Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

littérature - Page 5

  • CR243 : 'oh...' - Philippe Djian

    thumb.jpgComme ceux de  Patrick Modiano et Eric Reinhardt, je lis tous les Phillppe Djian qui me passent sous la main. Il faudrait que les invite, tous les trois à souper, ça pourraît être sympa. Modiano-Djian : le gouffre entre un type passif et hésitant qui ne vit quasiment que par ses souvenirs et un type direct, qui vit avec son temps et qui déballe tout sans crier 'gare' (le seul point commun entre Modiano et Djian est l'homogénéité de leur oeuvre, sans ruptures, sans surprises, les romans se suivent et se ressemblent. Même univers, même ton, même style. On reste fidèle à sa marque de fabrique). Entre les deux, en arbitre,  Eric Reinhardt, philosophe et écrivain de gauche, auteur du sublissime Cendrillon en 2007. 

    'oh...' est le dernier roman de Philippe Djian. Michelle, héroïne et narratrice de cette histoire décoiffante semble tout droit sortie de Doggy Bag. Dans le vocabulaire des séries, on appelerait ça un 'spin-off'. Mais ce n'est pas le cas ici (c'était juste pour sortir ma science). Ceci dit, Michelle m'a fait beaucoup penser à Irène de Doggy Bag. Michelle est une jolie bourgeoise quinquagénaire (pour pas changer), bossant dans les médias (pour pas changer), qui vient de divorcer (pour pas changer), nymphomane (va sans dire), épicurienne (...) et qui n'a pas peur de dire ses quatre vérités (...). Son histoire est peu banale : au début du roman, elle est encore sous le choc d'un viol atroce qu'elle vient de subir à son domicile, au milieu du roman, elle couche avec son violeur (qui était autre que son voisin, un banquier beau qui chauffe son palace avec une chaudière bois à flamme inversée) et à la fin du roman, son fils tue le banquier pensant à tort déliver sa mère d'un horrible viol (car Michelle et Patrick jouaient à des jeux qui pouvaient prêter à confusion..). Pour le reste, le roman est un fratras insensé où se succèdent trahisons, coups de colère et drames. Philippe Djian raconte l'être humain sans rien s'interdire, avec comme seules autres considérations, quelques propos météorologiques (souvent dans les romans de Djian, les éléments se déchainent) ou botaniques (flore pavillonaire).

    Divertissant et jubilatoire. 

    lecture : janvier 2013
    Gallimard, 238 pages, prix interallié
    note : 4.5/5
    à suivre : la bête qui meurt, Philip Roth

     

  • CR242 : le vase où meurt cette verveine - Frédérique Martin

    compte rendu de lecture,littérature,littérature française,livre,culture,confitureC'est un cadeau de noël. Parait-il que je l'avais mis sur ma liste. Je ne m'en souviens plus. Peut-être que j'avais été subjugué par le titre..le vase où meurt cette verveine (extrait d'un poème de Sully Pruhomme).

    Pour des raisons de santé, Joseph et Zika, un couple de septuagénaires, doivent se séparer et quitter leur maison après cinquante huit ans de vie commune ininterrompue. Chacun est pris en charge par un des enfants. Commence alors une relation épistolaire où l'on se dit qu'on s'aime, qu'on se manque, on se rappelle les jours heureux, de la jeunesse, des enfants, ce qu'on n'a pas pas bien fait pour qu'ils soient si ingrats, et puis il y a la verveine dont Joseph doit s'occuper mais finalement elle meurt, symbolisant le dénouement  de cette histoire familiale pas drôle (nouvelle variation sur le thème 'les familles sont des asiles de fous') somme toute très moderne. 

    Si l'histoire tient  la route et donne à réfléchir sur la vieillesse et sa prise en charge, une fois de plus, j'ai été agacé par un roman épistolaire...deux êtres s'envoient des lettres, ce ne sont pas des fins lettrés (Joseph travaillait dans l'agriculture, je crois) et pourtant le style est impeccable, style d'écrivain en fait, et surtout, il n'y aucune différence entre les lettres sur la forme. On a tous son propre style, non ? Par ailleurs, afin d'informer le lecteur de certains événements ayant jalonnés leur vie (rencontre par exemple), l'auteur a dû faire dire a chacun des émissaires, des choses qu'ils savaient puisque les ayant vécu tous les deux. Cerise sur la gâteau : les lettres sont émaillées de dialogues dont le but est de retranscrire au mieux le quotidien de chacun. 

