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littérature

  • CR370 : la plaisanterie - Milan Kundera

    mil.jpgÇa fait quasiment quinze ans que ce blog existe (c'est fou, j'avais 32 ans !) et pendant tout ce temps je n'ai jamais parlé de l'un de mes auteurs préférés, à savoir, Milan Kundera dont j'ai lu tous les romans et récits dans ma vingtaine d'années à part le rideau (qui porte bien son nom car l'auteur n'a rien écrit après. Il a aujourd'hui 92 ans). Cet auteur de premier plan n'a jamais reçu le prix Nobel preuve que cette institution ne vaut pas un coup de cidre (ils ont oublié Philip Roth aussi). 

    La plaisanterie, paru en 1967 est son premier roman et a été écrit en tchèque, l'auteur ne maitrisant pas alors le Français. L'action se déroule en Tchécoslovaquie aux alentours de 1947 alors que le pays vit sous le joug communiste. Alors que le Parti s'est immiscé dans toutes les strates de la société, Ludvik, un jeune universitaire envoie à une amie une lettre humoristique dans laquelle il se moque gentiment du parti communiste. L'amie va le dénoncer et Ludvik va être viré de l'université et être enrôlé dans l'armée où il travaillera dans les mines. Ludvik est le principal personnage mais il n'est pas le seul narrateur, trois de ses amis ont le droit à la parole. Comme toujours chez Kundera, la place des femmes est essentielle en tant que protagonistes essentielles et pour leur pouvoir érotique.

    Je fais vite. On trouve des résumés partout. Je me souviens, il y a 25 ans, quand j'avais lu les Kundera (avec une préférence pour l'insoutenable légèreté de l'être), je m'étais fait une réflexion que je fais toujours aujourd'hui. Les héros de Kundera, membres du parti communiste et puis exclus et envoyés aux travaux forcés restent fidèles au communisme. Ainsi dans la plaisanterie, les sociétés capitalistes ne sont jamais évoquées...il ne vient à l'idée de personne qu'il puisse exister autre chose que le communisme. 

    Ce que j'aime le moins chez les Kundera, c'est l'importance qu'il donne à la musique, les folklore locaux ou les chants du parti. Par contre, il fait partie des auteurs qui décrivent les scènes érotiques avec le plus d'acuité. 

    Le style est assez dépouillé surtout après que l'auteur devenu francophile ait retiré, horrifié, toutes les métaphores inutiles. 

    A noter que Kundera fait partie des rares auteurs à avoir été publié dans la collection la Pléiade (que je possède) de son vivant. Moi, à sa place, ça me ferait presque peur. Faire rentrer un écrivain dans cette collection, n'est-ce pas un peu l'enterrer ?

     

    la plaisanterie, lecture en avril 2021 sur papier, NRF, Gallimard, 395 pages

  • CR368 : le procès - Franz Kafka

    le procès.jpgJ'ai terminé hier ce dinosaure de la littérature mondiale. Je crois l'avoir lu dans ma vingtaine d'années sans certitude. Est-il utile de faire un compte-rendu d'un roman de Kafka dont l'adjectif "kafkaien" revient sans cesse dès lors qu'on s'agace de la lenteur et de la complexité d'une administration quelle qu'elle soit ? En l'occurrence, pour le procès, il s'agit de la justice et pour l'avoir côtoyée et la côtoie hélas toujours, je constate que même si Kafka fait dans l'exagération, nous sommes très doués en France pour complexifier ce qui est simple afin d'occuper des centaines de milliers de fonctionnaires avec tous les doublons que cela induit.

    Pour ce roman, j'hésite à dire si je me suis ennuyé où s'il m'a fait rire, un peu des deux sans doute. Cet auteur de génie qui ne s'embarrasse pas de descriptions inutiles réussit le tour de force de nous raconter une histoire qui finit en tragédie dont il nous cache quasiment l'essentiel. Un banquier dans un pays imaginaire se fait arrêter pour une raison qu'il ignore et qu'il ignorera jusque sa triste fin. Arrêté mais très vite libre, il cherche en vain à se faire aider par des semblants d'avocats ou autres personnages pathétiques avec l'espoir d'être acquitté bien qu'il se rend compte très vite que la chose est quasiment impossible. On se retrouve alors noyés au sein d'une institution qui ne vit que pour elle même et qui se fiche pas mal de savoir si l'accusé est coupable ou pas. J'ai oublié de dire que l'accusé s'appelle Joseph K  bien que le plus souvent, il est appelé K et qui ne connaîtra jamais la cause de ses démêlés mais veut quand même se défendre grâce notamment à un peintre vivant dans un 7m2. 

