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littérature - Page 4

  • rencontre avec Marie-Hélène Lafon (Larmor-Plage)

    Marie-Hélène Lafon ne fait partie de ces écrivains connus du grand public et elle ne fait pas partie non plus des goncourisables mais la dame, originaire du Cantal a fait son trou dans la littérature française, elle a trouvé une niche comme on dit et du coup a trouvé son public comme on dit aussi. J'ai lu deux romans d'elle : l'annonce (adapté au cinéma) et Joseph. La particularité de cette auteure est de décrire la campagne profonde, en l’occurrence ici le Cantal, ce que ne font pas beaucoup les autres écrivains français. A sa façon, elle est un peu la Annie Ernaux de la ruralité, même si, elle est romancière et non biographe. 

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    Elle était invitée ce soir par la médiathèque de Larmor-Plage (ma station balnéaire préférée), chose peu courante par ici et j'ai décidé d'y aller pour l'écouter évidemment mais avec la secrète intention de discuter avec elle après. On était à peu près 90 groupies dans la salle...dont 4 hommes ! On a compté. Elle est arrivée un peu en retard, plus coquette en vrai que sur les photos et n'a pas perdu de temps. J'ai moi-même posé deux questions que je retranscris à peu près ici :

    - Vous décrivez fort bien les petites fermes du Cantal qui fonctionnent à l'ancienne mais seriez-vous capable d'écrire un roman dont l'environnement serait celui d'une grosse exploitation laitière ou céréalière et par là-même décrire le malaise agricole (1 suicide tous les 2 jours) ? Elle m'a répondu que non, qu'elle ne pouvait écrire que sur ce qu'elle connaissait mais se souvenant de ma question, elle m'a interpellé quelques minutes plus tard pour lire un extrait d'un de ses essais où elle décrit avec poésie mais avec minutie le type de tracteurs-bolides qu'utilisent les cultivateurs de la Beauce. J'ai rebondi en lui répondant que si elle était capable d'écrire ça, elle était capable de faire un grand roman sur l'agriculture moderne. Elle m'a rétorqué qu'elle s'était beaucoup documentée sur les tracteurs (avait même appelé un ami je crois) mais qu'elle se voyait mal aller en immersion dans la ferme des mille vaches.

    - Votre livre l'annonce sorti en 2009 évoque le célibat des agriculteurs et le désir du fermier de trouver une femme via les petites annonces. Avez-vous même inconsciemment, été influencée par la célèbre émission de M6 ? L'assemblée a ri et elle a répondu que c'est une question qu'on lui pose souvent et que lorsqu'elle a écrit ce roman, elle ne connaissait pas cette émission (d'ailleurs, elle ne possède pas de télé).

    - Je lui ai fait une dernière petite remarque : avez-vous conscience que derrière le ton sérieux de vos romans, vous arrivez quand même à nous faire rire et presque plus qu'un auteur dont ce serait la marque de fabrique ? Je lui ai parlé des deux oncles muets qui regardent TF1 toute la journée dans l'annonce et de Joseph, qui, bourré comme un coing,  gare sa voiture au milieu du village, s'effondre sur le volant et met sans le vouloir en route le klaxon qui réveille toute la population, jusque ce qu'on vienne le sortir de cette mauvaise posture ? Elle acquiesce. 

    Elle a lu quelques passages (dont celui du tracteur qu'il faudrait que je retrouve), a répondu à d'autres questions et puis ensuite ce fut la traditionnelle séance de dédicaces. MH Lafon est plus déjantée qu'elle en a l'air. Il n'y a qu'à voir sa signature :

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    Je n'ai malheureusement pas pu discuter avec elle, parce qu'en bonne parisienne qu'elle est devenue, elle était pressée de rentrer (alors qu'elle venait juste d'arriver) et qu'il y avait trop de monde autour d'elle. C'était quand même une soirée sympathique et instructive. Excusez la médiocrité des photos, je n'avais que mon smartphone qui prend des photos pourries. 

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    On sent que ça bouillonne dans le cerveau de Marie-Hélène Lafon et qu'il faudra compter encore plus sur elle dans l'avenir ; elle a d'ailleurs laissé sous-entendre qu'elle n'allait pas forcément continuer à écrire sur la ruralité. 

