Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • recensement des cabines # 51 Sainte-Tréphine (22)

    dimanche 07 février 2016 (12ème bourg du périple)

    Après Corlay, j'avais programmé de me rendre à Kergrist-Moëlou avant de redescendre vers Rostrenen et puis enfin rejoindre la civilisation (je veux dire le Morbihan), mais un moment, je suis tombé sur un panneau qui m'a interpellé : Sainte-Tréphine. Par miracle, j'ai réussi à choper une connexion internet et j'ai appris que Sainte-Tréphine était une commune à part entière, peuplée de seulement 200 contribuables mais commune quand même. Je me suis laissé tenté par ce joli petit nom fleurant bon la Bretagne profonde et pourtant peu convaincu que l'endroit dispose de l'objet qui nous intéresse. 

    googlemapsaintetrephine.jpg

    Mais c'est à croire que les dieux de la téléphonie étaient avec moi puisque ce bourg niché au milieu de nulle part, perché à 160 mètres d'altitude, oublié de la République et des camions de surgelés dispose d'une cabine en bonne et due forme. Je ne me souviens plus si l'appareil fonctionne (je n'en étais plus là) mais par contre j'ai le souvenir d'un sentiment de quiétude et de relâchement. J'ai discuté avec un riverain qui jardinait sur la chaussée fraîchement enrobée  mais je n'ai aucun souvenir du contenu de la discussion si ce n'est qu'il m'apprit qu'il avait entendu sur la TSF qu'un meurtre avait été commis le matin même à Saint-Nicolas-du-Pélem. Sans plus de précision, cette information m'a laissé de plomb bien que je ne souhaite pas la mort des gens. Autrement, je crois qu'on a parlé de choses consensuelles et de la difficulté de faire pousser des légumes dans du goudron. enfin bon autant de sujets qui évitent toute envie de s'en prendre aux mains. Une chose est certaine; nous n'avons pas évoqué le philosophe Emmanuel Lévinas, celui-là même qui a proféré un jour alors qu'il sortait de sa douche :

    L'Autre n'est authentiquement autre que s'il n'est pas que ce qu'il est, s'il déborde sa définition dans l'être

    J'ai erré autour de la cabine, me suis pris en photo, je n'étais pas pressé. Le ciel était bleu et le matin plein de promesses. 

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (3).JPG

    Faut-il que les organisateurs pensent qu'il y a du passage dans ce village de 200 habitants (dont 80% de retraités et une bonne partie qui vit dans des hameaux) pour venir coller des affiches ici ? Donc, on nous signale un fest-noz à Mur-de-Bretagne le samedi 06 février et un autre à Lanrivain le 30 janvier. Les deux étaient passés mais qu'importe c'est la démarche même qui m'étonne. 

    La cabine est accolée à la mairie du village tenue de main de maître par Georges Galardon, qui, m'informe Google serait le pdg de Triskalia, une grosse coopérative bretonne (mais pas candidat aux primaires du RPR).

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (9).JPG

    A part cet habitant avec qui j'ai discuté avant de partir, je n'ai vu personne alors j'ai dû me prendre en photo devant la cabine du bourg de Sainte-Tréphine qu fut l'épouse de Conomor (VIème siècle après le trouduc), un sentimental ayant horreur du sang mais qui l'a décapita. Elle a ensuite été ressuscitée par Saint-Gildas (on nous signale pas si elle avait récupéré sa tête) et a même pu donné naissance à un fils nommé Trémeur (dont il existe encore aujourd'hui des descendants à Radenac). 

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (4).JPG

    Les rues de Sainte-Tréphine serpentent autour de l'église portant le même nom (et qui contient en son sein également la chapelle de Saint-trémeur (si vous avez tout suivi, vous savez qui c'est). 

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (14).JPG

    Je n'ai pas arpenté le bourg car je n'avais pas trop le temps, cette halte étant imprévue mais de la chapelle, j'ai pris le temps de m'imprégner de l'esprit des lieux, encore marqué par le triste destin de Shirley-Monica Tréphine que son mari décapita sur la place publique encore dépourvue de cabine téléphonique. Un bourg ne se remet pas d'un tel drame même des siècles plus tard. Il faudrait presque que l'Etat verse une pension à vie à tous ces habitants encore inconsciemment sous le choc. 

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (7).JPG

    L'église Sainte-Tréphine contient d'ailleurs les reliques de Shirley-Monica, présentes dans un sarcophage. Par ailleurs et pour achever le lecteur, j'informe que Saint-Trémeur dispose également d'un sarcophage dans l'enclos accolé à la chapelle. Mais moi, je n'avais que faire de ces légendes et tournoyais autour de cette maudite cabine qu'on peut joindre au numéro  02 96 29 56 24. Toujours la même question et encore plus dans un patelin de 200 dépressifs ; depuis quand la sonnerie n'a pas retenti ? Voici quand même une photo de cette fameuse chapelle chargée d'histoire :

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (19).JPG

    Les 200 tréphinois ne vivent pas tous dans le bourg et on salue le facteur chargé de la tournée tréphinoise et surtout le courage des oiseaux qui bravent le vent glacé en ces lieux hostiles. 

    SAINTE TREPHINE 07 02 16 (23).JPG

    Sainte-Tréphine, (22480), Côtes-d'Armor , maire : Georges Galardon ( liste : Tréphinois ensemble, tréphinois toujours) , 208 tréphinois. reportage le 07 février 2016 ( arrivée à 11:00, départ à 11:43), cabine "modèle de Paris" : 02 96 29 56 24. direction : Kergrist-Moëlou

    Loïc LT

  • CR294 : traversée - Marie-Hélène Lafon

    traverséemars2016.jpgC'est un tout petit essai composé d'une petite dizaine de courts chapitres dans lequel l'auteure* se remémore la géographie de son enfance, une géographie qui se résume aux abords de la ferme de ses parents dans le Cantal. Il y a la rivière (la Santoire dont elle a failli choisir le nom comme nom d'auteure), les prés, les bois, les chemins de terre. Les enfants participent aux travaux de la ferme mais déjà Marie-Hélène voit poindre en elle un horizon plus lointain dont ses escapades dominicales sont les prémices. Comme toujours avec Marie-Hélène Lafon, les phrases et les mots sont soupesés et dosés méticuleusement, la place de la virgule est ici et non là. Le texte doit être l'exact reflet de la pensée. En ce sens, chez M-H Lafon, la forme compte beaucoup mais ce n'est pas au détriment du fond, contrairement à certains écrivains français qui, à force de chercher la phrase idéale ne songent même pas à savoir s'ils ont quelque chose à dire. Je me suis retrouvé dans ce texte. Et j'en connais d'autres qui n'y seront pas insensibles.

