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  • CR144 : la centrale - Elisabeth Filhol

    9782846823425.jpgJ'avais reperé ce roman dès sa sortie et quelques bonnes critiques m'ont conduit à me le procurer.  Ce petit ouvrage de 141 pages traite de la vie quotidienne d'un intérimaire dont la spécialité est d'effectuer des travaux de maintenance dans les centrales nucléaires. J'avais peur avant de commencer cette lecture qu'il s'agisse d'un roman à charge contre l'industrie nucléaire mais en fait, je tiens à rassurer de suite les écologistes (et donc pro-nucléaires) dont je suis, il n'en ait rien. Les risques liés au nucléaire sont évidemment évoqués et occupent même une grosse partie du roman mais s'il y a une critique dans ce roman, ce serait plus de la précarité dans laquelle vivent tous ces intérimaires intervenant de centrales en centrales au gré de ce qu'on appelle dans la milieu des  "arrêts de tranche". Comme les sites se situent souvent près de petits bourgs, ils n'ont d'autres solutions que de vivre dans des caravanes ou des mobile-homes.
    A travers le parcours de Yann,  le narrateur, on constate qu'il existe une forte solidarité entre tous les travailleurs, qui pour beaucoup, font ce boulot autant par choix que par nécessité. Et puis il y a l'ombre planante de Loïc, un ex-collègue et ami de Yann dont on apprend sur la fin qu'il s'est suicidé en fonçant sur un camion alors qu'il rentrait dans sa bonne ville de Lorient (n'est-ce pas..)  Mais il nous ait pas donné de connaître les raisons de cet acte..et c'est là le reproche qu'on peut faire au roman : un peu trop court pour véritablement fouiller la psychologie des personnages. Dommage, il y avait tant à dire sur tous ces gens travaillant tous les jours dans une atmosphère radio-active et avec toujours la crainte de l'accident . Un tel sujet valait bien trois cent pages..mais ça n'enlève rien à la qualité de la centrale, livre bien écrit et extrêmement bien documenté.
    Pour l'anecdote, ll parait que l'auteur de ce livre n'a jamais mis les pieds dans une centrale nucléaire..mais après tout pourquoi pas, toutes proportions gardées, Rimbaud n'avait jamais vu la mer lorsqu'il a écrit le bateau ivre.

    l'avis de télérama, celui de l'humanité, et celui de Bartllebooth

    roman, paru en 01/2010
    P.O.L, 141 pages
    lecture le 07.02.2010
    note : 3.5/5

  • une éducation chrétienne

    Jusque l'âge de dix-sept ans à peu après, je suis allé à la messe tous les dimanches. La question ne se posait même pas pour ma soeur et moi de savoir si on devait y aller ou pas, c'était comme ça un point c'est tout. De même, on a été baptisé, on a fait de la catéchèse, la profession de foi, la confirmation etc. La totale donc. Mon père pourtant n'était pas quelqu'un de très autoritaire et en plus ce n'était pas un catholique extrême. Il avait des idées très modernes sur l'église catholique (dont il dit encore souvent qu'il préfère le protestantisme) et je pense que si j'en avais eu en la volonté, je crois que dès ma petite dizaine d'années, j'aurais pu me passer de cette corvée dominicale. Mais mon père n'était pas tout seul. Ma mère étant décédée alors que j'avais 6 ans, il s'était remarié très vite avec une dame qui elle, pour le coup, était un peu barrée, surtout d'ailleurs en ce qui concerne la religion. Je pourrais écrire des pages sur ce que la belle-mère nous a fait voir, c'est affolant. En fait, la concernant, plus elle vieillissait, plus elle devenait dévote et surtout intégriste. Ainsi, elle nous avait prédit la fin du monde pour 1999, et ce dès le début des années 90. Donc, pendant cette décennie de dingue, elle n'a eu de cesse de faire des stocks de conserves et surtout d'eau dont elle remplissait des dizaines de jerricanes qu'elle stockait ensuite dans l'immense grenier de la maison familiale.
    Après coup comme ça, ça fait vraiment rigoler mais je vous assure que ce n'était pas simple à vivre au quotidien. Je me souviens que , après être rentrés du lycée (Notre Dame du Voeu va sans dire...), et alors que nous goûtions goulûment, ma soeur et moi assistions à l'entrée fracassante de la belle-mère, qui tenant un livre entre les mains, se mettait à nous lire des phrases entières de propos apocalyptiques. On se bouchait les oreilles, on fuyait mais elle nous suivait, tellement sûre d'elle et surtout toujours convaincue qu'elle allait arriver à nous convertir.
    Vous comprenez qu'en quittant la maison familiale, j'étais devenu plus athée que Nietzche. Aujourd'hui je le suis toujours mais plus pour les mêmes raisons : je ne crois pas en dieu, point barre.