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    Médiathèque de Larmor-Plage (Morbihan) , rencontre avec Marie-Hélène Lafon, 18h30/20h00, le 08 mars 2016

    Loïc LT

  • Un coin agréable dans les environs de Moscou (1972), Lucio Fanti

    A la page 425 de son roman (Naissance qui en compte 1601), Yann Moix évoque la figure d'un peintre en ces termes : 

    Pêche miraculeuse : mon père ne collectionnait pas les femmes, comme le faisaient des milliards de mâles torturés par l'instinct, mais ferait collection d'une seule, affrontant en propriétaire la monotonie, très consciencieux dans sa possessivité, polygame d'une épouse quasiment unique ( quelques "incartades" sans conséquences ni lendemain). Il venait de faire un trou dans ma mère, y passant un fil d'acier, la sanglant à son cou : il porterait cette femme, finirait par s'ennuyer avec, la poserait comme un canapé contre une fenêtre à double vitrage dans un salon aux baies blanches. Avec elle, peut-être et sans doute, il finirait par se noyer dans une grisaille à la Lucio Fanti (Un coin agréable dans les environs de Moscou, 1972, huile sur toile) : mais elle lui appartenait comme la mort appartient à l'éternité, le bruit au silence. Il pourrait faire fusiller ses propres enfants, à condition de la garder, même folle et refluante de baves, même ruine devenue, barbouillée de ses excréments - il avait soif de durée comme, dans cette métaphore indigne de moi, le vampire a soif de sang

    Voici la toile en question : 

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    Comme je mets du temps à lire ce roman, cette note est l'occasion de distiller un morceau de la prose de Yann Moix. Âmes sensibles s'abstenir ! C'est du brut de décoffrage mais en même temps, le narrateur (Yann Moix tout bébé) nous explique la fidélité sans faille de son père envers sa mère donc on l'excuse un peu de présenter la chose de façon un peu triviale. Et puis, il y a cette toile évoquée dans le passage.  Après une demi-heure de recherche, Lucio Fanti reste un mystère: pas de page wikipedia, très peu de réponses de google. Il dispose quand même d'un site internet mais sa biographie est très courte : Lucio Fanti, né à Bologne en 1945, vit et travaille à Paris. 

    Au début, quand je suis tombé sur cette toile, je me suis dit que le peintre était un communiste mettant son talent au service du pouvoir soviétique. On y voit une famille heureuse, la belle berline est garée derrière et l'on s'amuse dans les environs de Moscou donc. Lucio Fanti met quand même en évidence des nuages gris et menaçants mais en tout cas, prise comme ça, cette toile ressemble à une commande des autorités russes ou à une réelle envie du peintre de nous décrire la façon dont il voit le quotidien de l'URSS en 1972. On a vu plein de tableaux narratifs de ce genre ventant le bonheur de vivre en URSS et en tout cas, moi, je n'en voudrais pas dans mon salon, ni pour le fond ni pour la forme. Mais en fait, les choses sont plus compliquées car en poussant les recherches, je suis tombé sur ce site où l'on peut lire :

    Lucio Fanti naît en 1945 à Bologne. Il s’installe à Paris en 1965 et débute son activité plastique en 1967. Il expose dès 1968 au Salon de la Jeune Peinture avec les peintres de la Figuration Narrative réunis autour du critique Gérald Gassiot Talabot. Sa première manière, réalisée d’après des clichés photographiques russes, dénonce la dérive du régime communiste avec mélancolie. Comme Louis Althusser le faisait remarquer, « Lucio Fanti joue avec les clichés, non pour s’en jouer, mais pour les faire voir à nu. Il n’y a que les rois nus qui règnent ». Une mise en abyme mélancolique à l’image de Maïakovski, son double poétique, dont la figure et l’œuvre accompagne symboliquement la production du peintre.

    Je ne suis pas un grand spécialiste de peinture mais j'en conclue que par ce tableau, le peintre a voulu se moquer de l'art communiste et des artistes à la solde du pouvoir. Maintenant, il s'agit de trouver le rapport entre ce tableau et le propos de Yann Moix. Les choses sont assez claires. On peut comparer ce père russe jouant avec son enfant auprès de sa femme (belle et souriante comme la maman de Martine) au père du narrateur qui met la fidélité au dessus de tout. Mais quand même, on se demande pourquoi l'écrivain est allé chercher cette toile derrière les fagots. Comme il vit et travaille encore à Paris et que Yann Moix a des entrées un peu partout, peut-être se connaissent-ils et que l'écrivain a voulu rendre hommage à son ami italien. Mais ce ne sont que supputations. De toute façon, ce passage se noie dans cet océan romanesque mais il paraît évident que Naissance est le premier roman dans lequel Lucio Fanti est cité. 

    Je me coucherai moins bête ce soir, comme on dit et vous aussi, même si connaître cette toile ne sert à rien. Je continue à assister à la naissance du chroniqueur de Laurent Ruquier. Heureusement que l'accouchement de mes deux filles n'a pas duré aussi longtemps, d'ailleurs aucune naissance n'a connu une telle longévité. Yann, je ne sais pas si t'es un génie ou un mythomane  ( je trancherai plus tard), en tout cas, tu envoies du bois comme disent les canadiens et quand je vois tout ce qu'il me reste à ranger (les trois quarts), je me demande si j'aurai fini avant l'hiver prochain et si j'aurai de la place pour tout mettre. 

