09.04.2008

des jours et des livres (6) - le prix du livre Inter 2008

Mon livre de chevet est en liste pour le prix du livre inter 2008. Il fait partie des dix ouvrages sélectionnés dont voici la liste :

  • Henry Bauchau - Le boulevard périphérique
  • Sorj Chalandon - Mon traitre
  • Vincent Delecroix - La chaussure sur le toit
  • Annie Ernaux - Les années
  • Nicolas Fargues - Beau rôle
  • Eric Laurrent - Renaissance italienne
  • Linda Lê - In memoriam
  • Michèle Lesbre - Le canapé rouge
  • Eric Reinhardt - Cendrillon
  • Olivia Rosenthal - On n'est pas là pour disparaître

Bon, le prix Inter a ceci de particulier que les membres du jury sont des anonymes qui ont postulé via courrier. Le service culture de France inter s'est chargé d'en sélectionner 24 (douze femmes, douze hommes) sur des critères purement subjectifs avec les lettres comme seuls supports. Les 24 heureux élus recevront les dix romans à domicile. sympa. Délibération le 1er juin.

Tout ceci ne m'inspire que des choses postives. On sait le problème que cela cause et toutes les polémiques suscitées lorsque les jurys littéraires sont des professionnels de l'édition sur lesquels les maisons d'édition sont susceptibles d'exercer des pressions. Par exemple, plus personne n'accorde le mondre crédit au lauréat du prix Goncourt.

27a52f5af6ceea5f650cf2dcb2306d3e.jpgDonc, je vais suivre de près le prix du livre Inter. En espérant que Cendrillon de Eric Reinhardt l'emporte, car, on dira ce qu'on voudra mais ce roman mérite un prix. Trop de gens sont passés à côté. Je le constate tous les jours en parcourant la blogosphère littéraire (ou j'essaie tant bien que mal de transmettre mon enthousiasme pour ce livre) où il a été quasiment ignoré. Par ailleurs, avec l'affaire de la Société Générale, ce roman a montré combien il était d'actualité.

Pour mesurer les adversaires, j'ai envie de lire le boulevard périphérique de Henry Bauchau (parce que j'aime tout ce qui est périphérique...) et la chaussure sur le toit de Vincent Delacroix (parce que je veux savoir ce qu'une chaussure peut foutre sur un toit...)

Loïc, 23h00

 

29.01.2008

des jours et des gens (4) - Jérôme Kerviel vs Laurent Dahl

Ce soir, je suis plongé dans les vers de Stéphane Mallarmé..ce qui m'a ramené à Cendrillon d'Eric Reinhardt. N'en finirai-je donc jamais avec ce roman ? Après quoi en rendant ma visite quotidienne au blog ligne de fuite , j'apprends que l'écrivain a fait une courte apparition dans la seule émission du paf qui vaille le détour, j'ai nommé ce soir ou jamais présenté par Frédéric Taddéi. Reinhardt constate qu'il y a plein de similitudes entre son personnage et le trader Jérôme Kerviel...et le lecteur constate une fois de plus que Cendrillon n'est pas seulement une invitation à mettre plus de poésie dans nos vies mais également un roman d'une actualité brûlante. Un roman total donc. Voici l'extrait :

 

28.01.2008

l'hiver des poètes (2) - Stéphane Mallarmé

259bd212efa9bdef1b0f38faf25631c3.jpgJe n'ai jamais trop accroché à Stéphane Mallarmé. Jusque-là, je trouvais sa poésie trop hermétique, difficile et surtout pas très agréable à lire, ce dernier point étant important puisque je peux aimer un poème agréable à lire même si je ne le comprends pas. Il y a des quatrains entiers du bateau ivre de Rimbaud dont on ne comprend rien mais qui sont d'une splendeur sans égal.

Mais c'est la personnalité même de Mallarmé qui peut agacer. Très exigeant avec la poésie, il faisait partie, à mon sens de ces poètes "professionnels" sculptant ses vers dans la difficulté et n'étant satisfait qu'après maintes et maintes retouches. En clair, tout cela manquait de spontanéité et de cet esprit dilletante qui fait qu'on est un poète dans l'âme..

