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  • recensement des cabines # 84 - Marais-Vernier (Eure)

    Je ne vous oublie pas, chers amateurs de cabines téléphoniques. Et d'ailleurs pour m'excuser de vous avoir faire attendre si longtemps, petit cadeau :

                 

    Pour cette 84ème chronique cabine, je vous emmène au Marais-Vernier, bourg que j'ai visité le même jour que Triqueville, c'est à dire le 16 avril 2017. Pour vous aider, sachez qu'il se situe au nord de Bouquelon, à l'ouest de Saint-Aubin-Sur-Quillebeuf et à l'est de Saint-Samson-de-la-Roque. 

    Lorsque je suis arrivé, j'ai été impressionné par le nombre de carrioles garées un peu n'importe comment . Était-ce jour de pardon ? Ou bien étaient-ce les vêpres ? Mais non, les vêpres ont lieu plutôt l'après-midi. Mais point de tout cela, le cœur du village accueillait une foire aux plantes, l'une des vingt plus grandes foires aux plantes du canton de Bourg-Achard. 

    Je me suis garé tant bien que mal devant le portail d'entrée d'un particulier sur lequel il est inscrit "interdit de stationner", mais je dispose d'une dérogation en tant que recenseur de cabine. C'est ça qui est bien. 

    Ensuite, j'ai flâné dans le bourg à la recherche du Graal tout en admirant ce village typiquement normand :

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    Ah non, zut, je me suis trompé ! J'ai posté une vieille chaumière bretonne qui se trouve du côté de Saint-Jean-Brévelay. Etant breton, ce genre de maison me laisse de marbre mais je suis certain que certains lui trouvent du charme, ne serait-ce que pour son toit fait de tôles rouillées. Bon, revenons au Marais Vernier dont les chaumières ont quand même une autre allure :

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    J'ai fait le tour du bourg, je suis passé par la foire aux plantes mais je n'ai pas vu de cabines. Je partais lorsque je croise un jeune et je lui demande s'il y a une cabine téléphonique dans le village et il me répond gentiment que oui "elle est là-bas, derrière une boutique de la foire aux plantes". J'ai remercié cette racaille aimable et courtois et suis revenu sur mes pas. 

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    L'intérieur de la cabine est guère engageant mais tout fonctionne à merveille. Orange a opté pour la modernité. Pour l'utiliser, il faut sortir un appareil que certains appellent "smartphone" de sa poche et composer le numéro souhaité. Il n'y a même pas besoin de payer sur l'instant, c'est prélevé en fin de mois. T'as différents types de forfait et puis tu peux même "surfer sur le net" comme disent les jeunes. Et cerise sur le gâteau, on peut sortir de la cabine et continuer à téléphoner à l'aide de ce petit boitier. D'ailleurs, je ne suis même pas certain qu'il est utile de rentrer dans la cabine. 

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    Fier de ma découverte, je suis resté un peu sur le marché où  j'ai acheté des graines de pissenlits et de liserons. Un type vendait des taupes vivantes. Si j'en achetais deux, j'avais la troisième gratuite. Trop bien. Ça tombait bien, la terre de mon jardin avait besoin d'être aéré en sous-sol et c'est bien le rôle de ces gentilles bêtes qui en plus de creuser des galeries sous-terre nous offrent de la terre gratuite qui forment ce qu'on appelle des taupinières. Il n'y a que se servir pour rempoter ou pour boucher des trous.  

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    J'ai quitté les lieux et j'ai marché vers la périphérie et suis tombé sur le garage Marie. Dommage que ma 4L n'avait pas de soucis d'échappement car il y avait une " opération spéciale échappement". 

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    j'ai quitté Marais Vernier après ne pas avoir pris un verre ni avoir fait mon plein. 