    Loïc LT

  • CR293 : Sara - Joyce Cary

    Avant toute chose, une petite vidéo de présentation de l'ouvrage (vaguement ironique) :


    compte rendu de lecture,irlande,littérature,littérature irlandaise,joyce cary,romanVoilà encore un auteur que je ne suis pas peu fier d'avoir déniché derrière les fagots bien secs qui sont au fond de la grange où plus personne n'a mis les pieds depuis pépé. Imaginez, cet auteur n'a pas de fiche wikipedia et quand on tape Joyce Cary Sara sur Google, il n'y a pour ainsi dire pas de réponses et pourtant comme je le stipule dans l'intéressante vidéo, la quatrième couverture écrite par un certain Jean-Claude Zylberstein (éditeur et donc pas forcément objectif) décrit Sara comme un chef-d'oeuvre. 

    Pour l'anecdote et pour ceux qui auraient eu la flemme de visionner la vidéo intéressante, j'ai dégoté ce bouquin dans la cité mondiale du livre, Bécherel que j'ai déjà évoquée ici et où je cherchais des bouquins d'auteurs irlandais. Je n'avais par contre pas demandé à ce que l'action se passe forcément en Irlande et heureusement, parce que le choix aurait été limité. 

    L'action de Sara se situe au pays de Galle au  début du XXe, c'est à dire vers la fin de l'époque victorienne. Sara, une campagnarde un peu rustre évoque la période où cuisinière dans une maison bourgeoise (employant une armada de domestiques) située près du village de Bradnall-Ville (qui n'existe pas en vrai), se fait draguer  par Matt, l'un des enfants de la maison, un type timide et pas beau mais juste et attentionné. Pas vraiment amoureuse, elle se marie et devient la patronne des lieux lorsque la mère décède. Ce sont les jours heureux. La maison de Woodview devient un lieu prisé où se succèdent les fêtes et les collations. Sara procrée et rencontre M.Hickson, un homme riche habitant Londres mais ayant une demeure dans le coin. Matt qui était excessivement timide prend de l'assurance et devient une pointure locale. A ce titre, il décide d'orner le pan de la nouvelle mairie d'une fresque murale et M.Hickson propose à un peintre inconnu M.Jimson de s'acquitter de la tâche. Il débarque donc avec sa femme Nina, on leur trouve une petite maison et il se met trop lentement à l'ouvrage.

    Sara, plein de préjugés moraux et religieux, comme on imagine l'Angleterre de cette époque-là ne peut s'empêcher de vouloir plus de libertés. Elle part en escapades en voiture avec Hickson ce qui provoque la jalousie de Matt. Les années passent (on saute vite plusieurs années dans le roman), Matt, malade, meurt et Sara accepte de vivre avec Jimson, le peintre maudit qui a également perdu sa femme. La fresque murale devient de l'histoire ancienne, le style trop contemporain du peintre déroutant tout le monde et le couple quitte la ville pour d'autres horizons. Mais Jimson qui continue à peindre cahin-caha (et même Sara nue) la largue pour une jeune et jolie fille et Sara redevenue simple cuisinière trouve un emploi dans un manoir habité par un type pervers ayant une mauvaise réputation. Sara qui ne peut s'empêcher de continuer à voir Jimson l'aide financièrement en volant des objets chez son nouveau maître. Préalablement, elle avait également fait des chèques en bois pour payer les dettes de Jimson, ce qui lui vaut finalement d'être traduite en justice et emprisonnée pour quelques mois. Elle l'annonce d'ailleurs dès le début du roman sans expliquer la raison et on croit à un méfait bien pire que ces quelques broutilles.

    Le personnage de Sara s'avère ambigue. Malgré des préjugés moraux et un attachement sans faille aux valeurs chrétiennes, une force (ou serait-ce une faiblesse, c'est chacun qui voit) la font faire des choix qui la dépassent et qui sont à l'opposé de son caractère. En même temps que femme soumise, elle apparaît aussi comme une femme libre (l'auteur Joyce Cary est reconnu comme un ardent féministe). La vie de Sara est donc une succession de choix peu réfléchis mais qui montrent une femme qui ne veut pas rester figée dans une vie monotone comme toute campagnarde qui se respecte. 

