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poésie - Page 4

  • Frère et soeur ( Michel Leiris )

    Pour faire descendre l'audience de son blog (que, sans fausse modestie, je trouve trop élevée ce ce moment), quoi de plus facile que de faire dans la poésie contemporaine ! 

    Mais cette note est une note à part entière et je la dédie à ma sœur. 

     

    Frère et sœur

    comme l'aiguille et le fil

    comme la larme et l'œil

    comme l'aile et le vent

     

    Frère et sœur

    comme la flèche et l'arc

    comme la foudre et le nuage

    comme les veines et le sang

     

    Un vent dur soufflera

    qui tarira la langue habile des sources

    fendillera les poteries d'argile noire

    dans la cave des gosiers

     

    Retournerons-nous jamais

    à nos moiteurs sacrées

    néfastes seulement pour ce qui craint la rouille

    nous qui sommes du fond de la mer?

     

    Il vous faut une explication ou vous êtes grands maintenant ? Michel Leiris est quand même plus abordable que Saint-John Perse ( dont je reparlerai).

    Les deux premières strophes se passent de commentaire. Ensuite, il faut comprendre que la complicité qui unit le frère et la sœur peut être mise à mal par le temps qui passe (métaphore du vent dur) et qui efface les joies de l'enfance et ce qui reste de l'enfance...au fond de la cave où sont entassés les vieilles bouteilles de cidre frelaté que faisait notre père. Je me souviens qu'on piétinait les pommes mélangées avec de la paille. Moi, je l'ai fait toujours, enfin, je crois. Pour bien écraser les pommes et faire couler le jus. Son cidre était imbuvable d'ailleurs, on n'en buvait jamais. Enfance ! On ne buvait jamais sauf quand on avait des invités. Notre père supportait peu l'alcool. 

    Dernière strophe. Cela se complique. Une question est posée qui sous-entend une réponse négative. On ne retournera évidemment pas à cette forme de "sacré" qui entoure l'enfance. Ma patrie, c'est l'enfance écrivait Marthe Bibesco. La patrie est un mot que je déteste mais si on lui retire sa connotation patriotique, il peut retrouver une certaine saveur et s'il s'agit de l'enfance, et bien, cette patrie a quelque chose de sacrée. 

    Un jour, il n'y a pas si longtemps, ma sœur avait scandé à des gens proches réunis autour d'elle "vous êtes mon terreau" et ça a fait son effet. Ce fut le clou de la soirée où étaient réunis des gens qui avaient partagés son enfance. Retournerons-nous jamais à nos moiteurs sacrées néfastes seulement pour ce qui craint la rouille nous qui sommes du fond de la mer ? Mon enfance ne fut pas un long fleuve tranquille - je ne vais pas m'étendre - mais je n'en garde pas un mauvais souvenir et je ne crains donc pas la rouille dont le temps la couvre inexorablement.

    Le fond de la mer ? Oui, l'homme est né dans l'océan...la soupe primitive dont le hasard a fait naître une cellule vivante... ou bien le poète n'a-t-il pas voulu parler de cette même matrice dont sont tous les deux issus le frère et la sœur ?

    Loic LT

  • Éloge de Saint-John Perse (Éloges !)

    J’ai appris l’existence de Saint-John Perse au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient grâce à un camarade qui était fan du film les Bronzés...Vous me direz “quel rapport ?” Et bien, dans le premier épisode des Bronzés, Jérôme (Christian Clavier) récite du SJP (on va faire court) à genoux au bord d’un lac et Nathalie (Josiane Balasko) lui dit un truc du genre “ ça t’arrive souvent de réciter du SJP à poil au bord d’un lac ?”. Maintenant que ça me vient, c’est étonnant d’ailleurs, c’est même inconcevable qu’elle ait pu reconnaître que c’était du SJP qu’il récitait, car qui connait ce poète ? quasiment personne. Alors, Nathalie, qui est un peu cruche dans son genre quand même; non seulement, elle connaît le nom de ce poète mais en plus elle est capable de reconnaître par quelques vers récités que c’est du SJP ! Ne cherchons pas midi à quatorze heures, c’est une comédie et elle n’a pas vocation à être cohérente.