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    visite le dimanche 16 avril 2017 en matinée.  Maire  : William Calmesnil . Canton de Bourg-Achard en Normandie. 504 Maraiquais fans de la poésie de Arun Kolatkar. Cabine téléphonique, modèle de Paris, utilisant une technologie moderne utilisable à distance. 

    Loïc LT 

  • tentative (im)possible d'explication d'un poème de Arun Kolatkar

    Lorsque je veux jauger la popularité d'un écrivain ou autres, mon premier réflexe est de regarder s'il dispose  d'une page wikipedia. Or Arun Kolatkar (1931-2004) n'en a pas. Trop de chance ! On est dans l'underground de la littérature. Kolatkar était un citoyen de l'Inde qui vivait dans un quartier artistique de Bombay qui s'appelait Kala Ghoda. Je vais faire court. C'était un marginal qui n'a pas connu la gloire de son vivant (ni après sa mort n'empêche qu'il est dans la collection Poésie/Gallimard - vous savez cette collection que vous ne trouvez pas dans les librairies, merci le net) et qui un peu comme George Perec s'installait toujours dans la même rue et écrivait ce qu'il voyait..mais différence entre les deux : Perec faisait un inventaire très précis alors que Kolatkar s'envolait dans des rêves poétiques désopilants. Pour lui, la rue était juste une base de travail sur laquelle il s'appuyait pour écrire des choses invraisemblables. 

    Je retranscris ce poème en le transformant en poème en prose ( sinon, ça part trop en longueur). Si j'arrive à en trouver la clé, je vous en reparle après (sinon merci à Carla pour la découverte). 

    arun.jpgUn vieux pneu de vélo

    J'ai beau être un vieux pneu de vélo, une pelure de roue toute râpée, une anguille qui se mort la queue, un zéro de traviole, un shunya infirme - ce n'est pas pour autant que je compte me pendre à un épi de faîtage, ou moisir sur un toit couvert de mousse en compagnie d'une chaise bancale, d'une godasse gauche au sourire fendu jusqu'aux oreilles, et d'un escargot sans-logis pris dans le cercle vicieux de ma chatte.

    Je ne me vois pas non plus rejoindre une communauté à la noix de pneus de vélo ascètes qui vivent en colonies au sommet des arbres, et, les nuits sans lune, s'élèvent, dit-on, telle une volée d'oiseaux, pour se mettre en roue libre, faire la course d'un horizon à l'autre, s'accoupler librement, ou batifoler dans le ciel toute la nuit, avant de regagner leur perchoir sur des hôtes feuillus aux petites heures du matin et de rester là en suspens sans donner signe de vie jusqu'à la prochaine nuit sans lune. Foutaises que tout cela ! Et d'ailleurs, je ne suis pas du genre à me percher comme ça sur un banyan frappadingue ou un arbre de pluie grandiose. 

    Je n'entends pas le moins du monde laisser les cigales me pisser dessus, les chauve-souris chier sur moi ou une Tachardia Lacca me laquer le cuir. Très peu pour moi. J'aimerais mieux m'immoler, empuantir une belle matinée d'hiver et réchauffer des clochards frissonnant sur le bord de la route plutôt qu'écouter un criquet accorder son mini-Stradivarius électrique, et encore moins un orchestre entier de criquets qui ferait son show sous les étoiles en se livrant à des excès pseudo-wagnériens. Grands dieux, non ! En tout cas, pas tant que je teindrai la route, qu'un gosse déluré pourra grâce à moi s'en donner à cœur joie, ou tant qu'il y aura assez de gosses sur terre pour me flanquer une bonne claque sur le derrière suivie d'une autre, puis d'autres encore en rafale. Je frémis à chaque fois que je m'en prends une, mais c'est ce qui me fait aller de l'avant, j'imagine, c'est ma raison de vivre. A ce propos, je m'interroge, quand t'auras mon âge, ils seront combien à te courir encore après, hein, ma belle ? 