    En lisant ce roman, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la justice japonaise dont on a connu le fonctionnement grâce à la farce que Carlos Ghosn lui a infligée. Malheureusement pour K, il n'a pas eu l'idée de faire venir un orchestre dans son appartement !

    Le Procès est avant tout le roman de l'absurde. Il faut s'accrocher parfois mais la lecture paie car il arrive toujours un moment où l'on rigole des genoux.

    date de parution : 26 ans après 1900 mais il faudrait vérifier auprès du fondé de pouvoir qui n'est présentement pas là.

    Il s'est vendu en France à 1 170 000 exemplaires (Houellebecq et Zemmour peuvent retourner se coucher), sans compter les tirages en poche mais d'aucuns affirment qu'il faut décalquer à cette somme tout ce qu'on peut y ajouter et qui n'a pas été prise en compte par l'institut national des publications des romans restés enfermés dans une cave située dans dans un bureau dont seuls quelques assistants divers connaissent ou pas le lieu. La légende dit que l'accès à ce bureau qui n'existe sans doute pas se fait par une porte dont il est difficile d'accéder car un lit la longe si bien qu'il faut enjamber ledit lit couvert d'édredons poussiéreux. 

    lecture de mars à février 2021 au cœur de l'été

    Je vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs l'expression de ma considération distinguée.

  • revenir au monde (6)

    Je mets un point d'honneur à écrire une note tous les jours pour essayer de garder un style parce que j'ai le projet d'écrire un roman qui marquera le XXIe siècle. Déjà, dans un premier temps, il faut que je fasse mieux que Philippe Djian ou  Eric Reinhardt (pas évident déjà), par contre faire mieux que Guillaume Mussot ou  Joël Dicker et pour ce dernier , ce ne sera pas  difficile (mais il a reçu pour une de ses bouses le prix de l'Académie Française, ce qui me semble complètement insensé et qui démontre sans doute que cette institution est composée de vieillards séniles qui ont perdu le sens de la raison). Il paraît que le dernier Goncourt ne vaut pas un coup de cidre non plus.

    Bon, pour l'instant, je suis lucide, je suis incapable d'écrire un roman. Trouver une histoire....faire un plan et puis ne pas se répéter....et ce dernier point pour moi est très important car avec tout ce que j'ai bouffé de psychotropes, j'ai des fusibles qui ont sauté (figurez vous qu'en quinze jours, j'ai oublié par trois fois le code de ma carte bancaire qui se faisait avaler au bout de trois essais et la troisième fois, le banquier du Crédit Agricole s'est un peu fâché) mais j'ai encore quelques facultés mentales. Il y a quatre ans, j'ai été contacté par Gallimard ( ou une de ses collections de second plan.....) pour écrire un récit sur mes pérégrinations téléphoniques bretonnes. J'y ai réfléchi un peu et j'ai pris la décision que j'en étais incapable. Ma partenaire (ou "femme" si vous préférez) m'y poussait beaucoup mais je connaissais mes limites et je les connais encore. Pourtant, en quatre ans, j'ai bouffé pas mal de romans mais je suis à peu près certain que ce n'est pas le fait de beaucoup lire qui permet d'ambitionner d'écrire un roman. On est écrivain ou on ne l'est pas. 

    La mort de Joseph Ponthus m'a beaucoup marqué parce que j'avais adoré son récit, il avait même presque inventé un nouveau style et j'ai conseillé son "à la ligne" à plein de monde. J'ai pas lu son wikipedia mais je pense que c'était l'écrivain d'un seul livre, à moins que je le sous-estime mais je l'imaginais mal écrire un roman de facture classique.

    tds.JPGMa table de salon est mon bureau. Je peux vous la présenter maintenant qu'elle est débarrassée des bouteilles de whisky et d'absinthes. C'est rempli de bouquins, de cahiers (au cas où un poème germe dans mon pauvre cerveau qui est parcouru parfois de quelques fulgurances ), d'une machine à écrire, d'une tasse et plein d'autres trucs. C'est très rare qu'il n'y ait pas un Rimbaud sur cette table, ce meuble que j'ai acheté en 1997 et si comme dit De Nerval "un mystère d'amour dans le métal repose" ou "crains, dans le mur aveugle, un regard qui t'épie", cette table est plus que les hommes, la particule élémentaire qui me connait le plus au monde. 

