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  • CR130 : les années - Annie Ernaux

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    Plus qu'une simple autobiographie, Annie Ernaux nous livre dans les années une analyse sociologique de la France depuis l'après-guerre, avec son regard de femme impliquée et curieuse. Elle nous rappelle les progrès techniques (c'est même quasiment un inventaire de toutes les nouveautés issus de la société de consommation) , les trente glorieuses, les remous politiques et tous les bouleversements qu'a connu la France et aussi le monde. Et finalement, sa vie à elle passe au second plan mais si le peu qu'elle nous en dit suffit à saisir la personnalité et le caractère de la dame, une enseignante fille de simples commerçants normands, une femme avec une vie normale, un mari, des enfants, une vie confortable mais qui ne va pas hésiter à tout faire valser et repartir à zéro pour se faire succéder dans son lit des amants de toutes sortes. Mais globalement, l'autobiographie chez Ernaux , c'est plutôt "on" que "je", ce en quoi elle se fait un peu le porte-parole des femmes de son genre, enseignante de gauche, féministe mais pas trop. Ce côté un peu boboïsant peut agacer par moments mais après tout elle ne donne que son opinion sur les choses et on ne va pas lui en vouloir de ça.
    Le récit s'arrête fin 2006 et l'écrivain a la certitude que Sarkozy sera élu président de la république.
    Les années est sans doute l'oeuvre la plus ambitieuse de la dame.

    paru en 2007
    Gallimard, 196 pages
    lecture du 12/11 au 15/11/09
    note : 4/5
    à venir : la peine du menuisier, Marie Le Gall

  • CR129 : hors champ - Sylvie Germain

    Sylvie-Germain---Hors-Champ.jpg

    présentation de l'éditeur : En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu'à sa voix, son odeur et son ombre. Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s'opère au grand jour, dans l'agitation de la ville, à l'aune de tous ces naufragés qu'on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne.

    mon avis : Hors champ n'est pas une n-ième histoire mettant en scène un homme invisible. Ici, l'invisibilité va plus loin que la "simple" disparition physique puisque les gens que côtoyaient Aurélien en arrivent même à oublier qu'il a existé. Il n'est plus rien pour les autres alors que lui n'a jamais tant ressenti le poids de son corps.
    C'est assez fort et il faut avant tout considérer ce roman comme une métaphore de la transparence sociale dans laquelle se morfond l'homme moderne. Loin d'être le maillon d'une chaîne, nous ne sommes souvent rien et le monde fonctionne tout aussi bien sans notre présence.
    Et perso, j'ai remarqué que lorsque je marche dans les grandes villes (mais ça ne m'arrive que très rarement), on me fonce souvent dedans. Ou alors, au boulot, lorsque dans un couloir, je croise un collègue et bien que nous faisons l'effort de tenter de nous éviter, il m'arrive fréquemment de me trouver face à face avec la personne pour une demi seconde d'artemoiement dont personne ne sort grandi.
    Ce en quoi j'ai beaucoup aimé ce roman écrit très simplement et qui décrit sans fracas la lente disparition d'un type qui dans un premier temps considère les gens qui le heurtent comme des étourdis et puis qui au final, à force de n'être plus rien devient un souffle d'air.

    roman, paru en 2009
    Albin Michel, 196 pages
    lecture du 10/11 au 12/11/09
    note : 4/5
    à venir : la peine du menuisier, Marie Le Gall

  • CR128 : les heures souterraines - Delphine de Vigan

    les-heures-souterraines.jpgAériennes sont les heures souterraines de Delphine de Vigan !
    Dans un style sobre et sans fioritures et en utilisant un procédé un peu convenu  (deux récits indépendants se succèdent chapitres après chapitres), l'auteur de No et moi raconte l'histoire de deux êtres (Mathilde et Thibault) ne se connaissant pas, brisés par la vie, par le travail, à bout de souffle et à la croisée des chemins. On devine qu'ils vont se rencontrer et on le souhaite car tout porte à croire qu'ils sont faits l'un pour l'autre. C'est aussi un roman sur les solitude dans les grandes villes et l'enfer dans les bureaux quand les supérieurs sont un peu plus cons que la moyenne (et le Jacques là, c'est deux claques qu'on a envie de lui foutre). Le propos est un peu pessimiste puisque la rencontre ne se fait pas et que Mathilde démissionne laissant Jacques, ce salaud savourer sa victoire.
    Et comme ce roman était en concurrence avec les trois femmes puissantes, mon avis est qu'il y a moins de manières, moins de poudres aux yeux  et surtout plus de cohérence dans le roman de de Vigan. Mais peut-être que le jury du Goncourt a-t-il jugé l'écriture de de Vigan trop blanche, trop neutre. Et c'est vrai que ce n'est pas ce qui fait la force de ce roman.
    Concernant l'espèce de prix 2009, pour l'instant l'annonce de MH Lafon est au coude à coude avec les heures souterraines. Mais il me reste encore à lire la peine du menuisier de Marie Le gall (en cours et plutôt ennuyeux - ou ennuyant je ne sais jamais) et hors champ de Sylvie Germain. Je rappelle que la vérité sur Marie de JP Toussaint ne m'avait pas du tout convaincu non plus. Mais si l'un d'entre vous avait un autre roman de cette rentrée finissante à me proposer, je suis assez preneur.

