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yann moix

  • CR295 : naissance - Yann Moix

    naissancen yann moixPour le punir d’avoir écrit un si gros roman, je vais faire un petit compte rendu. De toute façon, il m’est impossible de décrire toutes les sensations ressenties en lisant naissance de façon exhaustive, alors soyons bref, ce que Moix ne sait pas faire que ce soit en littérature ou en sa qualité de chroniqueur télé. Bon, alors, naissance de quoi s’agit-il ? Le narrateur Yann Moix raconte sa naissance et son enfance d’enfant battu. L’accouchement proprement dit est interminable et se réalise sous le regard haineux du père qui nous rabâche d’interminables monologues sur le fait que ce fils n’est pas désiré et une fois qu’il est né que c’est un monstre qui ne mérite pas de vivre, idée que partage la maman ainsi que le personnel de l’hôpital. Seul un certain Marc-Astolphe Oh, voisin du couple  a une autre idée du nourrisson et constatant la haine des parents décide d’être l’ange protecteur du petit. N’empêche que Oh ou pas, l’enfant va connaître une enfance en enfer (qu’il vit avec philosophie). Ses parents le frappent, le privent, le détestent et participent même à un salon de la maltraitance où l’on explique comment molester au mieux son enfant. La partie salon est interminable et on a le droit à tous les détails avec des stands consacrés au fouet, d’autres à  la mise en cage ou d’autres à l'écartèlement.

    La seconde partie du roman met Marc-Astolphe Oh sur le devant de la scène. S’occupant toujours du petit Moix, ce personnage excentrique et haut en couleur qui est une encyclopédie ambulante, raconte sa vision décalée du monde, ses exploits sexuels dans de longs monologues hilarants par moments, redondants parfois.

    Yann Moix a pris le parti pris de l’exagération et du burlesque alors comme on dit dans ces cas, le lecteur doit suspendre son incrédulité. En voulant critiquer la société de l’enfant-roi, l’écrivain décrit une situation totalement inverse (mais jamais ne nous explique comment ces enfants maltraités - qu’on voit au salon- puissent survivre ou pire devenir adultes sans garder de grosses séquelles). Évidemment, pour que le tout soit possible, il faut faire abstraction du fait que la police et les autorités sanitaires puissent intervenir. Pourtant, nous vivons bien dans notre monde et il est par exemple question de la canicule de l'année 1976 qui est l’année charnière du roman (qui se déroule, j’ai oublié de le préciser mais est-ce important, à Orléans). Ceci dit, la société dans laquelle évolue l'action est peu évoquée si bien qu'on a l'impression d'être en vase clos. 

    Donc, il ne faut pas avoir peur des pavés,ne pas avoir l’âme sensible et pour les femmes, bien s’accrocher pour ne pas être dégoûté de la place qui leur est donnée car on frise la misogynie (femme objet)  mais comme tout est exagéré et improbable, je pense qu’il vaut mieux en rire que de s’offusquer. On rit beaucoup dans ce roman dans lequel tous les personnages (à part le narrateur) portent des noms ridicules, certaines séquences sont à tomber par terre (comme la vente aux enchères à laquelle assiste Marc Astolphe Oh où non seulement on vend des choses abstraites mais surtout lorsque Oh tombe sous le charme d’une participante et imagine tout ce qu’il pourrait faire avec elle, au plumard bien entendu). La deuxième partie est plus intéressante que la première où l’on a souvent l’impression de relire la même page quand il s’agit de décrire les supplices qu’endure le pauvre Yann.

    C’est quand même une belle expérience de lecture  et quand un roman vous suit presque deux mois, forcément, il commence à faire un peu partie de votre vie. Je n’ai pas parlé du style Moix. Évidemment, c’est de la grande littérature et comme c’est un grand auteur, il a le droit de créer des néologismes, ce dont il ne se prive pas, grande littérature certes mais gâchée par le côté un peu déballage lorsque pendant des pages entières, l’auteur va faire défiler comme un pelote de laine  tout ce qui a trait au sujet évoqué. A chaque fois, l’auteur tente d’épuiser un thème en y présentant tout ce qu’il induit et ce sont donc des listes à n'en plus finir ( comme par exemple les 50 tableaux préférés de Marc Astolphe oh).