    En ce moment, j'ai du mal avec les êtres humains. Je suis bien obligé de les côtoyer, de leur parler, accessoirement de les étrangler mais je me sens très bien dans le célibat...pour l'instant en tout cas. Mes filles font figure d'exception mais il ne faut pas que je les idolâtre trop...je ne suis évidemment pas objectif. 

    Comme j'ai décidé de passer du coq à l'âne, je voulais évoquer le télétravail. Combien de millions de travailleuses et de travailleurs le pratiquent et c'est quoi ce monde (le monde a changé de toute façon, il s'est déplacé quelques vertèbres) où l'économie tourne parce que tant de gens sont assis à califourchon devant un écran d'ordinateur ? C'est quand même fou non ? Qu'est ce que ce sera quand l'ordinateur quantique sera vulgarisé ? L'informatique est la clé de voute de l'économie mondiale et pendant ce temps quelques paysans eux, sont debout et nourrissent tous ces employés qui sont attirés par l'écran à tel point que leurs pupilles sont prêtes à se faire la malle. Non mais sérieusement, James Cameron et son Skynet était peut-être un visionnaire. 

    Je suis en train de relire "le procès" de Kafka et ça m'ennuie autant que ça me fait rire. C'est Michel Onfray qui a inventé (ou relancé) le concept de l'état profond...mais c'est clairement ce système qui se dégage des romans de Kafka. Ce sont des subalternes qui décident de tout (et de rien souvent) mais qui font tout pour ralentir la justice et qui cachent aux prévenus la cause même de leur arrestation. 

    Demain matin, je vais faire trois heures de gym dans une structure dépendant d'un établissement dont nul ne sait la fonction exacte et pour les quelques uns qui arrivent presque à la trouver, des fonctionnaires, sans trop savoir pourquoi, les foutent au placard au sens propre comme au figuré.

    Voilà, chers humains ! Mais si, je vous aime bien quand même !...mais j'ai une préférence pour les morts comme Rimbaud, Stendhal ou Proust. J'aurais bien aimé citer une femme mais honnêtement parmi les défuntes, je n'en trouve pas...ah si Catherine Demongeot.

    Ma sœur affirme que je suis pathétique et un menteur compulsif. Quelqu'un me l'a rappelé il y a deux jours alors parmi tout ce que je viens de vous dire, je vous laisse trier le bon grain de l'ivraie. 

    Loïc @Shako

  • l'insoutenable légèreté de l'être

    Je vous prie de ne pas vous moquer. C'est écrit en 1977, je n'avais donc que quatre ans ! Sinon, plus sérieusement, si vous ne l'avez pas lu, faîtes-le (pas l'espèce de poème mais le livre -). 

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  • CR364 : la famille Martin - David Foenkinos

    famille martin.jpgDavid Foenkinos est un auteur qui a trouvé sa place dans la littérature française comme Françoiz Breut dans la variété mais c'est la première fois que je le lisais. C'était pas prévu mais quand j'ai lu la présentation sur Amazon, je l'ai téléchargé direct sur ma Kindle, ma Kindle qui me suis partout, qui se glisse aisément dans ma poche droite (autant que dans ma poche gauche) et qui doit contenir plus de 500 romans que ce soit des classiques ou des romans contemporains.

    Donc une fois le bouquin dans l'engin, j'ai lu cette histoire de la famille Martin avec beaucoup de délectation. Je vous indique quand même vite fait de quoi il s'agit. L'auteur en mal d'inspiration décide d'aborder la première personne qu'il croise dans la rue et lui demander si elle veut bien qu'il lui consacre un roman. Il tombe sur Madeleine, une vieille dame rentrant de ses courses. Surprise évidemment par la proposition et un peu inquiète quand même, elle l'invite quand même à venir chez elle pour boire un café ou je ne sais quoi. Au fil des jours, une réelle complicité se noue entre les deux contribuables et de fil en aiguille, l'auteur fait la connaissance de toute la famille Martin, c'est à dire des deux filles de Madeleine, Valérie et Stéphanie. Ceci dit, Stéphanie expatriée aux Etats-Unis (qui cherche encore son clown) est juste mentionnée. Valérie est mariée et a deux enfants et c'est le couple Valérie/Patrick qui devient le centre névralgique du roman. 

