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littérature américaine

  • Shako, nom des livres : le nom

    Ce matin, je me suis attelé à un exercice de taille et quasiment impossible : donner le nom de mes dix romans préférés. Vous vous rendez compte, j'ai lu des milliers de romans, eu des coup de cœur et personne ne me demande de relever le défi. Comme je crois que je le dis dans la vidéo, ce sont dix romans que j'ai sélectionnés aujourd'hui mais aussi bien demain la liste aura changé. 

    Dix romans mais j'en ai oublié un et pas des moindres : la montagne magique de Thomas Mann que je ne dispose que sur Kindle, raison pour laquelle je l'ai sans doute zappé. Du coup, il n'y a que neuf romans. 

    Pour faire bien par la suite, il faudrait que je fasse mes dix romans Français préférés comme ça au moins il y aurait Claude Simon, Balzac, Emannuel Carrère ou Alain-Fournier.

    Une remarque autrement : aucune femme dans les dix. Je pourrais dire que j'en suis désolé mais même en réfléchissant bien, je n'en vois pas une seule qui aurait sa place ici....à part peut-être Agatha Christie qui a marqué mon adolescence.  

    Les romans Français sont majoritaires tout simplement parce que la littérature française est la meilleure du monde. C'est dû à l'histoire de France et à la langue qui est très propice à la littérature.

    @Shako


  • tentative (im)possible d'explication d'un poème de Sylvia Plath

     

    Messagers

    La parole d'une limace sur le plateau d'une feuille ?
    Ce n'est pas de moi, ne l'accepte pas.

    De l'acide acétique dans une boite scellée ?
    Ne l'accepte pas. Ce n'est pas authentique.

    Un anneau en or avec le soleil en prime ?
    Des mensonges ? Des mensonges et un chagrin.

    Du givre sur une feuille, le chaudron
    Immaculé qui discute et crépite

    Tout seul à la cime de chacune
    Des neuf Alpes noires.

    Un trouble dans les miroirs,
    Quand la mer grise vient fracasser le sien -

    Amour, amour, ma saison

    (recueil : Ariel, traductions de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau)

     

    ariel.jpgSylvia Plath fut une poétesse américaine du XXe qui a vécu une vie une intense en même temps que tragique. Elle s'est donnée la mort à 30 ans de façon macabre. Elle a toujours souffert de troubles psychologiques et ses poèmes sont le reflet de ses troubles alors c'est difficile pour un homme "normal" de se mettre en position de comprendre de tels écrits. Mais, je sous assure que l'on vit tous au bord du précipice mais qu'une force de vie nous en éloigne continuellement...en tout cas heureusement pour une majorité d'entre nous. Je me souviens qu'un médecin m'avait dit que le nombre de fous menant une vie normale était hallucinante. Le plus dur dans la vie, ce n'est pas de se lever tôt le matin, de bosser, d'élever ses enfants, d'avoir une vie sentimentale harmonieuse, le plus dur est de ne ne pas se laisser attirer par le précipice.

    C'est gai ce que je dis ! 

    Le premier vers me rappelle un vers de Guillevic. Imagine que tu te promènes en forêt, que tu as toute ta raison et que tout à coup sur le bord du chemin, un caillou se met à te parler, puis se tait pour toujours. Tu es certain de ne pas avoir eu de vision, tu as vécu une réalité. Et bien, lorsque tu vas rentrer chez toi, encore choqué (pour le moins !), vas-tu dire à ta femme (ou ton mari) ou tes enfants (ou pas) qu'une pierre t'a parlé ? Non, tu ne vas pas le dire car ce n'est pas crédible. 

    J'ai envie de considérer ce poème de Sylvia Plath de la sorte. La poétesse cherche à nier, à fuir sa folie. N'accepte pas d'avoir entendu parler une limace. Pour quelle raison on enfermerait l’inoffensif acide acétique dans une boite scellée ? Oublie cette vue.

    Ensuite, je pense qu'on est plus dans l'autobiographie. Sylvia Plath a aussi vécu des années heureuses et il n'est pas impossible que la vue d'un anneau en or offert par son mari  luisant au soleil n'était qu'un mensonge amoureux et les prémices d'un chagrin. 