    Donc voici ce que récite Jérôme :

     Azur ! nos bêtes sont bondées d’un cri !

    Je m’éveille, songeant au fruit noir de l’Anibe dans sa cupule verruqueuse et tronquée…

    C’est le début d’un poème du recueil Éloges...que mon camarade de classe avait acheté que pour ces deux vers ! Depuis, je l’ai un peu perdu de vue (on s’est appelé il y a 3 ou 4 ans je crois) mais grâce à lui, non seulement, je n’ai jamais oublié ces vers mais en plus, je connais Saint-John Perse...qui est un poète littéralement imbuvable.

    Enfin non, je me suis rappelé après coup qu’en première, au lycée Notre-Dame-du-Vœu à Hennebont, une prof d’histoire sachant mon grand amour de la poésie (que la responsable du CDI lui avait soufflé car j'empruntais plein de recueils de poésie), m’avait demandé après un cours ce que j’aimais comme poètes...et comme je n’en connaissais pas beaucoup, j'avais dû citer Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et elle m’avait demandé si je connaissais SJP. Je lui avais répondu que non et je crois que ça l’avait déçue.

    N’empêche que ces deux vers dont on ne comprend rien sont tellement beaux que je ne les ai jamais oubliés...à tel point que j’ai réussi à les faire rentrer dans la famille. Mon beau-frère par exemple récite les premiers mots parfois mais je crois qu’il remplace Azur par Amour en s'adressant à ma sœur et Prisca lui a emboîté le pas et m’appelle parfois Amour sur le même ton que Christian Clavier dans les Bronzés

    Non mais quelle histoire !

    S’il y a une vie après la mort et qu’on peut voir ce qui se passe sur Terre, quelle tristesse cela doit être pour SJP de se dire qu’il est passé à la postérité grâce à un nanar.

    A la base, je voulais m’amuser à tenter une explication d’un texte de SJP mais j’ai déjà trop écrit, j’ai la flemme...et surtout SJP, c’est vraiment chiant ! Alors, une autre fois !

    Si un jour, j’ai le courage de le faire, ce sera sur celui-là... que j’ai pris en prenant une page au hasard dans Éloges (page 61)

     

    Silencieusement va la sève et débouche aux rives minces de la feuille.

    Voici d'un ciel de paille où lancer où lancer, ô lancer  ! à tour de bras la torche !

    Pour moi, j’ai retiré mes pieds.

    ô mes amis où êtes-vous que je ne connais pas ?. . . Ne verrez-vous cela aussi ?... des havres crépitants, de belles eaux de cuivre mol où midi émietteur de cymbales troue l'ardeur de son puits... Ô c’est l'heure

    où dans les villes surchauffées, au fond des cours gluantes, sous les treilles glacées, l'eau coule aux bassins clos violée

    des roses vertes de midi... et l'eau nue est pareille à la pulpe d'un songe, et le songeur est couché là, et il tient au plafond un œil d'or qui guerroie. . .

    Et l'enfant qui revient de l'école des Pères, affectueux longeant l'affection des Murs qui sentent le pain chaud, voit au bout de la rue où il tourne

    la mer déserte plus bruyante qu'une criée aux poissons. Et les boucauts de sucre coulent, aux Quais de marcassite peints, à grands ramages, de pétrole

    et des nègres porteurs de bêtes écorchées s'agenouillent aux faïences des Boucheries anglaises, déchargent un faix d'or et d’ahan

    et au rond-point de la Halle de bronze, haute demeure courroucée où pendent les poissons et qu'on entend chanter dans sa feuille de fer, un homme glabre, en cotonnade jaune, pousse un cri : je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !

    et un autre envahi par le goût de tuer se met en marche vers le Château d'Eau avec trois billes de poison : rose, verte, indigo.