    Plutôt que continuer à disserter et faire une note plus longue que l'essai, laissons Marie-Hélène Lafon s'exprimer :

     

    Je dis on, nous, les enfants, les trois ; j'écris aussi on et nous pour les lignées paysannes qui nous ont précédées, côté père et côté mère, et continuent jusqu'à ma génération, née au début des années soixante. Quelque chose du je commence là, entre nous et on, dans ce nom, dans ce on, et à cet infime endroit du monde, dans la fente où, dès l'enfance, je sais que je ne vivrai pas comme l'ont fait ceux qui, avant moi, furent paysans pour les siècles des siècles. La géologie et la géographie des choses ne se séparent pas de leur histoire ; je sais que je partirai parce que les adultes autour de moi le disent avec des mots et des phrases qui scandent la fin d'un monde. Les filles surtout sont vouées à partir et le font par l'école, les études, le travail qui se trouve dans les villes ; je ferai comme toutes, je serai les autres ; avant ça, entre dix ans et dix huit ans, je prends la mesure, ou les mesures comme on dirait les mensurations, pied à pied pas à pas, depuis le creux de la fente jusqu'au bord du ciel, de ce monde premier que je quitterai et qui ne me quittera pas. Le corps immuable du pays s'inscrit dans ma mémoire et dans mon corps qui grandit et devient, entre dix ans et dix-huit ans ; c'est un corps à corps ; ça se fait évidemment à mon insu, ça me traverse et je ne choisis pas ; la poussée des choses est sourde et puissante, organique, elle commande et puis c'est tout. (pages 19-20) 

    lecture en une demi-heure le 16 mars 2016, sur papier, collection 'paysages écrits'**, éditions Guérin, 48 pages, parution en  2013  non noté. 

    * auteure : Féminisation de auteur (barbarisme non reconnu par l'Académie française).

    **Collection 'paysages écrits' : chaque année, la collection invite un auteur contemporain à composer un texte inédit en toute liberté en s'inspirant de ses paysages familiers qu'ils soient intimes ou géographiques. 

    Loïc LT

  • recensement des cabines # 50 Corlay (22)

    dimanche 07 février 2016 (11ème bourg du périple)

    Voilà, c'est Corlay qui a l'honneur d'être le cinquantième bourg bénéficiant d'une note sur l'espèce de blog ! C'est le hasard et ses habitants verront à quel point ça ne changera pas leur quotidien. Je voulais descendre vers le sud mais je ne sais pas pourquoi le nom Corlay me tentait bien. Les bourgs a deux syllabes ont souvent un supplément d'âme. Donc, j'ai pris la parallèle de l'équateur et je suis arrivé à Corlay à 10:00.

    googlemapcorlay.jpg

    J'arrive à Corlay le portefeuille vide mais le coeur vaillant. A ce moment, j'ignorais évidemment le drame qui venait de se dérouler à Saint-Nicolas-du-Pélem. Attention, je ne dis pas que je ne suis pas le coupable, je vous donne une version, comme je l'ai fait à l'inspecteur Monamour mais qui vous dis que je dis la vérité ? En tout cas, ce n'est pas le décès de Beauchamp (que j'ignorais ou pas en arrivant à Corlay) qui allait changer mon programme. Je ne souhaite pas la mort des gens mais pour ainsi dire je ne connaissais pas Beauchamp ; pour moi c'était juste le type qui m'avait volé ma mallette. 

    A Corlay, la cabine téléphonique se situe près de la poste, un horrible bâtiment dans le genre de ce qui se faisait à une époque et en plus avec des barreaux aux fenêtres puisque jadis les PTT détenaient beaucoup d'argent liquide. 

    CORLAY 07 02 16 (9).JPG

    (A propos des PTT, j'ai remarqué quelque chose d'amusant ces derniers jours. Alors que les le sigle PTT n'existe plus depuis 1991, on voit le long des départementales où l'on enterre des lignes des petites pancartes jaunes avec indiqués dessus eau, edf et PTT. Donc, depuis 25 ans, ils n'ont pas changé leurs petites pancartes, à quoi bon après tout...il suffit de se comprendre. Le fonctionnaire d'EDF ne va pas se poser de questions en voyant un panneau PTT. Mais amusant quand même que ces choses immuables.)

    Quelqu'un m'a pris en photo mais qui je ne sais plus, un quidam sans doute puisque je ne vois pas qui d'autre qu'un quidam pouvait passer à cet endroit à cette heure matinale. Heureusement qu'il existe encore des quidams qui errent dans les rues sans trop savoir où aller. 

    “Il y a des êtres mystérieux, toujours les mêmes, qui se tiennent en sentinelles à chaque carrefour de notre vie.” Patrick Modiano ( villa triste)

    CORLAY 07 02 16 (10).JPG

    Mais jamais je ne croise d'originaux ou de curieux qui ont envie de discuter, de me détrousser ou si c'est une fille de me rouler une pelle. Ainsi va la vie du recenseur, qui en l'occurence ici n'a pas bien fait son boulot puisque je ne suis pas rentré dans l'habitacle pour vérifier tout ce qu'il y avait à vérifier. Au bout d'un moment, on se lasse. 

    Euh, je raconte des conneries en fait, il n'y a plus de mobiphone dans cette cabine comme l'atteste cette photo prise par le même quidam Lambda.

    CORLAY 07 02 16 (11).JPG

    J'atteste que Corlay est un joli petit bourg. Mirez par exemple cet institut de beauté intitulé discrètement Swan, endroit accueillant et d'où l'on doit sortir  belle comme une princesse pour aller à vêpres.

    CORLAY 07 02 16 (12).JPG

    Un jour, ce bar fermera et puis, tombera en ruine et alors on décidera de le démolir. Cent ans plus tard, sur de vieilles photos, les habitants regretteront qu'on ait démoli les symboles d'une époque. Il en va de même de la Poste. Il faudrait avant de tout détruire penser l'avenir très lointain au lieu de crier 'mon dieu que c'est moche'.