    ...le chagrin, l'hiver, le retour à Londres peut-être. L'hiver 1962 où elle est rentrée seule à Londres avec ses deux enfants fut rude. Toujours ces visions, ce chaudron qui discute, on évite le reflet des miroirs et la mer du Nord est triste. La seule saison qui vaille, c'est l'amour mais cet amour n'est plus. Il est temps de partir.  

    Quelle cohérence à ce poème ? Le combat contre la folie.

    Loïc LT

  • dix romans sur un continent peuplé

    Un continent peuplé...au lieu d'une île déserte....qu'est-ce que je suis drôle -)

    Ça fait longtemps que je n'avais pas mis à jour le top dix de mes romans préférés. Je me souviens qu'au temps révolu des "forums" de discussion, nous nous amusions à ça. J'avais même fait une liste de cinquante romans. Donc ici, c'est une liste de dix. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de changements depuis la dernière à part peut-être "les gommes". Une seule règle : il ne peut pas y avoir deux romans d'un même auteur. Sinon, c'est dans le désordre. 

    Désolé pour les femmes...tous les auteurs sont des hommes. J'ai pourtant failli mettre le grand jeu de Céline Minard -)

    Loïc LT

    top10.jpg

     

  • CR286 : un bonheur parfait - James Salter

    bonheur.jpgTous les deux ans à peu près, j’apprends l’existence d’un auteur américain présenté comme un très grand. C’est ainsi que je ne connaissais pas James Salter jusqu’il y a quelques mois lorsqu’il a sorti son dernier roman (et qui sera effectivement son dernier puisqu’il est mort peu après).

    Dans sa biographie, j’ai choisi un bonheur parfait paru en 1975, un de ses romans les plus connus maintes fois récompensés et traduit en français en 1997.

    Il ne faut pas être sorti de Saint-Donatien pour deviner que le titre est une antiphrase. Ce bonheur parfait ne l’est évidemment pas. L’histoire se passe dans les années 60 ou 50, Nedra et Viri, un couple de bourgeois vivent avec leurs deux filles dans une maison de campagne non loin de New-York. Lui est architecte et elle s’occupe de la maison. Nedra est rayonnante, spirituelle, aime recevoir. Les dîners entre amis de la haute bourgeoisie cultivée composée de beaucoup d’artistes bobo se succèdent, comme les saisons que l’auteur retranscrit à merveille. Cette maison située près d’un fleuve est comme un paradis, le feu crépite dans la cheminée et la neige tombe en hiver.  Le jardin produit de nombreux fruits, le chien, le poney et la tortue font le bonheur des enfants. Le tableau est parfait. C’est Martine (à l’école, embellit son jardin...) en version roman américain. Et le fait que Viri comme Nedra font dans l’adultère n’altèrent en rien ce bonheur apparent. Tout le monde les envie et l’avenir leur appartient.

    Mais la quarantaine dépassée, Nedra désire retrouver sa liberté. L’auteur, s’il est très précis dans l’analyse des rapports humains est par contre peu bavard concernant la situation réelle de ce couple...mais on devine qu’elle n’était ni plus mauvaise ni meilleure qu’un autre. C’est juste que Nedra aspire à autre chose. Un matin, elle part quasiment sans bagages, les filles ont plus ou moins quitté le nid et Viri se retrouve seul, à peine désemparé.

    Chacun va alors vivre sa propre vie avec des destins différents, Viri ayant été largué met du temps à reprendre pieds et Nedra, plus que jamais obsédée par le fait de vieillir cumulera les aventures avec plus ou moins de bonheur.

    Ce roman est quand même assez décevant. Au trop plein de mondanités entre gens friqués, je me suis lassé de ce ronronnement familial qui dure les trois quarts du roman. On sait dès le départ quasiment ce qui va se passer mais l’auteur ne parvient pas à nous y préparer. La décision de Nedra est aussi brutale que la réaction d'un chat surpris dans son sommeil. Côté face, il y a une belle plume, voire plutôt un beau pinceau tant cette oeuvre de James Salter s’apparente plus à un tableau qu’à un roman.

    lecture sur kindle, septembre 2015. parution en 1975, traduction par Lisa Rosenbaum et Anne Rabinovitch en 1997, éditions de l’Olivier, 395 pages. 3/5

    Loïc LT

  • CR279 : le dahlia noir - James Ellroy

    c4a6cca771ea9f848c4360957f31b42b.jpgJe vous parlais il y a peu du syndrome James Ellroy et bien je crois que j'en suis guéri. Il m'a fallu faire preuve de beaucoup de courage et je tiens aussi à remercier mes proches qui m'ont soutenu dans ce défi insensé : lire un roman de cet auteur américain réputé pour son écriture hermétique et son système narratif déstructuré. Pourtant, j'avais déjà lu un de ses méfaits, ( lune sanglante ) et je crois que je ne m'en étais pas trop mal sorti (mais le roman était court et assez abordable par rapport aux autres).