C'est après avoir lu Cendrillon de Eric Reinhardt où il est beaucouo question de SM que j'ai eu cependant envie de m'y replonger. Et finalement, - peut-être suis-je aujourd'hui assez mûr pour le lire - je me surpris à me délecter de nombreux vers du grand Mallarmé. La poésie de Mallarmé est très profonde et très riche en mots 'extrêmes' ou 'absolus'. Concernant la prosodie, beaucoup regretteront l'obsession du poète à respecter scrupuleusement toutes les règles du sonnet. Perso, j'ai toujours préféré la poésie clasique à la poésie en vers libres. sans doute mon côté cartésien.

Tiens et Mallarmé peut-être joueur à certains moments..comme le prouve ce poème où il transcrit en vers son carnet d'adresse :

                                                                                                                    

 Leur rire avec la même gamme                                  
Sonnera si tu te rendis
Chez Monsieur Whistler et Madame,
Rue antique du Bac II0.

Rue, au 23, Ballu.
J’exprime
Sitôt juin à Monsieur Degas
La satisfaction qu’il rime
Avec la fleur des syringas.

Monsieur Monet, que l’hiver ni
L’été, sa vision ne leurre,
Habite, en peignant, Giverny
Sis auprès de Vernon, dans l’Eure.

Villa des Arts, près l’avenue
De Clichy, peint Monsieur Renoir
Qui devant une épaule nue
Broie autre chose que du noir.

Paris, chez Madame Méry
Laurent, qui vit loin des profanes
Dans sa maisonnette very
Select du 9 Boulevard Lannes.

Pour rire se restaurant
La rate ou le charmant foie
Madame Méry Laurent
Aux eaux d’Evian, Savoie.

Dans sa douillette d’astrakan
Sans qu’un vent coulis le jalouse
Monsieur François Coppée à Caen
Rue, or c’est des Chanoines, I2.

Monsieur Mendès aussi Catulle
A toute la Muse debout
Dispense la brise et le tulle
Rue, au 66, Taitbout.

Adieu l’orme et le châtaignier !
Malgré ce que leur cime a d’or
S’en revient Henri de Régnier
Rue, au six même, Boccador.

Notre ami Viélé Griffin
Savoure très longtemps sa gloire
Comme un plat solitaire et fin
A Nazelles dans Indre-et-Loire.

Apte à ne point te câbrer, hue !
Poste et j’ajouterais : dia !
Si tu ne fuis II bis rue
Balzac chez cet Hérédia.

Apporte ce livre, quand naît
Sur le Bois l’Aurore amaranthe,
Chez Madame Eugène Manet
Rue au loin Villejust 40.

Sans t’étendre dans l’herbe verte
Naïf distributeur, mets-y
Du tien, cours chez Madame Berthe
Manet[^Berthe Morisot^], par Meulan, à Mézy.

Mademoiselle Ponsot, puisse
Notre compliment dans sa fleur
Vous saluer au Châlet-Suisse
Sis route de Trouville, Honfleur.

Rue, et 8, de la Barouillère
Sur son piano s’applique à
Jouer, fée autant qu’écolière
Mademoiselle Wrotnowska.

Si tu veux un médecin tel
Sans perruque ni calvitie
Qu’est le cher docteur Hurinel
Treize, entends- de la Boétie.

Prends ta canne à bec de corbin
Vieille Poste (ou je vais t’en battre)
Et cours chez le docteur Robin
Rue, oui, de Saint-Pétersbourg 4.

J'imagine la réaction du facteur lisant une adresse écrite de la sorte. Parait-il en tout cas que Mallarmé a utilisé toutes ces adresses telles quelles et que toutes les lettres sont arrivées..

Loïc, 22h10

 

21.01.2008

un lundi noir..