    roman, paru en 2009
    JCLattes, 300 pages
    lecture du 03/11 au 05/11/09
    note : 3.75/5
    à venir : la peine du menuisier, Marie Le Gall

  • CR127 : trois femmes puissantes - Marie Ndiaye

    Trois_femmes_puissantes_Marie_NDiaye_kapak_20090827.jpgLe roman se compose de 3 récits indépendants mettant en scène 3 femmes d'origine africaine ayant en commun de ne pas baisser les bras face à toutes les injustices dont elles sont les victimes, de par leurs statuts de femmes mais aussi d'immigrantes.
    Je dois dire que ce livre m'a laissé comme un goût d'inachevé et cette vague impression que l'auteur avait une idée en tête et qu'elle l'aurait abandonnée en cours de route. Ou quelque chose comme ça.
    Les deux premiers récits sont quasiment laissés en suspend et on me rétorquera que le but de Marie Ndiaye n'était pas de raconter une histoire en entier mais de montrer comment ces femmes prenaient les choses en main (et que peu importe ce qu'il s'en suit). Peut-être mais n'empêche que le sentiment d'abandon prédomine.
    Par ailleurs, où est la femme puissante dans le second récit ? On devine que c'est Fanta  mais le récit ne met pratiquement en scène que Rudy Descas reléguant Fanta à un lointain second rôle.
    Enfin, je ne sais pas pourquoi mais il me semblait évident, lecture se faisant que les trois destins allaient finir par se croiser et d'ailleurs quelques indices le laissaient supposer (et je n'ai toujours pas compris pourquoi Rudy Descas intervient dans le troisième récit en tant que passeur (ou quelque chose comme ça).
    Et il y a cette touche de fantastique qui tombe du ciel ici ou là et qui n'apporte rien au récit sauf à lui faire perdre toute crédibilité.
    Et puis le propos général manque quand même un peu de finesse et de nuances : les femmes victimes et courageuses d'un côté et les hommes, violents, machos et lâches de l'autre. bonjour !
    Ceci dit, le second récit un brin djianesque et mettant en scène un vendeur de cuisine blasé m'a fait beaucoup rire.

    Voilà, je suis désolé de ne pas me joindre au concert de louanges mais ce roman ambitieux ne tient pas ses promesses et s'avère même carrément bancal.
    Et qu'il ait obtenu le prix Goncourt 2009 ne change rien à l'affaire.

    roman, paru en 2009
    Gallimard, 316 pages
    lecture du 31/10 au 03/11/09
    note : 2.5/5
    à venir : le promontoire, Henri Thomas

     