    Il y a autre chose que je voulais dire à propos de la religion. En ces jeunes années où donc, je devais aller à la messe tous les dimanches (plus tous les jours de fête religieuse), j'enviais tous mes petits copains, mes voisins et mes cousins, qui eux, pour la plupart n'avaient pas à subir cette corvée. Quand j'en parlais à mon père ou à la belle-mère, ils me répondaient 'eux c'est eux, nous c'est nous". Pas de discussion ! Ceci dit,  la plupart de ces petits copains dont je parle faisaient quand même leur catéchèse, communion etc. Ils étaient baptisés et pour les parents non pratiquants, il allait de soi qu'il fallait que leurs enfants suivent le parcours religieux classique.

    Et voilà où je voulais en venir : aujourd'hui, j'ai 36 ans, je vis en union libre, ne pratique  évidemment pas et j'ai deux enfants qui ne sont pas baptisés..et je remarque que pour la plupart de mes ex-petits copains qui avaient la chance d'avoir une éducation religieuse a minima, et bien c'est tout l'inverse : ils se marient à l'église, ils baptisent leurs enfants. Ils ne vont pas à la messe certes mais ils reproduisent exactement ce qu'on leur a imposé pendant leur enfance. Je ne sais pas quelle conclusion tirer de tout ça mais je me mets à la place de mon père qui constate que ses enfants ne font rien de ce qu'il aurait souhaité qu'ils fassent alors que les enfants des autres, ces autres dont je parlais plus haut et bien il reproduisent "bêtement" ce qu'ils ont vu et vécu enfants....si bien qu'au total, la religion fait encore partie de leur vie.

    Que voilà un paradoxe qui me laisse songeur...

     

  • CR143 : trois contes - Flaubert

    TROIS CONTES.jpgprésentation de l'éditeur : Ces trois contes sont trois histoires extraordinaires où le fantastique religieux illumine la vie quotidienne.
    La Légende de saint Julien l’Hospitalier, c’est le Moyen Age, ses seigneurs passionnés de chasse. Ses lépreux.
    Hérodias, c’est la Palestine au temps d’Hérode avec ses intrigues de palais, l’occupation romaine et la danse sensuelle de Salomé réclamant la tête de saint Jean-Baptiste. Un coeur simple, c’est enfin la Normandie chère à Flaubert, Pont-l’Evêque et Trouville. Une vieille servante y a vécu et souffert. Elle finit par voir en son perroquet le Saint-Esprit lui-même.
    Trois chefs-d’oeuvre pleins de réalisme, de délicatesse et d’émotion.


    mon avis : Ce petit recueil porte bien son nom puisqu'effectivement, il contient trois contes, un coeur simple, la légende de Saint Julien l'hospitalier et Hérodias. Les trois contes ne se ressemblent pas beaucoup, se déroulent à des époques différentes mais ont quand même un point commun et celui-ci est de taille : ils sont tous ennuyants à lire, le pire étant Hérodias où à l'ennui, il faut ajouter l'incompréhension : je n'ai pas compris une phrase de cette histoire se déroulant nous dit l'éditeur, au temps d'Hérode.

    Dans l'ensemble, le style est presque lourd et sème même souvent la confusion. Exemple au démarrage de un coeur simple :

    Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Evêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité.
    Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse, - qui n'était pas cependant une personne agréable.
    Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants très jeunes avec une quantité de dettes.

    A qui correspond le "elle" de la dernière phrase ? Flaubert parle-t-il de Mme Aubain ou de Félicité ?

    Je ne suis pas tendre ce soir mais ma note est à l'image de cette lecture courte mais laborieuse. Je n'ai qu'un lointain souvenir de Madame Bovary, étudié au lycée mais je me souviens quand même d'un style plus limpide.  Et plus globalement, je crois que je préfère Stendhal à Flaubert. Voilà, je suis peu inspiré quant à cette affaire-là et c'est tout ce que j'ai à dire sur cette lecture que je qualifierais d'intermédiaire après le pavé la conspiration des ténèbres et avant je-ne-sais-pas-quoi-encore.

    recueil de nouvelle, paru en 1877
    le livre de poche n°1958, 145 pages
    lecture du 30/01 au 02/02/2010
    note : 1/5

  • il était une fois mon cinéma (suite)

     

    Un simple geste parfois peut me faire aimer un film. Je n'ai pas d'exemple précis qui me vient puisque j'adore Nelly et Mr Arnaud dans son intégralité et que donc le geste de Françoise Brion dont je vais parler ici n'est qu'un petit plus.