    C'est la raison pour laquelle, je ne suis pas fan des romans épistolaires. Ou on fait un roman épistolaire, et alors le narrateur doit vraiment se mettre dans la peau de celui qui écrit et abandonner son style propre( pas évident mais bon) soit on fait un roman tout court avec un narrateur extérieur au roman mais qui sait tout. 

    lecture : janvier 2013
    folio n°3309, 117 pages
    note : 2.5/5
    à suivre : oh, Philippe Djian

  • CR241 : adieu ma jolie - Raymond Chandler

    53633549.jpgJe me suis imposé la règle de rédiger un compte rendu après chaque lecture...quel qu'il soit. Alors, rédigeons celui de ce polar lu il y a un mois ou deux et dont je ne garde qu'un lointain souvenir. Le premier sentiment après l'avoir terminé était la fierté..fierté de l'avoir terminé déjà et fierté aussi de l'avoir compris..dans l'ensemble. Car lire Chandler n'est pas simple. Il y a un an ou deux, je m'étais cassé les dents au bout de quelques pages devant le grand sommeil, son bouquin le plus connu. Le style de Chandler est déroutant car il utlise un américain très familier (genre Léo Malet en France), ne s'embarrasse pas avec les explications et laisse à l'auteur le soin de démêler l'écheveau savamment constitué. 

    C'était quoi cette histoire ? Un prisonnier noir et de très grande taille sort de prison avec le désir de tuer son ex-femme qui l'a dénoncé aux flics. Sur le perron du bar où bosse la femme en question, il fait la connaissance de Philippe Marlowe, le détective récurrent de Raymond qui décide de le suivre. A l'intérieur, il ne trouve pas la femme mais tue le gérant de l'affaire. Parrallèlement, Marlowe est embauché par un type qui doit se rendre à un rdv pour remettre des billets à des gens en échange de bijoux qu'on lui avait préalablement dérobé. Les deux histoires finissent par fusionner pour je ne sais plus quelle raison. 

    Extrait. Pour les besoins de l'enquête, Marlowe se rend chez une vielle dame, moche et alcoolique vivant seule dans une maison de pierres rousses et calcinées qu'entoure une pelouse rousse et non moins calcinée : 

    Comme la sonnette ne marchait pas, je frappai sur le montant de l'écran grillagé. Des pas traînants s'approchèrent et la porte s'ouvrit. Et je me trouvai nez-à-nez, dans la pénombre, avec une grosse souillon en train de se moucher. Elle avait le teint brouillé et le visage soufflé. Ses cheveux broussailleux étaient d'une teinte vague, queue de boeuf, trop ternes pour être roux, trop sales pour être gris. Son corps était empaqueté dans une espèce de robe de chambre de flanelle dont la couleur et la forme n'étaient plus que l'ombre d'un souvenir : un machin à se mettre sur le dos. Ses larges orteils s'étalaient de façon flagrante dans des pantoufles d'hommes en cuir brun avachi. 

    Ba quoi, on a tous un 'machin à se mettre sur le dos' !. Description savoureuse qui donne une bonne idée du style de Chandler. Je me souviens qu'au collège, nous avions étudié la façon dont les écrivains décrivaient leurs personnages..et c'était pénible et convenu. Je ne sais pas ce que nous aurions pensé d'un tel passage mais au moins, nous ne serions pas restés de marbre. 

    Je parlais de Léo Malet...et bien, depuis j'ai lu un Léo Malet et je préfère de loin, mais c'est avant tout une question d'atmosphère, celle de Malet me parle plus. 

    lecture : novembre 2011

    kindle. sans coquilles (c'est rare)

    note : 3/5

  • hommage à Georges Staquet

    Je viens de lire deux nouvelles de Balzac : la maison du chat-qui-pelote et le bal de Sceaux. Ce faisant, il me reste 98.7% de la Comédie Humaine à lire m'informe ma kindle. Je ne suis pas au bout de mes peines. Mais bon, je n'irai pas plus loin. Je voulais juste avoir la confirmation de ce que je me doutais concernant Honoré. Pas trop ma tasse de thé. Et puis peut-être aussi ai-je trop mangé à ce ratelier-là, je veux dire le XIXème siècle.