    CORLAY 07 02 16 (6).JPG

     En dehors de ces bâtiments, un peu en marge du centre-ville, Corlay vaut bien un petit détour. 

    CORLAY 07 02 16 (18).JPG

    Le bourg costarmoricain compte son lot de commerces abandonnés. C'est dur de choisir l'élu, celui qui pourrait être potentiellement vu par toute la planète. Allez tranchons pour cette droguerie. 

    CORLAY 07 02 16 (21).JPG

    Mais j'aurais pu tout aussi bien pu choisir cette chose. Sur la porte, c'est marqué Jacquard Français, indication qui mérite qu'on s'y arrête. Moi, quand j'entends ou lis Jacquard, je pense aux pulls moches qui étaient revenus un peu à la mode dans les années 90. Alors figurez-vous que Jacquard Français existe encore, dispose d'un site internet et qu'on y vend presque tout pour la maison...sauf des pulls. Je crains pour les corlaysiens qui y croyaient encore que ce magasin ne sera jamais repris et je ne vais même pas prendre la peine d'expliquer pourquoi. Qu'EDF fasse déjà son boulot et on pourra en reparler mais bon, ce serait perdre notre temps. 

    CORLAY 07 02 16 (25).JPG

    Ce café intitulé Carpé Diem (qu'on doit y être bien près de l'âtre le soir quand il fait froid dehors et que le pot-au-feu est presque prêt)  qui ose le rose occupe un bâtiment érigé en 1615. Il fait café, tabac, presse et je suis sûr qu'on peut y faire dormir son cheval. Je ne vois point de boucle d'attache pour la plus noble conquête de l'homme (quoi qu'en zoomant j'ai quelques doutes à certains endroits) mais j'imagine bien des écuries à l'arrière. 

    CORLAY 07 02 16 (23).JPG

    Quand on sort du Carpé Diem, des vieux panneaux de signalisation nous mettent dans l'embarras. Où aller et pour que faire ? Moi, ça ne m'impressionne pas, je ne vais dans aucune de ces deux directions. Je ne suis pas influençable. 

    CORLAY 07 02 16 (15).JPG

    Voici une autre vue du bar et plus loin, on croit deviner l'enseigne d'un apothicaire et tout au fond, il m'est d'avis que c'est la mairie. Il y a encore plein d'endroits sympas à Corlay mais je ne peux pas tout mettre. Je garde les photos en stock, pour moi, bien au chaud. 

     

    CORLAY 07 02 16 (28).JPG

    La preuve que Corlay vit encore  : on y fait même de l'exportation (juste de jeunes bovins mais il faut un début à tout). 

    CORLAY 07 02 16 (26).JPG

    Corlay, (22320), Côtes-d'Armor , maire : Pierre-Yvon Corbel ( liste : -ensemble, réouvrons Jacquard Français-) , 980 corlaysiens. reportage le 07 février 2016 ( arrivée à 10:00, départ à 10:49)  météo : se couvrant. direction : Sainte-Tréphine

    Loïc LT

    CORLAY 07 02 16 (38).JPG

    J'ai pas trouvé les piles ! Pourtant, j'avais besoin, je commençais déjà à manquer d'énergie. 

  • la cabine ivre (ébauche d'un pastiche)

     

    Comme j’étais fixé sur un socle infrangible

    Je ne pouvais quitter ce quartier de malheur

    Et des jeunes branleurs me prenaient pour cible

    taguant sur mes vitraux de sordides horreurs.

     

    J’étais un peu soucieux que mon appareillage

    Ne serve plus que deux ou trois fois dans l’année

    Alors quand un Génie m’a offert un voyage

    J’ai quitté sans douleur ce trottoir malfamé.  

     

    Et j’ai quitté la ville munie de trois bottines

    Empruntant dans la nuit de petites ruelles

    Et j’ai croisé des gens voyant une cabine

    Courir et ne croyant que cela soit réel.

     

    J”ai traversé des bois et des chemins de terre

    Des champs avec du blé ou bien du triticale

    Et j’ai même failli surpris par une pierre

    Faire tomber au sol mon caisson de métal.

     

    Or moi, cabine libre tout comme un troubadour

    J’ignorais le destin de ce vagabondage

    Et j’avais même un peu le regret de ces jours

    Où je servais de lieu pour de longs bavardages.

     

    Et il advint que Max cherchant de la ferraille

    Croisa médusé ma carcasse d’acier

    Et il n’eut aucun mal avec son attirail

    A me mettre en pièces et puis à m’embarquer.   

    Loïc LT/Arthur R 

    cabineivre2.jpg

    (dessin original de Marcel Marlier - Martine fait de la Bicyclette - (Casterman)

     

  • recensement des cabines # 49 Saint-Nicolas-du-Pélem (22)

    dimanche 07 février 2016 (10ème bourg du périple)

     

    Commissariat de Rostrenen, lundi 08 février 2016, 08:00. Je suis convoqué par l’inspecteur Monamour,