    Lucie, l'ex femme de Pierre Arnaud lui rend visite. elle vient d'enterrer son mari et elle est de passage à Paris. Après qu'elle ait ôté son manteau (avec beaucoup de classe il faut le dire), Mr Arnaud lui propose du thé. Pendant qu'il s'affaire au service,  elle lui demande "et toi ça va ?".  (un sublime "et toi ça va" sur un ton neutre en meme temps qu'affectueux). Avant que Mr Arnaud ait eu le temps de répondre, elle dit "tu as l'air", ce à quoi il répond "oui, une certaine fragilité qui a trouvé sa vitesse de croisière".
    Ensuite Mr Arnaud s'assied et tous deux se regardent. Et là, Lucie se tourne vers la bibliothèque et demande à Pierre "alors, tu n'as plus de livres, tout est parti ?"
    (là, j'ouvre une parenthèse juste pour dire que je n'ai jamais vraiment compris pourquoi Mr Arnaud se débarasse de tous ses livres. Je lui en ai beaucoup voulu pour ça...)
    - oui, répond Mr Arnaud
    - tu n'as pas de problèmes d'argent ?
    - non...

    Arrive en suite le moment clé de la scène. Lucie entend du bruit provenant d'une des chambres et semble s'interroger. Alors, avant qu'elle s'enquiert, Mr Arnaud explique " oui, la jeune femme qui travaille avec moi a dormi ici cette nuit, dans la chambre du fond". En fait, la femme qui travaille avec Mr Arnaud est Nelly (interprété par Emmanuelle Beart).
    Et à 1.02mn, Françoise Brion@alias Lucie fait ce geste avec ses mains, comme pour dire "ça ne me regarde pas". Ce geste m'a toujours intrigué. Je le trouve si parfait et si naturel que je doute que Claude Sautet (le réalisateur) y ait mis son grain de sel.
    Rien que pour des petits moments comme ça, je me dois d'avouer que je ne désespère pas du cinéma.

     

  • James Ellroy dans Paris-Match, ça détonne !

    Extraits :

    A votre avis, l’élection d’Obama est-elle un signe de ­progrès pour l’Amérique ?
    Notre pays est moins raciste qu’avant, mais ça ne fait pas d’Obama un bon dirigeant. Il est faible, peu apte à la fonction, et je pense que c’est notre pire président depuis Jimmy Carter.

    La violence de la société vous fait-elle toujours horreur ?

    J’abhorre les mauvais comportements et fuis tout ce qui les stimule. Je ne vais donc pas au cinéma, ne lis ni romans ni journaux. Je ne regarde pas la télévision, ne possède pas de téléphone portable ni d’ordinateur. Je m’allonge dans le noir et je médite. Je fais tout mon possible pour éviter cette société qui me bouleverse, et je fais en sorte d’en voir le moins possible.

    Pourtant, vos romans sont très documentés, que ce soit sur les années 60 ou 70. Vous devez énormément vous informer sur ce monde !

    Je paie des enquêteurs qui me ramènent des informations rigoureuses. J’ai besoin d’une quantité très précise de renseignements pour nourrir mes livres. Pour ce roman, je n’ai pas eu besoin de me rendre en République dominicaine. Une de mes amies y est allée et revenue avec des photos et une carte du pays. Je me suis rendu compte que je n’avais besoin de rien d’autre, que ce soit sur le vaudou ou l’élaboration des drogues. Ce qui compte, c’est ce que vous faites de ces éléments.

    Etes-vous conscient d’avoir influencé tout une génération d’auteurs de polars dans les années 90 ?
    Oui, on me l’a dit et j’en suis très heureux. Mais je ne lis pas leurs romans.

    Pourtant, on peut souvent voir vos appréciations au dos de leurs livres !
    Je commente, mais je ne lis pas leurs bouquins !

    Ne trouvez-vous pas injuste que des auteurs influencés par vos polars aient aujourd’hui plus de succès que vous ?
    Qui ?

    Dennis Lehane, par exemple.
    Dennis Lehane n’est pas James Ellroy. Aucun romancier ne le sera jamais. Voilà ma réponse. Dans quatre cents ans, je serai toujours lu.
    Bien sûr, je vends plus de livres en France que dans n’importe quel autre pays du monde, Etats-Unis compris, où je vends substantiellement. Qu’importe l’argent que je gagne, j’en ai déjà assez. Je suis heureux comme ça.

    toute l'interview ici

    Pour avoir lu un de ses romans, je ne pense pas que Ellroy soit sincère quand il dit être totalement coupé des médias. C'est un mensonge. Sinon, tous comme ses romans, l'homme sort des sentiers battus..Un romancier ayant les mêmes idées que lui en France serait tout simplement boudé par les public et ignoré des médias. Mais ce qui est étrange, c'est que lorsqu'il est interviewé par des journalistes français, j'ai le sentiment qu'il fascine..mais c'est juste parce qu'il est américain et parle anglais. Car je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à la radio notamment, on excuse tout aux étrangers, on les respecte, on les met presque sur un piédestal même s'ils racontent n'importe quoi, s'ils sont d'extrême droite et xénophobes.

     

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