    A la base, l'auteur ne voulait être qu'un observateur. Tous les soirs, il note ce qu'il a appris dans la journée et le roman prend tranquillement forme. Mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Son intrusion dans la famille Martin la bouscule un peu et provoque des changements ou précipite certaines décisions qui restaient en plan. 

    Donc voilà. Ce roman m'a fait un peu penser aux "gens dans l'enveloppe" de Isabelle Monnin qui m'avait été conseillé par Julie Schittly et que j'avais lu il y a quelques années (si vous voulez lire le compte rendu, tapez : doelan/blogspirit/les gens dans l'enveloppe. J'avais eu un véritable coup de cœur pour ce roman ( mais c'est pas vraiment un roman en fait). 

    Concernant la famille Martin, une question me taraude. Est-ce que David Foenkinos a vraiment fait cette démarche en vrai ou tout n'est-il que fiction ?  Je penche quand même pour la fiction car l'enchainement des événements ne ressemble pas vraiment à ce qui se passe normalement dans la vraie vie. Il y a trop de rebondissements. Comme je le fais parfois, je vais essayer de rentrer en contact avec l'auteur (il est sur Facebook) afin d'éclaircir cette affaire.

    En tout cas, c'est un roman facile à lire. Il figure en ce moment dans les meilleures ventes (mais l'auteur est coutumier du fait). Mais ce n'est pas parce que c'est un bestseller qu'il est mauvais. Tous les Français ne lisent pas les bouses de Marc Levy et Guillaume Musso.

    Lecture sur Kindle, parution le 1er octobre 2020 chez Gallimard. Note : 4/5

    Shako. 

  • CR362 : le chat bleu - Sébastien Monod

    lechatbleu.jpgIl y a des livres qu'on ne devrait jamais lire, ceux sur lesquels on ne tombe pas dans les librairies ou chez l'épicier du coin, ceux qui ne sont pas mis en avant sur les sites de vente. Vous me direz, avec 500 livres sortis à la rentrée littéraire, difficile de faire autrement. Donc, j'ai lu celui ci parce que je connais (virtuellement) l'auteur qui est le modérateur d'un groupe Facebook consacré à Etienne Daho. J'avais déjà lu un de ses romans, "rue des deux anges", dont vous pouvez sans doute trouver le compte rendu dans les limbes de ce blog (mais évitez quand même car je n'aimais pas ma façon d'écrire il y a 15 ans - car oui, ce blog a 15 ans).

    Donc ce n'est pas parce que je connais l'auteur que je vais lui envoyer des fleurs. C'est pas le genre de la maison (et je crois qu'il doit le savoir !) Mais objectivement, ce roman est très bon. Le style est limpide, sans effet de style, les phrases sont propres et soignées. L'auteur maîtrise parfaitement l'art du roman. 

    L'action de se déroule en 2045 et comme dans tout roman d'anticipation, la dictature règne (1984, de George Orwell, 2084 de Boualem Sansal, Ravage de Barjavel - plutôt apocalyptique ce dernier - et peut être un peu aussi Soumission de Michel Houellebecq). Des robots ressemblant à des humains assurent la sécurité ou sont utilisés à des tâches subalternes. Des milices contrôlent tous les lieux de passages importants. 

    Trois histoires différentes vont finir par s'imbriquer. Celle des Franciscains d'un couvent de Saorge en Italie  (ou moins j'aurais appris que contrairement à ce qu'on croit, les couvents ne sont pas dédiés qu'aux femmes) où recherche faîte il existe bien un monastère. On y fait la connaissance de Frère Jordan et du jeune frère Émeric. Celle de Elian habitant en Italie et désireux de se rendre en France à Marseille à la recherche de son frère qu'il ne connait pas. Pour ce faire, il s'octroie les services d'un passeur intitulé Vittore. Enfin, nous suivons l'histoire de Lou Baker, une chanteuse de cabaret (le chat bleu) dont le vrai nom est Louise (pas Julie Schittly) et qui dispose d'un fils qui s'appelle Neil. 

