là, à les aligner....même pour n'en faire que 150 pages (en fait, je me demande s'il faut prendre la littérature au sérieux, je me pose trop de questions). 

    lecture mai 2016, sur livre papier, 155 pages, éditions Stock parution : février 2010, note : 3/5 

    Loïc LT

  • CR297 : profession du père - Sorj Chalandon

    profession du père.jpgLorsque le général de Gaulle a rendu l'Algérie aux Algériens en 1962, il ne s'est évidemment pas fait que des amis. Parmi eux, André Choulans, père du petit Emile, narrateur de ce roman déroutant qui se déroule dans une ville de province (non nommée mais il paraît qu'il s'agit de Lyon) au début des années 60.  Le père d'Émile (ancien grand sportif et tout et tout n'a pas avalé que son vieil ami De Gaulle ait signé les accords d'Evian) est membre de l'OAS (organisation secrète luttant contre l'indépendance de l'Algérie, faut-il le rappeler).  C'est un homme fou et violent, surtout envers son fils à qui il veut transmettre ses idéaux et surtout plus concrètement l'entraîner afin qu'il tue de Gaulle - rien que ça -, ce qui d'ailleurs ne semble pas déranger Emile plus que ça. N’empêche qu'Emile, plus par jeu que par couardise décide de confier la mission à un ami d'école ( Luca, un nouveau venu) un peu naïf à qui il lui fait promettre monts et merveilles s'il parvient à ses fins. Dans un premier temps, il suffit juste d'envoyer des lettres anonymes ou de taguer OAS sur les murs. Mais le père d'Emile devient encore plus fou quand il apprend que son fils s'est choisi un complice alors qu'il était hors de question que l'OAS recrute n'importe qui n'importe comment. Alors le pauvre Emile en prend encore pour son grade. 

    Finalement, le meurtre du général n'aura évidemment pas lieu, d'ailleurs, jamais Chalandon ne nous explique comment André comptait s'y prendre, quand bien même il posséde une arme. L'auteur s'attache plus aux rapports humains (mère-fils, père-fils, Emile-Luca) qu'aux détails du projet qui est un peu la farce du roman. 

    La force de cette histoire rocambolesque dans laquelle les membres de l'OAS passent plus pour des barbouzes que pour des dangereux criminels tient dans le fait que l'auteur parvient grâce à une écriture dépouillée et truffée de dialogues à nous tenir en haleine alors qu'on n'est pas dupe que la folie du père ne peut mener nulle part. Profession du père est une sorte de huis-clos avec cinq protagonistes dont Emile est l'élément central  ; Emile dont on a du mal à savoir s'il mérite du dédain ou de l'affection tant on est troublé devant son détachement face à un projet qu'on n'aurait pas idée de confier à un enfant. La mère qui n'est qu'un second rôle n'est que d'un faible soutien pour son fils et symbolise la femme des années 60 tel qu'on l'imagine aujourd'hui. Luca prend le rôle du parfait naïf au destin pathétique. 

    Les années passent, tout ce petit monde vieillit et depuis 1970 le général mange les pissenlits par la racine. En plus d'être fou, le père devient grabataire. La fin traîne un peu en longueur si bien qu'on s'attend à un rebondissement qui ne vient pas. Mais ce roman qui mêle humour, violence et tendresse, grande et petite histoire, malice des uns et naïveté des autres, folie et lucidité nous trouble et nous interroge quant à la complexité de la nature humaine. 

    Vive la République et vivent l'Algérie et la Normandie libres !

    C'est le deuxième roman de rang que je lis dans lequel un enfant est maltraité. Il ne me reste plus qu'à relire vipère au poing et j'aurai réalisé un joli triptyque et bouclé la boucle (et cela m'a donné l'idée aussi de ressortir le fouet qui peut toujours servir -).

    lecture mai 2016, sur kindle, 320 pages, éditions Grasset, parution : août 2015, note : 3.5/5

    Loïc LT

    ps : correction des fautes d'orthographe à venir.

  • le bateau d'Emile lauréat du prix Kerniel !

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    Le méconnu prix du livre Kerniel vient de m'être accordé pour le livre ‘le bateau d’Emile’ qui sort aujourd'hui et à cette occasion, j'ai été interviewé par Alcide Bava, rédacteur en chef du magazine 'passion cabines'. Je vous retranscris la chose.