    Alors, ce monologue est-il un chef d'oeuvre ? Si c'était le cas, ça se saurait. En tout cas, ça se lit comme du lait ribot, les chapitres sont courts et on va donc donner une bonne note à un roman introuvable et oublié dans les limbes de la littérature irlandaise. 

    lecture en janvier 2016, sur papier, collection 10/18 .auteur : Joyce Cary (1888-1957). traductrice : Yvonne Davet. 316 pages. parution en 1941 (1954 en France). note : 4/5

    Loïc LT 

  • CR292 : banale - Fanny Chiarello

    banale, fanny chiarelloJe connais Fanny Chiarello (prononcer K) avant tout pour ses romans pour adultes. J'ai décidé de suivre sa carrière pour une raison totalement arbitraire (enfin bon...). Je ne lui donne pas le droit à l'erreur ! Ce blog est si peu visité que je peux ruiner sa carrière en deux phrases -)

    La dame écrit aussi des histoires pour les enfants aux éditions l'école des loisirs, maison que je connais bien car on y avait abonné les filles via l'école des lutins. Elles recevaient un livre tous les mois. C'étaient toujours des livres de qualité que ce soit au niveau de la présentation que des textes. D'ailleurs, on a décidé, comme mes Martine, de ne pas nous en séparer. 

    Une de mes filles a trouvé banale au pied du sapin. L'idée vient de moi.  Pas très original ! Le roman est à l'image du titre : banal mais telle était la volonté de l'auteur. Clara une fille de CM1 en a marre d'être transparente, qu'on ne fasse pas attention à elle et elle envie les stars de l'école comme Jade ou Enzo qui attirent la lumière. Clara cherche la solution. Elle se dit d'abord qu'elle va se faire langue de vipère en sortant de bons mots pour se moquer d'untel ou d'untel. Mais ça ne marche pas. Faire de la musique ensuite mais il ne reste que les cours de flûte de disponible et ce n'est pas franchement ce qui rend original. Elle parvient presque à se démarquer en décidant de se vêtir d'un vulgaire t-shirt le jour de la photo de classe alors que tous ses camarades sont sur leur 31 (ce que j'ai toujours trouvé stupide, quoi de plus naturelle qu'une photo de classe sur laquelle les enfants sont habillés comme ils le sont tous les jours). Sa tenue provoque l'hilarité de l'ensemble de l'école mais lui permet de se faire remarquer par un producteur de cinéma (frère du photographe). Mais les parents s'y opposent et Clara déprime. 

    On attend avec impatience une dernière impertinence de Clara. Mais c'est dans la musique classique et l'opéra (pasion de Fanny Chiarello ndlr) qu'elle va trouver l'épanouissement grâce à sa copine Inès qui lui prête des albums de chanteurs d'opéra beaux gosses. Alors, elle se sent différente même si un jour, dans un supermarché où l'on diffuse de la musique, elle se surprend à aimer à nouveau un chanteur du genre Justin Bieber. Tant pis, elle aimera les deux, le classique et la variété, ce qui n'est pas banal.

    Par ce roman, Fanny Chiarello a surtout voulu montrer l'univers impitoyable des écoles (du CM1 jusqu’au lycée en passant par le pire, le collège), les brimades, les moqueries et condamner le diktat imposé par la mode que chacun doit suivre à tout prix tel un mouton de Panurge. Père de deux filles, l'une en CM2, l'une collégienne, je ne peux que le constater au quotidien. On montre du doigt les originaux, les personnalités hors norme. En cela, le collège est cruel et personnellement, j'en ai un mauvais souvenir. C'est peut-être l'apprentissage du monde adulte mais c'est pire que le monde adulte car il manque aux enfants la sagesse qui vient avec l'âge et le 'vivre ensemble' qui s'impose aux adultes autant que faire se peut. Même si le livre se lit bien et que je ne doute pas que ma fille s'y délectera, je lui fais un reproche, mais c'est le reproche d'un adulte qu'un enfant sans doute ne verra pas : la façon dont s'exprime Clara (entre autres) est trop raffinée, elle utilise des termes et fait des phrases que je n'ai jamais entendues de la bouche d'un CM1. Je prends un exemple qui me tombe sous la main et encore ce n'est pas le plus frappant (p 134) :

    Il me faudra beaucoup de discipline pour progresser, maman, je n'ai pas de temps à perdre. D'autant que la route est longue sera longue et semée d'embûches, comme tu peux l'entendre.  

    C'est un peu la difficulté des grands écrivains : mettre son style dans sa poche et arriver à se mettre au niveau de ses personnages. Mais j'ai 43 ans, pas 10 ans alors je cherche midi à quatorze heures et les éditions Gallimard à la place d'une école, l'essentiel est le message de tolérance et fraternité qui veut porter l'auteur. 

    lecture le 09 janvier 2016 sur papier (l'école des loisirs, 158 pages) , parution en 2015. 

