Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Arthur Rimbaud

  • Ici, toujours ici - Yves Bonnefoy

    Ici, toujours ici

    Ici, dans le lieu clair. Ce n'est plus l'aube,
    C'est déjà la journée aux dicibles désirs.
    Des mirages d'un chant dans ton rêve il ne reste
    Que ce scintillement de pierres à venir.


    Ici, et jusqu'au soir. La rose d'ombres
    Tournera sur les murs. La rose d'heures
    Défleurira sans bruit. Les dalles claires
    Mèneront à leur gré ces pas épris du jour.


    Ici, toujours ici. Pierres sur pierres
    Ont bâti le pays dit par le souvenir.
    A peine si le bruit de fruits simples qui tombent
    Enfièvre encore en toi le temps qui va guérir.

    (recueil Hier régnant désert, 1958)

    Le décor est planté. Un domaine minéral, que de la pierre partout. Trop de pierres surtout aux heures chaudes de la journée, c'est insoutenable, ça étouffe tout. Les désirs sont étouffés et des délices de la nuit, il ne reste que le scintillement des pierres. 

    On a tous connu de tels décors que ce soit dans l'enfance, en vacances ou ailleurs. L'été, un soleil de plomb qui brûle les pierres, à tel point qu'on évite de marcher pieds nus. Seules les roses bénéficiant de l'ombre peuvent survivre à la chaleur accablante. Les autres sont condamnées. 

    C'est un ici immuable et tout le pays a été bâti de la sorte. Cela évoque la Provence ou même pourquoi pas les quelques jours de canicules que la nature impose une fois tous les vingt ans à l'Armorique et ses chaumières en granit. Je me souviens de ces jours, de ces murs crevassés, des lézards qui s'y cachaient, des après-midi qui n'en finissaient pas et cette longère qui renvoyait la chaleur. On aurait aimé profiter du soleil mais on ne restait pas plus de 5 mns sur la terrasse de un mètre de large devant la maison. 

    Les premiers fruits tombent, les plus chétifs ou les plus précoces mais ils ne rassurent en rien. Ils ne nous évoquent pas l'automne, cet automne qu'on attend lorsque la chaleur est telle, alors oui, cette chaleur s'en ira mais ici, toujours ici, nos pas ne sont guidés que par une sorte de folie que provoque la fournaise. 

    Au cinéma, ce seraient des scènes de la piscine avec Alain Delon et Romy Schneider ou le mépris avec Michel Piccoli et Brigitte Bardot dans la villa Malaparte. 

    Rimbaud à Aden, tout de blanc vêtu et surveillant ses peaux de cuir, armé et abattant tous les chiens errants voulant s'y approcher. 

    Loïc LT

    yves bonefoy,poésie,littérature,littérature française,cinéma,arthur rimbaud,le mépris,poésie contemporaine

    (merci à Alice pour la photo. région de l'Algarve au Portugal)

  • Éloge de Saint-John Perse (Éloges !)

    J’ai appris l’existence de Saint-John Perse au lycée Dupuy-de-Lôme à Lorient grâce à un camarade qui était fan du film les Bronzés...Vous me direz “quel rapport ?” Et bien, dans le premier épisode des Bronzés, Jérôme (Christian Clavier) récite du SJP (on va faire court) à genoux au bord d’un lac et Nathalie (Josiane Balasko) lui dit un truc du genre “ ça t’arrive souvent de réciter du SJP à poil au bord d’un lac ?”. Maintenant que ça me vient, c’est étonnant d’ailleurs, c’est même inconcevable qu’elle ait pu reconnaître que c’était du SJP qu’il récitait, car qui connait ce poète ? quasiment personne. Alors, Nathalie, qui est un peu cruche dans son genre quand même; non seulement, elle connaît le nom de ce poète mais en plus elle est capable de reconnaître par quelques vers récités que c’est du SJP ! Ne cherchons pas midi à quatorze heures, c’est une comédie et elle n’a pas vocation à être cohérente.