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En ce soir du 21 janvier 2008 où les traders sont en train de noyer leur peine dans les brasseries jouxtant leurs bureaux qu'ils ont abandonné avec pertes et fracas, je réalise une fois de plus notre bonheur d'avoir investi dans la pierre..et j'ai une petite pensée pour tous les gens de gauche - et ils sont nombreux - qui ont vu leur portefeuille boursier s'écrouler de plusieurs milliers d'euros, pour certains !

Oh, je ne me réjouis pas, je ne suis pas si égoïste. Je me mets à leur place, je comprends leur peine d'autant que j'ai connu ça en 2001 (mais modestement quand même). Et je n'ai pas totalement quitté le milieu que je vis par procuration à travers les héros d'une certaine littérature financière. Le plus dense et le plus haletant que j'ai pu lire à ce sujet est l'argent de Zola..un must ! Trader fou de Nick Leeson m'a également beaucoup marqué..et évidemment certains passages de Cendrillon de Eric Reinhardt. En ce moment, je suis à la veille du 18 octobre 1987 dans trente ans et des poussières de Jay McInerney (je me faisais la réflexion que nous avons subi, ici en Bretagne, deux jours avant le jeudi noir, un ouragan, qui je me souviens nous avait plongé dans le noir pendant une semaine..).

Je me dis que suivre le quotidien d'un trader procure autant de suspense que de lire un roman d'Agatha Christie car il y a dans cette activité un concentré de ce qui fait la force et la faiblesse de l'homme, sa cupidité, son ambition, son cynisme, sa bêtise...

Loïc, 23h06

(en photo, ma maison, prise du jardin).

 

 

30.12.2007

Cendrillon, Eric Reinhardt - passages choisis (2)

Je crois que fondamentalement, ce que j'ai aimé dans le livre de Reinhardt, c'est qu'il aborde beaucoup de thèmes : l'économie, la spéculation,  le sexe, l'amour, la création, la frustration, la poésie, le stress etc, tout ce qui remplit la vie de l'homme occidental contemporain. Par exemple, j'ai beaucoup de mal à lire un roman qui parle uniquement de ' '..Si on prend 'la possibilité d'un île' de feu MH, on a une seule thématique bien identifiable. Or, nos réalités sont diverses et ce n'est pas parce que je serais le fruit d'une manipulation génétique que toute ma vie, tout mon quotidien dépendrait et se concevrait par rapport à ça. Un bon roman doit embrasser la réalité du quotidien dans toute sa grandeur et aussi toute sa faiblesse. Je repense à Laurent Dahl qui passe le mercredi après-midi chez sa petite amie, Marie Mercier, une petite bourgeoise. Il a quelques ennuis gastriques et se retrouve confronté à une situation peu plaisante : enfermé dans les toilettes des Mercier, il ne sait comment se débarasser de son slip dans lequel il n'a pas su retenir. Cette histoire n'est pas anodine. Souvent les ennuis qu'on a de ce côté-là de nos vies sont assez révélateurs de certains caractères. Je prends mon cas. Enfant puis ado, j'étais un mec très timide (je le suis encore un peu mais il apparait qu'avec l'âge l'expérience de la vie prend le dessus sur la timidité) et je me souviens d'un voyage scolaire en Grande Bretagne alors que j'étais en 3ème. Nous avions chacun notre famille d'accueil. Et pour moi, ce voyage a été un stress de tous les instants. Ce qu'il m'en reste aujourd'hui, c'est que pendant 7 jours, je n'ai pas du tout déféqué car je ne comprenais pas le système de chasse d'eau des toilettes de ma famille d'accueil (et j'aurais été trop gêné de leur demander de venir tirer la chasse d'eau étant donné les odeurs etc). En journée, nous quittions nos familles et allions en car visiter Londres et autres endroits sympathiques. Mais j'étais tellement omnibulé par cette maudite chasse d'eau au système assez complexe que je n'ai profité de rien et toutes mes pensées revenaient à la façon dont j'allais pouvoir accomplir mes besoins. Mes camarades riaient, draguaient les petites anglaises et moi, j'étais là, à me retenir..et à ne pouvoir non plus uriner de façon apaisée tellement j'avais peur qu'en me laissant aller par devant, tout ne parte à l'arrière.