    67121_une-ndiaye.jpg
  • CR126 : le promontoire - Henri Thomas

    le promontoire.jpgLe 09.05.2008, lors de son émission quotidienne sur France Culture, Alain Veinstein avait demandé à son invité, Luc Autret la raison pour laquelle, malgré tout son talent, malgré son oeuvre importante, Henri Thomas restait relativement peu connu du grand public. Et à ce moment de l'émission, il devait être au delà de minuit, j'étais tranquillement en train de m'endormir. Je n'avais jamais entendu parler d'Henri Thomas (dont Luc Autret venait d'annoter une réédition de son journal relatant les années 1934-1948 de sa vie) et la plupart du temps, je m'endors en écoutant la radio. Et là, donc Veinstein pose cette question et puis, Luc Autret répond un peu gêné "je me l'explique difficilement...lui, il expliquait que c'était à cause de sa façon de s'habiller..." Et puis, il émet un petit rire. Ensuite, il donne une explication un peu plus profonde.*
    Et c'est fou mais ce moment où il dit ça m'a fait sortir de mon demi-sommeil, m'a fait sourire et j'ai écouté l'émission jusqu'au bout.
    C'est mon côté un peu barré. S'arrêter comme ça sur une boutade, un ton et en faire toute une affaire..et là, l'affaire, ce fut de découvrir de qui on parlait. Henri Thomas. Bon d'accord, soit, intéressons-nous à l'individu.
    Quelques jours plus tard, le facteur déposait dans ma boite à lettre un colis contenant le promontoire, un livre de Henri Thomas (qui reçut le prix femina en 1961).
    Alors je me suis mis à lire le bouquin sans savoir de quoi il parlait, n'en n'ayant trouvé de résumés nulle part, pas même une critique rien. Le roman étant très court, la lecture fut rapide. Il s'agit de l'histoire d'un écrivain, un petit écrivain pauvre et un peu traducteur aussi qui séjourne dans un petit village corse avec sa femme et son fils. Et là, gravite autour de lui des figures énigmatiques comme celui qu'il appelle "le pharmacien d 'Anvers" et aussi l'écrivain célèbre Gilbert Delorme . Et il y a aussi les habitants du village, la patronne du café, le curé. Petit à petit, alors que sa famille est retournée sur le continent, le récit sombre dans une sorte de monde parallèle, un peu fantastique. Le décès et l'enterrement de la patronne du café précipitent un peu plus le narrateur dans ce monde étrange, auquel il  se sent lié et il ne se sent plus capable de quitter le village et ce promontoire qui lui fait face.
    Voilà un peu près l'idée générale et je dois dire que ça fait une semaine que j'ai fermé le roman et je ne me souviens plus de beaucoup d'autre chose. Tout ça n'est pas sans rappeler Kafka (le château) voire même Patrick Modiano (pour toutes les vaines obsessions, non des lieux ici mais des gens). Ça n'est pas inintéressant, ça amène une réflexion (mais je ne sais pas trop laquelle -)) et puis il y a un univers un peu fantômatique dans lequel je me suis senti piégé.
    Aujourd'hui, le roman est retombé dans l'oubli, rangé dans les tréfonds de ma bibliothèque et il y a fort à parier que le prochain blogger qui en parlera n'est pas encore né.

    roman, paru en 1961
    Gallimard, 192 pages
    lecture du 29/10 au 30/10/09
    note : 3.5/5
    à venir : la peine du menuisier, Marie Le Gall

    * extrait en question :


    podcast

  • CR125 : fictions - Jorge Luis Borges

    fictions.jpgle mot de l'éditeur : "Des nombreux problèmes qui exercèrent la téméraire perspicacité de Lönnrot, aucun ne fut aussi étrange - aussi rigoureusement étrange, dirons-nous - que la série périodique de meurtres qui culminèrent dans la propriété de Triste-Le-Roy, parmi l'interminable odeur des eucalyptus. Il est vrai qu'Eric Lönnrot ne réussit pas à empêcher le dernier crime, mais il est indiscutable qu'il l'avait prévu..."

    mon avis : Pour parler franchement, je n'ai pas compris grand chose à ce livre mais le peu que j'ai compris valait le détour. Il s'agit d'une recueil de 17 nouvelles avec comme tronc commun une mise en abime de la littérature à travers de récits fantastiques où il est question de création, d'histoire et de mémoire littéraire. Me fais-je comprendre ? Bon mais si j'avais un conseil à vous donner, ce serait de n'en lire que deux :


    - Pierre Ménard, auteur de Quichotte : il s'agit d'un type qui décide de réécrire Don Quichotte de Cervantes à l'identique. extrait :
    Il ne voulait pas composer un autre Quichotte - ce qui est facile - mais le Quichotte. Inutile d'ajouter qu'il n'envisagea jamais une transcription mécanique de l'original ; il ne se proposait pas de le copier. Son admirable ambition était de reproduire quelques pages qui coïncideraient - mot à mot et ligne à ligne - avec celle de Miguel de Cervantès. (p45)
    et ce passage à se pouffer de rire :
    Comparer le Don Quichotte de Ménard à celui de Cervantès est une révélation. Celui-ci, par exemple, écrivit (Don Quichotte, première partie, chapitre IX) :
    "...La vérité, dont la mère est l'histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l'avenir."
    Rédigée au XVIIe siècle, rédigée par le "génie ignorant" Cervantès, cette énumération est un pur éloge rhétorique de l'histoire. Ménard écrit en revanche :
    "...La vérité, dont la mère est l'histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l'avenir."
    L'histoire, mère de la vérité, l'idée est stupéfiante. Ménard, contemporain de William James, de définit pas l'histoire comme une recherche de la réalité mais comme son origine. La vérité historique, pour lui, n'est pas ce qui s'est passé ; c'est ce que nous pensons qui s'est passé.
    (p51)