    Donc voici ce que récite Jérôme :

     Azur ! nos bêtes sont bondées d’un cri !

    Je m’éveille, songeant au fruit noir de l’Anibe dans sa cupule verruqueuse et tronquée…

    C’est le début d’un poème du recueil Éloges...que mon camarade de classe avait acheté que pour ces deux vers ! Depuis, je l’ai un peu perdu de vue (on s’est appelé il y a 3 ou 4 ans je crois) mais grâce à lui, non seulement, je n’ai jamais oublié ces vers mais en plus, je connais Saint-John Perse...qui est un poète littéralement imbuvable.

    Enfin non, je me suis rappelé après coup qu’en première, au lycée Notre-Dame-du-Vœu à Hennebont, une prof d’histoire sachant mon grand amour de la poésie (que la responsable du CDI lui avait soufflé car j'empruntais plein de recueils de poésie), m’avait demandé après un cours ce que j’aimais comme poètes...et comme je n’en connaissais pas beaucoup, j'avais dû citer Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et elle m’avait demandé si je connaissais SJP. Je lui avais répondu que non et je crois que ça l’avait déçue.

    N’empêche que ces deux vers dont on ne comprend rien sont tellement beaux que je ne les ai jamais oubliés...à tel point que j’ai réussi à les faire rentrer dans la famille. Mon beau-frère par exemple récite les premiers mots parfois mais je crois qu’il remplace Azur par Amour en s'adressant à ma sœur et Prisca lui a emboîté le pas et m’appelle parfois Amour sur le même ton que Christian Clavier dans les Bronzés

    Non mais quelle histoire !

    S’il y a une vie après la mort et qu’on peut voir ce qui se passe sur Terre, quelle tristesse cela doit être pour SJP de se dire qu’il est passé à la postérité grâce à un nanar.

    A la base, je voulais m’amuser à tenter une explication d’un texte de SJP mais j’ai déjà trop écrit, j’ai la flemme...et surtout SJP, c’est vraiment chiant ! Alors, une autre fois !

    Si un jour, j’ai le courage de le faire, ce sera sur celui-là... que j’ai pris en prenant une page au hasard dans Éloges (page 61)

     

    Silencieusement va la sève et débouche aux rives minces de la feuille.

    Voici d'un ciel de paille où lancer où lancer, ô lancer  ! à tour de bras la torche !

    Pour moi, j’ai retiré mes pieds.

    ô mes amis où êtes-vous que je ne connais pas ?. . . Ne verrez-vous cela aussi ?... des havres crépitants, de belles eaux de cuivre mol où midi émietteur de cymbales troue l'ardeur de son puits... Ô c’est l'heure

    où dans les villes surchauffées, au fond des cours gluantes, sous les treilles glacées, l'eau coule aux bassins clos violée

    des roses vertes de midi... et l'eau nue est pareille à la pulpe d'un songe, et le songeur est couché là, et il tient au plafond un œil d'or qui guerroie. . .

    Et l'enfant qui revient de l'école des Pères, affectueux longeant l'affection des Murs qui sentent le pain chaud, voit au bout de la rue où il tourne

    la mer déserte plus bruyante qu'une criée aux poissons. Et les boucauts de sucre coulent, aux Quais de marcassite peints, à grands ramages, de pétrole

    et des nègres porteurs de bêtes écorchées s'agenouillent aux faïences des Boucheries anglaises, déchargent un faix d'or et d’ahan

    et au rond-point de la Halle de bronze, haute demeure courroucée où pendent les poissons et qu'on entend chanter dans sa feuille de fer, un homme glabre, en cotonnade jaune, pousse un cri : je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !

    et un autre envahi par le goût de tuer se met en marche vers le Château d'Eau avec trois billes de poison : rose, verte, indigo.