    On ne doute pas une seconde que le tout est assumé par l’auteur qui a voulu frapper un grand coup, un coup d’épée dans l’eau diront certains mais en tout cas, personne ne peut nier le génie de Moix, un génie qui a bossé quand même puisque toutes ces descriptions précises de concepts a dû nécessiter un travail de documentation assez conséquent.

    Flamboyant, agaçant, grandiloquent...les 1200 pages de ce roman ne peuvent en tout cas pas laisser indifférent. Personnellement, même si en cours de roman, je commençais à sérieusement m’agacer je ne regrette pas de l’avoir lu. Il sort quand même des sentiers battus (pardon du jeu de mots) et ça nous change un peu de la littérature sans estomac que nous inflige trop souvent les auteurs français (qui en plus se contentent souvent de 150 pages...même si quantité ne signifie pas forcément qualité).

    Ecrit d’un trait de plume, le 19.04.2016 à 02:00. Des fautes sont possibles.Je corrigerai en me relisant.

    Loïc LT

    lecture mars-avril 2016, sur kindle, 1200 pages, éditions Grasset, parution en  2013, prix Renaudot. note : 4/5

  • - Naissance, Yann Moix, lecture en cours. extrait.

    Facebook ne doit pas tout phagocyter alors j'avais promis de mettre un extrait de naissance sur mon mur mais non, je vais le mettre ici. C'est plus personnel ici. Je m'y sens mieux.  C'est un extrait émouvant en même temps qu'hilarant. Un grand-père vient de vivre le suicide de sa fille et de son mari qui étaient endettés jusqu'aux cous et donc ils laissèrent une orpheline, Anne-Marie déjà perturbée psychologiquement, qui était passionnée de dictionnaires et qui avait toujours à portée de mains le Nouveau Larousse illustré 1939 et son grand-père dut se résoudre à la tuer. Elle n'avait pas d'avenir. 

    Mais le grand-père, malheureux et abattu s'était mis l'idée, pour rendre hommage à l'enfant et se faire pardonner par-delà les cieux, d'apprendre par cœur le Nouveau Larousse Petit Larouse Illustré 1939. Pendant des années, il mit à exécution, dans le silence et le recueillement, au milieu des sépultures et des cyprès, ce projet masochiste, encyclopédique, débile.

    Le dictionnaire devenant un territoire parallèle où il régnait autrement, mon grand-père (car oui, c'est aussi le grand-père du nourrisson Yann Moix, note de moi-même) se fabriquait des jours à thèmes, j'entends : des jours à lettres. Sa vie commença de s'écouler non plus chronologiquement mais alphabétiquement. Les mois se composaient pour lui de vingt-six jours ou plutôt de vingt-six lettres. Un jour en d (quatrième jour de son mois dictionnarial) consistait par exemple à ne voir la vie qu'en d, ainsi que Piaf la vie en rose. Il s'arrangeait avec science pour que l'angle d'existence de cette journée particulière fût entièrement gouverné par les mots débutant par cette lettre, ce qui donnait à son discours (et par conséquent à sa pensée) une forme inédite et originale. Ce jour-là, il évitait par exemple la particule affirmative oui pour lui préférer jusqu'à minuit pile son équivalent russe da. Il allait poser sur la tombe d'Anne-Marie des dahlias, des daturas et des dauphinelles. Il planta autour de la pierre un daphné. Muni d'une daille, sorte de faux à manche court, il disparaissait dare-dare en forêt regarder des daguets, alias dagards, jeunes cerfs qui portent leurs premiers bois. Évitant les dardières (pièges à chevreuil, genre de mammifère ruminant de la famille des cervidés qu'il allait chasser les jours en c à cheval), il cherchait à apercevoir des daines, femelles du daim, que les chasseurs appelaient dines, mais l'honneur était sauf puisque dine débutait tout également par la lettre du jour. Pour vos calendriers, vous avez  vos saints. Lui avait ses lettres. Il était positiviste à sa manière.

