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poéisie

  • commentaire de texte : les aludes - Gambetti

    Aujourd'hui, enterré près du célèbre if du cimetière de Triqueville dans l'Eure, Gambetti a quitté la fourmilière le cœur en paix en nous laissant un dernier texte qui est d'ailleurs gravé dans le marbre de sa tombe. Pour info, les aludes sont des fourmis volantes. 

     

    Les aludes

    Vue d’en haut, la vallée de l’Huveaune. Tout en bas, la dépression est coupée en deux par un grand trait bruyant sur lequel de façon incessante passent, montant et descendant, les fourmis laborieuses, les fourmis pressées. Les fourmis obnubilées. Elles partent vers les champs, les vignes et les pinèdes en quête de nourriture, là bas, vers Saint Maximin et la Sainte Baume, quand d’autres retournent à la fourmilière, la dense Marseille. Elles suivent toutes le même chemin, mues par le désir d’amasser.
    Mais, parfois, à certaines, éprises d’un trop vif désir de liberté, poussent des ailes. Et elles s’envolent… Aludes ailées, envolez vous vers l’azur halluciné !

     

    Ce poème en prose est un peu un poème-testament. L'auteur qui du haut de la vallée de l'Huveaune (fleuve qui se jette à Marseille) contemple ce monde qui bouge à des fins diverses mais on sent un brin de moquerie voire de désespoir de la part de Gambetti qui ne se retrouve pas dans ces fourmis pressées, travailleuses et dont le seul désir est l'appât du gain. Si ce n'étaient des fourmis, elles seraient des moutons de Panurge.

    La dernière phrase a des allures baudelairiennes (envole-toi bien loin de ces miasmes morbides, va te purifier dans l'air supérieur et bois comme une pure et divine liqueur le feu clair qui remplit les espaces limpides....), voire même mallarméennes. Un peu des deux sans doute. 

    Les aludes contrairement à leurs congénères peuvent fuir ce monde insensé...fuir, là-bas fuir, car elles sentent que les oiseaux sont ivres....

    C'est un texte métaphorique avec son lot de champs lexicaux, le texte type à étudier en classe et en même sur le fond, un grand classique, au sens noble du terme...toujours cette volonté du poète de se placer au dessus de la mêlée et de ne pas se reconnaître dans cette société où l'on ne prend pas le temps de vivre. Mais j'ai ouï dire qu'à Marseille, quelques fourmis un peu paresseuses, n'exprimant cependant pas le besoin de fuir s'enivraient d'un alcool qui a des  tons jaunes (le plus jaune possible, c'est mieux, ça dépend du dosage avec l'eau) avant de se protéger du soleil sous les platanes en s'installant sur des bancs pour regarder d'autres fourmis tout aussi paresseuses lancer des boules de métal en direction d'une autre boule plus petite et pas en métal celle-ci. 

    Aludes ailées, envolez vous vers l’azur halluciné !

    Loïc LT