    Le dahlia noir est le roman le plus connu de James surtout depuis qu'il a été adapté au cinéma par  Gerald de Palmas (qui fait des mauvaises chansons mais qui parait-il ne commet pas des films américains de merde), film que j'ai téléchargé et qu'on va regarder un de ces soirs (bien que je n'aime pas trop ces situations où l'on regarde un film à deux et dont l'un des deux a lu le livre et ne peut donc s'empêcher d'ouvrir sa bouche pour dire ce qui va arriver). 

    Nous sommes dans les environs de Los Angeles, 2 ans après la fin de la seconde guerre mondiale. On découvre dans un terrain vague le corps d'Elizabeth Short, une jeune mythomane et nymphomane un peu paumée et qui rêvait de devenir actrice. Le corps est retrouvé en plusieurs morceaux et vidé de tout son contenu (désolé mais bon, je dis ce qui est). Devant l'émoi suscité à L.A, la police décide de mettre tous les moyens possibles sur l'enquête. Deux flics  sont au centre des opérations : le narrateur, Dwight Bleichert et Lee Blanchard, deux amis boxeurs usant de méthodes peu conventionnelles. Lee vit avec Kay, une fille qu'il a connu lors d'une affaire de vols dont elle était une des complices (affaire à propos de laquelle Lee n'est pas très net). Comme de fait, Lee traîne un lourd passé et ça ne tourne pas rond dans sa tête. Il se gave de médocs et veut venger Elizabeth pour venger la disparition inexpliquée de sa sœur à 14 ans. L'enquête patine et je vous épargne les détails. Lee disparaît de la circulation et Dwight est affecté à un autre service mais continue quand même à enquêter. Il se lit avec Madeleine, une bourgeoise mangeuse d'hommes, fille d'un des plus grands promoteurs immobiliers de Los Angeles. Il faut suivre et ne pas se laisser distraire, une seule phrase mal comprise et on est bon pour repartir du début. 

    Je ne fais que donner les grands traits de l'histoire. Ce n'est pas très important, on trouve des résumés partout. Ce qui vaut la peine d'être stipulée par contre , c'est l'écriture de James Ellroy. Cet auteur n'est pas du genre à faire les présentations, à expliquer au lecteur qui est qui et quoi et quoi. Le roman commence et on se croirait déjà à la centième page. Abondance de dialogues, beaucoup de termes techniques concernant le fonctionnement de la police, une écriture à l'arrache, de combat même dirais-je, au plus près de l'événement. Le lecteur n'a qu'à bien se tenir. James Ellroy n'est pas un moraliste ou un donneur de leçon, il écrit ce qui est point barre. La violence est omniprésente et l'humanité ne sort pas grandie du récit (et encore moins la police et notamment le procureur qui fait tout pour étouffer l'affaire parce qu'il veut se présenter les cuisses propres aux primaires républicaines ou démocrates, je ne sais plus). On devine à la lecture de ce roman que c'est exactement de la sorte que les choses se passaient dans la police de Los Angeles à la fin des années 40 (d'ailleurs le récit est inspiré d'un fait divers ressemblant qui émut la ville), c'est à dire qu'on est loin de l'image policée qu'on se fait de cette ville de l'est des Etats-Unis, ensoleillée, bourgeoise et tranquille. Il faut donc saluer le travail de documentation de l'auteur. 

    Quand on est bien rentré dans le roman, et bien finalement, on s'habitue vite au style et malgré (ou grâce à) son côté rentre-dedans, James Ellroy parvient à percer la psychologie de ses personnages aussi bien voire mieux que l'un qui ferait des grandes phrases descriptives. Chez cet auteur, c'est la succession des événements et la façon dont agissent  ceux qui les vivent qui nous permet de cerner le fonctionnement et la complexité du cerveau humain dans lequel le bien et le mal ont du mal à savoir sur quel pied danser. 