    • bonjour, veuillez vous asseoir Monsieur Le Tortorec.
    • bonjour, Mr l’inspecteur Monamour
    • Connaissez-vous la raison de cette convocation ?
    • Je lis la presse, donc oui, je la connais. Un cadavre a été retrouvé hier après-midi dans une cabine du bourg de Saint-Nicolas-du-Pélem et il se trouve que je suis passé dans ce bourg hier.
    • Je vois que vous habitez Camors dans le Morbihan. Que faisiez-vous à Saint-Nicolas-du-Pélem un dimanche matin à 09:00 ?
    • Je suis recenseur de cabines amateur et pendant tout ce weekend, j’ai fait un périple dans le sud des Côtes-d’Armor, qui m’a amené entre autres dans ce bourg.
    • Recenseur de cabines, dîtes-vous ?
    • Certes
    • Je ne connaissais pas cette profession.
    • Ce n’est pas ma profession, c’est juste un passe-temps.
    • Curieux passe-temps
    • Certes
    • Bref, passons. Un dénommé Beauchamp a été retrouvé mort par strangulation dans une cabine de ce bourg. Les médecins légistes affirment qu’il a été tué dimanche matin entre 8h00 et 10h00, c’est à dire au moment où vous êtes passé dans ce bourg. Connaissiez-vous ce Beauchamp ?
    • Je crains que oui. Mais je sais peu de choses sur lui, juste qu'il est né dans l'Oklahoma en 1932, qu'il s'est installé en France où qu'il a exercé le métier de faussaire et qu'il rêvait de vivre une autre vie, de rejoindre la Russie par le Canada après avoir traversé l'océan. Par ailleurs, je crois qu'il a vécu longtemps avec une certaine Semana Santa.
    • L’avez-vous tué ?
    • Non, il ne faut souhaiter pas la mort des gens.
    • En dehors de vos considérations morales, aviez-vous un intérêt à le tuer ?
    • Non
    • On a retrouvé sur lui des lettres qui vous étaient destinées ainsi que d’autres papiers où vous êtes souvent cité. Il apparaît à la lecture de tous ces papiers que ce Beauchamp vous craignait.
    • Il avait effectivement toutes les raisons de me craindre
    • Quelles raisons ?
    • Il m’a volé à l’arraché, il y a quelques mois à Hennebont, alors que je me promenais dans le quartier de Saint-Caradec, une mallette qui m’était très précieuse
    • Et que contenait cette mallette ?
    • Elle contenait un registre inventoriant toutes les cabines encore présentes en Bretagne avec tous les détails techniques leur correspondant, à savoir leur numéro d’appel, leur type, leur état de fonctionnement etc etc. Un mine d’or pour un recenseur. Le mot de passe pour ouvrir cette mallette est Cap Farvel
    • Merci de ce précieux renseignement Parce qu’il était lui-même recenseur ?
    • Non, à chaque fois qu'il me téléphonait, il ne me donnait que des nouvelles vagues et me conduisait à de fausses pistes. 
    • Alors, pourquoi vous-a-t-il volé cette mallette ?
    • Cela reste un mystère. En tout cas, il ne l’a pas volée par hasard et si ce fut le cas, en voyant son contenu, il l’aurait abandonnée, ce qu’il n’a pas fait.
    • Comment savez-vous qu’il ne l’a pas abandonnée ?
    • Parce qu’un jour, je suis tombé sur lui dans le  bourg de Persquen. Il tenait la mallette dans ses mains, je l’ai clairement reconnu et quand il m’a vu, il est parti en courant et je n'ai pas pu le rattraper. Il s'est réfugié dans un ancien dancing où j'aurais eu un mal fou à le retrouver puisqu'il faisait nuit et que le bâtiment n'a pas d'électricité. 
    • Bien, on va reprendre tout du début.
    • Si vous voulez
    • A quelle heure êtes-vous arrivé à St-Nicolas-du Pelem ?
    • Sachant que je suis parti de Lanrivain à 08:30 et qu’il fallait un quart d'heure pour se rendre à St-Nicolas-du-Pélem, mais que je me suis arrêté pour admirer un paysage, j’ai dû arriver avec celle qui ne me quittera jamais, je veux dire ma Talbot, vers les 9h.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (1).JPG

    • Et que faisiez-vous à Lanrivain ?
    • Mr l’inspecteur, je peux vous proposer quelque chose qui fera gagner du temps à tout le monde ?
    • Je vous écoute.
    • Je tiens un blog où je raconte toutes mes pérégrinations et vous y trouverez tous les détails et notamment mon passage à Lanrivain et mon départ.
    • Vous me donnerez l’adresse de votre site et j’irai voir. Nous possédons un ordinateur Bull, modèle Eleor 1986 au commissariat. 
    • On dit plutôt un blog mais je ne veux pas sous-estimer vos connaissances informatiques.
    • Donc, quand vous êtes arrivé à St-Nicolas, qu’avez-vous fait ?
    • En fait, je suis très vite tombé sur la cabine où a eu lieu ce crime affreux .Je suis arrivé par la départementale 5 et je crois que cette cabine se situe rue Louis et Marie Bertrand.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (7).JPG

    • C’est exact. Et qu’avez-vous fait ?
    • Dès que j’ai vu la cabine, je me suis arrêté, je l’ai prise en photo, je me suis pris en photo devant, faute de promeneurs pour me prendre, j’ai fait mon travail quoi.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (6).JPG

    • Vous êtes rentré à l’intérieur
    • Bien sûr
    • Avez-vous vu quelque chose de suspect ?
    • Non, en tout cas, pas un cadavre. Si ça avait été le cas, vous pensez bien que j’aurais appelé la police.
    • Vous n’avez rien remarqué de suspect autour ? Des gens qui traînaient ou autres.
    • Non, la rue était tranquille.
    • Vous êtes resté longtemps sur les lieux ?
    • Je dirais 10 minutes maximum
    • Vous avez fait quoi après ?
    • Je suis descendu vers le bourg que j’ai visité vite fait. J'avais encore un programme chargé pour la journée
    • Combien de temps êtes-vous resté à Saint-Nicolas-du-Pélem ?
    • Trois quart d’heures à peu près.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (23).JPG

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (16).JPG

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (28).JPG

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (51).JPG

    • Et ensuite, qu’avez-vous fait ?
    • Je m’apprêtais à quitter ce joli village lorsque je suis tombé sur une autre cabine, rue des Martyrs de l’occupation.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (53).JPG

    • Il y avait une sorte d'épouvantail à côté et j’ai discuté avec un type portant un tee shirt Central Otago, qui nettoyait le trottoir et qui a eu la gentillesse de me prendre en photo.

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (54).JPG

    • Quand vous êtes rentré dans la cabine, vous n’avez rien remarqué d’anormal
    • non
    • Pourtant, savez-vous ce qu’on a retrouvé dans cette seconde cabine ?
    • Pas le moindre du monde
    • la fameuse mallette que Beauchamp vous avait volé
    • La mallette ?
    • Pensez-vous que vous l’auriez vu si elle y était lorsque vous êtes entré dans cette cabine ?
    • Je ne regarde pas forcément les sols des cabines en détail mais je pense que je l’aurais vu quand même.
    • Donc, vous affirmez n’avoir vu ni le cadavre, ni la mallette ?
    • Non, et j’en tombe sur le cul.
    • Nous allons arrêter cet interrogatoire pour aujourd’hui mais évidemment, vous serez recontacté, Mr Le Tortorec sachant que vous êtes étroitement lié à l’affaire, je dirais même soudé. Maintenant, je ne pense pas que vous soyez le meurtrier mais je  ne pense pas non plus qu’on le trouvera sans votre aide. En tout cas, si quelque chose vous revient, n'hésitez pas à passer nous voir.
    • Merci. Au revoir Monamour, inspecteur Monamour pardon. 