    Pour moi, j'ai retiré mes pieds .

     

    Je n'ai même pas réussi à trouver ce poème entièrement sur le net. Il m'a fallu faire des collages... et des corrections même !

    Mes amis, où êtes-vous que je ne connais pas ? Ce n'est même pas la peine que je vous demande de trouver une explication (mais le premier vers au moins est assez simple), vous n'avez même pas été capable de trouver le poète de Quistinic, Paul-Alexis Robic, que je suis le seul à évoquer sur le net. J'aime bien être le seul à m'occuper d'une figure disparue. 

    Et bon courage....comment une mer peut-elle être déserte (une plage encore, on comprendrait) mais déserte et  plus bruyante qu'une criée aux poissons ? Bon courage si vous voulez essayer et bon courage à moi. Je ne suis pas idiot, je sais qu'une criée est souvent bruyante mais une mer ne peut pas être déserte....ou alors elle s'est retirée très loin (comme elle le fait sur la côte ouest du Cotentin lorsqu'à marrée basse, elle se barre à des kilomètres si bien que si on veut aller la voir quand elle est au plus loin, plus on s'y approche plus on a l'impression de s'en éloigner si bien qu'on se croit en plein désert) mais si elle s'est retirée très loin, elle ne peut pas être bruyante !

    Il y a des accents rimbaldiens dans ce poème (oui, je sais, j'y reviens toujours) mais sans rien n'y comprendre on devine que l'action se situe dans un pays chaud....dans ces pays poivrés et détrempés comme écrivait Arthur et quand SJP écrit "je suis Dieu ! et d'autres : il est fou !", ça me rappelle un poème de Rimbaud mais je ne me souviens plus lequel.

    Mais, vous ne perdez rien pour attendre, je reviendrai dussé-je m'enfiler des boucauts d'absinthe ! 

    Loïc LT

  • le bateau ivre (version finale)

    Je n'aime pas trop l'idée de toujours se filmer, (d'autant que je n'aime ni me voir ni ma voix),  je préfère l'écriture mais pour le projet bateau ivre, il fallait que je me filme. Donc, c'est terminé. Le poème est acquis, il est dans la boite, la diction est loin d'être parfaite, la forme non plus mais je ne suis pas acteur. Le bateau ivre, c'est fini, il est coulé. Il resurgira dans ma vie en épave (mais vous savez, même les épaves ont la trempe des braves...). 

    Loïc LT


     

  • la cabine ivre (ébauche d'un pastiche)

     

    Comme j’étais fixé sur un socle infrangible

    Je ne pouvais quitter ce quartier de malheur

    Et des jeunes branleurs me prenaient pour cible

    taguant sur mes vitraux de sordides horreurs.

     

    J’étais un peu soucieux que mon appareillage

    Ne serve plus que deux ou trois fois dans l’année

    Alors quand un Génie m’a offert un voyage

    J’ai quitté sans douleur ce trottoir malfamé.  

     

    Et j’ai quitté la ville munie de trois bottines

    Empruntant dans la nuit de petites ruelles

    Et j’ai croisé des gens voyant une cabine

    Courir et ne croyant que cela soit réel.

     

    J”ai traversé des bois et des chemins de terre

    Des champs avec du blé ou bien du triticale

    Et j’ai même failli surpris par une pierre

    Faire tomber au sol mon caisson de métal.

     

    Or moi, cabine libre tout comme un troubadour

    J’ignorais le destin de ce vagabondage

    Et j’avais même un peu le regret de ces jours

    Où je servais de lieu pour de longs bavardages.

     

    Et il advint que Max cherchant de la ferraille

    Croisa médusé ma carcasse d’acier

    Et il n’eut aucun mal avec son attirail

    A me mettre en pièces et puis à m’embarquer.   