    Loïc LT 

  • CR291 : l'agent secret - Joseph Conrad

    joseph conrad, littérature, littérature anglaise, londres, roman, roman d'espionnageJoseph Conrad est une grande pointure de la littérature mondiale, je ne sais pas combien exactement mais il devait faire au moins du 47 sur une échelle qui va jusque je ne sais pas combien mais Marcel Proust ou Philip Roth approchant les 50, on peut considérer qu'on ne peut guère aller au delà de 51/52. Moi je chausse du 44 sauf pour mes pantoufles où je prends du 45.

    L'agent secret est donc un roman de cet écrivain anglais du début du XXème siècle et raconte l'histoire de Verloc, un agent secret londonien complètement dépassé par les événements. Il vit avec sa femme Winnie et son beau-frère Stevie un peu attardé dans une rue triste de Londres où le ménage tient un magasin où l'on vend tout et n'importe quoi, surtout rien. L'essentiel tient dans les activités de Verloc, anti-héros en puissance qui pour arrondir ses débuts et ses fins de mois est agent secret pour le compte d'une ambassade quelconque. Dans un premier temps, on ne lui demande que d'infiltrer les milieux anarchistes et révolutionnaires de Londres ce qu'ils parvient à faire sans trop de mal (tout en cachant le tout à sa famille). Ça se complique pour lui lorsqu'on lui demande de passer à l'action et de perpétrer un attentat dans un observatoire scientifique de la capitale et que cela soit mis sur le compte de terroristes d'extrême-gauche. Verloc est un peu tracassé par ce projet mais il continue à vivre sa vie monotone et son amour platonique avec sa femme Winnie. Il s'absente régulièrement à l'étranger et continue à fréquenter les organisations révolutionnaires plutôt endormies. 

    Dit comme ça, ce  roman d'espionnage semble sérieux, le fait qu'un personnage mène une double vie n'est pas une nouveauté littéraire. Son intérêt tient avant tout dans le côté pathétique des protagonistes, que ce soient la famille de Verloc, Verloc lui-même surtout, les pseudo-révolutionnaires plus clownesques que dangereux et les flics que les rivalités internes rendent ridicules et inefficaces. L'ambiance m'a un peu fait penser au roman le mouchard de O'Flaherty lu récemment mais ici tout est plus léger et décalé. Il y a juste  les descriptions de Londres qui sont un peu près crédibles avec ce brouillard et cette pluie à n'en plus finir. Tiens, l'idée me vient que l'agent secret est à la littérature ce que les tontons flingueurs sont au cinéma, c'est à dire qu'on est plus dans le pastiche que dans la volonté de raconter une histoire qui tient la route. Je ne divulgue pas la fin qui est à l'image de l'ensemble : ubuesque et triste en même temps. 

    Mon sentiment général est plus que positif. L'agent secret un roman truculent et désopilant. Je ne sais pas si l'ensemble de l'oeuvre de Conrad est du même tonneau mais si c'est le cas je suis preneur.

    lecture en janvier 2016 sur kindle (en papier = 445 pages) , parution en 1907, traduction française  par Henry-D. Devray, 4.5/5

    Loïc LT

  • CR290 : panique à Bamako - Gérard de Villiers

    2015, gérard de Villiers, compte rendu de lecture, roman, roman d'espionnage, mali, littérature, littérature françaiseIl était temps que je termine ce bouquin car j'en avais marre de voir sa couverture indigne d'un blog de si bonne tenue que le mien -). Non, mais sérieux, je suis quelqu'un de curieux, Gérard de Villiers a sa place dans l'édition française, on voit ses bouquins un peu partout et puis il dispose d'une caution imparable : Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères, spécialiste en géo-politique, érudit et mesuré dans ses propos a affirmé qu'il ne se rendait jamais dans un pays en guerre sans avoir lu le SAS qui lui est consacré (si SAS il y a).

    Le sous-titre de ce roman sorti en 2012 dit tout 'Qui stoppera les Islamistes en route pour Bamako ?'. Le héros de ce roman est Malko Linge, un héros récurrent des SAS, une espèce de mercenaire qui bosse pour la CIA dans les endroits sensibles. Il se retrouve ici à Bamako en pleine panique (dont l'actualité s'est largement fait l'écho) puisque des islamistes de tous poils (au sens propre comme au figuré), AQMI, MUJAO, Ansar-Dine ont pris contrôle du nord du territoire et je ne sais plus lequel tient des algériens en otage que Malko a pour mission de libérer. Mais Malko n'est pas qu'un va-t-en guerre et c'est ce qui fait que les romans de Villiers ont un tel succès : Malko aime le sexe, les beautés noires ou blanches et plus généralement, un quart du livre est consacré a des parties de baise trash. On peut trouver ça un peu racoleur mais quand on commence un SAS, on sait à quoi s'en tenir, la couverture est sans ambiguïté. Les SAS réussissent donc la prouesse de mêler sexe et géo-politique car sur ce dernier point, reconnaissons que l'auteur maîtrise bien son sujet et j'admets que j'ai beaucoup appris sur le Mali en dévorant les 312 pages qui composent ce roman. Peut-être Gérard de Villiers veut-il compenser la violence de certaines scènes de guerre par des parties de plaisir, laissant au bout du compte le lecteur (ou la lectrice) indulgent. 