    Rivages/Noir, 2006, 504 pages, lecture sur kindle en avril 2015. note : 4/5

    Loïc LT

  • James Ellroy dans Paris-Match, ça détonne !

    Extraits :

    A votre avis, l’élection d’Obama est-elle un signe de ­progrès pour l’Amérique ?
    Notre pays est moins raciste qu’avant, mais ça ne fait pas d’Obama un bon dirigeant. Il est faible, peu apte à la fonction, et je pense que c’est notre pire président depuis Jimmy Carter.

    La violence de la société vous fait-elle toujours horreur ?

    J’abhorre les mauvais comportements et fuis tout ce qui les stimule. Je ne vais donc pas au cinéma, ne lis ni romans ni journaux. Je ne regarde pas la télévision, ne possède pas de téléphone portable ni d’ordinateur. Je m’allonge dans le noir et je médite. Je fais tout mon possible pour éviter cette société qui me bouleverse, et je fais en sorte d’en voir le moins possible.

    Pourtant, vos romans sont très documentés, que ce soit sur les années 60 ou 70. Vous devez énormément vous informer sur ce monde !

    Je paie des enquêteurs qui me ramènent des informations rigoureuses. J’ai besoin d’une quantité très précise de renseignements pour nourrir mes livres. Pour ce roman, je n’ai pas eu besoin de me rendre en République dominicaine. Une de mes amies y est allée et revenue avec des photos et une carte du pays. Je me suis rendu compte que je n’avais besoin de rien d’autre, que ce soit sur le vaudou ou l’élaboration des drogues. Ce qui compte, c’est ce que vous faites de ces éléments.

    Etes-vous conscient d’avoir influencé tout une génération d’auteurs de polars dans les années 90 ?
    Oui, on me l’a dit et j’en suis très heureux. Mais je ne lis pas leurs romans.

    Pourtant, on peut souvent voir vos appréciations au dos de leurs livres !
    Je commente, mais je ne lis pas leurs bouquins !

    Ne trouvez-vous pas injuste que des auteurs influencés par vos polars aient aujourd’hui plus de succès que vous ?
    Qui ?

    Dennis Lehane, par exemple.
    Dennis Lehane n’est pas James Ellroy. Aucun romancier ne le sera jamais. Voilà ma réponse. Dans quatre cents ans, je serai toujours lu.
    Bien sûr, je vends plus de livres en France que dans n’importe quel autre pays du monde, Etats-Unis compris, où je vends substantiellement. Qu’importe l’argent que je gagne, j’en ai déjà assez. Je suis heureux comme ça.

    toute l'interview ici

    Pour avoir lu un de ses romans, je ne pense pas que Ellroy soit sincère quand il dit être totalement coupé des médias. C'est un mensonge. Sinon, tous comme ses romans, l'homme sort des sentiers battus..Un romancier ayant les mêmes idées que lui en France serait tout simplement boudé par les public et ignoré des médias. Mais ce qui est étrange, c'est que lorsqu'il est interviewé par des journalistes français, j'ai le sentiment qu'il fascine..mais c'est juste parce qu'il est américain et parle anglais. Car je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à la radio notamment, on excuse tout aux étrangers, on les respecte, on les met presque sur un piédestal même s'ils racontent n'importe quoi, s'ils sont d'extrême droite et xénophobes.

     

    James-Ellroy_articlephoto.jpg
  • CR142 : la conspiration des ténèbres - Théodore Roszak

    9782253112884.jpgmot de l'éditeur : En fréquentant les cinémas miteux de Los Angeles, Jonathan Gates découvre l'oeuvre fascinante de Max Castle. Jeune prodige, celui-ci a tourné quelques films avant de tomber dans l'oubli. L'élucidation des mystères qui entourent la vie et l'oeuvre de Castle va devenir une véritable obsession pour Gates. A l'issue de sa quête, qui va le mener des sommets de l'industrie cinématographique jusqu'au coeur des sociétés secrètes, où plane l'ombre des cathares, il apprendra l'incroyable vérité sur ce maître des illusions que fut Max Castle et mettra au jour un étonnant complot.
    La Conspiration des ténèbres est un grand thriller historique et métaphysique, d'une intelligence et d'une érudition peu communes.
    Un roman qui fait date et qui sera bientôt adapté pour le cinéma par le metteur en scène Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a Dream) et le scénariste Jim Uhls (Fight Club).