    Loïc LT/Arthur R 

    cabineivre2.jpg

    (dessin original de Marcel Marlier - Martine fait de la Bicyclette - (Casterman)

     

  • enquête rimbaldienne

    Avant de poursuivre le récit de ce périple de début février  qui tient quelques uns en haleine fétide, j'avais envie d'une petite pause rimbaldienne. Ce sera une pause photographique que l'on doit à Ernest-Pignon-Ernest-Pignon-Ernest, artiste plasticien, spécialiste de ce qu'on appelle aujourd'hui le street art,   qui dans les années 70 s'amusa à coller des portraits de Rimbaud sur les murs de Charleville (lieu de naissance du trafiquant d'armes) et de Paris. 

    DSC03823.JPG

    Que nous dit cette photo ? Pas de nom de rue, par contre, vous ne le voyez pas vous (je n'ai pas pris toute la photo, quel con) , deux concerts de Thiefaine sont annoncés pour les 13 et 14 mai ( la photo a donc sans doute été prise en début d'année), mais évidemment l'année n'est pas précisée puisque lorsqu'on colle une affiche, ce n'est pas pour annoncer un concert qui aura lieu dans deux ans. Donc, Hubert-Félix a donné deux concerts dans cette ville, tout comme Gilles Servat, qui est surtout  connu en Bretagne et là, j'apprends qu'il a donné des concerts en dehors des contrées armoricaines. Au-dessus de l'affiche, on voit clairement indiqué Angoulème donc tout porte à croire que la photo a été prise à Angoulême. 

    Or (oui je suis de l'école Yann Moix),

    Angoulême se situe à 400 kilomètres de Rennes. Ce n'est pas impossible que le chanteur  ait donné un concert là-bas puisque dans les années 70, sous l'impulsion de Alan Stivell, la musique bretonne était à la mode donc pourquoi pas. Sauf que dans le livre où j'ai chopé cette photo il est indiqué que les sérigraphies d'Ernest ont été collées et exposées, en 1978, sur les murs de Paris, de la région parisienne et de Charleville. On n'annoncerait pas un événement qui a lieu a Angoulême sur un mur de Paris. Restons donc sur l'idée que la photo a été prise à Angoulême et qu'il s'agissait d'une exception temporaire. 

    Qu'apprend-on par ailleurs sur la photo ? Qu'une personne déclare son amour à une autre (oui, j'ai bouffé le je), mais ce type de déclaration est possible partout, même à Plounévez-Quintin. Sinon, on voit un petite affichette jaune (ou un panneau) sur lequel il est indiqué MONTRRON. Aucune réponse de Google. Pour le reste, on a des affiches déchirées que ne me sont d'aucune aide. Je vais taper Ernest-Pignon-Ernest Angoulême pour voir si à tout hasard quelqu'un signale quelque part que l'artiste à collé une sérigraphie à Angoulême, genre pour une exposition temporaire . Aucune réponse. Le mystère reste donc entier et ce n'est pas cette fille pressée et se foutant de Servat et de Rimbaud comme de son premier jupon qui pourrait me mettre sur une piste. 

    Mais j'ai peut-être trouvé la réponse. Dans ce bouquin préfacé par Jack Lang où les photos d'Ernest alternent avec des poèmes d'Arthur, il y a une photo où l'on voit une femme qui marche à l'angle de la rue Friedland. Il existe beaucoup de rues Friedland en France mais, merci encore à Google Map, la photo prise en 2015 nous montre un angle de ladite rue ressemblant parfaitement à celui de la photo. J'en conclue donc que cette photo aussi a été prise à Angoulême.  

    arthur rimbaud, Ernest Pignon-Ernest

    A gauche, nous avons la photo d'Ernest datant donc des années 1970 (c'est l'artiste qui prenait les photos) et à droite, une photo prise par l'automobile de Google en 2015 à Angoulême rue Friedland. A part les panneaux de signalisation qui ont changé et en 30 ans, cela se conçoit, il faut avouer que la ressemblance est frappante. Même angle, même type de pierre et surtout on retrouve la corniche sur les deux clichés. 