    Concernant Balzac, ma déception ne vient pas de sa plume, riche et emphatique mais de ce regard un peu trop extérieur qu'il porte sur les événements qu'il raconte. On dirait qu'il résume plus qu'il n'écrit. Les situations concrètes sont rares. Il ne fait 'que' relater avec brio de son trône lointain des histoires mettant en scène des humains de toutes sortes (mais avant tout quand même d'une certaine classe sociale). Peut-être me trompe-je par rapport au si peu que j'ai lu  (il faut rajouter le Père Goriot aussi) mais qu'importe, le manque d'enthousiasme l'emporte sur l'envie de continuer.

    Il y a bien César Birotteau (cité dans le Bal de Sceaux) dont j'aimerais un peu connaître les affres. César Birroteau oui. Parce que c'est quoi cette histoire des quatre coups de la cinquième symphonie qui frappait dans sa pauvre tête dont parle Ferdinand à son espèce de beau-frère qui ne comprend pas non plus mais qui de toute façon ne va pas tarder à disparaître ? L'ex beau-frère en question est interprété par Georges Staquet. Il est décécé le 03 janvier 2011. Je tenais à lui rendre hommage. 

    vlcsnap-228060.png

  • CR240 : Le Grand Meaulnes - Alain-Fournier

    GrandFOURNIERrec.jpgJe stipulais dans une précédente note que je n'avais pas ressenti les mêmes émotions lors de cette deuxième lecture que lors de la première il y a à peu près 25 ans. Car il y a quelque chose dans Le Grand Meaulnes qui ne parle qu'aux adolescents et pour l'adulte qui s'y plonge, le but ne peut être que se rappeler l'adolescent qu'il fut. 

    Ceci dit, même lu adulte, le roman reste troublant. A ce point troublant qu'une semaine après l'avoir terminé, je m'y suis replongé toute la soirée, butinant ici ou là et m'arrêtant plus précisément sur la fête étrange dans ce 'domaine mystérieux' quelque part dans la campagne solognote lors de laquelle des enfants parés d'effets seyants dansent pendant que des adultes festoient et ripaillent en attendant un couple de mariés qui n'arrivera jamais. S'imagine-t-on un château à moitié délabré dans lequel la fête s'organise jusque dans les moindres recoins ?

    Dans les couloirs s’organisaient des rondes et des farandoles. Une musique, quelque part, jouait un pas de menuet… Meaulnes, la tête à demi cachée dans le collet de son manteau, comme dans une fraise, se sentait un autre personnage. Lui aussi, gagné par le plaisir, se mit à poursuivre le grand pierrot à travers les couloirs du domaine, comme dans les coulisses d’un théâtre où la pantomime, de la scène, se fût partout répandue. Il se trouva ainsi mêlé jusqu’à la fin de la nuit à une foule joyeuse aux costumes extravagants. Parfois il ouvrait une porte, et se trouvait dans une chambre où l’on montrait la lanterne magique. Des enfants applaudissaient à grand bruit… Parfois, dans un coin de salon où l’on dansait, il engageait conversation avec quelque dandy et se renseignait hâtivement sur les costumes que l’on porterait les jours suivants…

    Augustin Meaulnes qui a débarqué dans cette fête tout à fait par hasard (après s'être perdu dans la campagne lors d'une fugue) fait la connaissance d'Yvonne De Gallais, la soeur de Frantz, le maître des lieux qui devait se marier (et qui reviendra seul avant de repartir comme une ombre). Alors la fête s'interrompt, s'estompe même pourrait-on dire tant elle semble être sortie d'un rêve. Le Grand Meaulnes rentre à Sainte Agathe où il retrouvera son ami François (le narrateur) et le Cours Supérieur. La suite de son existence ne sera qu'une quête, qu'une enquête...qu'était cette fête ? Où se situe le domaine mystérieux ? Qu'est devenu Yvonne de Gallais ? Le roman se déroule, les années passent mais les échos de la fête continuent de résonner. Et là, je ne peux m'empêcher de citer Daniel Leuwers qui préface l'édition de poche :

    Le merveilleux de ce roman réside dans un secret mouvement de balancier où le temps courtise son abolition, tandis que s'élève la rumeur d'une fête étrange dont la hantise se fait d'autant plus forte que l'existence s'en éloigne irrévocablement. 