    - Emmenez ce livre le matin sur la plage et sachez que vous n'irez pas déjeuner, certainement pas dîner non plus. La Conspiration des ténèbres est hypnotique. On a du mal à s'en relever. -
    (Washington Post)



    mon avis : Je n'ai pas grand chose à dire de plus que la quatrième de couverture. Dire peut-être que Théodore Roszak réussit le tour de force de tenir le lecteur en haleine..par une simple enquête universitaire, c'est à dire que dans ce thriller bien que le verbe prime sur l'action, de multiples rebondissements jalonnent le récit. Et puis, c'est dans les cent dernière pages, alors qu'enfin il se passe quelque chose de "concret" que j'ai commencé presque à trouver ça long (je dois admettre aussi que j'avais espéré un ultime rebondissement dans les dernières pages..qui n'est pas venu).
    Dire aussi que finalement l'auteur a pris le soin de laisser une porte ouverte puisque finalement la fin du roman ne répond pas à toutes les réponses et notamment à celle que je n'ai cessé de me poser : Clare est-elle une orpheline et est-ce elle qui a manigancé tout le jeu de pistes auquel a dû se soumettre Jonathan Gates ?
    Et puis dire aussi que sans doute aucun autre roman ne nous en apprend autant sur le cinéma, sur ses techniques, son industrie, son histoire, ses réalisateurs. C'est une véritable déclaration d'amour à cet art, qui donne envie de se revisionner de vieux films.
    Les grincheux diront qu'il s'agit d'un roman de plus sur l'ésotérisme et les templiers, thèmes chers à des écrivains gros vendeurs. Ce à quoi on peut répondre que ce roman a été écrit au début des années 90 et qu'à cette date c'était un roman plutôt précurseur en la matière. Et puis ici, c'est tellement bien écrit et documenté qu'on excuse tout.

    Par ailleurs, une autre traduction est sortie récemment chez le même éditeur. Pour qui, pourquoi, je l'ignore, cette traduction réalisée par Edith Ochs me semblant irréprochable.

    un autre avis ici

    roman, paru en 1991
    le livre de poche, 824 pages
    lecture du 21/01 au 29/01/2010
    note : 4.5/5

  • CR138 : les raisins de la colère - John Steinbeck

    les-raisins-de-la-colere_john-steinbeck_080919095112.jpgLe hasard fait qu'après avoir lu une autobiographie de ce bourgeois-bohème un brin cynique qu'est Frédéric Beigbeder, me tombe entre les mains les raisins de la colère, de John Steinbeck, un roman datant de 1939 et qui s'apparente à quelque chose comme une version romancée du capital de Karl Marx ou peut-être plutôt un germinal américain.
    Et pour en finir avec Beigbeder, voici ce qu'il en dit dans son dernier inventaire avant liquidation : "pour faire efficace, Steinbeck nous en met plein la vue et en rajoute dans le mélodrame naturaliste...le principal reproche qu'on peut faire à Steinbeck n'est pas de sentir le pâté mais le pathos".
    Comme de fait, il a peu raison. Les raisins de la colère est un peu trop manichéen pour être crédible. Cette réserve faite, ce livre est un chef d'oeuvre.
    Concrètement, ce roman fleuve traite des excès du capitalisme dans l'Amérique rurale des années 30 à travers la folle équipée d'une famille de paysans (lesJoad) de l'Oklahoma désireuse de rejoindre la "verte" et prometteuse Californie..qui s'avérera bien plus horrible que la région natale, l'optimisme un peu naïf des débuts laissant place au désarroi le plus total jusqu'aux dernières pages proprement bouleversantes. Le récit est entrecoupé de quelqueschapitres qui permettent au lecteur de prendre du recul, de mieux comprendre le système ou de se voir offrir quelques descriptions très poétiques.
    Saisissant.
    Le roman a été adapté au cinéma en 1940. Et je me pâme encore à la lecture de cette anecdote trouvée sur wikipedia :
    Le film a connu une brève exploitation en URSS. Le pouvoir communiste en place autorise en effet sa projection, trouvant dans cette histoire qui se déroule durant la crise de 1929, l'occasion de fustiger le capitalisme. La réaction du public russe ne fut toutefois pas celle escomptée, puisqu'il s'émerveilla que, même au plus profond de la misère, les personnages possèdent encore une voiture. La censure le retira donc aussitôt des écrans.

