Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • rendez-vous manqué, épisode 1

    Beauchamp m'avait demandé de me rendre le 20 mai dans une cabine située près de Plumelin  à une certaine heure tardive et y attendre son appel afin qu'on convienne d'un rendez-vous, rdv pendant lequel on fixerait les modalités permettant de résoudre le différend qui nous pourrit la vie. Je crois qu'on est au moins d'accord sur une chose : on veut en terminer avec cette histoire inconcevable. Je me suis rendu sur place la veille de l'appel afin d'être sûr de l'endroit ( en retrait du bourg, presqu'au milieu des bois). 

    PLUMELIN200515 (2).JPG

    Le 20 mai, il faisait encore un peu jour lorsque je suis arrivé sur les lieux. Une Renault 21 Nevada verte pomme était garée près de la cabine et un homme vêtu d'une chemise col mao amidonnée en est sorti. Avenant et souriant, il m'a dit qu'il s'appelait Magdebourg et qu'il était missionné par Beauchamp pour me dire que l'appel n'aurait pas lieu pour des raisons inconnues de lui. Je me suis quand même rendu à l'intérieur de la cabine. Le publiphone fonctionnait et le numéro attribué était le 02 97 44 10 68. C'est alors que la sonnerie retentit. Magdebourg qui avait allumé une cigarette me regardait de l'extérieur et avait dû entendre la sonnerie également. J'ai décroché et une personne m'a demandé si c'était toujours ok pour le cambriolage de la quincaillerie Dumoulin le lendemain. Je lui ai répondu qu'il y avait erreur et qu'elle appelait à une cabine. Comme de fait, le numéro qu'il voulait joindre était le 01 97 44 10 68. Je suis ressorti de la cabine et Magdebourg était toujours là, la main gauche dans la poche droite et l'autre tenant la cigarette. Il était décontracté et il me dit 'je vous aurais bien proposé de boire un verre dans le bar un peu plus haut mais il est fermé'.

    PLUMELIN200515 (7).JPG

    Ensuite, il m'a dit que Beauchamp faute de pouvoir appeler lui avait demandé si j'étais disponible pour un rendez-vous à l'hôtel de la gare d'Hennebont le 30 mai à 16:00. Je lui ai répondu qu'à priori oui. Magdebourg m'a alors dit qu'il transmettrait mon accord de principe à Beauchamp et je lui ai répondu que si je ne donnais pas de nouvelles (de toute façon je n'avais aucun moyen de le joindre), c'est que le rendez-vous aurait lieu. 

    Le 30 mai, je me suis rendu à la gare d'Hennebont avec un peu d'avance, pas par inquiétude ( parce que je n'avais aucune raison d'être inquiet) mais parce que j'aime l'ambiance qui entoure les gares. Lorsque je suis arrivé, j'ai tout de suite noté que l'hôtel en question était fermé.

    HENNEBONT30052015 (1).JPG

    J'ai quand même frappé à la porte et une vieille dame dans le coaltar (car telle est l'orthographe de ce mot), en chemise et bonnet de nuit est apparue à la fenêtre du second étage possédant un petit balcon. Elle m'a demandé ce que je voulais et je lui répondu que j'avais rendez-vous avec un type dans le bar et elle m'a dit qu'elle en était l'ancienne patronne  et que celui-ci était fermé depuis trois ans et qu'elle n'attendait personne. Sans me dire au revoir, elle a fermé violemment sa fenêtre et je suis resté comme un con devant l'hôtel  dont la société immobilière Fiducial Conseil était chargée de la vente (si vous êtes intéressé, il faut appeler le 02 97 87 15 28). J'ai pensé que peut-être Beauchamp avait voulu signifier que le rendez-vous aurait lieu devant l'hôtel. Je me suis résolu à revenir à l'heure convenue, 16:00 donc,  le temps pour moi d'aller visiter la gare.