 'J'ai remarqué que plus on est envahi par le doute, plus on s'attache à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement ce que le sentiment a rendu trouble et obscur.' écrivait Moravia. Dans ce sentiment que j'avais d'être un bon à rien, j'ai été incapable pendant cette semaine horrible de trouver une solution à un problème pourtant simple. Je focalisais tellement sur ce problème que dès qu'il me fallait envisager une solution, ma façon de raisonner la chose déraillait complètement.

A la différence de Laurent Dahl, qui des années plus tard devient un des des traders les plus riches de la city, je n'ai jamais pu me sortir de cette hyper-timidité et cela évidemment a eu des conséquences sur ma vie professionnelle. Pourtant je me trouve quelques points communs avec Dahl : une adolescence difficile, l'amour de la poésie et de la culture en général, l'envie de réussir par tous les moyens légaux (mais pas forcément éthiques). Je dirais même qu'au début des années 2000, j'ai découvert à mon humble niveau l'argent facile, celui qu'on pouvait se faire très vite avec les produits de placement à fort effet de levier. Il m'est arrivé de faire  du 900% sur un warrant qui ne montait que si le cac baissait. Mais il m'est arrivé aussi de tout perdre. résultat des opérations : je n'ai rien gagné dans ces folles années et j'y ai même laissé quelques plumes. J'étais à cette période obsédé par les indices boursiers et au boulot, je ne cessais d'actualiser boursorama pour voir comment évoluait mon panier de valeurs minutes après minutes. C'était devenu n'importe quoi..et aujourd'hui que je ne joue plus à ça, j'ai remplacé ces obsessions par d'autres (et j'en parlerais qu'avec un peu de recul..)

Je ne me souviens plus trop du caractère de Laurent Dahl. (déjà..je sais, on oublie vite)...mais dans cette fuite en avant, pendant qu'il perd des millions de dollars sur la hausse du titre softbank, il croise une inconnue dans le train..et alors, et c'est ce qui fait la différence entre Laurent Dahl et Nick Leeson, c'est que Dahl, après avoir croisé le regard de cette fille, se fout complètement du cours de la bourse. Une seule chose importe pour lui : retrouver cette fille. Après l'avoir recherché grâce à quelques indices sur les hôtels d'aéroport où elle aurait pû descendre, il n'y croit plus qu'en invoquant le hasard, qui devrait une nouvelle fois lui venir en aide..Dahl, après avoir gagné un max de thunes en profitant à fond des dérives du système abandonne tout pour un regard. Laurent Dahl vous parle (ce qui justifiera le titre de cette note):

'Une situation désastreuse, je la retourne assez vite et j'en envisage le bon côté, les avantages et les vertus. Chez la plupart des gens les années s'empilent, toutes semblables, indistinctes. Moi je voudrais que ma vie se déploie comme un dallage dans un jardin... que chaque année constitue un progrès sur la précédente... que chaque année ait sa couleur, son identitié, ses spécificités. Cela requiert de la part de celui qui s'est fixé cette ambition des efforts considérables. Et une sort de fétichisme insensé du temps qui passe... des souvenirs que l'on laisse derrière soi... des sensations qu'on en retire... Je me souviens précisément de toutes mes dates importantes. Mon passé est ponctué comme par des monuments par des dates et des événements fondateurs. C'est un système dialectique qui unit passé, présent, futur. Sinon, je meurs. Sinon, c'est terminé pour moi. Sinon, je serais balayé dans l'instant par la terreur que m'inspire l'existence.  Et c'est logique d'une certaine manière. Durant toute mon adolescence je me suis évadé dans des images - des images de mon avenir que je fabriquais, des sensations, des tableaux, des situations rêvées. Et à présent que j'ai rejoint le futur de cet adolescent... que je suis devenu le jeune homme de vingt-trois ans qu'il fantasmait...puis-je les trahir, puis-je trahir l'adolescent que j'ai été et les images qu'il fabriquait ? Je ne peux y échapper, je dois continuer à produire, à engranger des images... c'est un système trop ancien... je dois m'y plier...Je suis dans chaque instant celui que j'ai été, celui que je suis et celui que je serai' (p272/273)