    - la bibliothèque de Babel où il est question d'une bibliothèque géante qui contient tous les livres. Et pour gagner du temps (puisque c'est bientôt l'heure de l'apéro), voici le résumé qu'en fait wikipedia :

    "Il s'agit d'une bibliothèque de taille gigantesque contenant tous les livres de 410 pages possibles dont toutes les salles hexagonales sont disposées d'une même manière. Les livres sont placés dans des étagères comprenant toutes le même nombre d'étages et recevant toutes le même nombre de livres. Chaque livre a le même nombre de pages et de signes écrits au hasard ; l'alphabet utilisé comprend toujours vingt-cinq caractères.

    On peut donc dire que la Bibliothèque contient tous les ouvrages qui ont déjà été écrits ainsi que tous les autres, parmi un nombre immense de livres sans aucun contenu lisible (puisque chaque livre peut n'être constitué que d'une succession de lettres ne formant rien de précis dans aucune langue). Celle-ci est habitée par une race d'hommes qui ne connaît que ce monde, à la recherche du livre ultime, d'une révélation ou de la Vérité."

    Et j'ajoute que le titre de cette nouvelle est aussi celui d'une célèbre collection littéraire (et ce n'est évidemment pas un hasard).


    recueil de nouvelles, paru en 1957
    traduction : essentiellement P.Verdevoye et Ibarra
    folio n° 614, 185 pages
    lecture du 26/10 au 29/10/09
    note : 2.5/5
    à venir : le promontoire, Henri Thomas

  • CR124 : affliction - Russell Banks

    affliction.jpgle mot de l'éditeur : Dans une petite ville du New Hampshire, Wade Whitehouse, la quarantaine passée, est un homme brisé. Abandonné par sa femme, en passe d’être quitté par sa maîtresse, alcoolique, violent à ses heures, dépressif, il rumine ses échecs et vivote en travaillant, tantôt policier municipal, tantôt puisatier. Mais un citoyen en vue est tué. Accident de chasse ou meurtre ? L’événement fait basculer le fragile équilibre mental que Wade avait réussi à préserver. Dès lors, dévoré par l’obsession de découvrir un hypothétique assassin, il s’enfonce, au propre comme au figuré, dans un désert de neige et de glace. Affliction est le récit de l’effondrement d’un homme ordinaire, pris au piège d’une vie ratée depuis l’enfance, confisquée par la tyrannie paternelle. Russell Banks dénonce là magistralement les valeurs viriles véhiculées par un certain mythe américain.

    mon avis : Russell Banks faisait partie de ces grands romanciers us qui manquaient à mon tableau de chasse et avant de commencer j'avais dans l'idée d'avoir entre les mains un bon roman, avec une bonne histoire, un environnement et un cadre bien présentés, des personnages finement décrits (autant d'éléments caractéristiques du roman américain contemporain)...et au bout du compte, il s'avère que je ne m'étais pas trompé.
    La vie et le destin de Wade m'ont beaucoup émus, sa descente aux enfers est très poignante et le final tragique est bouleversant et je l'ai senti venir en espérant qu'il n'advienne jamais. Je me suis un peu reconnu dans cette vie car on a tous ses faiblesses, ses fêlures, ses rancoeurs et finalement tout cela ne tient qu'à un fils, qu'à un rien. Nos équilibres psychologiques sont instables et la frontière entre le bien et le mal est ténue. On a tous un peu de Wade en nous.
    Mais ce qu'on n'a pas tous, ce sont ces forêts à perte de vue,cette nature enneigée de novembre à avril, des shérifs, des pick-up, du whisky Canada Club, et des feux tricolores qui se balancent sur des fils en travers des routes, tout cet environnement qui constitue le cadre de la tragédie..un goût de Fargo (frère Coen) et de Rambo quand il rentre au bercail.
    Affliction est un grand roman.