    Sur fond de dictature donc (mais l'auteur n'y joue pas de trop), Sébastien Monod tisse sa toile et l'on devine évidemment où il veut en venir mais sans trop savoir comment. C'est agréable à lire. L'auteur m'a dit qu'il avait dû opérer un important travail de documentation qui lui a demandé plus de temps même que l'écriture, l'écriture qui doit être récente car il est question du Covid44 ! Merde alors, on n'en a pas fini avec ce bordel. Étonnamment, il écrit sur son site : "ce roman, je l’ai commencé lors d’une résidence d’écriture au Monastère de Saorge dans l’arrière-pays mentonnais en 2016 et achevé lors d’une autre résidence d’écriture, cette fois en Camargue en octobre 2018". A-t-il opéré des modifications après ?

    Je ne comprends pas trop la couverture du livre qui représente une moto contre un mur défraîchi. Vittore et Elian se déplacent bien en moto mais en moto électrique, ce qui ne semble pas être le cas de celle sur la couverture. Mais qu'importe, je vous recommande ce roman qui vaut 16€ broché et que 4€ en numérique. Mais s'il vous plait, ne faîtes pas comme moi, achetez le en vrai. Vous pouvez le trouver directement sur son site et vous aurez une dédicace. Je vais peut être l'offrir à Louise Vanaem de Voringhem.  Je vous laisse, on frappe à ma porte, peut-être que c'est quelqu'un. 

    lecture: septembre 2020
    parution le 27 août 2020, édition des deux Anges
    note : 4/5

    Shako 

  • CR361 : Broadway - Fabrice Caro

    fabricecaro.jpgJe ne vais pas faire de résumé, ça ne sert à rien et on le trouve partout. Ce roman de Fabrice Caro paru cet été dans la collection "sYgne" de Gallimard est un véritable coup de cœur. 

    Axel, le narrateur fait partie de la classe moyenne supérieure (je ne sais plus comment on appelle ça en sociologie, CSP+, non ?). Il est le "chef" d'une famille normale avec deux enfants en pleine crise d'adolescence. Le fil rouge du roman constitue la réception d'un courrier de la CPAM lui demandant de se soumettre à un dépistage cœlioscopique afin de détecter un éventuel cancer de la prostate (ou du colon, je sais plus). Mais il est surpris car il n'a que 46 ans et logiquement, c'est envoyé aux hommes de plus de 50 ans. Moi, en tout cas, j'ai 47 et j'ai rien reçu. (Je n'envisage même pas d'avoir 50 ans un jour). Axel se pose des questions existentielles à propos de ce courrier comme il s'en pose à propos de tout. Tout le gonfle dans cette vie faite de convenances où il faut toujours faire bonne figure. Il habite dans une cité pavillonnaire cossue et ses voisins sont envahissants, notamment ceux de droite qui décrètent des choses sans demander l'accord d'Axel et sa femme Anna, genre, on se fait un apéro une fois par trimestre chez l'un et chez l'autre et il va de soit qu'Axel aime le whisky alors qu'il déteste alors il doit à chaque fois en boire et même quand il invite chez lui, il doit en acheter aussi. Et ces voisins envahissants ont décrété qu'on irait cet été en vacances ensemble à Biarritz pour faire du paddle, idée qui horrifie Axel. On n'ose pas dire non. Tout est comme ça dans la vie sociale. On ne peut pas sortir des sentiers battus. 

    Je me suis retrouvé un peu dans Axel qui se demande par exemple pourquoi les caissières portent un badge avec leur prénom. Personnellement, j'en ai fait mon parti. Quand je passe en caisse, je dis "bonjour Nadine" ou "bonjour Albertine". Parfois elles sont surprises ! Mais il faut bien que ce foutu badge serve à quelque chose. Le gala de danse de sa fille qui revient tous les ans est également une corvée parce que c'est à chaque fois un peu bâclé mais il ne faut pas le dire. J'ai connu ça aussi. Et son fils qui fait des dessins érotiques dans lequel il met en scène ses professeurs. Et évidemment, ça tombe sous la main d'un prof. Axel doit s'expliquer et s'excuser au nom de son fils. Peut-être faudrait-il qu'il voit un pédiatre...évidemment...couru d'avance. 

    Roman totalement délirant, l'auteur se moque et pilonne cette vie sans aspérités. Ça m'a fait penser à une chanson en duo de Souchon et Voulzy intitulé "il roule, les fleurs du bal" (vidéo ci dessous). Surtout la fin que je vais évidemment pas vous divulguer. Partir dans la nuit, Partir comme ça, Cette envie,Tout le monde l'a....