     

    Bonjour Loïc, on te connaît au magazine comme un de nos meilleurs reporters cabines mais nous ne doutions pas de tes talents d’écrivain.

    Ecoute, je ne voudrais pas faire dans la fausse modestie mais le fait que ce prix m’ait été attribué a été rendu facile par le fait que j’étais le seul en lice et par ailleurs le seul membre du jury. Mais ça n’en reste pas moins une satisfaction puisqu’il ne s’agit que de mon deuxième livre.

    Quel est le thème de ce livre ?

     

    C’est un récit où j’essaie de me replonger dans une période trouble de mon enfance, après le décès de ma mère et le parti pris fut de mettre mon grand-père maternel, Emile, comme personnage principal. C’était un homme que j’admirais et qui m’intimidais en même temps.

     

    Pourquoi est-il question de bateau alors qu’il n’a jajajamais navigué ohé ohé ?

     

    C’est la clé du récit. Effectivement mon grand-père n’était pas marin et n’a jamais tenu un gouvernail mais j’ai choisi ce titre (qui est aussi celui d’un film ndlr) pour faire comprendre aux lecteurs que ce récit n’a pas pour objectif de dire la vérité des choses. C’est plutôt un récit où les faits réels se mêlent à des suppositions, voire même à des songes. C’est la façon dont aujourd’hui je perçois cette période et si effectivement j’ai un peu interrogé les protagonistes de l’époque, je n’ai pas cherché à en faire une biographie objective.

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    Pourtant, il y a beaucoup de dates, par moments même, ça vire à l’obsession…

    Oui, je tenais quand même à ce que la chronologie et les dates de naissance soient exactes. Mais pour le reste, je prends des libertés.

    On se rapproche un peu du roman alors ?

     

    Je n’aurais pas cette prétention ! Le livre ne fait que 40 pages et contient beaucoup de photos. Non, c’est un récit personnel qui n’avait d’autre ambition que de me faire plaisir. Puisse-t-il apporter quelque chose à mes quelques lecteurs.

     

    Des critiques y ont trouvé beaucoup de lourdeurs..

    Oui mais je ne suis pas écrivain, je ne travaille pas dans le milieu littéraire. C’est un récit à prendre ou à laisser. Et le prix Kerniel me conforte dans ma position.

    Quels sont tes projets ?

    Traduire Proust en breton ! Nan, je plaisante. Plusieurs idées trottent dans ma tête mais je préfère ne pas les divulguer pour le moment. Mais l’idée de regrouper toutes mes notes-cabines présentes dans l’espèce de blog dans un seul volume papier me plaît assez. Mais là, il ne s’agira essentiellement que de la mise en forme puisque le travail d’écriture se fait au long cours.

    A propos du recensement des cabines, est-ce que tu t'es fixé une limite ?

    Non, je continuerai tant qu’il restera des cabines. Mais je ne ferai plus des kilomètres exprès. Les reportages se feront à l’occasion de passages dans les bourgs pour des raisons diverses, comme cela s’est fait en Irlande.

    Merci Loïc, et encore, félicitations pour ce prix !

    Le bateau d'Emile, déjà en rupture de stock chez Amazon et Fnac et n'est pour l'instant plus disponible pour le grand public. ISBN 2-226-085333-56, 80€. éditions Rombaldi, 16 rue Martin, 75000 Paris.

  • CR286 : un bonheur parfait - James Salter

    bonheur.jpgTous les deux ans à peu près, j’apprends l’existence d’un auteur américain présenté comme un très grand. C’est ainsi que je ne connaissais pas James Salter jusqu’il y a quelques mois lorsqu’il a sorti son dernier roman (et qui sera effectivement son dernier puisqu’il est mort peu après).

    Dans sa biographie, j’ai choisi un bonheur parfait paru en 1975, un de ses romans les plus connus maintes fois récompensés et traduit en français en 1997.