    Je décrète donc que Ernest Pignon-Ernest a exposé à Angoulême et ce sans doute après 1978. Après avoir enlevé ses affiches de Paris et de Charleville, il n'est pas impossible qu'il ait fait un petit tour de France. Ça aurait été dommage de tout ranger dans un grenier. 

    Voilà pour la petite enquête du samedi soir. Sur ce, je vais boire deux ou trois verres d'eau agrémentés de cacahuètes et d'autres petits amuses bouches.

    Loïc LT

  • le contribuable

    Un contribuable était vexé de ne s’être employé jamais qu’à la perfection de vulgaires déclarations de revenus. Il prévoyait d’étonnantes révolutions fiscales, et soupçonnait ses compatriotes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de chiffres et de quotients. Il voulait changer la donne, l’heure du grand soir et de la satisfactions essentiels. Que ce fut ou non une aberration, il voulut. Il possédait au moins un assez gros bagage juridique.

    Tous les inspecteurs qui l’avaient connus furent assassinés. Quel saccage du jardin de la légalité ! Sous le sabre, ils le bénirent. Mais ils réapparurent.

    Il tua tous ceux qui le poursuivaient, après la traque et l’encerclement.

    Il s’amusa à égorger les secrétaires. Il fit flamber les perceptions. Il se ruait sur les fonctionnaires et les taillait en pièces.

    Peut-on s’extasier dans la destruction, réformer par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas.

    Un soir, il fraudait. Une inspectrice apparut, d’une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d’un bonheur indicible, insupportable même. ! Le contribuable et l’inspectrice s’unirent probablement dans la santé essentielle. Comment n’auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.

    La fiscalité savante manque à notre désir.

     

    Loïc LT (pastiche AR)

  • recensement des cabines # 22 L'Éguille-sur-Seudre (Charente-Maritime)

    Grand merci à Carla de m'avoir envoyé cette photo. Comme quoi c'est quand on ne cherche pas qu'on tombe sur les choses insolites. Donc évidemment, la particularité de cet édicule est qu'il est orné de la photo de Rimbaud (portrait de Carjat en octobre 1871). J'ai regardé dans la collection de Ernest Pignon-Ernest mais je ne crois pas qu'il ait accolé une image du poète sur une cabine (par contre, il a travaillé sur les cabines). 

    11949503_1764054817154797_3081150951996949345_n.jpg

    Je ne sais évidemment rien d'autre de cette cabine (son numéro, si elle fonctionne), ni de L'Éguille-sur-Seudre, bourg de 886.7 habitants situé en Charente-Maritime. Ses habitants sont les éguillais et donc j'imagine qu'ils n'ont pas trop de mal à éguiller les touristes. Je pourrais compléter ce reportage puisque je me rends irrégulièrement dans les environs (un peu au nord, à la Rochelle) pour un savoir un peu plus. Merci encore à Carla et puisqu'il  est question de Rimbaud, citons Rimbaud (sur demande écrite, je vous donne mon interprétation personnelle de ce curieux poème en prose  faisant partie des illuminations). 

    Dévotion

         À ma sœur Louise Vanaen de Voringhem : — Sa cornette bleue tournée à la mer du Nord. — Pour les naufragés.
         À ma sœur Léonie Aubois d'Ashby. Baou. — l'herbe d'été bourdonnante et puante.— Pour la fièvre des mères et des enfants.
         À Lulu, — démon — qui a conservé un goût pour les oratoires du temps des Amies et de son éducation incomplète. Pour les hommes ! À madame***.
         À l'adolescent que je fus. À ce saint vieillard, ermitage ou mission.
         À l'esprit des pauvres. Et à un très haut clergé.
         Aussi bien à tout culte en telle place de culte mémoriale et parmi tels événements qu'il faille se rendre, suivant les aspirations du moment ou bien notre propre vice sérieux,
         Ce soir à Circeto des hautes glaces, grasse comme le poisson, et enluminée comme les dix mois de la nuit rouge, — (son cœur ambre et spunk), — pour ma seule prière muette comme ces régions de nuit et précédant des bravoures plus violentes que ce chaos polaire.
         À tout prix et avec tous les airs, même dans les voyages métaphysiques. — Mais plus alors.