     

    Bien. Je devine le poète Indien (oui, les habitants de l'Inde sont des Indiens, j'ai vérifié), installé comme d'habitude à sa table de café habituelle. Il voit un vélo passer ou appuyé contre un arbre. Il décide, par la volonté de l'intelligence humaine de se prendre pour un pneu de vélo, c'est à dire rien de poétique, une bande de caoutchouc, à qui il donne une conscience. Et quand on a la conscience (humaine) d'être un simple objet, l'idée d'en finir avec cette "existence' peut effleurer l'esprit. Mais ce n'est pas le souhait de ce pneu. D'ailleurs (séquence premier degré : comment se suicider quand on n'est pas un être vivant ?) Après, c'est compliqué, l'idée du suicide étant rejetée, il explique à travers un rêve qu'il ne veut pas rejoindre tous ces boyaux qui la nuit venue se cachent dans les arbres, copulent même (mais comment deux chambres à air peuvent-ils faire l'amour, dîtes-moi ?) et s'envolent pour revenir au petit matin de simples pneus inertes.  Ce qu'il veut, ce boyau, c'est venir en aide aux plus pauvres ou faire plaisir aux enfants aussi ingrats soient-ils. 

    Evidemment, on peut aller plus loin. Ce poème est avant tout une allégorie de l'humain, le pneu est un vieil homme agonisant qui veut encore aider son prochain, aider des jeunes désœuvrés qui lui foutent des baignes. Il n'y a pas pire que la cruauté des enfants.  C'est presque trop naïf. Moi, j'ai un vélo, il est au fond de mon cabanon et la prochaine fois que je le sortirai et que je gonflerai ses pneus, j'aurai une pensée pour ce poème, tout en m'énervant sur la valve qui me crée à chaque fois des embêtements (pour ne pas être vulgaire). 

    Si vous voulez aller plus loin, je vous invite à lire la note de Pierre Assouline où il est question de la traduction du recueil (par Pascal Aquien et Laetitia Zecchini). Arun Kolatkar écrivait en anglais. Par ici

    Loïc LT

  • Gambetti est bien vivant !

    Gambetti (qui n'est pas mort - et donc pas enterré à Triqueville, pas plus que la mémé de Philippe Torreton -) qui existe en vrai et qui est quelqu'un qui m'est très proche tout en étant physiquement éloigné) et Apolline ( qui m'est encore plus proche dont en étant également physiquement éloignée) sont des fin lettrés donc je me permets de leur dire que pseudo ou pas, j'aimerais qu'ils mettent une majuscule à la première lettre de leur pseudo, parce qu'étant maniaque sur la question, je m'emmerde à corriger cette erreur non fondamentale. 

    Mais ceci est peu de de chose avec l'objet de cette note qui a pour but avant tout de revenir sur le texte que Gambetti a posté hier en commentaire. Je le retranscris ici. 

    Bonjour Loïc,

    Pourquoi un texte personnel, égocentré comme "La promesse de l'aube" a-t-il connu un succès mondial ? Et "Vipère au poing?" Et..... Je pense que dans son enfance se trouve un monde. Que l'on veut fouiller ou pas. Que l'on exprime ou pas. Voilà deux textes: sur le père, sur la mère. A toi de dire si l'intérêt dépasse le personnel.