    Je ne vais pas raconter l'histoire. On est plongé au cœur de Bamako avec des excursions risquées vers le nord, des mallettes remplies d'argent se trimbalent, des gens meurent,  des femmes (toutes nymphomanes) affriolantes ne sont pas ce qu'elles prétendent être. Les rebondissement se succèdent aux accouplements. C'est du roman de gare et pourquoi pas d'aéroport, il n'y a pas de raison qu'on ne les lise pas en avion et pourquoi pas en bateau. 

    C'est le dernier que je lirai à moins qu'il nous sorte un "embrouilles à Lorient" ou un "mourir pour Vannes'. 

    lecture en décembre 2015 sur papier, le livre de poche, parution en 2012, , 312 pages, éditions Gérard de Villiers 14 rue Léonce Reynaud 75116 Paris, ISBN 978-2-360-530-533, impression réalisée par Brodard &TAUPIN à La Flèche (Sarthe) le 20/09/2012. note 3/5

    Loïc LT

  • CR289 : le mouchard - Liam O'Flaherty

    le mouchard O'Flaherty.jpgLorsque je me suis arrêté dans la capitale mondiale du livre qu'est Bécherel, je suis reparti avec quatre bouquins d'auteurs irlandais (dont celui-ci) volés dans la librairie l'autre sommeil. Il n'y avait pas beaucoup de choix alors j'ai pris ce qu'il y avait. J'ai lu le pornographe en premier et après boussole de Enard m'a pris beaucoup de temps et donc l'heure était venue de découvrir la prose de Liam O'Flaherty, auteur qui ne dit pas grand chose aux heureux contribuables français et que je vais avoir l'honneur de critiquer ici. Peu l'ont fait mais certains quand même

    L'action du Mouchard se déroule le temps d'une nuit de printemps aux alentours des années 20 à Dublin. Gypo le héros fait partie de l'Organisation Révolutionnaire, groupuscule géré par le commandant Gallagher. L'Organisation Révolutionnaire dont je n'ai pas besoin de vous expliquer le combat et que j’appellerai désormais l'OR (pour ne pas éveiller les soupçons) est en plein émoi depuis qu'un de ses membres, Frank Mac Phillip a tué le président de la section locale du syndicat des fermiers (qu'on imagine plus hommes d'affaire que fermiers) quelques mois auparavant. Comme Gypo était plus ou moins trempé dans l'affaire, lui et quelques uns de ses condisciples se sont enfuient dans les montagnes qui entourent Dublin. Mais un moment, ils reviennent, souffreteux, tuberculeux, recherchés et Gypo, abandonnant tous ses idéaux décide de dénoncer Franck à la police contre pas mal d'argent qu'il dépense sans se cacher en alcools et putins. Gypo s'enivre, mène grand train mais l'OR est aux aguets et cherche le traître. Ils retrouvent Gypo qui n'étant plus à une parjure près dénonce un camarade qui n'y est pour rien. Mais le camarade a un alibi et très vite Gallagher et ses sbires devinent que Gypo est le mouchard. Il est arrêté et conduit dans une cave dans laquelle se situe une petite cellule d'où il arrive à s’échapper en défonçant le plafond friable. Et je ne vous dirais pas ce qu'il advient de ce pauvre Gypo. 

    D'un point de vue moral, Gypo a-t-il bien fait de dénoncer un assassin à la police ou bien a-t-il trahi ses idéaux et fait du tort fait à l'OR ? C'est chacun qui voit. Moi je lui en veux de ne l'avoir fait que pour les thunes. Mais en fin de compte, après qu'il ait réussi à sortir de sa cellule, Gypo n'est pas allé se réfugier dans un poste de police où il aurait pu carrément dénoncer tous les dirigeants de l'OR. Il ne l'a pas fait car il le dit à un moment, qu'il reste un révolutionnaire et non un mouchard. Alors, j'aurais aimé que Gypo puisse s'enfuir dans les montagnes et vivre dans les grottes en tuant des moutons ou en  cueillant des oranges. 