    Au déjeuner ou au dîner, il exigeait, toujours en mode d, des plats des daubes, demandant expressément à ma grand-mère d'utiliser une daubière. Une daurade faisait aussi très bien l'affaire. Au dessert, une dariole ou un dartois lui étaient généralement servis. Il concluait ses repas par quelques dattes en dégustant un daïkiri. Il jouait avant de se coucher aux dames ou aux dés. Le lendemain, à la même heure, ce serait aux échecs. Une abeille appelée simplement abeille en jour a était rebaptisée dasypode en jour d. Jour d où, pour terminer cette fastidieuse mais bien réelle liste d'exemples, il déblatérait (ou daubait, encore) sur les gens dont le patronyme commençait par cette lettre ; les Dupuis en prenaient pour leur grade ("des débiles"), de même que les Da Costa (" des demeurés"). 

    La nuit, après avoir feuilleté Daudet ou Diderot ( à moins que ce ne fût Dickens), il sortait dans un dancing ( peut-être celui de Kergrist-Moëlou, note de moi-même). Au matin, quand il revenait, il était fin prêt pour entamer une journée sous les auspices de la lettre e, une lettre qu'il aimait particulièrement parce qu'elle était riche en mots. [...] Les jours les plus délicats étaient relégués en fin de mois, comprenez : en fin de dictionnaire, w, x, y, z. Ils n'étaient guère aisés à remplir et les auteurs à  lire, Walt Whitman, Xénophon, Yeats, Zola semblaient, une fois lues les aventures de Zig et Puce, moins accommodants qu'Alphonse Allais, Barjavel, Agatha Christie ou Georges Courteline, Walt Disney, Eluard, Feydeau, Sacha Guitry, Hergé, Ionesco, Alfred Jarry, Kipling, Loic Le Tortorec et Gaston Leroux, Marivaux, Nietzsche, l'Oulipo, Pagnol, Queneau, Jules Renard, Georges Simenon et Emmanuel Signoret, Mark Twain, Honré d'Urfé et Jules Verne. Se trouve dans cette liste un intrus. Trouve-le, lectrice (les hommes ne lisent pas). (et cet intrus, ce n'est pas le fait d'avoir mis mon nom, note de moi-même).

    Naissance (page 563-564)

    On retrouve à travers cet extrait un peu burlesque le style Moix. On n'a le droit de ne pas aimer. la prose de l'auteur est foisonnante, riche de références de toutes sortes et on doit souvent se coltiner des listes sans fin. On a l'impression que Moix veut épuiser son sujet, tout dire pour ne pas qu'on lui reproche après d'avoir oublié tel auteur, telle plante ou telle guerre ou telle espèce de papillons. En ce sens, sa démarche ressemble à celle de Pérec dans la vie, mode d'emploi, un pavé aussi (mais deux fois moins épais que Naissance) que j'ai lu et qui m'avait été conseillé par une fille qui me boude parce que je ne lui ai pas dit merci comme il faut pour un truc. Je ne lui en veux pas et je suis certain qu'elle adorerait Naissance

    Loïc LT  

  • Un coin agréable dans les environs de Moscou (1972), Lucio Fanti

    A la page 425 de son roman (Naissance qui en compte 1601), Yann Moix évoque la figure d'un peintre en ces termes : 

    Pêche miraculeuse : mon père ne collectionnait pas les femmes, comme le faisaient des milliards de mâles torturés par l'instinct, mais ferait collection d'une seule, affrontant en propriétaire la monotonie, très consciencieux dans sa possessivité, polygame d'une épouse quasiment unique ( quelques "incartades" sans conséquences ni lendemain). Il venait de faire un trou dans ma mère, y passant un fil d'acier, la sanglant à son cou : il porterait cette femme, finirait par s'ennuyer avec, la poserait comme un canapé contre une fenêtre à double vitrage dans un salon aux baies blanches. Avec elle, peut-être et sans doute, il finirait par se noyer dans une grisaille à la Lucio Fanti (Un coin agréable dans les environs de Moscou, 1972, huile sur toile) : mais elle lui appartenait comme la mort appartient à l'éternité, le bruit au silence. Il pourrait faire fusiller ses propres enfants, à condition de la garder, même folle et refluante de baves, même ruine devenue, barbouillée de ses excréments - il avait soif de durée comme, dans cette métaphore indigne de moi, le vampire a soif de sang