    Pour moi, j'ai retiré mes pieds .

     

    Je n'ai même pas réussi à trouver ce poème entièrement sur le net. Il m'a fallu faire des collages... et des corrections même !

    Mes amis, où êtes-vous que je ne connais pas ? Ce n'est même pas la peine que je vous demande de trouver une explication (mais le premier vers au moins est assez simple), vous n'avez même pas été capable de trouver le poète de Quistinic, Paul-Alexis Robic, que je suis le seul à évoquer sur le net. J'aime bien être le seul à m'occuper d'une figure disparue. 

    Et bon courage....comment une mer peut-elle être déserte (une plage encore, on comprendrait) mais déserte et  plus bruyante qu'une criée aux poissons ? Bon courage si vous voulez essayer et bon courage à moi. Je ne suis pas idiot, je sais qu'une criée est souvent bruyante mais une mer ne peut pas être déserte....ou alors elle s'est retirée très loin (comme elle le fait sur la côte ouest du Cotentin lorsqu'à marrée basse, elle se barre à des kilomètres si bien que si on veut aller la voir quand elle est au plus loin, plus on s'y approche plus on a l'impression de s'en éloigner si bien qu'on se croit en plein désert) mais si elle s'est retirée très loin, elle ne peut pas être bruyante !

    Il y a des accents rimbaldiens dans ce poème (oui, je sais, j'y reviens toujours) mais sans rien n'y comprendre on devine que l'action se situe dans un pays chaud....dans ces pays poivrés et détrempés comme écrivait Arthur et quand SJP écrit "je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !", ça me rappelle un poème de Rimbaud mais je ne me souviens plus lequel.

    Mais, vous ne perdez rien pour attendre, je reviendrai dussé-je m'enfiler des boucauts d'absinthe ! 

    Loïc LT

  • Un moment, elle a attaché ses cheveux....

    Il est 03:56 matin,  mais

    Certainement subsiste une présence de Minuit. L’heure n’a pas disparu par un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, évoquant un ameublement par sa vacante sonorité. Je me rappelle que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rêverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexité marine et stellaire d’une orfèvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.

    Mallarmé a raison, minuit comme les autres heures ne disparaissent pas. Nulle seconde ne disparaît. Le temps ne s'égrène pas, il s'entasse. Tout ce qu'on a vécu existe encore. Comme ce couple qui a déjeuné dans un restaurant un dimanche soir. Avant de partir elle a attaché ses cheveux. Cela est toujours concret. Les heures qui passent s'archivent, on ne sait pas où, c'est invisible pour l'homme mais le monde n'est qu'un empilement de scènes plus ou moins plaisantes. Le présent poursuit cet éternel travail d'empilement.

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    Comme cet homme que j'ai pris en photo dans la médiathèque d'une ville quelque part. On dirait qu'il est un peu dehors. Il est beau. Tout est bien pensé comme s'il avait créé cette scène (plaisante)  avant que j'arrive avec mon appareil photo. Je ne veux pas croire que ce n'est que du passé. Certainement subsiste une présence de ce dix-sept heure six. 

    Parfois je me demande à quoi sert ce blog. Je trouve que c'est un outil de communication égoïste et prétentieux. Je discute avec plein de gens qui ont des choses plus intéressantes que moi à dire et qui n'ont pas de blog.

    Mais si un jour, tu vois qu'une pierre te sourit, iras-tu le dire ? (Guillevic)

    Non, tu n'iras pas le dire parce qu'on ne te croira pas. Les gens qui ont plein de choses intéressantes à dire pensent également que leur savoir est inutile aux autres, que ça ne les intéressera pas.

    Au moins, le blog permet de redonner vie à des poètes. 