    J'ai préféré retranscrire l'interrogatoire plutôt que de faire un reportage normal, quitte à ce qu'il y ait moins de photos mais c'est une façon aussi de montrer à mes lecteurs que je n'ai rien à cacher et que si je cherchais bien Beauchamp, je n'avais évidemment nullement l'intention de le tuer, je voulais juste récupérer ma mallette, sans même lui effleurer le paletot. Pauvre Beauchamp, tu es parti, pour qui, pour quoi ? Que voulais-tu donc faire de cette mallette ? En fin de compte, elle t'a mené à la mort. Quant à moi, il faut à tout prix que je demande à l'inspecteur qu'il me la rende, elle m'appartient. Evidemment, ayant été convoqué le lundi matin, j'ai continué mon périple le dimanche sans connaissance du drame. 

    ST NICOLAS DU PELEM 07 02 16 (52).JPG

    Saint-Nicolas-du-Pélem, (22480), Côtes-d'Armor ,maire : Daniel Le Caër ( liste : liste 'vaincre le crime à STDP' ) , 1700 Pélémois. reportage le 07 février 2016 ( arrivée à 09:05, départ à 09:52)  météo : beau. direction Corlay

    beauchamp, saint-nicolas-du-Pélem, recensement des cabines, cabine, cabine téléphonique, meurtre, meurtre de beauchamp, côtes d'armor

  • Dominique A (aux Arcs, Quéven, le 12 mars 2016), compte rendu

    Nous étions allé voir Dominique A au liberté à Rennes en juin 2015 ignorant qu'il passerait plus tard plus près de chez nous. Mais pas grave, on voulait le revoir et puis finalement, il n'a pas du tout fait le même concert donc, pas de regret et de toute façon, ça ne m'aurait pas dérangé qu'il refasse le même. J'étais juste un peu déçu pour une de mes filles qui nous accompagnait que ne connaît que son dernier album (faut dire qu'elle en a en a bouffé au ptit dej) alors elle était un peu perdue. Nous aussi d'ailleurs, parce que quand on découvre une chanson sur scène, la voix du chanteur est un peu étouffée par la musique (encore que là, ça allait) alors c'est difficile de savoir de quoi il parlait. Mais quand même, on a découvert de nouvelles chansons de ses précédents albums. Il a même chanté la mémoire neuve, un titre de son premier album, un album qu'il renie un peu je crois parce qu'il a failli avoir du succès avec (avec le twenty two bar surtout). Pour les connaisseurs, voici la tracklist (fautes d'orthographe incluses) :

    tracklistDomA1203016.jpg

    En première partie, alors qu'un type des Arcs m'avait dit que ce serait Robi, et bien ce fut Baptiste Hamon, un jeune chanteur (dont voici le blog) seul avec sa guitare et son harmonica habillé façon mon beau-frère de La Rochelle. J'ai adoré et d'ailleurs le mec est très sympa. On a discuté avec lui après le concert (mais pas avec Dominique A hélas) et il m'a promis qu'il mettrait les paroles de ses chansons sur son blog. Mec très accessible, influencé par la musique country us, ses chansons sont truffées de références littéraires et musicales et en plus il est fan de Dominique A. D'ailleurs, je lui ai dit qu'il avait un timbre qui ressemblait beaucoup à celui de son mentor, c'est à dire, une voix grave et un brin aristocrate (au bon sens du terme). 

    Concernant, Dominique A, et bien, il s'est donné à fond comme à son habitude, chantant raide comme un poteau  et puis parfois sans crier gare, il se met à danser la danse de Saint Guy (comme il dit), alors on dirait un tronc d'arbre muni d'une guitare qui devient fou. 

    DOMINIQUE A QUEVEN120316 (11).JPG

    DOMINIQUE A ST GUY.jpg

    DOMINIQUE A QUEVEN120316 (49).JPG

    J'avais déjà fait une note sur le concert à Rennes, j'ai pas envie de me répéter. Sinon, petit regret : Dominique A ne laisse aucune place à l'improvisation. Plusieurs personnes lui ont demandé de chanter tel ou tel morceau (dont moi, j'ai demandé juste quelques secondes de en surface, il m'a regardé droit dans les yeux (c'est déjà bien, il sait que j'existe) et m'a dit qu'il ne pouvait pas, qu'il ne se rappelait plus des accords et du texte, il a quand même essayé 3 secs et a laissé tomber). Donc, concert très formaté. Evidemment, personne n'est surpris que les titres des rappels sont prévus d'avance...c'est ringard les rappels, il serait temps d'en finir avec ce jeu de dupes. Que dire d'autres ? Que le bassiste a toujours les fils qui se touchent (et pas seulement ceux de son instrument). On était 1200. Moyenne d'âge (40/45 ans), du coup, je ne suis pas surpris que mes jeunes collègues ne connaissent même pas son nom. 

    Bon, un conseil, écoutez sur deezer Baptiste Hamon (les titres Hervé, comme la vie est belle, peut-être que nous serions heureux)

    DOMINIQUE A QUEVEN120316 (16).JPG

    Dominique A, les Arcs, Quéven 56, 12 mars 2016, première partie Baptiste W.Hamon. 

    Loïc LT

    Une petite vidéo captée par votre serviteur. Toujours difficile les vidéos mais celle-là est potable (mais je ne vous oblige pas à la visionner, ça reste globalement médiocre) 


     

  • recensement des cabines # 48 Lanrivain (22)

    samedi 06 février 2016 (9ème bourg)

    googlemaplanrivain.jpg

    Trémargat m'avait laissé sur ma faim au sens propre comme au figuré et je suis arrivé à Lanrivain lessivé, au sens propre comme au figuré également. Au point où j'en étais, n'ayons pas peur de répéter la même expression dans une même phrase. Il y a seulement 6 kilomètres entre les deux bourgs mais question mentalités, un océan les sépare à ce que j'ai cru entendre lors d'une discussion de comptoir.  J'avais atterri dans un bar où j'étais un peu l'attraction terrestre et lorsque j'ai évoqué Trémargat, j'ai le souvenir d'un consensus sur le fait que ce bourg de bobos ne tenait debout que grâce à de généreuses subventions versées au détriment des bourgs alentours. Trémargat ne serait qu'une vitrine pour attirer les gogos de mon espèce. Je me passerais de tout commentaire, je n'étais pas là pour faire de la politique.