    Gambetti

    Lorsque je passe sur le quai logistique, après quelques cafés, alors que les palettes de poissons surgelés passent, se chargent et se déchargent ; quand les contrôles s'enchaînent avec logique, quand les gestes trouvent naturellement leurs places, comme les pièces idoines d'un puzzle, une sorte d'emphase, un lyrisme me prend. Alors, c'est bien moi qui siffle « Summertime », mais c'est une réminiscence de mon père qui s'accompagnait ainsi au piano, sur la mezzanine du salon. Etait-ce alors l'été de sa vie ? Ou alors comme tout, c'était plus compliqué ; comme cet air triste finalement, avec des paroles optimistes. 
    Des temps meilleurs sont arrivés, et je les siffle à ta manière, en ton honneur. Dans les entrepôts frigorifiques, hantés de fantômes capitonnés, j'entretiens ce dernier lien sonore, cet air simple, infiniment modulé de variations. 
    Et je les siffle en orchestrant mes journées frénétiques. Comme toi qui avais besoin de construire. Tout le temps. Soir et week-end. Toi qui transformas en vingt cinq ans une bergerie en mas provençal avec dépendances. Toi qui entretenais un hectare de terrain. Toi qui me traitais de cossard, me disais que j'aurais pu faire polytechnique. J'ai finalement, vingt ans après, pris le même chemin productiviste que toi. Pour quoi ? Pour qui ? A qui ai-je à prouver ma valeur, sinon toi ? Et toi, à ton époque, était-ce la même impérieuse et muette obligation d'être à la hauteur des attentes du père? Et ces attentes étaient-elles atteignables ?
    Le père semble être celui qui a le pas suffisamment sûr. Celui qui a assez voyagé dans ses émotions pour supporter le tremblement des générations.

    Notre propriété de Roquevaire se termine par un mur de pierres sèches, une restanque, comme on l'appelle couramment en provençal. Si l'on suit la déclivité du terrain, l'ouvrage prend de la hauteur, mais, soudain, il bute sur un banc de calcaire qui transperce terre et végétation et occupe tout le fond du vallon. Cette roche est fendue à sa base, et, de cette fente suinte un mince mais continu filet d'eau pure, transparente. Une eau qui étincelle parmi les herbes brûlées alentour et qui alimente un gourd, une vasque naturelle, immobile, ceinte de calcaire gris. Ce qui choque, c'est que la végétation avoisinante n'a pas connaissance de cette exception. Autour, tout est sec.
    Lorsqu'on plonge ses yeux dans cette épaisseur de pur, s'agite une multitude de gammares. Parfois, si l'on soulève une pierre, une sangsue se contorsionne, signe de ponctuation dérangé dans son repaire. Mais, ce qui finit par attirer l'attention, dans ces quelques vingt mètres carrés, dans ce lac miniature, ce sont ces traînées de fine poussière beige, qui, si on les suit du regard, nous amènent à détecter de petits fuseaux posés sur leurs nageoires. Des poissons ! De petits chevaines qui m'observent du plus loin que le cirque d'eau le permet. Ils sont la preuve que la vie existe, ici, en continu ! Et si l'on regarde attentivement plus bas, il y a bien ce même ru qui repart entre les pierres et dévale vers le village loin, en contrebas.
    Ce rêve est récurrent ces derniers temps. Pourtant, il n'y a jamais eu de source chez nous. Tout juste un flot de boue qui, lors des pluies méditerranéennes d'automne, emprunte le chemin de moindre pente trois ou quatre jours par an. 
    Une nouvelle vérité sur ma mère se trouve dans cette vision onirique, je le sais. C'est comme si ce climat de relations arides, théâtre de brèves et violentes explications pluvieuses, avait jusque là interdit de remarquer une constance, une présence. Muette et pure.

    Je reviens déjà sur le préambule. Gambetti écrit " Je pense que dans son enfance se trouve un monde". J'ai rajouté le "dans" car je pense qu'il l'avait oublié, sinon la phrase n'a pas de sens. Alors, oui, non seulement notre enfance est un monde à part entière et ce monde n'est pas fermé puisqu'il conditionne ensuite toute notre existence. Je suis intimement convaincu de cela (c'est Freudien donc banal,  je sais) et excusez-moi d'y revenir sans cesse mais c'est justement devant le constat que bien que l'enfant se construit beaucoup lui-même et sait "encaisser des coups" plus qu'on ne pense, le cadre et la stabilité familiale, l'attention que les parents lui portent, l'écoute, les confidences etc sont essentiels. Pour avoir vécu une enfance pour le moins perturbée, j'essaie avec ma femme d'apporter à nos filles ce que n'ai pas eu la chance d'avoir ; de l'affection et le bagage pour rentrer dans le monde adulte. 