     

    Loïc LT (photo de Carla, date non précisée.) 

  • recensement des cabines # 18 Sainte-Anne-d'Auray

    Sainte-Anne-d'Auray ne se situe qu'à 12 kms de mon lieu de travail et je trouvais dommage de ne pas y faire de recensement par athéisme primaire. Car c'est un bourg qui existe, qui a une vie en dehors de sa basilique et tous les pèlerins qu'elle attire. D'ailleurs, j'ai quelques collègues qui y habitent et qui n'ont que faire de la religion. Mais bon, en dehors de ça, je ne sais pas ce que représente Sainte-Anne-d'Auray pour les gens qui n'habitent pas dans la région. Est-ce un lieu de pèlerinage connu célèbre en dehors des frontières armoricaines ? Je ne sais pas et j'aimerais bien que l'on fasse l'effort d'un petit commentaire pour dire ce qu'il en est. (Peut-être la venue du pape en 1996 rappelle quelque chose à quelqu'un). 

    STEANNEAURAYMAPPY.jpg

    Commençons par le but de la visite (qui au fond, finissons par l'admettre, n'est qu'un prétexte). Le bourg possède deux cabines mitoyennes en état de marche. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (11).JPG

    infos pratiques / leurs numéros  respectifs sont 02 97 57 77 53 et 02 97 57 78 53. Cela fait partie des contraintes que je fixe à mon recensement : donner le numéro des cabines. Ça, c'est fait.Sinon, ces deux publiphones sont situés juste à côté de la maison de Nicolazic, pauvre paysan breton dont la légende stipule (utiliser le verbe stipuler : 2ème contrainte) que Sainte-Anne, la grand-mère de Christ lui serait apparu en 1623 et lui aurait demandé de bâtir une basilique en tel lieu etc. Je ne vais pas vous gaver avec ça, je n'y crois pas un traitre mot. N'empêche que la maison de Nico est forte charmante et visitable. 

     

    SAINTEANNEDAURAY070715 (59).JPG

    Sinon, quand je suis arrivé, j'ai garé ma BX au milieu du bourg si bien que j'étais bien situé pour en faire un petit tour (car bien que ma pause de midi soit longue, il faut compter 1/2 heure pour l'allé-retour ce qui me laissait 1 heure sur place). Ma BX bien garée suite à un créneau magnifiquement effectué, je suis parti en vadrouille. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (60).JPG

    Après avoir fait un petit tour, je remarquai  vite fait qu'une dame commençait à monter la Scala Sancta et qu'elle avait de jolies jambes couvertes d'une jupe légèrement soulevée par le vent. A marche normale, il faut 30 secondes pour grimper au sommet de cet édifice mais la coutume catholique veut que l'on s'arrête un certain temps à chaque marche. Ils sont bizarres ces chrétiens. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (37).JPG

    Après ces émotions, j'ai continué mon périple agnostique et pu constater le nombre de restaurants ayant du cachet qui entourent la basilique. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (4).JPG

    SAINTEANNEDAURAY070715 (61).JPG

    SAINTEANNEDAURAY070715 (26).JPG

    A l'entrée du bourg, juste en face de la basilique (que je vais pas vous montrer juste pour faire mon malin), il y a un restaurant qui demanderait un léger rafraîchissement. Je me souviens de cet endroit puisqu'enfant ayant suivi tout le cursus catho, nous avons retraité trois jours à St-Anne et nous mangions, si je ne m'abuse dans une espèce de cantine à l'arrière du restaurant (2ème photo).