    Préalablement, j'avais trouvé la cabine très facilement, elle m'était tombée dessus alors que j'avais presque oublié qu'elle était l'objet de ma venue. J'ai fait le service minimum, mes besoins primaires primant sur ces maudits habitacles métalliques. 

    LANRIVAIN 06 07 02 16 (4).JPG

    La supérette Epi était encore ouverte et j'y ai acheté de quoi me sustenter et puis donc, après avoir vaguement constaté la misère des lieux...

    LANRIVAIN 06 07 02 16 (2).JPG

    j'ai pris la direction du bar dont je parlais,  bondé de monde (un repas de la communauté britannique des environs apparemment),  avec la ferme attention de me renseigner sur la possibilité de trouver une écurie ou une grange pour allonger mon corps exténué.

    LANRIVAIN 06 07 02 16 (14).JPG

    La patronne m'a dirigé vers un autre bar plus tranquille où pensait-elle le patron pourrait peut-être me rendre service. Comme de fait, dans cet autre troquet douillet, le patron m'a proposé un gîte situé dans le bourg. Je l'ai suivi en voiture, il m'a vite fait faire le tour du propriétaire et je me suis vite couché et me suis endormi comme une masse. 

    J'ai très bien dormi et me suis levé de bonne heure, requinqué, frais comme un gardon et désireux de partir vers de nouvelles aventures. Le jour s'était levé et comme j'avais débarqué de nuit, j'ai pu voir à quoi ressemblait Lanrivain mais je ne me suis pas attardé car il me tardait de redescendre vers le sud. Après avoir discuté vers 8 heures avec le sympathique propriétaire qui m'attendait devant la porte depuis pas mal de temps apparemment (bizarre quand même), j'ai quitté le gîte entouré d'un joli petit muret et d'une petite barrière pittoresque. 

    LANRIVAIN 06 07 02 16 (30).JPG

    La Talbot a démarré au quart de tour et je suis parti, pas malheureux de quitter Lanrivain, pas que j'avais quelque chose contre ce bourg mais je n'étais pas très fier de ne pas avoir accompli comme il se doit mon devoir de recenseur. Peu après avoir quitté les lieux, je suis tombé sur ces étranges rochers empilés, qui sauvent un peu cette note triste comme un jour sans pain mais j'avais le cœur joyeux et le GPS était réglé sur Saint-Nicolas-du-Pelem situé à 7 kilomètres au sud est. 

    LANRIVAIN 06 07 02 16 (32).JPG

    Lanrivain, (22480), Côtes-d'Armor ,maire : Mathieu Geffroy ( liste : liste 'en finir avec Trémargat' ) , 525 lanrivanais 11 lanrivanaises. reportage (si on peut appeler ça un reportage) réalisé les 06 et 07 février 2016 ( arrivée à 17:36 le 06, départ à 08:30 le 07)  météo : quelconque. direction Saint-Nicolas-du-Pélem. 

    Loïc LT

  • rencontre avec Marie-Hélène Lafon (Larmor-Plage)

    Marie-Hélène Lafon ne fait partie de ces écrivains connus du grand public et elle ne fait pas partie non plus des goncourisables mais la dame, originaire du Cantal a fait son trou dans la littérature française, elle a trouvé une niche comme on dit et du coup a trouvé son public comme on dit aussi. J'ai lu deux romans d'elle : l'annonce (adapté au cinéma) et Joseph. La particularité de cette auteure est de décrire la campagne profonde, en l’occurrence ici le Cantal, ce que ne font pas beaucoup les autres écrivains français. A sa façon, elle est un peu la Annie Ernaux de la ruralité, même si, elle est romancière et non biographe. 

    MH LAFON LARMOR PLAGE 08 03 16 (11).jpg

    Elle était invitée ce soir par la médiathèque de Larmor-Plage (ma station balnéaire préférée), chose peu courante par ici et j'ai décidé d'y aller pour l'écouter évidemment mais avec la secrète intention de discuter avec elle après. On était à peu près 90 groupies dans la salle...dont 4 hommes ! On a compté. Elle est arrivée un peu en retard, plus coquette en vrai que sur les photos et n'a pas perdu de temps. J'ai moi-même posé deux questions que je retranscris à peu près ici :

    - Vous décrivez fort bien les petites fermes du Cantal qui fonctionnent à l'ancienne mais seriez-vous capable d'écrire un roman dont l'environnement serait celui d'une grosse exploitation laitière ou céréalière et par là-même décrire le malaise agricole (1 suicide tous les 2 jours) ? Elle m'a répondu que non, qu'elle ne pouvait écrire que sur ce qu'elle connaissait mais se souvenant de ma question, elle m'a interpellé quelques minutes plus tard pour lire un extrait d'un de ses essais où elle décrit avec poésie mais avec minutie le type de tracteurs-bolides qu'utilisent les cultivateurs de la Beauce. J'ai rebondi en lui répondant que si elle était capable d'écrire ça, elle était capable de faire un grand roman sur l'agriculture moderne. Elle m'a rétorqué qu'elle s'était beaucoup documentée sur les tracteurs (avait même appelé un ami je crois) mais qu'elle se voyait mal aller en immersion dans la ferme des mille vaches.

    - Votre livre l'annonce sorti en 2009 évoque le célibat des agriculteurs et le désir du fermier de trouver une femme via les petites annonces. Avez-vous même inconsciemment, été influencée par la célèbre émission de M6 ? L'assemblée a ri et elle a répondu que c'est une question qu'on lui pose souvent et que lorsqu'elle a écrit ce roman, elle ne connaissait pas cette émission (d'ailleurs, elle ne possède pas de télé).

    - Je lui ai fait une dernière petite remarque : avez-vous conscience que derrière le ton sérieux de vos romans, vous arrivez quand même à nous faire rire et presque plus qu'un auteur dont ce serait la marque de fabrique ? Je lui ai parlé des deux oncles muets qui regardent TF1 toute la journée dans l'annonce et de Joseph, qui, bourré comme un coing,  gare sa voiture au milieu du village, s'effondre sur le volant et met sans le vouloir en route le klaxon qui réveille toute la population, jusque ce qu'on vienne le sortir de cette mauvaise posture ? Elle acquiesce. 