    Ensuite, "le poème en prose". Je ne te le dis pas pour te faire plaisir, je n'ai pas envie de te cirer les pompes mais je le trouve sublime, extrêmement bien construit. Subrepticement, tu arrives à transporter le lecteur d'un entrepôt frigorifique à ta maison familiale au milieu de la garrigue dans le sud de la France et le lien se fait grâce à cet air qui te revient, comme une madeleine de Proust et qui te rappelle ton père le jouant du piano dans sa villa, ce père " bâtisseur" qui a cru en toi mais qui te traitait de "cossard". On se retrouve plongé dans une villa du sud, bien loin du quotidien et des odeurs de l'entrepôt. On devine que la description de cette maison de ton enfance, de son jardin sec, où la végétation règne tout en subissant la sécheresse est une métaphore. Tu fais aujourd'hui des rêves d'eaux, de lac, de poissons ( lien avec l'usine où tu travailles). Cette eau justement n'est-elle pas une image du liquide amniotique dans lequel tu as baigné ? L'image de la mère arrive ensuite naturellement, sa présence mais en même temps son mutisme et sa pureté. A la lecture de ce texte, elle me reste mystérieuse. 

    C'est un poème imagé, très fort, cruel aussi, sur la complexité de la relation parents-enfant et lorsqu'on réalise ce qui a nous a manqué dans les premières années de nos existences. Je ne sais pas si je suis dans le vrai mais même si nos parcours n'ont rien à voir, je me retrouve un peu dans ce texte (que j'aurais été incapable d'écrire). Et j'ajoute même si c'est hors-sujet que je suis toujours persuadé que l'on devient vraiment un homme que lorsque le père est mort, malgré toute l'affection qu'on peut lui porter, malgré le désarroi quand on apprend son décès. Le vide.  Tant que son père est en vie, le fils (et la fille aussi mais là, je suis moins certain) même inconsciemment ne vit que pour prouver à son père ce qu'il est capable de faire. Il ne vit que sous le regard (même absent) du père. Bon, désolé, si c'est de la psychanalyse de comptoir mais c'est tout ce que je peux écrire ce soir. En tout cas, chapeau bas pour le texte. 

    Loïc LT 

     

  • CR314 : une vie française - Jean-Paul Dubois

    une vie française, Jean-Paul DuboisJean-Paul Dubois est fan de l’auteur américain Philip Roth (qui n’a jamais obtenu le Nobel de littérature ce qui est scandale quand on sait que le chansonnier de bazar, Bob Dylan l’a obtenu) et cela se ressent dans ce roman (qui est sans doute un peu autobiographique).

    Le parti pris de l’auteur a été d’associer la vie de ses protagonistes à celle de la vie politique française. D’ailleurs, les chapitres sont découpés en ce sens. On part de Gaulle pour finir en cour de mandat de Jacques Chirac. Tout commence au lendemain de la guerre à Toulouse. Le narrateur, Paul Blick est le fils d’un garagiste concessionnaire Simca et d’une mère corrigeant des articles de presse.

    Ensuite, bien que modeste et désabusé , Paul vit mille et une vies. Un temps rockeur, un temps journaliste, un temps photographe etc etc, sa vie suit le cours de l’histoire. Pleinement acteur des événements de mai 68 et donc ultra gauchiste dans l’âme, comme beaucoup dans son cas, il se voit rattrapé par la vie réelle au point de vivre après plusieurs liaisons avec une fille patronne inflexible d’une boite vendant des piscines à l'international. Par ailleurs, en sa qualité de photographe, il publie deux livres à succès sur le thème des arbres qui le mettent à l’abri de tout souci financier.