     

    SAINTEANNEDAURAY070715 (34).JPG

    SAINTEANNEDAURAY070715 (36).JPG

    Lorsque je suis revenu sur ces pas, 10 minutes plus tard, je constatai que la dame avait progressé un peu.

    SAINTEANNEDAURAY070715 (41).JPG

    Je tiens à souligner le soin apporté à l’embellissement des lieux. Les parterres sont de toute beauté et sortent souvent des sentiers battus. Et puis, cela change de mes reportages hivernaux (que je n'ai pas tous mis en ligne...mon dieu, quel travail devant moi !)

    SAINTEANNEDAURAY070715 (13).JPG

    SAINTEANNEDAURAY070715 (48).JPG

    SAINTEANNEDAURAY070715 (46).JPG

    J'ai pris la  photo ci-dessous un peu avant de partir. La belle inconnue avait donc fini sa marche spirituelle sur le saint escalier. Je pensais boire un verre avec elle pourtant et je le dis sur un ton badin puisque je sais que mon épouse va lire ces lignes et qu'elle n'accepterait pas que je boive des verres avec des inconnues, aussi folles du Christ soient-elle -)

    SAINTEANNEDAURAY070715 (33).JPG

    Mais reprenons les chemin de Saint-Anne chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l'âge de raison — qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.

    Cette quincaillerie (mon autre passion) n'existe plus et le bâtiment semble être devenu un centre médical. Je m'étonne donc que l'on porte un tel soin à entretenir cette enseigne, sans doute un peu par nostalgie de la part du propriétaire...à moins que certains cabinets médicaux avant-gardistes aient décidé de se faire appeler quincaillerie (car pourquoi ne pas donner un autre sens à des mots qui ne servent plus ?)

    SAINTEANNEDAURAY070715 (1).JPG

    A ce propos, en me retournant, je constatai qu'elle avait presque fini sa marche-escargot. Je ne devrais pas me moquer. Toute croyance se respecte et les rites qui vont avec. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (45).JPG

     — Ah ! je suis tellement délaissé que j'offre à n'importe quelle divine image des élans vers la perfection.

    La présence de nombreuses boites à lettres s'explique aisément. Les pèlerins envoient des cartes ringardes et la commune a eu la bonne idée de ne pas les embêter à rechercher une boite à lettres. Le catho marche beaucoup, est souvent âgé et doit quitter ces lieux  l'esprit saint sans être trop fatigué car souvent il a beaucoup de route à faire, même si elles ne les mènent pas forcément à Rome.

    boitepostsaintanne.jpg

    sainte-anne-d'auray, cabine téléphonique, recensement des cabines, arthur rimbaud

    Je donne un coup de main aux agences immobilières. Le restaurant Le Moderne est à vendre (mais le site web existe toujours). Il a belle allure et possédait 2 étoiles. Il a fermé il n'y a pas longtemps puisque la dernière critique sur tripadvisor date de septembre 2014. Les anciens propriétaires n'ont pas dû faire appel aux services de Philippe Etchebest ou bien alors Ils ont été victimes du chantage de Beauchamp. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (28).JPG

    Quand je vois cette grande bâtisse abandonnée (en face de Le Moderne), je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il s'agit de l'ancien petit séminaire dans lequel mon père passa quelques années...à confirmer..

    SAINTEANNEDAURAY070715 (53).JPG

    Mais le temps passe, le patron m'attend et si je ne vais pas à Locminé, je vais quelque part quand même. Ces bornes avaient quand même du chien. 