    Je ne crois pas avoir déjà pris le train depuis cette gare ni y avoir été déposé (encore que j'ai un doute sur ce dernier point). C'est une gare à l'architecture classique qui ne voit s'arrêter que des TER et INTERCITES, genre il y a un départ pour  Redon à 19:10 ou pour Quimper à 16:31. 

    HENNEBONT30052015 (6).JPG

    A l'intérieur, il y a même un guichetier et de futurs voyageurs. Le tout est propre et semble avoir fait l'objet d'une récente rénovation...ainsi d'ailleurs que les abris à l'extérieur. 

    HENNEBONT30052015 (10).JPG

    HENNEBONT30052015 (5).JPG

    4 ou 5 personnes traînaient dans la gare et je me suis dit que peut-être l'un deux était Beauchamp mais en les regardant bien, je n'ai pas senti que quelqu'un était là pour traiter d'affaires louches. Ou alors Beauchamp allait-il arriver par l'un des prochains arrêts ? Mais le guichetier m'informa qu'aucun arrêt n'était prévu avant 19:00. Au cas où Beauchamp serait fidèle au rendez-vous, il ne viendrait donc pas par le train. 

    En attendant 16:00, j'ai erré aux abords de la gare. J'avais soif mais je ne voyais aucun bar à l'horizon. L'endroit était  calme, il n'y avait pas d'activités et pour un peu j'aurais pu entendre les ronflements de l'ancienne patronne de l'hôtel.

    HENNEBONT30052015 (14).JPG

    HENNEBONT30052015 (21).JPG

    Quand tout est silencieux à ce point, on entend comme un bruit de fond un peu comme celui qu'on entend dans le film Paris-Texas de Wim Wnders à un moment, comme si le silence total ne pouvait être. C'est le son du Cosmos, de l'univers ou celui des Langoliers me dis-je parfois. 

    A 16:00, je me suis rendu devant l'hôtel mais il n'y avait personne, juste une affichette scotchée sur la porte 'je suis passer un peu en avance et presser je n'ai pu vous atendre, je suis attendus au Congrès Fédéral au quartier de St-Caradec, cordialement, Beauchamp'. (j'ai laissé les fautes)

    C'est quoi ce Congrès Fédéral à Saint-Caradec ? Je connais un peu Saint-Caradec, c'est un petit bourg pittoresque  faisant partie d'Hennebont mais se situant sur la rive gauche du Blavet (ou droite, ça dépend si on situe en amont ou à Laval) . De nature calme, je commençais cependant à être agacé par ce qui commençait à s'apparenter à un jeu de pistes...et tout ça pour lui annoncer que je possédais l'argent qu'il ne me devait pas. 

    Il y a des jours où l'on se dit que ce monde ne tourne pas rond. 

    A suivre,

    Loïc LT

  • avis aux botanistes

    910GW88n38L.jpgCette année, j'ai remarqué qu'il y avait très peu de pissenlits dans les jardins et dans les prés. Du coup, j'ai acheté un sac de graines de 20 kgs par crainte d'extinction de l'espèce. Mes voisins ne m'en voudront pas d'en avoir balancé quelques poignées sur leurs vertes pelouses.

    Par contre, une 'mauvaise herbe' chassant l'autre, je passe mon temps en ce moment à arracher un type d'adventice dont je ne connais pas la variété. Elle se déracine très facilement, c'est au moins ça de gagné par rapport au pissenlit qui lui, demande une opération plus complexe tant ses racines sont profondes et coriaces.

    Donc, voici cette plante qui envahit nos jardins, les fossés et les prés  et qui n'a peur de rien, pas même des djihadistes,  qui se faufile entre les cailloux et entre les fissures dans le béton. Je dispose de la bible conçue par le trio Felix-Toman-Hisek (guide du promeneur dans la nature) et d'un autre côté, je me suis aidé d'un guide pratique accessible en ligne et conçu par les chambres d'agricultures de Bretagne et qui s'intéresse spécifiquement aux 'mauvaises herbes' (je mets entre guillemets sachant que les écologistes n'aiment pas cette dénomination) poussant en Bretagne. 