    Mais tout ce qui brille n’est pas or. Paul a du mal à se jeter dans ce monde ultralibéral à mille lieux de ses idéaux. Il trompe sa femme, Anna, comme il apprendra sur la fin qu’elle le trompait aussi et n’avait que faire de ses piscines.

    Finalement, tout part à vau l’eau (décidément, je n’ai pas de chance avec mes romans d’été). Après la mort accidentelle de sa femme, il est au bord de la banqueroute devant payer les dette laissées par son épouse. A la fin, il finit jardinier à son compte (après avoir été un vendeur de best sellers).

    On sent bien la patte de Phillip Roth dans ce roman mêlant la grande et la petite histoire. Son seul défaut est de manquer de crédibilité. Songez par exemple que Paul, non seulement devient millionnaire après avoir photographié des arbres (ce qui enlève au héros son côté français moyen) mais en plus il reçoit un coup de fil de Mitterrand lui demandant une série de photos ce qu'il refuse par idéologie. Ça en fait trop pour en faire un roman du genre “règne animal”. A l’actif, c’est un beau panorama de notre société de l’après-guerre jusqu’aux années Chirac et surtout rappelle le sérieux retournement de veste comme beaucoup de soixante huitards, d’un mec qui finalement accepte de plonger corps et âme dans le bain du libéralisme tout en étant conscient de ce rétropédalage.

    Le drame pour le narrateur, c’est que dans cet univers économique impitoyable où la famille pourrait servir un peu de garde-fous, il n’y trouve que conflits politiques (avec ses parents dans un premier temps) et avec Anna, ouvertement de droite mais dont la fin funèbre fait semer le doute.

    Des drames, de l’adultère, de la politique, le train-train quotidien (mais tumultueux souvent)...Jean-Paul Dubois fait évidemment du Philip Roth à la française dans un style simple et chronologique. Ce roman qui a reçu plusieurs prix (Fémina et Fnac) date de 2004 et nous replonge sans nostalgie dans la deuxième partie du XXème siècle avec ses francs et ses petits garages au coin de la rue.

    lecture : juillet 2017, éditions de l’Olivier, parution 2004. note : 4 / 5 (oui j’en ai marre de mettre de 4.5/5)

    Loïc LT 

  • Tentative d'écriture d'un poème surréaliste.

    Canicule, 

    Je viens juste de ne pas me réveiller. Du balcon mouvant, je vois des gens qui montent la rue à reculons éjectant des poussettes en papier. Les pierres des murs ne parlent pas, n’en déplaise à Guillevic, mais elles sont moites et ont si chaud qu’on pourrait les modeler pour en faire des poupées en bois.

    Sur les toits qui s’effondrent avec panache, des armées de volatiles forment des bataillons avant de se lancer sur les bipèdes venus de Skagen et de Kungsbacka.

    L’église romane dont on voit une excroissance défier les falaises se transforme en une espèce d’immense bidet magnifique ce qui ne provoque pas l’étonnement de tous ces idiots scandinaves qui marchent désormais en avant mais à quatre pattes.

    A Balazuc, quand il fait chaud, c’est ainsi que ça se passe...ou pas.

     

    Loïc, le 08.07.2017, Balazuc.

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  • CR313 : règne animal - Jean-Baptiste Del Amo

    règne animal.jpgComme ce blog est fermé, j’ai écrit ce que je pensais de ce bouquin sur Facebook mais il existe encore des réfractaires à ce réseau social. Ceux qui sont contre Facebook savent son côté pratique mais leur opposition est avant tout idéologique. On dit qu’on n’est pas sur Facebook comme on dit qu’on n’a pas la télé. C'est trop mainstream. Comparaison ne vaut pas raison mais quand tu veux traverser la France en voiture, tu as le choix entre prendre les autoroutes ou prendre les autres routes. Si t’es pressé et que t’a pas envie d’observer le paysage, tu prends les autoroutes. Par contre, si tu as tout ton temps, c’est mieux de prendre les petites routes, de traverser les petits bourgs, d’emprunter les voies cernées par les champs de  vigne ou de tournesol. Et bien Facebook, c’est l’autoroute, aires de repos comprises.