    Elle a lu quelques passages (dont celui du tracteur qu'il faudrait que je retrouve), a répondu à d'autres questions et puis ensuite ce fut la traditionnelle séance de dédicaces. MH Lafon est plus déjantée qu'elle en a l'air. Il n'y a qu'à voir sa signature :

    DSC03867.JPG

    Je n'ai malheureusement pas pu discuter avec elle, parce qu'en bonne parisienne qu'elle est devenue, elle était pressée de rentrer (alors qu'elle venait juste d'arriver) et qu'il y avait trop de monde autour d'elle. C'était quand même une soirée sympathique et instructive. Excusez la médiocrité des photos, je n'avais que mon smartphone qui prend des photos pourries. 

    MH LAFON LARMOR PLAGE 08 03 16 (12).jpg

    On sent que ça bouillonne dans le cerveau de Marie-Hélène Lafon et qu'il faudra compter encore plus sur elle dans l'avenir ; elle a d'ailleurs laissé sous-entendre qu'elle n'allait pas forcément continuer à écrire sur la ruralité. 

    MH LAFON LARMOR PLAGE 08 03 16 (9).jpg

    Médiathèque de Larmor-Plage (Morbihan) , rencontre avec Marie-Hélène Lafon, 18h30/20h00, le 08 mars 2016

    Loïc LT

  • Un coin agréable dans les environs de Moscou (1972), Lucio Fanti

    A la page 425 de son roman (Naissance qui en compte 1601), Yann Moix évoque la figure d'un peintre en ces termes : 

    Pêche miraculeuse : mon père ne collectionnait pas les femmes, comme le faisaient des milliards de mâles torturés par l'instinct, mais ferait collection d'une seule, affrontant en propriétaire la monotonie, très consciencieux dans sa possessivité, polygame d'une épouse quasiment unique ( quelques "incartades" sans conséquences ni lendemain). Il venait de faire un trou dans ma mère, y passant un fil d'acier, la sanglant à son cou : il porterait cette femme, finirait par s'ennuyer avec, la poserait comme un canapé contre une fenêtre à double vitrage dans un salon aux baies blanches. Avec elle, peut-être et sans doute, il finirait par se noyer dans une grisaille à la Lucio Fanti (Un coin agréable dans les environs de Moscou, 1972, huile sur toile) : mais elle lui appartenait comme la mort appartient à l'éternité, le bruit au silence. Il pourrait faire fusiller ses propres enfants, à condition de la garder, même folle et refluante de baves, même ruine devenue, barbouillée de ses excréments - il avait soif de durée comme, dans cette métaphore indigne de moi, le vampire a soif de sang

    Voici la toile en question : 

    lucio fanti.jpg

    Comme je mets du temps à lire ce roman, cette note est l'occasion de distiller un morceau de la prose de Yann Moix. Âmes sensibles s'abstenir ! C'est du brut de décoffrage mais en même temps, le narrateur (Yann Moix tout bébé) nous explique la fidélité sans faille de son père envers sa mère donc on l'excuse un peu de présenter la chose de façon un peu triviale. Et puis, il y a cette toile évoquée dans le passage.  Après une demi-heure de recherche, Lucio Fanti reste un mystère: pas de page wikipedia, très peu de réponses de google. Il dispose quand même d'un site internet mais sa biographie est très courte : Lucio Fanti, né à Bologne en 1945, vit et travaille à Paris. 

    Au début, quand je suis tombé sur cette toile, je me suis dit que le peintre était un communiste mettant son talent au service du pouvoir soviétique. On y voit une famille heureuse, la belle berline est garée derrière et l'on s'amuse dans les environs de Moscou donc. Lucio Fanti met quand même en évidence des nuages gris et menaçants mais en tout cas, prise comme ça, cette toile ressemble à une commande des autorités russes ou à une réelle envie du peintre de nous décrire la façon dont il voit le quotidien de l'URSS en 1972. On a vu plein de tableaux narratifs de ce genre ventant le bonheur de vivre en URSS et en tout cas, moi, je n'en voudrais pas dans mon salon, ni pour le fond ni pour la forme. Mais en fait, les choses sont plus compliquées car en poussant les recherches, je suis tombé sur ce site où l'on peut lire :

    Lucio Fanti naît en 1945 à Bologne. Il s’installe à Paris en 1965 et débute son activité plastique en 1967. Il expose dès 1968 au Salon de la Jeune Peinture avec les peintres de la Figuration Narrative réunis autour du critique Gérald Gassiot Talabot. Sa première manière, réalisée d’après des clichés photographiques russes, dénonce la dérive du régime communiste avec mélancolie. Comme Louis Althusser le faisait remarquer, « Lucio Fanti joue avec les clichés, non pour s’en jouer, mais pour les faire voir à nu. Il n’y a que les rois nus qui règnent ». Une mise en abyme mélancolique à l’image de Maïakovski, son double poétique, dont la figure et l’œuvre accompagne symboliquement la production du peintre.

    Je ne suis pas un grand spécialiste de peinture mais j'en conclue que par ce tableau, le peintre a voulu se moquer de l'art communiste et des artistes à la solde du pouvoir. Maintenant, il s'agit de trouver le rapport entre ce tableau et le propos de Yann Moix. Les choses sont assez claires. On peut comparer ce père russe jouant avec son enfant auprès de sa femme (belle et souriante comme la maman de Martine) au père du narrateur qui met la fidélité au dessus de tout. Mais quand même, on se demande pourquoi l'écrivain est allé chercher cette toile derrière les fagots. Comme il vit et travaille encore à Paris et que Yann Moix a des entrées un peu partout, peut-être se connaissent-ils et que l'écrivain a voulu rendre hommage à son ami italien. Mais ce ne sont que supputations. De toute façon, ce passage se noie dans cet océan romanesque mais il paraît évident que Naissance est le premier roman dans lequel Lucio Fanti est cité. 

    Je me coucherai moins bête ce soir, comme on dit et vous aussi, même si connaître cette toile ne sert à rien. Je continue à assister à la naissance du chroniqueur de Laurent Ruquier. Heureusement que l'accouchement de mes deux filles n'a pas duré aussi longtemps, d'ailleurs aucune naissance n'a connu une telle longévité. Yann, je ne sais pas si t'es un génie ou un mythomane  ( je trancherai plus tard), en tout cas, tu envoies du bois comme disent les canadiens et quand je vois tout ce qu'il me reste à ranger (les trois quarts), je me demande si j'aurai fini avant l'hiver prochain et si j'aurai de la place pour tout mettre. 