    Tout est dit.

    lecture : octobre 2012, le livre de poche, note : 4/5

     

     

  • CR238 : les lisières - Olivier Adam

    9782081283749.jpgA la base, le roman devait s'appeler théorie des lisières. Je me demande si ce n'est pas parce qu'un autre gros roman de la rentrée s'appelle théorie de l'information (qui ne me fait pas du tout envie) que d'aucuns, l'éditeur ou l'auteur, ont décidé de changer le titre. Et puis, les théories de...c'est comme l'écologie, ça commence à bien faire. Il y a quelques années, on s'est tapé des éloges de en veux-tu en voilà, maintenant, ce sont des théories. Pourquoi pas, hein, moi aussi j'échaffaude des théories dans ma voiture (mais je ne les publie pas) mais ça fait quand même un peu présomptueux. Toujours est-il que c'est quand même quelque part une théorie que nous rapporte Olivier Adam dans ce roman autofictif (lui aussi y a sombré). Le narrateur, Paul Steiner ( ça claque) écrivain à succès de son état s'est retranché depuis quelques années en Bretagne où il coule des jours plutôt tristes depuis qu'il est séparé de sa femme et qu'il ne voit ses deux enfants que  de temps en temps (d'émouvantes pages sont dédiées à la joie des retrouvailles, à l'amour plus fort que tout d'un père pour ses enfants). Il doit se rendre en région parisienne où il est né et a grandi pour rendre visite à sa mère, victime d'une mauvaise chute. Ce retour aux sources est l'occasion pour  Paul de revenir sur ses années d'enfance dans cette petite ville périphérique. Il y retrouve des amis d'enfance qui pour beaucoup sont restés croupir dans ce no man's land pavillonaire qui le dégoute profondément tant il est laid et monotone. Le temps est venu de balancer sa science, sa théorie. Pourquoi se sent-il perpétuellement à côté de la fête ? Parce qu'il est un homme des lisières...lisières de la capitale dans un premier temps et lisières de la France ensuite en allant s'enterrer, ou s'emmerrer sur le littoral breton. Il est beaucoup question de cette France pavillonaire, de son mode de vie, de son vote, de ses aspirations. Paul, lui, a tout compris, il a embrassé le monde dans sa totalité, en a compris la complexité, il est donc de gauche et s'engueule gentiment avec son frère ainé, vétérinaire de droite et son père tenté par la blonde du fn. C'est intéressant à lire, c'est du brut de décoffrage. Paul vit en lisisères de tout. Il ne supporte pas le microcosme littéraire non plus, il ne supporte rien ce rabat-joie. Torturé de nature, il est touché par la Maladie et c'est lors de ce retour dans la maison de son enfance qu'il apprend par hasard un secret de famille qui a son sens explique ce manque qu'il ressent depuis son enfance. 

    C'est un roman très ambitieux, légèrement agaçant mais pas prétentieux du tout. Sur le fond, il est d'ailleurs difficile à critiquer tant l'auteur aborde les problématiques dans tous les sens, par tous les bords, en n'oubliant pas de faire son autocritique. Il circonvolue sans cesse et ferme la boucle avec talent. De ce récit, je dirais, qu'il est d'un humain avant tout, ou à l'os comme le répète souvent l'auteur lors de ses passages médiatiques. 