    Voici la toile en question : 

    lucio fanti.jpg

    Comme je mets du temps à lire ce roman, cette note est l'occasion de distiller un morceau de la prose de Yann Moix. Âmes sensibles s'abstenir ! C'est du brut de décoffrage mais en même temps, le narrateur (Yann Moix tout bébé) nous explique la fidélité sans faille de son père envers sa mère donc on l'excuse un peu de présenter la chose de façon un peu triviale. Et puis, il y a cette toile évoquée dans le passage.  Après une demi-heure de recherche, Lucio Fanti reste un mystère: pas de page wikipedia, très peu de réponses de google. Il dispose quand même d'un site internet mais sa biographie est très courte : Lucio Fanti, né à Bologne en 1945, vit et travaille à Paris. 

    Au début, quand je suis tombé sur cette toile, je me suis dit que le peintre était un communiste mettant son talent au service du pouvoir soviétique. On y voit une famille heureuse, la belle berline est garée derrière et l'on s'amuse dans les environs de Moscou donc. Lucio Fanti met quand même en évidence des nuages gris et menaçants mais en tout cas, prise comme ça, cette toile ressemble à une commande des autorités russes ou à une réelle envie du peintre de nous décrire la façon dont il voit le quotidien de l'URSS en 1972. On a vu plein de tableaux narratifs de ce genre ventant le bonheur de vivre en URSS et en tout cas, moi, je n'en voudrais pas dans mon salon, ni pour le fond ni pour la forme. Mais en fait, les choses sont plus compliquées car en poussant les recherches, je suis tombé sur ce site où l'on peut lire :

    Lucio Fanti naît en 1945 à Bologne. Il s’installe à Paris en 1965 et débute son activité plastique en 1967. Il expose dès 1968 au Salon de la Jeune Peinture avec les peintres de la Figuration Narrative réunis autour du critique Gérald Gassiot Talabot. Sa première manière, réalisée d’après des clichés photographiques russes, dénonce la dérive du régime communiste avec mélancolie. Comme Louis Althusser le faisait remarquer, « Lucio Fanti joue avec les clichés, non pour s’en jouer, mais pour les faire voir à nu. Il n’y a que les rois nus qui règnent ». Une mise en abyme mélancolique à l’image de Maïakovski, son double poétique, dont la figure et l’œuvre accompagne symboliquement la production du peintre.

    Je ne suis pas un grand spécialiste de peinture mais j'en conclue que par ce tableau, le peintre a voulu se moquer de l'art communiste et des artistes à la solde du pouvoir. Maintenant, il s'agit de trouver le rapport entre ce tableau et le propos de Yann Moix. Les choses sont assez claires. On peut comparer ce père russe jouant avec son enfant auprès de sa femme (belle et souriante comme la maman de Martine) au père du narrateur qui met la fidélité au dessus de tout. Mais quand même, on se demande pourquoi l'écrivain est allé chercher cette toile derrière les fagots. Comme il vit et travaille encore à Paris et que Yann Moix a des entrées un peu partout, peut-être se connaissent-ils et que l'écrivain a voulu rendre hommage à son ami italien. Mais ce ne sont que supputations. De toute façon, ce passage se noie dans cet océan romanesque mais il paraît évident que Naissance est le premier roman dans lequel Lucio Fanti est cité. 

    Je me coucherai moins bête ce soir, comme on dit et vous aussi, même si connaître cette toile ne sert à rien. Je continue à assister à la naissance du chroniqueur de Laurent Ruquier. Heureusement que l'accouchement de mes deux filles n'a pas duré aussi longtemps, d'ailleurs aucune naissance n'a connu une telle longévité. Yann, je ne sais pas si t'es un génie ou un mythomane  ( je trancherai plus tard), en tout cas, tu envoies du bois comme disent les canadiens et quand je vois tout ce qu'il me reste à ranger (les trois quarts), je me demande si j'aurai fini avant l'hiver prochain et si j'aurai de la place pour tout mettre. 

    Loïc LT

  • Un lundi matin à Guilligomarc'h

    Si vous voulez, je vous expliquerai comment s'est passé le tournage mais là, il se fait tard et je n'ai lu que 14% de naissance de Moix. Qu'il est long de naître pour certains !