    Pour commencer, contemplons des photos de la chose que j'ai pris à l'aube alors qu'un brouillard épais enveloppait encore la nature.  

    DSC04820.JPG

    mauvaise herbe,adventice,jardin

    Ce que je suppose être ses fleurs (bien que les feuilles soient trois fois plus grosses mais sans doute normal). 

    mauvaise herbe,adventice,jardin

    DSC04828.JPG

    Dans le guide des chambres d'agriculture de Bretagne, j'ai trouvé que la renouée persicaire y ressemblait beaucoup mais le guide ne rentre pas dans le détail:

    renouée.jpg

    Dans le guide du promeneur, il n'est fait aucune mention de renouée même sous son nom latin Persicaria maculosa. Dans ce guide, la seule plante qui se rapprocherait de mon inconnue serait l'oseille ou la petite oseille (rumex acetosella) mais ce n'est pas convaincant. Par contre, l'illustration de wikipedia concernant la renouée est assez pertinente :

    Polygonum_persicaria_bgiu.jpg

     D'autres photos prises dans le pré en face :

    DSC04833.JPG

    DSC04839.JPG

    DSC04832.JPG

    Un autre site confirmerait qu'il s'agit de renouées persicaires. 

    Pendant ce temps-là en Normandie, les mauvaises herbes ont une toute autre allure (photo prise à Pirou-Plage  sur une propriété privée où aucun aménagement n'a été fait) :

    mauvaise herbe,adventice,jardin

  • recensement des cabines # 15 Bubry

    Lorsque je suis reparti en piste le 14 mai, Persquen  était l'objectif unique de ce reportage, alors je suis forcément passé par le bourg de Bubry. C'est une porte obligée pour aller à Persquen que l'on vienne de Camors ou de Languidic. Quand j'étais petit et qu'on allait à Persquen, on passait par Bubry et alors je me disais que nous n'étions pas loin du but. Toujours est-il que je me suis dit que c'était l'occasion qui faisait le larron et je n'avais pas envie de revenir à Bubry spécialement. Il faut savoir profiter des opportunités et faire preuve de logique et d'efficacité lorsque l'on veut être un fin reporter. 

    Commençons par la traditionnelle petite carte offerte par Mappy.

    Camors-Bubry : 21.7 km, 23 mn. 

    mappy, bubry

    Comme on le voit sur la carte, Persquen est un peu plus au nord à 8 km. Je tenais avant toute chose à préciser que les 2375 habitants de Bubry sont des bubryates au masculin comme un féminin. Venons-en à l'essentiel ; la cabine téléphonique. Comme vous pouvez vous en douter, ce bourg en possède une sinon cette note n'existerait pas. Il s'agit d'une cabine double comme à Camors. Elle se situe sur le trottoir au bord de la 'grande place'.

    140515BUB (45).JPG

    2 publiphones, cela veut dire deux numéros d'appel que voici : 02 97 51 71 42 et 02 97 51 30 86. On dirait que les types du CAP3000 ont parcouru tout le département pour coller leurs affiches de merde sur toutes les cabines existantes. Ils ont une longueur d'avance sur moi ! Mais je ne suis pas certain que la soirée du 18 mai fut un succès. Qui porte une attention sur les affiches placardées sur les cabines ? Enfin bref, deux cabines accolées, qui fonctionnent toutes les deux et je pose deux questions fondamentales : 1 - de quand date la dernière utilisation de l'une des cabines ?  et 2 - de quand date la fois où les deux cabines furent utilisées concomitamment ?

    Comme je le stipulais au début de cette note, Bubry restera toujours pour moi un bourg de passage avant d'arriver à Persquen mais des années plus tard, à la fin du siècle, je l'ai également souvent traversé pour me rendre à mon agence comptable située à Guéméné/Scorff. A cette époque, à chaque fois que je traversais Bubry, je ne pouvais m'empêcher de repenser à nos périples d'antant avec mon père dans la R6 orange en direction de Persquen.