    roman, paru en 1992
    traduction : Pierre Furlan
    Actes sud (Babel), 486 pages
    lecture du 19/10 au 26/10/09
    note : 4.5/5
    à venir : fictions, Jorge Luis Borgès

  • CR123 : classe tous risques - José Giovanni

    classetousrisques.gifrésumé : Quand on a été un caïd et qu'on se retrouve les flics au train, fauché comme les blés, avec deux gosses à charge, on peut toujours essayer de s'adresser aux copains.
    Mais si les copains sont rangés des voitures et ne veulent pas se mouiller, on en est réduit à se rabattre en solitaire sur des petits coups miteux.
    Abel en a fait l'amère expérience.
    Seulement voilà : la vengeance, ça existe, et Abel a le coup de flingue facile...


    mon avis : Je crois avoir déjà expliqué pourquoi je n'aimais pas le cinéma et je n'ai pas envie de me répéter (sauf sur demande) mais j'ai quand même quelques réalisateurs fétiches, qui à mon sens sortent du lot parce que quelque part ils ont fait (ou font) quelque chose de supérieur au cinéma, quelque chose qui se rapproche de la littérature. Jean-Luc Godard, Jacques Demy et Quentin Tarantino en font partie..ainsi que, Claude Sautet.
    Avant de faire ses grandes fresques socio-bourgeoises des années giscardiennes, Sautet a réalisé dans les années 60 de bons petits polars dont classes tous risques, adaptation d'un roman de José Giovanni. C'est la raison pour laquelle j'avais acheté ce polar (paru chez Gallimard dans la fameuse série noire) il y a quelques années. N'ayant jamais trouvé l'opportunité de le lire, je me suis enfin décidé à l'ouvrir par une rieuse matinée d'automne.
    Et quelques jours plus tard, par une journée toute aussi rieuse, lorsque je l'ai achevé d'un browning 7.65, mon premier sentiment fut que Sautet avait été très fidèle au roman. Ce roman est un polar d'excellente facture, sans fioriture qui nous plonge dans le monde du grand banditisme des années 50 avec son lot d'amitiés viriles, de coups bas et de reconversions mal assumées. Rien à redire, c'est bien envoyé, efficace et haletant.

    Et la mort d'un truand est l'occasion pour Jose Giovanni de proposer au lecteur quelques considérations métaphysiques  (p199).
    Gibelin n'avait pas senti venir la mort. Il était passé sans souffrance, du stade de l'évanouissement à celui de cadavre. De son goût de l'argent, de sa ténacité, de sa manière d'aimer sa femme, de son habitude de se moucher en pressant toujours sur la même narine, il ne restait rien qu'une carcasse vide qui n'accomplirait plus aucun geste, et que personne ne rencontrerait jamais plus.

    roman, parution 2tr 1958
    Gallimard, série noire n°428, 248 pages
    lecture du 10/10 au 12/10/09
    note : 4/5
    à venir : affliction, Russel Banks

     

    classe-tous-risques-movie-1960.jpg
  • CR122 : la vérité sur Marie - Jean-Philippe Toussaint

    La_verite_sur_Marie.jpg

    le mot de l'éditeur : L'orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort. Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. La Vérité sur Marie n'est pas à proprement parler une suite, mais un prolongement de Faire l'amour (2002) et Fuir (Prix Médicis 2005).

    mon avis : En ce moment, je suis très éditions de minuit, j'aime cette maison, ses auteurs, la ligne générale..mais ça n'empêche pas des déceptions et ce roman de JP Toussaint en fait partie. Je reconnais  bien à l'auteur un certain talent pour organiser le récit, pour surprendre le lecteur par une sorte de va-et-vient du narrateur mais le fond de l'histoire m'a laissé de marbre. Car de cette Marie finalement, on n'en sait finalement très peu et en tout cas on est loin d'en savoir la vérité. Par contre, pour une raison qui m'échappe, l'écrivain s'est attaché à décrire minutieusement le passage à la frontière d'une cheval de course, les tracasseries administratives qui vont avec et le voyage en avion ou à décrire l'intervention du SAMU venu secourir Jean-Christophe de G le nouvel amant de Marie...Dans un roman de 200 pages, je me pose la question de savoir s'il n'aurait pas été plus judicieux de réduire ces événements à leur plus simple expression pour se concentrer sur l'essentiel
    - Cette manie que j'ai de dire ce qu'il aurait fallu faire alors que je ne suis pas capable d'écrire une nouvelle de trois pages-