    Il ne faut pas être sorti de Saint-Donatien pour deviner que le titre est une antiphrase. Ce bonheur parfait ne l’est évidemment pas. L’histoire se passe dans les années 60 ou 50, Nedra et Viri, un couple de bourgeois vivent avec leurs deux filles dans une maison de campagne non loin de New-York. Lui est architecte et elle s’occupe de la maison. Nedra est rayonnante, spirituelle, aime recevoir. Les dîners entre amis de la haute bourgeoisie cultivée composée de beaucoup d’artistes bobo se succèdent, comme les saisons que l’auteur retranscrit à merveille. Cette maison située près d’un fleuve est comme un paradis, le feu crépite dans la cheminée et la neige tombe en hiver.  Le jardin produit de nombreux fruits, le chien, le poney et la tortue font le bonheur des enfants. Le tableau est parfait. C’est Martine (à l’école, embellit son jardin...) en version roman américain. Et le fait que Viri comme Nedra font dans l’adultère n’altèrent en rien ce bonheur apparent. Tout le monde les envie et l’avenir leur appartient.

    Mais la quarantaine dépassée, Nedra désire retrouver sa liberté. L’auteur, s’il est très précis dans l’analyse des rapports humains est par contre peu bavard concernant la situation réelle de ce couple...mais on devine qu’elle n’était ni plus mauvaise ni meilleure qu’un autre. C’est juste que Nedra aspire à autre chose. Un matin, elle part quasiment sans bagages, les filles ont plus ou moins quitté le nid et Viri se retrouve seul, à peine désemparé.

    Chacun va alors vivre sa propre vie avec des destins différents, Viri ayant été largué met du temps à reprendre pieds et Nedra, plus que jamais obsédée par le fait de vieillir cumulera les aventures avec plus ou moins de bonheur.

    Ce roman est quand même assez décevant. Au trop plein de mondanités entre gens friqués, je me suis lassé de ce ronronnement familial qui dure les trois quarts du roman. On sait dès le départ quasiment ce qui va se passer mais l’auteur ne parvient pas à nous y préparer. La décision de Nedra est aussi brutale que la réaction d'un chat surpris dans son sommeil. Côté face, il y a une belle plume, voire plutôt un beau pinceau tant cette oeuvre de James Salter s’apparente plus à un tableau qu’à un roman.

    lecture sur kindle, septembre 2015. parution en 1975, traduction par Lisa Rosenbaum et Anne Rabinovitch en 1997, éditions de l’Olivier, 395 pages. 3/5

    Loïc LT

  • CR283 : la nuit d'Alice à la Pointe - Patrice Poulet

    compte rendu de lecture,agon-coutainville,normandie,roman,roman du terroir,polar,littérature,livreLa plus juste des vengeances est toujours un excès. Pierre-Claude Nivelle de la chaussée*

    Ça fait quelques mois que je n'avais pas fait un petit compte rendu de lecture (ce qui est quand même à la base la raison d'être de ce blog, sa vache à lait, comme on dit en économie d'entreprise) mais il se trouve que j'ai coincé sur un roman américain, l'un des nôtres de Willa Cather ( pourtant couronné du fameux prix Pulitzer en 1923) alors à l'occasion de ce court séjour à Hauteville-sur-Mer, je me suis laissé tenter par un roman du terroir dont l'action se passe près de Hauteville-sur-Mer, dans la station balnéaire mythique (pour mon couple en tout cas) de Agon-Coutainville, ville qui se situe un peu plus au nord du Cotentin et qui se finit au bout d'une pointe célèbre qu'on devine de Hauteville lorsque, cela arrive rarement, l'horizon est dégagé.

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    On ne peut pas demander à un roman du terroir d'être plus royaliste que le roi. Ceci dit, le roman du terroir dispose d'un cahier des charges et celui-ci ne le remplit que partiellement. De toute façon, je ne suis pas un grand adepte de cette littérature et donc je ne suis pas forcément objectif. Côté positif, il y a l'histoire qui à défaut d'être originale est bien goupillée, cohérente et la psychologie des personnages est bien rendue. Il y a quelques personnalités qui frisent le cliché mais j'ai vu pire dans ce genre de roman et j'excuse beaucoup de choses lorsqu'on évoque Coutainville. L'histoire en bref : une jeune fille qui s'appelle Alice se fait violer sur la pointe d'Agon par son beau-père, pris d'une pulsion incontrôlable et  ensuite Alice, souillée, meurtrie, sombre dans la folie et  décide de se venger sur lui et toute sa famille.