26.12.2007

CR16 - Cendrillon - Eric Reinhardt

01f0dc7a0731e09080ca3a3cb8b002e3.jpgCendrillon, que j'ai fini d'un souffle, dans un élan mystique  le soir de noël, est un roman énorme dans tous les sens du terme. Nous avons à faire dans ce livre à Eric Reinhardt, lui-même qui raconte la genêse de l'oeuvre et à ses avatars, Laurent Dahl, un trader épris de poésie, Patrick Neftel, une espèce de nihiliste frustré admiratif des attentats du 11/09, à Thierry Trockel, aussi, un chimiste désireux d'assouvir tous ses fantasmes sexuels. Je ne vais pas vous faire le résumé de tout ça, il y en a suffisamment sur le net. juste dire ce qui me traverse l'esprit.

Ce que j'ai là, à l'esprit, c'est Laurent Dahl. Après quelques années au back office où il est humilié par les traders du front, il se fait embaucher par un ami trader, en tant qu'associé dans un hedge fund qu'il décide d'appeler Igitur en référence au poème de Mallarmé (un truc dont je n'ai jamais rien compris mais qui curieusement m'a servi longtemps de pseudo sur le net ). La mission de Dahl est de récolter un maximum de dolls (pour dollars) auprès d'investisseurs privés. Il se débrouille à merveille et le fond démarre sur les chapeaux de roue. Son associé, Steve Stihl, un génie de la finance gagne à tous les coups en prenant le marché à contre-pied..En 1998, voyant se gonfler les valeurs internet, il décide de mettre le paquet et de parier sur l'effondrement de la valeur Softbank. Il est sûr de lui. Mais softbank continue à grimper..vertigineusement, boosté par la concentration qui s'opère dans le secteur. Dahl est chargé de continuer à faire rentrer de la trésorerie pour couvrir ce qu'on appelle les 'appels de marge'. Acculés, les deux associés sont obligés de magouiller en rachetant à prix d'or une start-up insignifiante. On embauche un expert qu'on achète, chargé de surévaluer cette valeur..Pendant ce temps, Softbank coninue à grimper. Dahl, en voyage en France, croise une inconnue dans un train dont il devient fou. Il l'a perd de vue et dans une fuite en avant, fait tout pour la retrouver, faisant confiance au hasard ou au destin. A ce moment, le sort d'Igitur semble lui importer peu. Seule compte pour lui, cette femme croisée dans le train (c'est la raison pour laquelle Dahl est mon préféré dans ce roman, une sorte d'idéal..un trader mallarmén...on n'en croise pas tous les jours).

J'ai envie aussi de vous parler d'Eric Reinhardt, l'écrivain. Attablé en terrasse du café le Nemours, il vante l'automne, saison de tous les possibles - 'l'atmosphère de l'automne inscrit du sens entre les choses, entre cet arbre et cette façade, entre ces branches et cette fenêtre, entre le kiosque à journaux et chaun des réverbères qui ponctuent l'esplanade, espace qui n'est plus vide mais substanciel, méditatif un espace qui a l'air de penser lui-même et de penser les êtres qui le traversent'. - Je vous le dis comme je le pense : Ce roman est la plus merveilleuse ode à l'automne que je n'ai jamais lu...ce qui est extraordinaire, c'est que ce poème à l'attention d'une saison côtoie sans heurt l'ambiance de folie qui règne sur les places boursières mondiales..Parralèlement, Patrick Neftel, looser incapable de trouver sa place dans la société rumine sa haine du système au fond de sa chambre dans la maison de maman. Ce qu'il voit à la télé le dégoute, sa mère le dégoute, le capitalisme le dégoute. Il voue une admiration sans borne à Patrick Durn, ce type qui assassina de sang froid plusieurs élus municipaux lors d'une réunion de conseil. Il prépare un attentat suicide à la télé. Chaque histoire finit dans la fuite en avant, Dahl dans la quête de cette femme croisée dans le train et suspendu au cours de l'action Softbank, Patrick Neftel, qui dispose d'armes et de munition prêt à comettre le pire, et Trockel qui s'en va avec sa femme rejoindre un couple en Allemagne afin d'assouvir le dernier de ses fantasmes...