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    Ce poème par exemple. Tapez ces premières lignes sur Google et vous n'aurez aucune réponse (sauf dans trois jours). Il n'est présent sur aucune des milliards de pages que contient la toile. C'est injuste, il est tellement beau. Mais si je ne l'écris pas moi-même, personne ne le retrouvera parce qu'aussi doué soit-il, Google ne référence pas les textes sur une photo. Et l'écrire avec ton beau stylo plume qu'on t'a offert à Noël ne sert à rien non plus. Le moteur de recherches ne reconnait que ce qu'on écrit sur un clavier. Tout le reste n'existe pas pour lui. Il ne référence que ce qui est virtuel, c'est à dire, ce qui n'existe pas. 

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    Le soleil était heureux.

    On savait les noms des vagues, l’itinéraire des îles en partance, les secrets de la forêt, des landes et des bruyères.

    On pouvait escalader les montagnes neigeuses du ciel, saisir à pleines brassées de joie le vent bleu, rose ou vert.

    Tout était simple, facile. Le pain était sur la table. Les gens avaient les mains chaudes. Et quand le maître en classe élevait la voix et faisait trembler les vitres, on avait le choix pour disparaître entre un petit trou dans le plancher et la Cordillère des Andes.

     

    Je ne vous donnerai pas le nom de son auteur. ( Je l'emporte avec moi vous l'oublierez moi non, je l'aime). C'est triste que le plus beau vers de l'année ait été inventé et scandé sur TF1 ( Je vous emporte avec moivous m'oublierez, moi non, je vous aime...). Un jour peut-être, demain, dans deux ans, dans dix ans, une étudiante en lettres, un thésard, quelqu'un de sa famille... viendra ici divulguer son nom. Je t'attends, cher ami

    Ce poème en prose est empreint d'une nostalgie désuète mais il me touche. Sur la page d'avant, il y a cette citation qui donne un peu le ton. Il me touche exactement pour cette raison :

    Ma patrie, c'est l'enfance

    (Marthe Bibesco)

    Un moment, elle a attaché ses cheveux. Pris de surprise, fasciné,  l'homme en face d'elle a eu du mal à finir sa gorgée. Elle ne s'est pas aperçue du trouble. Ce n'est que plus tard qu'il lui a dit. Il était inconcevable qu'il lui dise de suite "j'ai aimé cette façon naturelle et gracieuse avec laquelle tu as attaché tes cheveux". Peut-être qu'il aurait dû lui dire tout de suite, ainsi, elle ne lui aurait sans doute pas dit quelques heures plus tard ou le lendemain, je ne sais pas ce que dit le roman qu'elle ne l'avait pas trouvé très à l'aise. 

    Loïc LT (04:37)  

  • tentative de compréhension d'un poème contemporain

    Il faut arrêter à la fin de dire que la poésie contemporaine est incompréhensible. Prenons un exemple. Dans le recueil Poésie 1946-1967 de Philippe Jaccottet, j'ai pris une page au hasard.

    philippe jaccottet

    Dans l’herbe à l’hiver survivant
    ces ombres moins pesantes qu’elle,
    des timides bois patients
    sont la discrète, la fidèle,

    l’encore imperceptible mort

    Toujours dans le jour tournant
    ce vol autour de nos corps
    Toujours dans le champ du jour
    Ces tombes d’ardoise bleue

     

    L'herbe survit de toute façon à l'hiver, elle pousse même un peu quand il ne gèle pas. Dans cette herbe, il y a de petits morceaux de bois arrachés sans doute des branches qui tombent quand il y a du vent. Ce sont des brindilles si petites qu'elle font moins d'ombre que les herbes, donc elles sont discrètes. Qui se promenant sur sa pelouse remarque ces petites choses que cachent les herbes ?

    Mais ces petits morceaux de bois s'ils sont peut-être encore un peu verts,  si on gratte un peu sont promis à une mort certaine car le bois ne vit pas sans sève. 