    Je crois m'être arrêté une ou deux fois à l'lntermarché de Bubry (non photographié) mais est-il utile de le souligner. Arretons-nous sur le centre-ville qui l'air de rien contient un nombre de commerce assez considérable et j'ai une théorie là-dessus : dans ce désert humain qu'est le centre-Bretagne (et dont fait déjà partie Bubry), il y a besoin de quelques centres de vie pour que les gens habitant les bourgs isolés (Persquen, Lignol, Langoelan, Ploerdut..) n'aient pas à se rendre dans des villes comme Lorient ou Pontivy. Il y a donc ce besoin de commerces de premières nécessités  qui permettent de passer l'hiver au chaud. Genre deux salons de coiffure quand même (rectif : il y en trois même mais la flemme de tout refaire..toutes mes excuses à Isabelle Coiffure) :

    bubrycoiffeurs.jpg

    Une graineterie aussi a pignon sur rue, ce qui est la moindre des choses : tout végétal part d'une graine et cela évite aux autochtones de se rendre à Jardiland ou Truffaud pour acheter des plants hors de prix. 

    140515BUB (9).JPG

    Je crains que l'hôtel des voyageurs soit fermé et je le regrette car j'ai toujours rêver dormir dans un hôtel des voyageurs. J'imagine l'ambiance : des représentants du commerce, des hommes d'affaires, des gens paumés, des hommes virés par leur femme, des routards tous réunis pour une nuit et même pourquoi pas rassemblés lors du dîner ou du petit déjeuner. C'est un peu désuet je sais mais ça doit exister encore mais plus à Bubry...

    140515BUB (27).JPG

    Ambiance dans la pizzeria :

    140515BUB (23).JPG

    L'architecture type de Bubry, c'est à peu près ce genre de bâtiment qu'on dirait être d'anciens locaux administratifs. Le site immo de Ouest-France m'informe que le tout vaut 170.000€, 200m2 habitables , 4 chambres, 2 salles de bain et 1000 m2 de terrain, qui dit mieux ?

    140515BUB (15).JPG

    Aucune fenêtre de cette maison de dispose de balcon contrairement à bon nombre de bâtisses de Bubry dont je vous ai concocté ici un montage à la mords-moi le nœud. 

    bubrybalcon2.jpg

    Je n'ai pas fait le tour de Bubry mais sachez qu'il y a tout pour survivre : banques, bars, épiceries, boulangerie, pharmacie, magasin Armor-Lux, garage etc...et puis ces rues sans âme où les gens trépassent mais où les conducteurs passent. 

     

    140515BUB (40).JPG

    Paradoxalement, quand on voit certaines rues, on a l'impression d'être au centre d'une grande ville.

    140515BUB (33).JPG

     

    Peut-être me suis-je fait des idées préconçues sur Bubry. N'empêche que malgré une certaine activité commerciale, beaucoup d'enseignes sont fermées. Ceci dit le bourg dispose d'un ensemble architectural robuste qui lui donne une certaine allure.

    140515BUB (35).JPG

    Et puis on peut saluer l'usage du terme crèmerie qui sent bon la 4ème république. 

    140515BUB (29).JPG

    Après, dans la nature, il y a encore de quoi visiter...des chapelles, des manoirs, des châteaux mais une vie ne suffirait pas à bien connaître la Bretagne. Tant de directions me tendent les bras, la tête me tourne.

    140515BUB (38).JPG

    reportage réalisé le 14.05.2015

    Loïc LT

  • avec un brin de nostalgie # 2

    1ère partie ici

     

    Il y a des images qui me restent de Kercher, des choses anecdotiques mais qui lorsque je les vivais revêtaient une grande importance. Par exemple, ma sœur me parlait l’autre jour d’une toile de tente qui avait été plantée dehors. Je ne m’en souviens pas mais y-avait-on dormi ou cela servait-il de terrain de jeu ?