    lecture : octobre 2012, éditions Flammarion, kindle, note : 4/5

    Loïc LT

  • CR237 : l'herbe des nuits - Patrick Modiano

    compte rendu de lecture, littérature, patrick modiano, lecture, roman, livre, culture, littérature françaiseL'herbe des nuits, c'était bien. Voyez comme je suis inspiré en ce moment. Première lecture depuis deux mois, c'est déjà une bonne chose. Maintenant, il faut se remettre à écrire, trouver les mots, les idées. C'est difficile pour moi, de plus en plus difficile. J'ai du mal à m'exprimer. Confortablement installé dans ma petite vie d'ouvrier, normalement accaparé par mes responsabilités familiales, occupé dans mon jardin dont je ne sais en fin de compte si le jeu en vaut la chandelle, la littérature est reléguée au second plan. Alors l'autre jour, je me suis dis qu'il fallait réagir, se forcer un peu bon sang, sinon on se laisse aller comme ça, on trouve toujours autre chose à faire qu'à lire...il faut que tu t'y remettes me suis-je dis et donc ça tombait bien puisque le jour du sursaut coincida avec celui de la sortie du nouveau roman de Patrick Modiano, qui bon an mal an reste sans doute mon écrivain préféré. 

    Alors, l'herbe des nuits, c'était vraiment bien ? Oui. Mais encore ? C'était du Modiano tout simplement. Le narrateur s'appelle Jean et il évolue dans le Paris d'aujourd'hui, ce Paris où d'aucuns usent d'Iphone (l'auteur en parle, c'est fou non...pas vraiment mais quand c'est Modiano, ça fait bizarre) et il possède un petit carnet noir dans lequel il a pris des notes à propos de personnages un peu louches avec qui il fit plus ou moins connaissance dans les années 60. C'était une sorte de bande aparemment d'origine marocaine que Dannie, l'amie de Jean  (avec qui il ne couche pas hein, ah non, pas de ça chez Modiano -) et proche de la bande appelait 'les toquards de l'Unic Hôtel', l'Unic Hôtel étant un  hôtel situé dans "l'arrière-Montparnasse" (c'est à dire dans le Montaparnasse périphérique où personne ne va sauf les héros de Patrick Modiano) dans lequel se retrouvait la bande afin sans doute de préparer un mauvais coup. 

    Quel mauvais coup ? L'exquis en même temps qu'agaçant François Busnel (agaçant cette façon se s'adresser à ses interlocuteurs à la 3ème personne) y a vu l'ombre de l'affaire Ben Barka dont je viens de prendre connaissance sur wikipedia. Soit. Peut-être mais qu'importe. Qu'importe car dans les romans de Modiano, l'histoire ne compte pas autant que l'atmosphère et les phrases qui l'évoquent. Pour l'anecdote, il y a un mort à la fin. On ne sait pas trop qui (Ben Berka lui-même ?). 

    Mais les dimanches, surtout en fin d'après-midi, et si vous êtes seul, ouvrent une brèche dans le temps. Il suffit de s'y glisser. C'est juste ce que je demande à un bon roman : une atmosphère et quelques phrases qui font mouche. 

    A propos de ce roman, Eric Chevillard écrit

    Je lis L’Herbe des nuits, le nouveau roman de Modiano, comme à chaque fois porté aux nues par la critique. Et certes l’auteur est attachant, certes il a un univers : Paris le soir il y a longtemps. Mais tout de même, c’est bien fluet, non ? Pauvre en sucre, pauvre en graisse. On ne va pas s’en crever la panse, sûr. Et si cette poignante nostalgie qui nous vient en le lisant était d’abord celle de la littérature ?

    ...

    lecture : octobre 2012, éditions Gallimard, kindle, note : 4/5

  • en lisant Modiano...

    littérature,patrick modianoEn pleine lecture du dernier Modiano, Je me suis demandé ce que ça pourrait faire que de relire plusieurs fois le même livre, pas à la suite, comme je l'envisageai dans un premier 
    tem
    ps, mais genre, tous les trois mois. Il n'y a qu'en lisant Modiano qu'on en arrive à ce genre d'idées, car dans ses romans, bien qu'il ne se passe pas grand chose, j'ai toujours l'impression de passer à côté de l'essentiel. Et puis, il m'arrive d'écouter plusieurs fois de suite le même album ou de m'émerveiller chaque fois que je repasse devant un même tableau, pourquoi ne pas relire souvent un roman aimé ? Donc, la question est la suivante : comment va évoluer dans le temps mon approche d'un livre que je  relis sans cesse ? Je vais tenter le coup...peut-être qu'on bout de 3 ou 4 lectures, ça va commencer par me gonfler, mais tentons toujours. Personne ne me mettra la pression dans ce genre de défi. 