    roman, paru en 1939
    folio n°83, 639 pages
    lecture du 05/01 au 12/01/2010
    note : 4/5
    à venir : bella ciao, Eric Holder

  • CR134 : l'exilée - Pearl Buck

    lexilee.jpgPearl Buck entreprend de nous raconter l'histoire de sa mère, Carie, une américaine d'origine hollandaise qui, à la fin du XIX, décide d'aller porter la parole de l'évangile en Chine, en compagnie de son mari, Andrew. Sur place, les deux missionnaires sont confrontés à la misère de la population, tellement insupportable pour Carie qu'elle préfère alors aider plutôt que convertir...contrairement à son mari, plus pieux et pour qui le salut de l'âme prévaut sur le reste. Carie est décrite comme une femme haute en couleur, sensible mais rieuse, généreuse, gracieuse et amoureuse de son Amérique dont elle ne cesse de regretter les paysages et les habitants. Jamais abattue, Carie n'est pourtant pas épargnée par les malheurs et elle perdra quatre de ses sept enfants.
    Mais l'exilée apparaît également comme une charge contre la religion, représentée par Andrew, un presbytérien illuminé, insensible et rigide. De son côté, Carie, devant tant de misère, a du mal à conserver sa foi et elle attend en vain un signe de dieu qui ne viendra pas.
    Vraiment, un bel hommage de Pearl Buck à sa mère, un livre très émouvant. La littérature sert à ça aussi : rendre éternelles des figures exceptionnelles mais trop noyées dans l'histoire pour y laisser une trace.

    roman, paru en 1936
    livre de poche, 255 pages
    lecture du 26/11 au 05/12/2009
    note : 4/5
    à venir : belle ciao, Eric Holder

     

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  • CR124 : affliction - Russell Banks

    affliction.jpgle mot de l'éditeur : Dans une petite ville du New Hampshire, Wade Whitehouse, la quarantaine passée, est un homme brisé. Abandonné par sa femme, en passe d’être quitté par sa maîtresse, alcoolique, violent à ses heures, dépressif, il rumine ses échecs et vivote en travaillant, tantôt policier municipal, tantôt puisatier. Mais un citoyen en vue est tué. Accident de chasse ou meurtre ? L’événement fait basculer le fragile équilibre mental que Wade avait réussi à préserver. Dès lors, dévoré par l’obsession de découvrir un hypothétique assassin, il s’enfonce, au propre comme au figuré, dans un désert de neige et de glace. Affliction est le récit de l’effondrement d’un homme ordinaire, pris au piège d’une vie ratée depuis l’enfance, confisquée par la tyrannie paternelle. Russell Banks dénonce là magistralement les valeurs viriles véhiculées par un certain mythe américain.

    mon avis : Russell Banks faisait partie de ces grands romanciers us qui manquaient à mon tableau de chasse et avant de commencer j'avais dans l'idée d'avoir entre les mains un bon roman, avec une bonne histoire, un environnement et un cadre bien présentés, des personnages finement décrits (autant d'éléments caractéristiques du roman américain contemporain)...et au bout du compte, il s'avère que je ne m'étais pas trompé.
    La vie et le destin de Wade m'ont beaucoup émus, sa descente aux enfers est très poignante et le final tragique est bouleversant et je l'ai senti venir en espérant qu'il n'advienne jamais. Je me suis un peu reconnu dans cette vie car on a tous ses faiblesses, ses fêlures, ses rancoeurs et finalement tout cela ne tient qu'à un fils, qu'à un rien. Nos équilibres psychologiques sont instables et la frontière entre le bien et le mal est ténue. On a tous un peu de Wade en nous.
    Mais ce qu'on n'a pas tous, ce sont ces forêts à perte de vue,cette nature enneigée de novembre à avril, des shérifs, des pick-up, du whisky Canada Club, et des feux tricolores qui se balancent sur des fils en travers des routes, tout cet environnement qui constitue le cadre de la tragédie..un goût de Fargo (frère Coen) et de Rambo quand il rentre au bercail.
    Affliction est un grand roman.

    roman, paru en 1992
    traduction : Pierre Furlan
    Actes sud (Babel), 486 pages
    lecture du 19/10 au 26/10/09
    note : 4.5/5
    à venir : fictions, Jorge Luis Borgès