    Mon grand-père possédait une Renault 6 verte (alors que mon père en avait une orange...quelle honte) puis après je crois qu’il l’a changée pour une Renault 5. Je me souviens qu’un jour nous sommes partis tous les trois, lui, mon cousin et moi chez un type chez qui mon grand-père devait donner ou récupérer quelque chose (je crois qu’il s’agissait d’une histoire de grain). Le voyage avait été long et j’étais tendu parce que je n’aimais pas quitter le cocon de Kercher. Arrivé sur place, mon grand-père a fait le tour de la ferme de long en large mais il n’y avait personne. Alors il est rentré sans agacement, sans le montrer en tout cas. Je ne l’ai jamais vu énervé de toute façon.

    Est-ce qu’à Kercher, on mangeait dehors les jours de beau temps ? Nul souvenir.

    Je me rappelle des verres à moutarde dont on se servait pour boire de l'eau...nouveauté pour moi aussi. A cette époque, c’étaient des figurines de dessins animés genre Goldorak dont était friand mon cousin.

    En haut du village, il y avait une ferme mais ça avait l’air de tourner au ralenti...mais entre la maison de mon grand-père et la ferme, il y avait cette petite maison en pierre dans laquelle venaient de temps en temps, des gens, des femmes je crois, deux soeurs peut-être, je ne sais pas; je me souviens juste de leur 2CV. Encore une question à poser à mes tantes ? Qui étaient ces gens ?

    Je ne vous parle même pas de voisines de Raymond à Talvern qui habitaient une petite maison dans laquelle on était allé une ou deux fois et à chaque fois, j’avais été impressionné par l'intérieur très soigné, très moderne, quelque chose d’inconnu pour moi. Et puis les filles m’intimidaient également...qui étaient-elles ?

    Il y a 2 ans, je suis repassé avec mon père dans le village de Talvern  mais ce n’était plus le même. Je n’ai pas retrouvé la petite maison mystérieuse, ni la forge et son foutoir insensé.

    Je me souviens que derrière la maison de Raymond poussaient des ajoncs par centaines au milieu de gros cailloux, des menhirs presque. Je me demandais ce qu’il pouvait y avoir derrière cet endroit...je me demandais même si le monde ne finissait pas là. Je n’ai pas de souvenir de complicité avec Raymond. C’était un homme très distant mais je dois avoir oublié certains moments. Mais une chose est sûre, je n’aimais pas aller à Talvern même si c’était pour une visite et en voiture, j’étais rassuré que le trajet dure un peu. J’ai revu Raymond  bien après lors de ma communion à Berloch et je crois qu’il m’offrit une montre...ou autre chose. Mais je ne veux pas être injuste avec lui, les souvenirs d’enfance sont ce qu’ils sont et on se fait des idées souvent fausses sur les gens. J'ai revu son fils des années plus tard à l'arrivée d'une course à pied.

    Avec mon grand-père, c’était tout autre chose. Ce n’était pas un grand bavard mais il aimait nous faire découvrir des choses, je me souviens de ses éclats de rire et quand je pense à tous les malheurs qu’il avait déjà vécus à cette époque et que je ne réalisais pas, toute cette injustice me fait mal au cœur. Mais mon grand-père était heureux à Kercher. Il avait des chiens de chasse, je crois qu’il chassait un peu, son jardin et autrement en hiver, je ne sais pas trop comment il occupait son temps. Il avait des responsabilités à la commune, il devait voir sa fille Patricia et rendre visite à sa mère et son frère dans la maison de Persquen.

    Longtemps il est venu nous voir à Berloch avec sa Renault 6 verte et je courais vers lui pour qu’il me prenne dans ses bras. Il me ramenait pour mon anniversaire des livres de la bibliothèque verte par paquet de 10 ( (c’est comme ça que j’ai découvert la série des Michel) et une chose m’intriguait mais je ne sais pas pourquoi. Où les achetait-il ? Je m’étais mis en tête qu’il existait à Persquen une librairie cachée surchargée de livres à tel point que lorsqu'on ouvrait la porte, on en faisait tomber. Il y a quelques années, j’ai fait un rêve à ce sujet.