On en reste là mais on est abasourdis par tant de maîtrise dans le récit, par tant de poésie, par tant de cruauté, tant d'instincts primaires et en même temps par tant de réflexions profondes. Ce livre est énorme...chapeau bas à Mr Reinhardt. Et je vais vous dire pourquoi je n'aimerais par être à sa place aujourd'hui : car il va lui être difficile de faire mieux..et je vais vois dire de quoi je suis dégouté : non seulement, ce roman n'a eu aucun prix littéraire mais il n'apparaissaitt même pas dans les sélection finales. Je suis sûr d'une chose : le temps travaille pour lui.

à venir dans une prochaine note, un nouvel extrait.

Loïc, 23h15

 

22.12.2007

Cendrillon, Eric Reinhardt - passages choisis

f663301e95ace0af1109204acb0d5368.jpgCe livre qui recelle de pensées profondes et pertinentes sur Paris, le temps qui passe, les saisons, les rapports dans le couple, le stress au boulot, les hedge funds, valant plus qu'une petite fiche de lecture, j'ai décidé de vous en faire partager les passages les plus exaltants. Comme je pars quelques jours fêter noel dans une abbaye, je n'aurai aucun mal à le finir, ce qui sera à regret, puisqu'il y a des livres qu'on ne voudrait jamais finir. j'ai été un peu perturbé au premier quart de la lecture par une confusion entre les personnages, à tel point que je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'une erreur de l'écrivain..mais vérification faite, non..c'est une sorte de procédé où la même histoire initiale aboutit sur la création de 3 personnages différents tous issus su même moule si l'on puit dire (toujours cette difficulté chez moi à formuler les choses simples !!!).

Bon, on va commencer sobrement avec quelques considérations sur les saisons. Ce passage me parle beaucoup parce que je résonne à peu près voire totalement de la même façon que Eric Reinhardt :

L'approche scientifique, fondée sur une observation du soleil par rapport à la terre, aboutit à une répartition équitable : quatre saisons de trois mois chacune. L'approche sensible, fondée cette fois sur le vécu, sur les effets que les saisons produisent sur les sens, sur le corps, sur le mental, sur notre imaginaire, envisage-t-elle les choses avec la même froideur rationaliste ? On va voir qu'en réalité  l'année ne se divise pas en chapîtres de proportions égales - même si l'on trouve, en lieu et place de ce système homogène des trimestres, une sorte d'effet miroir et de répartition symétrique. L'automne démarre le 1er septembre et s'achève le 31 décembre. L'automne dure donc quatre mois. Quatre mois dont j'ai dit à l'instant qu'ils constituaient une architecture, une sorte de longue galerie majestueuse, large, haute sous plafond, ornée de miroirs, éclairée par des lustres : une salle de bal. Puis nous avons, au débouché de la galerie, auxquels on accède par le perron de la Saint-Sylvestre, accouplés, conjugaux, janvier et février, jardin à la française couvert de givre. L'hiver dure donc deux mois. Débute le 1er mars, qui s'achève le 30 juin, une période détestable qui s'appelle le printemps, prurit, hypermarché, intervalle commercial, adolescent, acnéique, immature, aux pulsions les plus sottes, aux engouements les plus précaires, j'y revindrai plus tard plus amplement. Le printemps dure donc quatre mois. Et puis démarre le 1er juillet, qui s'achève le 30 août, un intervalle qu'on intitule l'été et que  l'approche des mois d'automne perfuse de l'intérieur, comme une prémonition, comme un bonheur anticipé et l'ivresse d'une imminence, de sensations que je trouve délicieuses. L'été dure donc deux mois. J'apprécie l'été et l'hiver car ils encadrent l'automne et s'en imbibent : l'automne commence à résonner dans l'espace de l'été et continue de résonner dans l'espace de l'hiver. L'année se décompose ainsi en deux saisons de quatre mois, des quadrimestres, le printemps et l'automne, et en deux saisons de deux mois, des bimestres, l'été et l"hiver. Voilà la vraie réalité de la structure saisonnière fonsée sur une approche sensible, physique, mentale, psychologique. ( p215, éditions stock)