    Ce que m'a agacé, c'est que l'auteur ait changé le nom de Coutainville, qui devient Claireville. Pour quelle raison alors qu'il s'agit d'un roman et qu'évidemment aucun coutainvillais ne peut se sentir visé ? Peur de donner une mauvaise image de la ville ? Pourquoi pas sauf qu'un bandeau rouge  imprimé sur la couverture indique 'suspense à Agon-Coutainville', et c'est d'ailleurs ce qui a attiré mon regard lorsque j'errais dans les rayons de la librairie (enfin librairie...avec presse, vente d'articles de plages et tout...) de Coutainville. Sur ce point, je serais curieux d'avoir l'explication de l'auteur...d'autant qu'il ne change pas le nom de Coutances ou de Muneville. Pour le reste, je n'aime pas le titre, trop ampoulé, trop narratif, pour un roman de ce genre, nul besoin de faire du chichi, 'la vengeance d'Alice' eut suffi. Petit détail :  le correcteur confond ballade et balade, moi aussi jusqu'il y a quelques mois mais si je devais faire éditer un roman, je ne laisserais rien passer. Sur ce blog, il y a des erreurs, j'en conviens mais ce n'est pas un roman.

    Mais je ne vais pas plus accabler l'auteur. Le suspens est au rendez-vous, le roman se boit comme du lait ribot (dans lequel pataugent des patates qui restaient au fond du frigo  et des crêpes qui restaient aussi). Coutainville tient une place à part dans ma vie et les amoureux de cette bourgade sont mes amis. 

    * citation au début du livre

    lecture : juillet 2015, 220 pages, livre papier. éditeur inconnu (américain apparemment). note : 3/5. 

    Loïc LT, 28.07.2015

  • CR282 : Joseph - Marie-Hélène Lafon

     

    téléchargement (1).jpgMarie-Hélène Lafon est l'une des rares auteurs contemporaines qui s'attache à décrire le monde rural (voir mon compte rendu de l'un de ses précédents romans), si on enlève, sauf le respect tous les romans du terroir qui touche un public ciblé pas spécialement épris de littérature et cela fait du bien de sortir de Paris, des affres de la classe moyenne supérieure, des manigances des gens qui n'ont pas de problème d'argent et qui ne connaissent de la campagne que ce que les spots de pub donnent à  voir.  Je n'ai rien contre cette littérature boboïsante ou autofictive (Régis Jauffret, Emmanuel Carrère, Eric Reinhardt, Philippe Djian...) mais un moment, il faut aussi se dire que 90% du territoire national est rural (et que cette ruralité est diverse) et qu'il mérite qu'on l'écrive et avec style si possible (ce que fait MH Lafon)

    L'auteur raconte l'histoire d'un garçon de ferme, le genre de profession qui n'existe quasiment plus aujourd'hui (mais qui est peut-être appelé à renaître sous une autre forme du fait de l'agrandissement des exploitations). Joseph est à l'aube de ses 60 ans et se souvient de toutes les fermes où il a travaillé, des bons et des mauvais patrons, les bons et les mauvais moments. Joseph ne s'intéresse à rien d'autre qu'à l'élevage ; on n'a aucun reproche à lui faire sur ce point. Toute sa vie est contenue dans une valise qu'il traîne de ferme en ferme et dans laquelle entre autres, il amasse un petit pécule en prévision de ses obsèques car il a entendu dire que ça coûtait cher. Il ne voit plus beaucoup sa famille (son frère jumeau est restaurateur à Paris). Il n'a connu qu'une fille pendant quelques années et elle s'est barrée. Rien d'autres. Le travail à la ferme, les tristes veillées, et comme seul intérêt télévisuel, le patin artistique (étonnant d'ailleurs). 

    Mais la vie de Joseph n'est pas si tristement lisse qu'il n'y parait parce qu'alcoolique, sa vie de fermier modèle fut entrecoupée de cures dont il sortait frais comme un gardon avant de rechuter des mois ou des années plus tard. Comme dans ces campagnes reculées, on ne respecte pas la loi à la lettre, les flics avaient pour les conducteurs pris en flagrant délit des sortes de salles de dégrisement appelées les bleues, après quoi ils pouvaient repartir sans retrait de permis :

    Les gendarmes le lui disaient assez, tu devrais prévoir de finir par Ségur tu serais plus commode pour la bleue. Il se remplissait de vin ; l'été il cuvait dans la voiture qui lui servait de maison. Il dormait assis au volant, raide et la bouche ouverte, avec la ceinture de sécurité et la radio, les phares ou les codes allumés, les gens le connaissaient, dans chaque bourg il avait ses places pour se garer et le cantonnier ou quelqu'un d'autre, en passant, tournait la clef de contact pour que la batterie ne se décharge pas complètement. La voiture était la Peugeot du père qui tenait encore le coup ; après ses cuites Joseph nettoyait, surtout pour les odeurs. Il était très maigre, ses mains tremblaient, il n'envisageait pas les gens ; et quand on réussissait à attraper son regard qui vous traversait sans vous voir, on ne soutenait pas longtemps ce vertige. 