    Je me souviens un peu de mon arrière-grand-mère décédée en 1982. Elle nous distribuait toujours des bonbons qu’elle sortait de derrière les fagots ou du dessus d’une armoire rustique. Il lui manquait des dents et autrement tout est vague dans mon esprit. J’ai peu de souvenir de François, le frère de mon grand-père.

    Ce que je réalise aujourd’hui, c’est qu’à cette époque Brigitte était très jeune puisque née en 1957, elle avait une petite vingtaine années. Je ne sais pas quand est apparu Antoine, son futur mari mais il m’impressionnait et j’avais toujours le sentiment qu’il préférait jouer (car il était très joueur) avec mon cousin (qu’il voyait plus souvent) qu’avec moi. Avec ma soeur, on a toujours trouvé qu'il ressemblait à Julien Clerc.

    Et puis, que faisions nous ces étés à Kercher ? Je n’ai pas de souvenir de sorties à la mer ou autres... Richard, le mari d’Evelyne était-il toujours parmi nous ? Que de questions dont j’aimerais presque n’avoir jamais de réponses...Mais je peux les avoir et je ne pourrais pas m’empêcher de les avoir.

    On voyait moins Patricia et Gérard...Je crois qu’ils ont habité à Bubry avant d’emménager dans l’ancienne ferme des parents de Gérard.

    Et Richard ! Une personnalité. Il habitait à Paris et quand il a su que je faisais mon armée à Compiègne (1996), il m’a invité un week-end dans un restaurant très chic près de la gare du Nord, un restaurant où il avait ses habitudes et où je me sentais gauche. C’est la dernière fois que je l’ai vu et je ne sais même pas si Evelyne, sa femme, ma tante, était déjà décédée quand on s’est vu.

    Puis après, je suis devenu comptable à Guéméné et le midi, lorsque nous allions déjeuner, on passait devant le cabinet vétérinaire où Patricia était secrétaire et je m’arrêtais lui dire bonjour. Et c’est à cette époque que rentrant à Berloch où j’habitais encore avant de trouver mon premier logement que je me suis arrêté deux fois au bar de Paulette à Persquen. Et je me suis arrêté aussi une fois voir un oncle qui habitait Persquen, un ancien ingénieur qui en imposait et qui avait toujours plaisir à m’accueillir. Vit-il encore ? Pour l’instant, je ne puis le dire. Et puis, j'ai revu une fois mon cousin Cédric aussi...du côté d'Arradon (port du Golfe du Morbihan). C'était totalement inattendu mais la probabilité existait puisqu'il avec acheté avec Brigitte la maison de Persquen et que lorsqu'on y vient en vacances, j'imagine qu'on ne passe pas ses journées à se promener dans le bourg...mais Arradon quand même...où je ne suis allé qu'une fois.

    Que dire d’autres...je pourrais y passer la nuit mais un moment, les anecdotes deviennent des détails sans intérêt.

     

    Loïc LT

  • CR282 : Joseph - Marie-Hélène Lafon

     

    téléchargement (1).jpgMarie-Hélène Lafon est l'une des rares auteurs contemporaines qui s'attache à décrire le monde rural (voir mon compte rendu de l'un de ses précédents romans), si on enlève, sauf le respect tous les romans du terroir qui touche un public ciblé pas spécialement épris de littérature et cela fait du bien de sortir de Paris, des affres de la classe moyenne supérieure, des manigances des gens qui n'ont pas de problème d'argent et qui ne connaissent de la campagne que ce que les spots de pub donnent à  voir.  Je n'ai rien contre cette littérature boboïsante ou autofictive (Régis Jauffret, Emmanuel Carrère, Eric Reinhardt, Philippe Djian...) mais un moment, il faut aussi se dire que 90% du territoire national est rural (et que cette ruralité est diverse) et qu'il mérite qu'on l'écrive et avec style si possible (ce que fait MH Lafon)