    Voilà qui est dit, qui est hors-sujet et donc injuste à l'égard de ce  roman de Jean-Baptiste Del Amo qui est une totale réussite. Auréolé du prix livre Inter 2017 (y’a des prix de merde mais pas chez Radio France), il m’a été conseillé par une libraire de Vallon Pont d’Arc, ville située non loin de la grotte Chauvet dont ma famille a visité la réplique mais pas moi parce que je fais mon museau de cochon quand il s’agit de réplique, copie parfaite soit-elle. On en fait trop pour protéger les grottes ornées d’autant que visites humaines ou pas, elles sont promises à la disparition, comme toute chose.

    Mais je m’égare encore. “Règne animal” raconte l’histoire d’une exploitation agricole (qui deviendra exclusivement porcine, d'où le museau de cochon ah ah ah -) tout au long du XXème siècle avec cependant un grand bon en avant puisqu’on passe des années 20 au début des années 80 d’un chapitre à l’autre. Ce grand écart est cependant bien géré par l’auteur qui revient sur l’entre deux régulièrement. Ce roman est avant tout naturaliste et donc un peu une version moderne de “la Terre” de Zola. Comme le stipule le titre, l’animal règne, l’homme en est tributaire au point d’en prendre les habitudes (saleté, sexualité, instinct primitif…). Du Zola aussi parce que la famille dont il est question et qui habite près du bourg de Puy-Larroque (qui n’existe pas mais qui semble se situer plutôt vers le sud, en tout cas loin de Triqueville dans l'Eure) et dont le récit couvre 5 générations, porte en elle les gènes de la folie et accessoirement de l’alcoolisme dont certains échapperont et d’autres moins tout en devenant fous quand même lorsque l’un revient défiguré de la Grande Guerre et d’autres sont complètement dépassés par l’élevage de porcs hors-sol vus l'impératif de rentabilité et les contraintes sanitaires qu'il nécessite. Autre trait de caractère de cette famille : l'absence de sentiments. Les hommes copulent et  crèvent comme copulent et crèvent les cochons. 

    C'est avant tout le roman d’un effondrement. A la fin, il ne reste rien. Je ne vais pas rentrer dans les détails (en parlant de détail, le roman est très cru, et on a l’impression de sentir le cochon en quittant le livre) mais il reste juste un enfant (et son arrière-grand-mère, fil conducteur de l'ensemble un peu comme la centenaire Adélaïde Fouque dans les Rougon-Macquart), le dernier de la lignée dont on sait ce qu’il peut devenir, seul rescapé de la fuite en avant dans laquelle s’est engouffrée sa famille. Si on rajoute les ravages du cancer, de l'illettrisme, on dispose d’une belle palette de la misère humaine.

    En tout cas, je ne sais pas qui est cet auteur mais il décrit cet élevage de porcs avec une telle précision et un tel sens du détail qu’on se demande s’il n’a pas passé 3 ans dans une porcherie avant de commencer à écrire. Ou il est du milieu mais j’en doute.

    Alors, comme je le dis (trop) souvent, âmes sensibles s’abstenir. Une chose est certaine, Jean-Baptiste Del Amo, s’il garde cette verve et cette envie de décrire l’humanité sans cacher ce qu’elle a de plus sombre (même en se cantonnant  à la France) est promis à un grand avenir.   

    lecture : juillet 2017,  édition Gallimard, 419 pages, parution : 2017, note 4.5/5

    Loïc LT

    ps : corrections à venir

  • CR312 : Balazuc, mémoires de pierres - John Merriman

    5151HPWVFQL._SX328_BO1,204,203,200_.jpgJ’ai dit que ce blog était fermé, je n’ai pas dit que je n’allais plus l’alimenter. C’est comme quelqu’un qui tient un bar. Il peut le fermer mais continuer à y errer et se boire des bières. Bon, comme c’est fermé, je peux me lâcher.