    Perso, malgré moi, j'ai connu cette vie pendant dix huit ans...que j'ai quitté quand même à regret. Je ne suis sans doute pas aussi sévère qu'Axel parce que je réalise ce que j'ai perdu. Je mets un bémol quand même. Rien ne trouve grâce aux yeux d'Axel. Ça fait un peu too much. Mais à lire ! Fou rire garanti toutes les trois pages. 

    lecture septembre 2020, kindle

    date de sortie : août 2020, Gallimard.

    note 4.5/5

    Shako. 

      


                                                           

    Morne est son cœur
    Et sans raison
    Vers cinq heure
    Il quitte la maison
     
    Il démarre
    Sans raison
    Comme aspiré par
    L'horizon
     
    Peut être l'amour
    Peut être la vie
    La tombe du jour
    Ou simplement l'ennui

    Partir dans la nuit
    Partir comme ça
    Cette envie
    Tout le monde l'a
     
    Larmor-Baden
    Guingamp
    Dehors le noir de la plaine
    Et puis le noir dedans
     
    Il part, il part
    Comme s'il allait quelque part
    Laissant là, dans la salle
    Sur le sol éparpillées
    Les fleurs du bal
     
    Dans l'axe est son moteur
    Il décolle
    Son accélérateur
    Le console
     
    Les guitares qui jouent fort
    Dans son cockpit
    Lui sont d'un réconfort
    Amniotique
     
    Il roule, il roule
    Comme les larmes…
    Qui coulent
    Laissant là, dans la salle
    Sur le sol éparpillées
    Les fleurs du bal
  • Françoiz Breut : ses conseils de lecture

    Sur le groupe "everyone kisses Françoiz Breut", la chanteuse nous donne lors d'une interview dans une forêt remplie d'arbres quelques conseils de lecture, dont le titre d'un seul, celui de Geneviève Brisac, qui personnellement ne me fait pas du tout envie. Non, je rigole, ce n'est évidemment pas pour le groupe qu'elle le fait mais pour un site culturel belge qui s'appelle Musiq3

    https://www.rtbf.be/musiq3/emissions/detail_paroles-d-artistes/accueil/article_francoiz-breut-chanteuse-et-illustratrice-je-continue-a-etre-une-grande-lectrice-et-a-avoir-envie-de-partager-des-histoires?id=10560420&programId=17142&fbclid=IwAR2V31ycRGTUXhfbLAuq989y3ycbInUdWMFwAGZJ8u-c0i7gz-_kVR6UzvY

    A propos, si cette chanteuse vous intéresse, je vous conseille donc de joindre le groupe Facebook "everyone kisses Françoiz Breut" un peu en sommeil ces derniers temps mais qui devrait redevenir un lieu de joie et de discordes très rapidement avec la rentrée des classes et des bestiaux. Ci dessous, donc, la liste des auteurs. 

    fbforêt.jpg

    - Sisyphe est une femme, la marche des cavaliers de Geneviève Brisac

    - Christiane Rochefort

    - Doris Lessing

    - Natalia Ginzburg

    - Viviane Gornick

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  • Brouillon de culture, Shako sabre la bouteille d'eau !

    Voilà, il est arrivé ce qui devait arriver. Votre serviteur, Shako au grand cœur reprend du service et notamment ses vidéos qui ont fait la non-notoriété de son blog ! Du coup, ça laisse plus de place à l'amusement. Il ne faut rien prendre au sérieux de ce qui se passe sur le net. Par contre si une jolie fille que tu ne connais pas te fout une claque dans la rue, t'es en droit de te demander qu'elle est le sens de ta vie.

    Dans cette vidéo douce comme le câlin d'un bisounours, je convoque au rapport les vivants et les morts à savoir Marcel Proust, Honoré de Balzac, Dominique A, Eric Reinhardt et mon pauvre ami Sébastien Monod qui se retrouve bien entouré dans ce festin culturel !

    Evidemment, tous les commentaires sont les bienvenus mais je préfère les commentaires désobligeants voire agressifs et même de mauvaise foi tiens, c'est plus drôle ! Ceci dit, je serais remettre à leur place les proustiens et les rimbaldiens s'ils en venaient aux mains ou aux sabres et tam-tam

    Shako ô grand cœur !