    L'auteur raconte l'histoire d'un garçon de ferme, le genre de profession qui n'existe quasiment plus aujourd'hui (mais qui est peut-être appelé à renaître sous une autre forme du fait de l'agrandissement des exploitations). Joseph est à l'aube de ses 60 ans et se souvient de toutes les fermes où il a travaillé, des bons et des mauvais patrons, les bons et les mauvais moments. Joseph ne s'intéresse à rien d'autre qu'à l'élevage ; on n'a aucun reproche à lui faire sur ce point. Toute sa vie est contenue dans une valise qu'il traîne de ferme en ferme et dans laquelle entre autres, il amasse un petit pécule en prévision de ses obsèques car il a entendu dire que ça coûtait cher. Il ne voit plus beaucoup sa famille (son frère jumeau est restaurateur à Paris). Il n'a connu qu'une fille pendant quelques années et elle s'est barrée. Rien d'autres. Le travail à la ferme, les tristes veillées, et comme seul intérêt télévisuel, le patin artistique (étonnant d'ailleurs). 

    Mais la vie de Joseph n'est pas si tristement lisse qu'il n'y parait parce qu'alcoolique, sa vie de fermier modèle fut entrecoupée de cures dont il sortait frais comme un gardon avant de rechuter des mois ou des années plus tard. Comme dans ces campagnes reculées, on ne respecte pas la loi à la lettre, les flics avaient pour les conducteurs pris en flagrant délit des sortes de salles de dégrisement appelées les bleues, après quoi ils pouvaient repartir sans retrait de permis :

    Les gendarmes le lui disaient assez, tu devrais prévoir de finir par Ségur tu serais plus commode pour la bleue. Il se remplissait de vin ; l'été il cuvait dans la voiture qui lui servait de maison. Il dormait assis au volant, raide et la bouche ouverte, avec la ceinture de sécurité et la radio, les phares ou les codes allumés, les gens le connaissaient, dans chaque bourg il avait ses places pour se garer et le cantonnier ou quelqu'un d'autre, en passant, tournait la clef de contact pour que la batterie ne se décharge pas complètement. La voiture était la Peugeot du père qui tenait encore le coup ; après ses cuites Joseph nettoyait, surtout pour les odeurs. Il était très maigre, ses mains tremblaient, il n'envisageait pas les gens ; et quand on réussissait à attraper son regard qui vous traversait sans vous voir, on ne soutenait pas longtemps ce vertige. 

    Le portrait de Joseph est aussi l'occasion pour l'auteur de nous décrire cette France inconnue, composée de petites fermes en train de disparaître. Mais elles existent encore dans des coins reculés (mais plus beaucoup en Bretagne). Dommage que le roman soit si court, il y avait tant de choses à dire sur le sujet. Moi, mon arrière-grand-mère était verratière et quand j'en ai parlé l'autre jour lors d'un repas de famille, tout le monde voulait en savoir plus, comme quoi, les questions sur la ruralité restent dans le subconscient des gens dont la plupart sont enfants ou petits-enfants de paysans. 

    Je sens MH Lafon tout à fait à même de nous écrire un livre sur le quotidien des exploitations intensives, car bien que l'on nous parle beaucoup de 'l'essor' du bio (qui est une bonne chose), c'est l'agriculture intensive qui nourrit les français et qui participe grandement à ses exportations. Je m'éloigne du sujet mais je peux vous dire que le bio représente bien peu de choses à côté de l'agrandissement des exploitations agricoles qui deviennent de véritables sociétés qui pour certaines traitent directement sur les marchés internationaux (et leurs travers : les produits dérivés). Mais Joseph, s'il est encore en vie,  est bien loin de ces considérations...

    parution : Buchet Chastel, août 2014, 144 pages, lecture sur kindle en mai 2015. note : 4.5/5

    Loïc LT

     

    marie-hélène lafon,compte rendu de lecture,littérature,littérature française,roman,livre,campagne,agriculture