    Cette première quinzaine de juillet, nous sommes allés en famille dans un gîte niché au cœur du petit village de Balazuc, creusé à flanc de falaise au bord de l’Ardèche. A notre arrivée, les propriétaires nous ont gentiment accueilli et à tout hasard, je leur ai demandé s’ils possédaient de la documentation sur le village. Quelques jours plus tard, Franck est revenu mais je n’étais pas là, il a transmis un livre à ma fille en lui disant que ce n’était pas le livre qu’il voulait me prêter mais que celui-là ferait l’affaire.

    Et pour cause ! Je ne sais pas quel autre livre il avait en tête mais après la lecture et après des recherches, je n’ai pas repéré d’autres bouquins sur Balazuc. Il s’agit d’un essai un peu autobiographique écrit par John Merriman, un écrivain américain, amoureux de la France (de son histoire surtout) et qui est tombé sous le charme de ce village improbable au point d’y acheter une maison dans les années 80.

    J’ai littéralement dévoré ce récit très documenté dans lequel en racontant l’histoire de ce petit bourg, de la révolution à la fin du XXème siècle, l’écrivain en profite pour nous rappeler l’histoire de la France des campagnes, de ses petits villages loin de Paris, tirant parfois bénéfices, parfois pas de la Grande Histoire via l’industrialisation,  les deux grandes guerres et un point sur lequel l’auteur s’arrête beaucoup : les écoles de Balazuc tiraillées entre les fervents d’une école catholique et tenants d’une école républicaine. Les anecdotes sont nombreuses, les différents entre le curé et le maire (quand ce dernier était républicain) faisant inexorablement penser à Don Camillo ! On frise parfois le roman.

    Mais en dehors d’être devenu l'un des "100 plus beaux villages de France” et donc une attraction touristique,  Balazuc  a subi le même sort que bien d'autres villages reculés que ce soit Persquen ou Triqueville: l’exode rural a vu sa population fondre. Aujourd’hui, il reste quelques commerces ouverts qu’en été (sauf un)  mais la plupart des volets restent fermés. Quelques vrais Balazuciens y vivent encore mais l’essentiel des maisons sont des résidences secondaires.

    Je pourrais vous parler de l’élevage du ver à soie dont Balazuc a pleinement profité car les mûriers sont peu exigeants et les terres autour du village sont aussi rocheuses que les allées du bourg, de ses vignes, de sa garrigue environnante, ses arbres desséchés et le chant assourdissant des cigales, de la construction du pont enjambant l’Ardèche voulu par un député de la IIIème république afin de bien faire comprendre à ces irrésistibles Ardéchois les profits qu’ils pourraient tirer de la république au détriment de la monarchie et de l’obscurantisme catholique. Je pourrais vous dire beaucoup de choses sur Balazuc pour y avoir vécu quelques jours et pour avoir lu ce récit. Dommage que ce blog soit fermé -)

    Et cerise sur la gâteau, j’ai eu la chance de rencontrer l’écrivain qui m’a accueilli à bras ouverts et m’a invité à revenir deux jours plus tard avec ma famille. J’ai pris l’apéro le plus copieux de ma vie. Il parle très bien le Français mais comment en serait-il autrement quand on a donné des cours dans les universités françaises ?  C’était une chouette rencontre. John Merriman possède l’accent américain, fait un peu dans la démesure mais il est imprégné de culture française, ce qui en fait un personnage attachant.

    Si tous les américains étaient aussi curieux qui lui, ils n’auraient pas voté pour un charlot (que John Merriman honnit, va sans dire).

    lecture : juillet 2017,  édition Tallandier : 368 pages, parution : 2002 et en Français en 2005, note 4.5/5

    Loïc LT