    Ensuite, et bien, évidemment, le jour est tournant. Il passe du matin au soir comme un vol au dessus de nos corps mais comme les petits morceaux de bois morts, nous ne sommes que des tombes en sursis. Pour l'ardoise bleue, je pense qu'évoquant le champ du jour, il veut nous signifier que l'humanité qui ne doit son existence qu'à l'atmosphère représentée ici par le ciel bleu (qui devient une ardoise, c'est à dire quelque chose de solide comme un cercueil) est une tombe en devenir. Le poète part donc de l'infiniment petit (les brindilles) pour finir à l'infiniment grand. C'est assez simple en fin de compte ! 

    Loïc LT

  • poème naïf

    grand-champ, cabine téléphonique, livre, square

     

    Poème naïf*

     

    Nous discutions de rien affalés sur un banc

    Lorsqu’apparut soudain s’engageant sur le square

    Une mignonne comme il est courant de voir

    Dans ces bourgs situés au cœur du Morbihan.

     

    La créature alors ménageant son effet

    D’un pas sûr se rendit vers la cabine qui

    Était la raison de notre présence ici

    Bien que mon compagnon  n’y voyait point d’attrait.

     

    Dix minutes plus tard, ayant fini sa pioche

    Je m’enquiers du bouquin dépassant de sa poche.

    On n’a pas bien compris mais de nous s’approchant

     

    On a parlé d’Orwell et de son oeuvre culte

    Qu’elle cherchait en vain dans tous ces édicules

    Dans lesquels aujourd’hui s'empilent les romans.

     

    Loïc LT (25.08.2016)

    * sur une histoire vraie (square près de la chapelle à Grand-Champ)

     

  • vie d'Igitur

    J'ai rencontré Erevan Dana tout à fait par hasard. Il était minuit et il était allongé sur l'herbe dans un champ près de Trémargat. Rien n'avait de sens, sauf ce minuit. Je l'ai revu le lendemain et il m'a dit 'certainement subsiste une présence de minuit'. Je m'en serais bien passé. Il ne me restait rien de ce minuit. Erevan était attablé devant une église agonisante et il me racontait l'histoire d'un enfant de dix ans devenu fou à cause d'un jouet dont l'attachement lui était devenu obsessionnel. Plus tard, l'enfant est interné dans un établissement où on lui laisse la jouissance de l'objet. Après m'avoir raconté cette histoire abracadabrantesque , le dénommé Erevan s'est volatilisé. 

    C'est l'histoire de cet enfant que je vous raconte. Pour les non rimbaldiens, cherchez un peu et vous comprendrez le pourquoi de la couleur des voyelles.

     

    Vie d’Igitur

     

    La bâtisse est grande, austère et les parterres

    Agrémentent le parc où des individus vont

    Et viennent sans savoir dans quelle direction

    Ils pourraient retrouver un bout de fil de fer.

     

    L’un deux, la trentaine porte un piteux veston,

    Ainsi que dans ses bras, un cube gigantesque

    Multicolore et que par des gestes grotesques

    Il manipule avec ferveur et obsession.

     

    Igitur avait cinq ans que déjà ce marmot

    Dormait avec l’objet qu’il fourrait dans son sac

    Avant de partir pour l’école André Malraux.

     

    Sur son bureau trônait, le rectangle magique

    O bleu, u vert, i rouge, murmurait ce maniaque

    Que l’on regardait comme un débile authentique.

    Loïc LT ( 24/08/2016)

    *prononcer Iguitur.

     

    vie d'igitur.jpg 

  • le bateau ivre (version finale)

    Je n'aime pas trop l'idée de toujours se filmer, (d'autant que je n'aime ni me voir ni ma voix),  je préfère l'écriture mais pour le projet bateau ivre, il fallait que je me filme. Donc, c'est terminé. Le poème est acquis, il est dans la boite, la diction est loin d'être parfaite, la forme non plus mais je ne suis pas acteur. Le bateau ivre, c'est fini, il est coulé. Il resurgira dans ma vie en épave (mais vous savez, même les épaves ont la trempe des braves...). 