J'apprécie dans la théorie de ER que l'automne ne soit pas une saison intermédiaire entre deux saisons abouties qui seraient l'été, le magnifique été et l'hiver, le méchant hiver ! L'automne est un aboutissement, le but, presque des saisons..Par ailleurs, l'été ne dure que deux mois, c'est vrai. Psychologiquement, on ne se sent pas encore en été en juin et plus tout à fait en septembre..idem pour l'hiver avec janvier et février. Si un jour, j'en ai le temps, je vous dirai comment je découpe ma journée de boulot de sept heures en six parties bien distinctes qui ont une influence forte sur mon humeur.

 

Loïc, 2h00

09.12.2007

la musique de la vie (6) et d'autres trucs aussi.

05b8780333c9c37df17ff712d30947be.jpgC'est en fouinant sur itunes que je suis tombé tout à fait par hasard sur un truc qui m'a troué le cul. Le titre s'appelle air conditionné. il a été commis par un certain Julian Jewell. C'est une forme de techno progressive virant sur la trance minimaliste..et ça s'écoute sans fin. je ne mettrai plus de radio-blog ici pour la simple raison que ça me coûte de l'argent. Pour l'écoutez, débrouillez-vous.

Julian Jewell ? je ne connaissais pas..et qu'est ce qu'on fait quand on veut en savoir plus sur quelqu'un qu'on connait pas ? hein, qué quon fait ? On va voir s'il a un facebook ! Et ba, il n'est pas inscrit. Mais quel ringard !!! Ca ne sert à rien, Monsieur Jeweil de faire de la musique branchée si on n'a pas de fiche sur facebook. Bon, transition au poil pour vous parler de ce qui m'est arrivé ce soir. je cherchais des nouveaux friends en tapant des noms de gens plus ou moins connus. Comme j'avais sous les yeux, le livre cendrillon de Eric Reinhardt, j'ai tapé le nom de l'auteur. Ah, il a une fiche ! conclusion : c'est un mec cool. Je demande donc à ce qu'il devienne mon ami. Je vais souper, je reviens. email reçu :

Cher Loïc De Maubert,

Je n'ai pas l'honneur de vous connaître (qui êtes-vous ?) mais suis heureux que Cendrillon se trouve parmi les livres que vous avez l'intention de lire. Il est d'ailleurs imprudent de m'inviter (publiquement de surcroît) à devenir votre ami avant de vous être fait une opinion sur mon livre !!! Pour un certain nombre de raisons (que je pourrai vous dire), votre point de vue m'intéresse. A plus tard donc,

Amicalement,

Eric Reinhardt

Vous allez me dire 'et alors ?'..et alors quoi..j'ai le droit de m'émouvoir pour de petites choses. Ici, on s'émeut bien devant un terrain vague. On peut bien être touché par le mail d'un écrivain de renom, oui, oui, de renom. Un écrivain de renom, coup de coeur de télérama, qui s'intéresse à l'avis d'un paysan breton. vin diou.

Vous noterez que le blog a encore changé de nom. On se cherche une identité. le fil rouge, on l'a, ce sont les quartiers désaffectés, les frontières, les zones périurbaines. A ce propos, je vous parlerai très vite d'un livre que m'a vendu un automobiliste. ( les passagers du Roissy Express de François Maspero). Je suis également en train d'enchérir sur paysage fer de François Bon. C'est pas facile. L'enchère actuelle est à 250 pistoles, ce qui est encore correct. A suivre.

Loïc, 01H20.