    SAINTEANNEDAURAY070715 (54).JPG

    reportage réalisé le 07.07.2015 de 12:15 à 13:10. Lieu : Sainte-Anne-d'Auray. Météo : quelconque. Humeur : normale. Loïc LT

  • Un ami frappe à ma porte.

    pignon_saint_michel_n&b_188x289.jpgJe parlais de Rimbaud dans ma précédente note, Rimbaud mon compagnon de route depuis tant d'années, celui qui causa mes premiers vols en librairies (amis libraires et bibliothécaires d'Hennebont, ne cherchez plus, ils sont avec moi -), Rimbaud que je laisse de côté de temps en temps mais qui revient sans crier gare, Rimbaud, le dernier que je préfère lire sur papier (et pourtant, il faut être absolument moderne !), Rimbaud à qui je dois un inoubliable séjour à Charleville en compagnie de la femme aimée. 

    Or, voici qu'il vient de refrapper à ma porte m'apportant sur un plateau Adieu, le poème qui clos une saison en enfer. Ce coquin revient alors que je suis en train de me plonger dans l'histoire du christianisme (Il en fait souvent allusion dans son oeuvre mais je n'ai jamais cru qu'il se soit converti avant de mourir). Revient-il pour me narguer, pour me remettre dans le droit chemin ? Je ne sais pas mais qu'il se rassure, païen je suis, païen je resterai ! Rien n'est vanité ; à la science, et en avant !

     

     L'automne déjà ! — Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons.
         L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.
         Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !
         — Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !
         Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
         Suis-je trompé, la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ?
         Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.
         Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

    __________

         Oui, l'heure nouvelle est au moins très sévère.
         Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, — des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. — Damnés, si je me vengeais !
         Il faut être absolument moderne.
         Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
         Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.
         Que parlais-je de main amie ! un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

    Avril-août, 1873.

     

  • éloge du pot-au-feu

    Enfance ! On y revient tout le temps, qu'elle ne fut qu'un ténébreux orage ou qu'elle fut aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or...souvenir de ces vendredis soirs où nous nous régalions d'un pot-au-feu fait maison, certes pas cuit dans la cheminée avec le pot suspendu au dessus du feu (façon pot-bouille) comme on le faisait jadis mais fait maison quand même, avec de la viande de la ferme , des pommes de terre et des oignons  du jardin, des carottes du jardin aussi peut-être, je ne sais plus, mon père non plus d'ailleurs, il ne se souvient même plus de ces vendredis pot-au-feu.

    Prisca sachant mon grand amour de l'art (culinaire -) n'est pas sans savoir que le pot-au-feu est ma madeleine de Proust, celle qui me réveille de ma torpeur d'adulte pour me conduire vers cette grande route par tous les temps, sobre naturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants (si vous ne comprenez pas tout, c'est pas grave, l'essentiel est que moi je me comprenne..mais pourquoi faut-il toujours que je m'égare ?).

    Ce dimanche, donc, ce fut pot-au-feu ( après quoi nous sommes allés en famille voir le film Belle et Sébastien, du sépia plein les doigts donc). Droit d'auteur oblige, je ne vous divulgue qu'une partie de la recette :

    29122013 (51).JPG

    Pour la composition, et bien, on fait avec les moyens du bord, c'est à dire, un 'kit grande surface' pour les légumes...mais l'essentiel est préservé : le plat de côte de bœuf vient de chez notre voisin.

    Et parce qu'un tel plat se respecte, on assaisonne le tout avec pas n'importe quelle moutarde (à ce propos il faudrait que je vous parle aussi d'une boutique ( bien petit mot pour qualifier ce lieu où nous l'avons acheté) mais plus tard. 

    29122013 (81).JPG

    Quelques photos quand même de la préparation et du service :

    29122013 (36).JPG

    29122013 (60).JPG

    29122013 (63).JPG

    Ce fut un régal. Le pot-au-feu est définitivement mon plat préféré, à bons entendeurs, salut ! C'est la première et dernière note d'ordre culinaire que je ferai sur ce blog, je vous prie donc de l'apprécier à sa juste mesure. Merci à Prisca, à Daniel (fournisseur de bidoche) et à Mano (fournisseur de recette). 

    Loïc LT