    Stève Passeur qui a préfacé ce roman dit à son propos en 4ème de couverture : 'Liam O'Flaherty a tant de talent, une telle force dans l'introspection, un tel art dans la conduite du récit, une telle adresse pour suivre les soubresauts de son célèbre héros, à la  façon d'un manieur de projecteur dans un music-hall, que l'on en arrive dès la dixième page à souhaiter que son mouchard ne soit pris, ni chatié'. C'est son avis et je le partage un peu.

    Liam O'Flaherty est né et mort au XXème siècle. Il fut un indépendantiste convaincu ce qui l'obligea à s'exiler aux Etats-Unis et en France. Le mouchard a été adapté au cinéma par John Ford (à croire qu'il n'y avait qu'un réalisateur dans les années 20). Mais John Wayne n'est pas dans le casting ! 

    Pour l'anecdote, ayant acheté ce bouquin d'occasion (avec la bonne odeur qui va avec), j'aimerais bien savoir ce qu'une personne a écrit sur la première page à l'attention sans doute de celui à qui il a offert le roman :

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    Avec mon épouse, on a coincé sur un mot : "tu aurais pu te faire coller un autre '????' que celui du cochon"

    lecture en décembre 2015 sur papier, le livre de poche, parution en 1925, traduction par Louis Postif, 243 pages, BRODARD ET TAUPIN-IMPRIMEUR-RELIEUR, Paris-Coulommiers.-France. 05.058 III-6243 - Dépôt légal n°2383, 4e trimestre 1962, LE LIVRE DE POCHE, 4, rue de Galliéra, Paris. note : 4/5

    Loïc LT, 15/12/2015

  • CR288 : boussole - Mathias Enard

    boussole, Mathias EnardComme je me suis fixé comme règle stupide de lire tous les prix Goncourt (sauf les années se terminant par le chiffre 6), j’ai donc lu Boussole de Mathias Enard, auteur que je connaissais pour avoir lu (et approuvé) zone (qui est bien plus qu’un exercice de style avais-je dis à son propos si je me souviens bien), mais la prose de cet auteur est quand même un peu compliquée si bien que je n’étais pas tenté de relire l’une de ses productions. Mais le sort en a décidé autrement.

    Dans Boussole, le narrateur est Franz Ritter, un musicologue viennois qui agonise dans sa chambre suite à une maladie apparemment contractée lors d’un voyage en Orient, l’Orient qui, comme on dit  est le personnage principal de ce roman, un roman auquel il faut s’accrocher, trouver des branches solides pour ne pas se casser la gueule par terre. Lors d’une nuit d’insomnie, il se remémore tous ses voyages et ses rencontres dans cette partie du monde dont il constate à regret la situation actuelle.

    La théorie qui sert de fil rouge au tout est que la musique classique occidentale a été fortement influencée par la musique orientale. Je me garderais bien de le contredire ! En tout cas, c’est pour constater sur le terrain la véracité de sa théorie qu’il passe sa vie à parcourir l’Orient, de la Syrie, à l’Iran en passant par Istanbul. C’est un peu barbant quand on n’est pas amateur de Wagner ou de Liszt mais le roman qui est d’ailleurs autant un essai qu’un roman (on va dire que c’est un essai romanesque) ne s’arrête pas aux travaux de Ritter. Ces voyages  sont pour le narrateur l’occasion de rencontrer des personnages hauts en couleur et je pense notamment à ce professeur alcoolique qui lui rappelle tout le processus qui a amené l’Iran à devenir une république islamique. Lors de ce monologue, Franz Ritter est accompagnée de Sarah, l’égérie de Boussole, Sarah, une orientaliste dont Franz est amoureux et avec qui il a dormi corps contre corps sous les colonnes des ruines de Palmyre mais cet amour platonique sera finalement le grand regret de Franz. Sarah l’amour de sa vie ne sera restée en fin de compte qu’une grande amie fuyante et trop absorbée par ses voyages et sa quête spirituelle qui l’amènera au bouddhisme.

    Évidemment, cette oeuvre est dans l’air du temps et l’auteur a sans doute voulu briser des idées reçues et montrer les rapports étroits qui unissent l'Orient et l'Occident dans tous les domaines culturels surtout dans cette période tourmentée que traverse cette partie du monde mais il n’occulte rien des atrocités et du rigorisme oriental.  Dans ce roman d'une érudition qui frôle parfois le débordement, on croise les figures de Rimbaud (dont, horreur, on subodore qu’il n’est pas l’auteur des illuminations) et de femmes aventureuses ou sulfureuses comme Annemarie Schwarzenbach qui vaut un roman à elle toute seule.