    Loïc LT

  • recensement des cabines # 47 Trémargat (22)

    samedi 6 février 2016, suite (8ème bourg),

    En ce début de soirée triste comme un bonnet de nuit, j'arrive enfin au terminus de ce périple, à savoir Trémargat, commune qui se situe à sept petits kilomètres au nord de Plounévez-Quintin. Comme de fait, je ne montrai pas plus vers le nord, l'avenir nous apprendra juste que je finirai la soirée et la nuit à Lanrivain qui se situe un chouye au nord-ouest de Trémargat. L'idée eut été de crécher à Trémargat mais dans ce bourg qui a déclaré son indépendance officieuse à l'état français, rien ne s'est vraiment passé comme prévu. 

    googlemaptrem.jpg

    Faut-il que j'évoque la spécificité de ce village de 200 habitants qui a eu l'honneur d'être maintes fois l'objet de reportages dans les médias nationaux ? Je vais te laisser, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, travailler un peu et aller chercher sur la toile de quoi il en retourne. 

    Qu'attendais-je de ce village au crépuscule du soir et dans ce brouillard déprimant ? Peut-être un peu trop sans doute. La première entreprise fut, dans un petit bâtiment en pierre qui sert aussi à autre chose de trouver ce qui s’avérera être un simple combiné (numéro : 02 96 36 54 24).

    TREMARGAT 06 02 16 (5).JPG

    Mais il ne s'agissait pas de faire la fine bouche. Je ne m'attendais pas à trouver ça (photo prise par ma fille aînée  lors de son récent voyage en Italie) :

    CHLOE VOYAGE ITALIE 2016 (594).JPG

    Voici donc le mobiphone et force est de constater que ce n'est pas la première attraction du bourg. Je ne me souviens plus s'il fonctionne ou pas mais je m'en foutais un peu. Le fait même qu'il existe me permettait d'aller visiter le village. 

    TREMARGAT 06 02 16 (11).JPG

    Mais je n'avais plus vraiment de force, j'étais comme anémié et je n'avais qu'une envie : aller me mettre à l'abri dans le mythique Trémargat Kafé où parait-il le soir des hippies de toutes générations refont le monde, rejoints par les paysans du coin barbus qui cultivent quelques pauvres lopins de terre , tout nus en chantant l'Internationale écologiste.

    TREMARGAT 06 02 16 (9).JPG

    J'ai quand même fait un rapide tour du bourg, mais il pleuvait et mon paletot était tout trempé. Du coup, je n'ai quasiment pas pris de photos à part l'église Saint Ernestine de- Louvois, ce qui est un comble quand on devine ce qu' ont à foutre les écolos de Trémargat de ce lieu de culte où ils ne vont jamais à l'office ou à vêpres sauf pour l'entretien qu'ils sont tenus d'assurer puisque cette bande de gais lurons a pris les reines de la mairie en 1995. 

    TREMARGAT 06 02 16 (10).JPG

    Si mon ennemi politique préféré (Momo -) était venu avec moi comme c'était prévu au début, sans doute, aurions-nous été plus téméraires. Nous serions allés dans la campagne voir de quel bois se chauffent ces paysans qui se prosternent tous les soirs devant le portrait de José Bové. Mais, là, tout seul, sous la pluie, je n'avais plus de courage à rien. Je me suis mis à courir tel un fou comme si j'avais l'ankou à mes trousses. Je suis passé devant ce genre d'habitat mais à trop tirer sur la corde, à la fin, elle se casse.  

    TREMARGAT 06 02 16 (15).JPG

    J'aurais voulu parler avec des gens et pourquoi pas (puisqu’ici, on est semble-t-il ouvert et sur une planète verte et accueillante), trouver quelqu'un qui veuille bien me loger pour la nuit parce que je commençais un peu à me poser des questions sur le couchage. Rien à voir mais dans ma rapide visite du bourg, j'ai pu constater que paradoxalement, la plupart des véhicules était des 4X4 ou des pick-up. 

    TREMARGAT 06 02 16 (14).JPG

    Comme je n'avais pas envie de frapper aux portes, je me suis rendu à celle où l'on peut rentrer sans frapper, c'est à dire, celle du fameux troquet. Je suis rentré, j'ai dit bonjour à la serveuse qui faisait du tricot, j'ai commandé une bière, et fait un petit tour du propriétaire. C'est donc ici que le soir, on tire des plans sur la comète à coup de kalachnikov en bois non traité, qu'on prend des nouvelles des copains qui sont perchés dans les arbres de Notre-Dame-des-Landes ou qu'on évoque la cueillette de gui à venir. Quel moqueur je fais ! C'est vrai que j'aurais bien aimé qu'il y ait du monde pour pouvoir échanger  mais il était inscrit que dans ce périple, l'être humain serait une espèce rare. Le bar était comme je l'imaginais mais la bibliothèque inaccessible. Il y avait des inscriptions et des affiches libertaires ou annonçant des concerts un peu partout mais aucun portait de Sarkozy. 

    TREMARGAT 06 02 16 (31).JPG

    La dame a bien voulu me prendre en photo, dégustant une bière. Voici donc la preuve que je suis bien allé à Trémargat, ce que n'ont pas fait des milliards d'êtres humains. J'ai demandé à la serveuse si je pouvais la prendre (en photo hein -) en train de tricoter mais elle a gentiment refusé. Tant pis.  

    TREMARGAT 06 02 16 (30).JPG

    Je suis sorti du café un peu désabusé quand même. Il pleuvait toujours et je ne savais que faire. Trémargat devait être le bourg le plus septentrional de ce périple qui ne marquera pas l'histoire de l'humanité mais il était hors de question que je retrouve la civilisation dès ce soir. Sur la carte des PTT, j'ai noté le bourg de Lanrivain qui se situe à 6 kms au nord ouest de Trémargat. J'opte pour cette solution. Il fallait bien que j'aille quelque part. 

    Trémargat, (22110), Côtes-d'Armor ,maire : Yvette Clément ( liste : Trémargat est un bourg ) , 200 huluberlus, reportage réalisé le 06 février 2016 ( arrivée à 16:11, départ à 17:24 -autant de temps quand même mais qu'est-ce que j'ai foutu ?) . temps : merdique. direction Lanrivain, 6 kilomètres au nord-ouest. 

    Loïc LT