    Loïc LT


     

  • Algarve

    Algarve

     

    A Cacela Velha, midi roi des étés,

    Sur la place pavée où tout est désolant,

    Le ciel est d’encre par / dessus les toits brûlants

    A Cacela Velha, c’est le coeur de l’été.

     

    Dans les casas, attend l’habitant rêvant du

    Couchant, lorsque le large envoie un soupçon d’air

    Et quand le soir, il sort, on devine qu’il erre

    Comme un spectre pleurant l’individu qu’il fut.

     

    Et la cabine seule a connu la lueur

    Les poussières et l’astre aux rayons destructeurs,

    Elle a vu le silence et l’épreuve des larves.

     

    Beige et désopilante, inutile et vacante,

    Elle dresse pourtant sa carcasse imposante

    A Cacela Velha dans le sud de l’Algarve.


    Loïc LT, 11.08.2016

     


     

  • Ad nauseam - Tristan J.

    Ce soir,  je vous présente un texte écrit par un type que je connais un peu pour l'avoir côtoyé quelques jours dans ma vie. Tristan a dans les 20 ans, prend soin de sa personne et il est conscient de son talent. C'est quelqu'un d'ambitieux et de prétentieux mais ne prenez pas ces adjectifs pour des défauts. Il ne se donne comme limites que celles fixées par la loi (et encore) et ne se prédispose pas à prêter allégeance à l'état islamique (il lui préfère l'Etat Poétique).  A ses heures perdues, il réalise des courts métrages et pour une raison que j'ignore, il a de la considération pour moi, mon avis compte pour lui mais il me surestime. Je devrais en être fier mais en même temps, ça me met un peu la pression car je ne crois pas être à la hauteur de son talent. J'ai 43 ans et je connais mes limites, lui en a 20 et ne  connait pas encore les siennes. Nonobstant toute considération sexuelle (car nous sommes tous les deux hétéros) et toutes proportions gardées, j'ai l'impression d'être son Verlaine quand lui serait mon Rimbaud. Rimbaud regardait Verlaine avec considération alors que Verlaine jalousait le talent de Rimbaud. 

    Le problème est que j'ai du mal avec la poésie contemporaine car depuis que la poésie a rompu les amarres avec les contraintes prosodiques, elles est devenue hermétique. Pas plus tard que tout à l'heure, ma sœur qui est prof de français m'informait qu'elle allait essayer de s'attaquer à la poésie de Yves Bonnefoy (recueil : les planches courbes) comme s'il s'agissait d'un défi. Comment se fait-il que les poètes du XXe aient tous eu cette obsession de ne pas se faire comprendre (et après, on s'étonne que la foule - pourtant sentimentale- s'est éloignée de la poésie ?). S'être débarrassé des rimes et des alexandrins ne voulait pas forcément dire se débarrasser du sens. Mais je sais ce qu'on va répondre : que la poésie n'est pas là pour expliquer le monde (pour cela il suffit d'ouvrir un journal) mais pour dire l'indicible, pour suggérer, pour faire réfléchir le lecteur en lui laissant  le choix entre plusieurs interprétations possibles. Et ce dernier point est rassurant ! Je ne comprends rien à ce qu'a voulu dire l'auteur mais je m'en fous, l'essentiel est ce que ce poème signifie pour moi. 

    Ad nauseam est le poème d'un jeune homme. Il y a quelques lourdeurs mais je ne me permettrais pas de critiquer un poème en vers libres. Je sais, c'est un peu facile mais après sa lecture, je proposerai quand même ma petite lecture personnelle. 

    Ad nauseam

    Un début est toujours dur à amputer,
    Un trépas qui ne fait que passer,
    Et je demande jusqu’où ira ma nausée.