  • CR317: l'archipel du Goulag - Alexandre Soljenitsyne

    l'archipel du goulag.jpgIl y a des monuments littéraires qu'il faut avoir lu pour mourir moins con qu'on est né...à la recherche du temps perdu, la montagne magique, pastorale américaine, sur la route...j'en passe et puis donc l'archipel du Goulag de Alexandre Soljenitsyne. Ce dernier manquait à mon palmarès. La seule chose positive que je peux en tirer sera justement de pouvoir me dire "bon, celui-là, c'est fait", parce que cet essai en lui-même est littéralement imbuvable. Comme tout le monde sait de quoi il traite, je ne vais pas épiloguer...et comme tout le monde sait les ravages du communisme dans les pays de l'Est pendant le XXème siècle, lire ce pavé, c'est enfoncer des portes ouvertes. Mais bon, je me disais, à défaut d'apprendre quelque chose, voyons sa valeur littéraire. Et bien, c'est très moyen. Pour être honnête, c'est aussi rédhibitoire à lire que ne l'était l'absurdité de l'administration soviétique. Il s'agit ni plus ni moins d'un inventaire comme autant d'exemples de gens ayant été arrêtés arbitrairement essentiellement sous Staline, ayant subi les tortures lors d’interrogatoires avant d'être jetés en prison et envoyés dans le fameux archipel. Quand un ou deux exemples aurait suffi, l'écrivain russe nous en livre une centaine, tous plus ou moins identiques. Pour être clair et honnête, c'est barbant.

    Si on ajoute à cela que sur le fond, j'ai été gêné quand à plusieurs reprises, il se permet de dire à peine à mots couverts que le nazisme était moins mauvais que le stalinisme, on n'en peut plus quoi. Il évoque parfois le capitalisme dont il n'est pas fan non plus...et heureusement qu'il lui arrive de louer quand même le monde libre que constituait les pays occidentaux. 

    Mais parfois, la description du  culte de la personnalité provoque des fous rires :

    Voici un petit tableau datant de ces années-là. Une conférence du parti dans la région de Moscou. Elle est présidée par le nouveau secrétaire du Comité de rayon, remplaçant celui qui vient d'être coffré. A la fin de la conférence, adoption d'une motion de fidèle dévouement au camarade Staline. Bien entendu, tous se lèvent ( de même que, tout au long de la conférence, tout le monde a bondi de son siège à chaque mention de son nom). Une "tempête d'applaudissements se transformant en ovation" éclate dans la petite salle. Pendant trois, quatre, cinq minutes, elle continue à faire rage et à se transformer en ovation. Mais déjà les paumes commencent à être douloureuses. Déjà les bras levés s'engourdissent. Déjà les hommes d'un certain âge s'essoufflent. Et même ceux qui adulent sincèrement Staline commencent à trouver cela d'une insupportable stupidité. Cependant, qui osera s'arrêter le premier ? Le secrétaire du Comité de rayon, qui est debout à la tribune et vient de lire la motion, pourrait le faire, lui. Mais il est tout récent, il remplace un coffré, il a peur lui aussi ! Car, entre ces murs, parmi ces gens tous debout et qui applaudissent, il y a des membres du NKVD, l'oeil aux aguets : voyons voir que cessera le premier !... Et dans cette petite salle perdue, perdus pour le Chef, les applaudissements se prolongent pendant six minutes, sept minutes, huit minutes!...Ils sont flambés : Ils sont fichus ! Maintenant, il ne peuvent plus s'arrêter, ils doivent continuer jusque la crise cardiaque ! Au fond de la salle, perdu dans la foule, on peut encore un peu tricher, frapper moins souvent, moins fort, moins frénétiquement : mais sur l'estrade, au vu de tout le monde ?!...

    Voilà, j'arrête là, parce que la scène dure un moment, je ne sais plus comment ça finit mais bon, c'est drôle et d'un autre côté, ça ne surprend personne. Ce genre de scène existe encore en Corée du Nord malheureusement.

    Donc, au final, on a peu de descriptions du Goulag. C'est surtout un enchaînement de transfèrements d'une prison à l'autre et au final aussi, on ne sait même pas comment et pourquoi Soljenitsyne est libéré. En fait, là où le récit aurait pu avoir un intérêt et bien, on n'a pas la réponse. 

    Point final. 

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017, parution en France le 1er juillet 1974 aux éditions Seuil, 446 pages. note : 1.5/5

    Loïc LT