    Mais quand même, puisqu'une seule phrase ou un seul paragraphe d'un roman peur suffire à considérer qu'on n'a pas perdu de temps à le lire (on en parlait quelque part), voici celui-ci (page 169/170) :

    Aussi curieux que cela puisse paraître, je plaisais à Marie, je lui avais toujours plu. D'ailleurs, je m'étais aperçu que je plaisais, peut-être pas aux femmes en général, mais à chaque femme en particulier, chacune croyant être la seule, par sa perspicacité singulière, son regard pénétrant et son intuition féminine, à repérer en moi des qualités secrètes qu'elles s'imaginaient être les seules à pouvoir détecter. Chacune d'elles était en fait persuadée que ces qualités invisibles, qu'elles avaient décelées en moi, échappaient à tout autre qu'elle-même, alors qu'elles étaient en réalité très nombreuses à être ainsi les seules à apprécier mes qualités secrètes et à tomber sous le charme. Mais il est vrai que ces qualités secrètes ne sautaient pas aux yeux, et que, à force de nuances et de subtilités, mon charme pouvait passer pour terne et mon humour pour éteint, tant l'excès de finesse finit par confiner à la fadeur.

    roman, paru en 09/2009
    éditions de minuit, 205 pages
    lecture du 14/10 au 16/10/09
    note : 2.5/5
    à venir : classes tous risques, José Giovanni

     

    jean_philippe_toussaint.jpg
  • CR121 : l'annonce - Marie-Hélène Lafon

    Marie-Helene-LAFON-L-Annonce_medium.jpgle mot de l'éditeur : Paul a quarante-six ans. Paysan, à Fridières, Cantal. Cinquante trois hectares, en pays perdu, au bout de rien. Il n’a pas tout à fait choisi d’être là, mais sa vie s’est faite comme ça. Paul n’a qu’une rage : il ne veut pas finir seul, sans femme.
    Annette a trente-sept ans. Elle est la mère d’Eric, bientôt onze ans. Elle n’a jamais eu de vrai métier. Elle vient du Nord, de Bailleul. Annette a aimé le père d’Eric, mais ça n’a servi à rien, ni à le sauver du vertige de l’alcool, ni à faire la vie meilleure. Alors elle décide d’échapper, de recommencer ailleurs, loin.
    D’où l’annonce. Paul l’a passée. Annette y a répondu.
    Sauf qu’il y a les autres. Le fils silencieux, et la mère d’Annette. Et les autres de Paul, ceux qui vivent avec lui à Fridières. Les oncles, propriétaires des terres. Et la sœur, Nicole, dix-huit mois de moins que Paul, qui n’a pas de mari pas d’enfant. L’Annonce, nouveau roman de Marie-Hélène Lafon, raconte cette histoire d’amour.


    mon avis :Alors voilà, première lecture estampillée "rentrée littéraire 2009" et premier coup de coeur. Trop de chance !
    MH Lafon nous embarque dans une petite ferme du Cantal où vivent Eric, le "chef d'exploitation", sa soeur Nicole et les deux vieux oncles, tous autant célibataires les uns que les autres..jusqu'à ce que grâce à une annonce publiée dans un journal, Eric fasse venir du Nord, une intrus qui va bouleverser la vie de la ferme.
    La force de ce roman, c'est qu'en même temps d'avoir une haute valeur documentaire (France rurale et le célibat des agriculteurs), il est aussi un concentré de poésie et la plume de l'auteur parvient merveilleusement à restituer certaines atmosphères propres à ces contrées reculées, les soleils couchants, les reflets sur les bâtiments, les jours de neige, le brouillard sur les vastes plaines etc.
    Une mention particulière aux deux oncles (à qui l'auteur n'a pas jugé utile de donner de noms) octogénaires, célibataires, muets et interchangeables. Pathétiques en même temps que symboles d'un monde qui n'existe plus.

    bémol : je ne suis pas trop d'accord avec le mot de l'éditeur : il n'y pas d'histoire d'amour dans l'annonce. En tout cas, en admettant qu'il y en ait une, elle n'est pas essentielle dans le roman.

    roman, paru en 09/2009
    éditions Buchet-Chastel, 142 pages
    lecture du 07/10 au 10/10/09
    note : 4/5
    à venir : classes tous risques, José Giovanni

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