    Alors oui, il faut lire Boussole (et celle que possède Franz indique désespérément l’est…) et tant pis si parfois on perd le fil du rasoir. C’est un grand Goncourt et Mathias Enard prouve une fois de plus que c'est un auteur sur qui il faut compter si tant est qu’il devait encore le prouver. Vive Lorient !

    Loïc LT, 10/12/2015

    lecture sur kindle novembre/décembre 2015, 390 pages, parution  le 19 août 2015, actes sud. note : 4/5

  • CR287 : le pornographe - John McGahern

    le pornographe2.JPGJ’ai mis du temps à lire ce roman mais l’automne a été chargé. Voyages, ramassage de feuilles mortes, cueillettes de pomme, séjour en prison, recensement des cabines etc etc. C’est dommage parce que c’est un bon roman et je n’aime pas mettre des semaines à lire un livre car on a du mal à s’y immerger et lorsqu’on reprend sa lecture, il faut retourner en arrière etc.

    C’est donc à Bécherel, le village bretillien où il est interdit de vendre autre chose que des livres que j’ai dégoté ce bouquin. Je cherchais de l’irlandais et de bouquiniste en bouquiniste bourrus et fumant la pipe, un peu comme un jeu de piste, on a fini par me trouver celui qui pourrait satisfaire mes besoins (librairie l'autre sommeil)

    L’histoire se passe à Dublin. Le narrateur (dont l’auteur ne précise jamais le prénom à moins que je l’ai loupé), originaire de la campagne aux alentours de Dublin, subvient à ses besoins primaires en publiant des romans pornographiques. On a le droit à quelques extraits de sa production, ce qui donne un peu de piment au roman, il faut en convenir !

    Il a une trentaine d’années, additionne les conquêtes et rencontre Joséphine, une fille à qui il fait un bébé parce qu’elle refusait qu'il mette un préservatif. Mais comme il n’a pas de sentiment pour cette fille, il refuse de se marier laissant la dame dans le désarroi. Mais elle ne lui en veut pas et ne cesse de lui clamer son amour. Il est quand même bien embêté avec cette histoire, il voudrait qu’elle avorte ou que le bébé se fasse adopter, ce qu’elle refuse. Il est dans un sacré merdier.

    Parallèlement à cette histoire (qui ne serait pas un problème aujourd’hui), le narrateur se rend régulièrement au chevet de sa tante qui est atteinte d’un cancer en phase terminale et qui dépérit dans un grand hôpital dublinois. A chaque fois, il lui envoie une bouteille de cognac, ce qui atténue ses douleurs. Lors d’une de ces visites, il fait la rencontre d’une jolie infirmière que sa tante déteste. Le couple se fréquente, d’autant qu’entre temps, la future maman est partie à Londres pour rejoindre une vieille connaissance qui veut l’épouser (mais toujours avec l’espoir que le futur papa la rejoigne et change d’avis).

    Le roman qui se boit comme du petit lait (boisson que ne semble pas connaître le narrateur qui boit plus de whisky que James Bond dans ses meilleurs jours) met donc en parallèle la vie à venir et le déclin de la tante, deux événements avec lesquels le  narrateur doit jongler. Égoïste, macho et nonchalant, il vit tout cela non pas avec indifférence mais en bon existentialiste qui arrive toujours à justifier ses erreurs.

    C’est un roman à l’écriture simple et limpide comme le courant du Shannon, qui derrière son côté un peu léger est plus profond qu’il n’y paraît. John McGahern, décédé en 2006 gagne à être connu sauf des pudibonds.

    lecture papier en sept/oct 2015, 410 pages, parution en 1979, traduit en français par Alain Delahaye. éditions Albin Michel. note 4/5

  • Goncourt 2015 : Mathias Enard ne perd pas la boussole.

    mathias-enard-boussole.jpgLe Goncourt 2015 ne m'est pas inconnu. J'avais lu un de ses romans en 2009. Il s'agissait de zone et je me souviens à peine de l'histoire, par contre je me rappelle du style. Le roman ne comprenait qu'une seule phrase: vieille manie française de mettre la forme au dessus du fond. Il avait fallu que je m'accroche et rester concentré, ne pas sauter une ligne au risque de perdre le fil du rasoir. Mais j'avais été fier de l'avoir terminé. Je l'avais comparé à Claude Simon. J'avais pressenti que cet auteur referait parler de lui. Je ne sais pas ce que vaut ce Boussole, prix Goncourt 2015 mais je viens de le télécharger et le lirai avant le début de l'année lithurgique. Il y est beaucoup question d'orientalismes et cela tombe bien, j'en ai un peu marre du nombrilisme des auteurs français. 

    Mais pour ça, il faut que je me remette un peu à lire en m'efforçant de me libérer de l'emprise d'internet et d'autres vaines distractions. 

    Loïc LT