    Le portrait de Joseph est aussi l'occasion pour l'auteur de nous décrire cette France inconnue, composée de petites fermes en train de disparaître. Mais elles existent encore dans des coins reculés (mais plus beaucoup en Bretagne). Dommage que le roman soit si court, il y avait tant de choses à dire sur le sujet. Moi, mon arrière-grand-mère était verratière et quand j'en ai parlé l'autre jour lors d'un repas de famille, tout le monde voulait en savoir plus, comme quoi, les questions sur la ruralité restent dans le subconscient des gens dont la plupart sont enfants ou petits-enfants de paysans. 

    Je sens MH Lafon tout à fait à même de nous écrire un livre sur le quotidien des exploitations intensives, car bien que l'on nous parle beaucoup de 'l'essor' du bio (qui est une bonne chose), c'est l'agriculture intensive qui nourrit les français et qui participe grandement à ses exportations. Je m'éloigne du sujet mais je peux vous dire que le bio représente bien peu de choses à côté de l'agrandissement des exploitations agricoles qui deviennent de véritables sociétés qui pour certaines traitent directement sur les marchés internationaux (et leurs travers : les produits dérivés). Mais Joseph, s'il est encore en vie,  est bien loin de ces considérations...

    parution : Buchet Chastel, août 2014, 144 pages, lecture sur kindle en mai 2015. note : 4.5/5

    Loïc LT

     

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  • CR280 : les gommes - Alain Robbe-Grillet

    31TYKSSCKKL.jpgLa première idée qui m'est venue lorsque j'ai terminé la lecture de ce curieux roman est qu'il s'agissait d'un polar à l'envers, à savoir que l'on sait à peu près tout  sur tout dès le début (comme dans les Columbo) et puis plus on en avance dans la lecture, plus on commence à avoir des doutes sur la véracité des faits, sur le coupable du crime et sur la réalité du crime lui-même. L'auteur aurait même pu pousser le bouchon plus loin  en mettant en cause l'existence de la victime (un dénommé Daniel Dupont, un solitaire et chercheur en économie, vivant dans un pavillon cossu d'une ville lugubre du nord de la France). Le détective Wallas dépêché de Paris fait office de personnage principal de cette histoire sans queue ni tête. Il loge dans l'unique chambre d'un bar-hôtel paumé dans lequel des habitués alcoolisés se font des devinettes enfantines et discutent de problèmes arithmétiques. Pendant ce temps, Wallas erre dans la ville mais s'y perd très souvent bien qu'empruntant toujours les mêmes rues. Parfois, il s'arrête dans des papeteries pour acheter des gommes (pour quoi faire, on sait pas mais on peut voir dans ces gommes le symbole de ce roman où l'intrigue s'efface petit à petit comme s'effacent sous le frottement de la gomme les traits laissés par un crayon papier). Wallas doit rendre des comptes à Paris où l'on est persuadé que le meurtre du Dupont est le fait d'un groupe terroriste et doit composer aussi avec le commissaire du coin, le commissaire Laurent qui penche pour l'hypothèse du suicide. Pour compliquer les choses, Wallas se retrouve quasiment présumé coupable après que différents témoins lui trouvent une forte ressemblance avec un type louche qui traînait autour du pavillon la veille dudit crime (parce qu'en fait, Dupont n'est pas vraiment mort). 

    Bien qu'estampillé nouveau roman, ce qui signifie souvent lecture ardue, les gommes se lit aisément . Je suis rentré avec délectation dans l'univers étouffant et singulier mis en place par l'auteur dont certains aspects (l'allure de Wallas, l'absurdité de certaines scènes) m'ont fait pensé aux films de Jacques Tati. Cet ancien roman est à mettre entre toutes les mains d'autant plus que certains dialogues dans le bar sont à mourir de rire (en retranscrire un ou deux dans un prochaine note peut-être).

    éditions de minuit, 1953, 364 pages, lecture sur kindle en avril 2015. note : 4.5/5