    llt

  • CR236 : ouvrière - Franck Magloire

    Ouvriere.jpgOuvrière n'aurait jamais dû avoir l'honneur de  subir ma lecture...et du coup ma critique...attention...Mais voilà, un fait divers en a décidé autrement et ce récit de Franck Magloire sorti en 2002 a débarqué sur ma tablette quelques jours après que je terminai l'établi de Robert Linhart. Les deux romans ont le point commun de traiter de la vie ouvrière mais globalement, la comparaison s'arrête là.  

    La mère de l'écrivain fut toute sa vie une employée modèle  et discrète d'une usine Moulinex (nous possédions jusque dimanche dernier un barbecue électrique de marque moulinex mais il a brutalement rendu l'âme alors que les saucisses étaient à peine cuites, du coup, on a dû les finir à la poèle..ndlr) située en périphérie de Caen (sont-ce ses jambes..magnifiques que l'on voit sur la couverture ?). Après la fermeture de l'usine, son fils entreprend d'écrire sa vie d'ouvrière. Le travail s'effectue à deux. Elle raconte, il écrit. Mais elle est la narratrice. Dispositif très subtile qui tient la route je dois dire, même si au début, on est un peu surpris qu'une ouvrière s'exprime avec autant de raffinement. 

    C'est le récit de son quotidien d'ouvrière du hasard de son embauche jusque la retraite (et qui si je me souviens bien se produit en même temps que la fermeture définitive de l'usine).  Au plus près de la réalité, avec sincérité sans rien cacher, sans exagérer dans un sens ou dans l'autre. Solidarité entre ouvriers, amitiés, conflits, révoltes...il y a de la colère par moments mais ce n'est jamais militant...et puis par moments des quasi-déclarations d'amour  mêlées d'un certain fatalisme quant au sens de tout celà, en forme d'envolée lyrique...

    Je ne saurais dire s'il s'agit d'une sorte de bonheur familial à invoquer malgré la dureté des angles, d'une sève humaine mêlée et foncièrement incompressible qui absorberait l'assèchement du béton armé et le bruit incessant des machines dans les ateliers...ou bien si c'est le corps entier de l'usine elle-même, mère nourricière engrossée par le paternalisme des chefs à tous les niveaux de la hiérarchier, qui nous exhorte à croire à cette seconde famille...comme aujourd'hui dans leur journal interne et sur ces photos d'hier placardées en frise historique à l'accueil.... le temps nous déborde, qu'on le veuille ou non, nous vieillissons avec l'usine qui demeure...(p77)

    C'est un très beau récit qui rappelle aussi que l'ouvrier n'est qu'un pion qu'on déplace ou qu'un supprime sur l'échiquer de la mondialisation financière. Aujourd'hui, Moulinex n'est plus qu'une marque qui fabrique des barbecues électriques peu fiables: toutes les usines normandes du groupe ont fermé ou ont été cédées. L'établi se termine également par la fermeture de l'usine. A chaque fois, quelque part, on a envie de se dire : tout ça pour ça. 

    lecture : juillet 2012, Points, kindle, note : 4/5

  • rentrée littéraire

    J'ai du retard dans mes comptes rendus :

    - chien de printemps, Patrick Modiano

    - la chute, Albert Camus

    - ouvrière, Franck Magloire

    Vais-je les faire ou pas (sachant que je ne me souviens plus du tout du Modiano)..on verra. Parfois une envie d'écrire peut venir en fin de soirée, ça fonctionne comme ça chez moi et dans ce cas-là, je peux écrire sans fin sur presque rien. 

    Sinon, j'ai commencé à lire l'homme sans qualités de Robert Musil...juste quelques pages pour l'instant, sans conviction. Cette lecture n'est pas encore officielle ; elle peut s'interrompre à tout moment. 

    Loïc LT