    Un pardon telle une charnière,
    Qui se plie à ne plus faire de manière,
    Je m’excuse de mes prédictions,
    Le satyre qui m’attire sans interdictions.

    Oui, je ne peux continuer,
    Elle ne cesse la paresse,
    Mon fort est ruiné
    Mes mensonges ne sont vieillesses,

    Oui je n’ai plus le goût de t’aimer,
    Je ne veux plus goûter à ce que tu m’as apporté,
    Je brouillonne et te fais bouillonner,
    Laisse-moi coudre sur tes lèvres, la haine qui va te pénétrer.

    Femme, monde, infâme et immonde,
    Je suis mon propre bourreau qui va se faire sortir de sa tombe
    Ma tête fut coupée pour mieux percevoir mon corps se faire contrôler
    Qui es-tu ? Marionnette quelques peu coquette ?
    Un pantin sur une pente indolore qu’est ce globe de plaisantin.
    Âme désuète.

    Laissez-moi être fou allié,
    Je vais au bar prendre ma tournée
    Et y retourner pour me barrer
    Y être bourré toute la journée.

    Oui tu m’obsèdes, me taquines,
    Je veux nuire à ces mesquines
    Qui prennent ma haine pour épine.
    Ta jupe est courte laisse-moi soulever ta vie
    Et te souiller avec hâte moi qui plie sous le poids de tes tromperies.

    Oui je suis missionnaire, et entre deux coups d’avant arrière, mon nom sera sanctifié.
    La fournaise démoniaque de ces mots… Je me perds… Laisse-moi sauter de ton égo
    Chute mortelle. Je m’acharne à charmer ces chairs cambrées, ravagé de désir
    Cravaché par le temps, je béni de maudire ces regards qui me rendent esclaves.

    La voix des airs sera mon désert
    La nausée sera mon parterre
    Tes appâts seront mes ulcères.

     

    Un homme a la nausée car il ne fait plus confiance en celle qu'il a profondément aimé (mais je ne comprends pas le mes mensonges ne sont vieillesses..a-t-il voulu écrire ME au lieu de NE et signifier que ses propres mensonges sont si lointains qu'il y a prescription) ? En tout cas, cette femme ( -femme monde- pour montrer l'universalité de ce drame passionnel) infâme en prend pour son grade mais elle reste désirable alors il va se venger. Il va se bourrer la gueule et revenir et afin de lui faire payer  toutes ses tromperies il va lui faire l'amour bestialement afin de rétablir son honneur d'homme (mon nom sera sanctifié).

    Les trois derniers vers, qui sont aussi les plus courts sont les plus beaux. La voix des airs sera mon désert signifie qu'il n'y aura plus de dialogue entre eux, quant à lui, malgré sa prouesse sexuelle, garde sa nausée et puis pour finir de façon bien macabre (mais imagée va sans dire), ce qu'il reste de son amour sera la douleur. Tes appâts (tes restes) seront mes ulcères (ma douleur).

    C'est un poème brutal qui dit la difficulté d'accepter la trahison.

    Loïc LT (poème de Tristan J) 

  • la cale (souvenir de hier soir)

           la cale

     

    Allongés sur le sable aux abords de la cale,

    On devinait la mer et le phare isophase.

    Comme en état de stase, on écoutait le jazz

    Qu’un trio de Belval donnait dans une salle.

     

    “ Mais c’est le véritable orchestre de Belval !”

    Proféra la Vénus sur le ton de l’oukase,

    Et je fus si surpris dans la nuit par l’emphase

    Que je courus très loin de mon occidentale.

     

    Nu comme Adam parmi les oyats de Roland,

    Je poursuivis ma course au coeur du havre avant

    De tomber ventre à plat sur un chardon des mers,

     

    Cependant que toujours le saxo envoyait

    Sa complainte triste comme un vent de juillet

    Jusque Blainville et ses dramatiques polders.


                     Loïc LT, Blainville/Mer, le 19.07.16