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guerre

  • CR310 : l'insouciance - Karine Tuil

    41zBmpIu7WL._SX339_BO1,204,203,200_.jpgFrançois Vély est un riche entrepreneur en communication  et s’apprête à fusionner avec une société américaine. Tout roule en apparence pour lui mais sa vie publique cache une vie privée chaotique. Deux fois divorcé, sa seconde épouse s’est défenestrée. Il vit actuellement avec Marion Decker, une journaliste free-lance qui couvre les zones de conflit. Et puis, surtout, il met un point d’honneur à cacher ses origines juives, ce que son père avait déjà fait en changeant le nom Lévy et Vély. Pour couronner le tout, Thibault, un des enfants de François se radicalise et reproche à son père de renier sa judéité.

    Sa vie amoureuse avec Marion est complexe mais cette dernière apprécie le luxe et l’insouciance que lui procurent la richesse de son mari. Ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureuse de Romain Roller, un soldat qui revient d'Afghanistan et qui doit rester quelques jours dans le ‘sas de décompression” de Chypre. Romain est meurtri par la violence à laquelle il a assisté sur le terrain mais le couple est fusionnel, sexuellement avant tout.

    Parallèlement, on suit l’histoire de Osman Diboula, un black des quartiers chauds de Paris, porte-parole des insurgés lors des émeutes de 2005. Cette mise en lumière lui permet d’intégrer l’Elysée où l’on cherche à faire dans la diversité. Osman vit avec Sonia, la plume du président. Le couple est beau, noir, on les appelle les “Obama” de l’Elysée. Mais Osman ne supporte pas que ses origines soient la raison de son succès. Il est évincé par l’Elysée après que le président ait décidé de droitiser son discours et de se lancer sur le thème de l’identité nationale.

    Il est clair que les personnages de ce roman “documentaire” (je sais, je le dis souvent) et très bien renseigné sont les avatars de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, Xavier Niel etc.

    Le titre l’insouciance peut surprendre. Est-ce une antiphrase tant le monde dans lequel vivent tous ces gens est violent (dans les mots et parce que la guerre ) ou bien peut-être, c’est vrai, calfeutrés l’un, dans sa cour d’ivoire et d’autres dans le palais de l’Elysée n’ont pas réalisé que le pire était à venir et que le terrorisme islamiste ne serait pas vaincu par quelques actions armées.

    Dans ce roman brutal et sans fioriture, l’auteure n’a pas oublié l’intimité des protagonistes, directement touchés par les éléments extérieurs. Les couples se déchirent emportés par la violence du monde dont ils sont à leurs façons des acteurs. Soldat, journaliste, chef d’entreprise...plus on avance dans la lecture, plus on pressent le pire, le pire que peut-être donc tous ces gens n'avaient pas pressenti...l'insouciance

    On n’apprend rien de ce qu’on sait déjà du terrorisme mais ce roman permet de voir les choses de l’intérieur et non de façons superficielles et spectaculaires tels que traitées par les journalistes de BFMTV.

    Je pourrais reprocher son manque de valeur littéraire. Mais il est évident que l’auteure ne pouvait traiter ce roman d’actualité autrement. Sinon, je lui trouve des accointances dans le style et dans les "obsessions" (sexe, étude du couple, mondialisation) avec Eric Reinhardt, l'un de mes écrivains français préféré. 

    Il faut saluer la force de ce roman qui décrit le monde d'aujourd'hui et son impact sur la vie de ceux qui en sont les acteurs. Il n’y a pas de manichéisme, les choses sont dites telles qu’elles sont. Un roman comme celui-là vaut plus que mille article de presse. Mon rêve : que Karine Tuil m'accorde un petit entretien pour l'espèce de blog ( mais très fréquenté depuis quelques semaines !)

    lecture : janvier 2017 (liseuse kindle). édition papier : 528 pages, éditeur : Gallimard. parution le  18 août 2016.

    ma note 4/5

    Loïc LT 

    (corrections ortho à venir)

  • CR301 : après la guerre - Hervé Le Corre

    9782743631550.jpgJ’ai trouvé ce bouquin par hasard dans l'une des deux cabines téléphoniques de Grand-Champ reconverties en bibliothèque. La quatrième de couverture m’a plu et en général quand Michel Abescat de Télérama encense, ça ne peut pas être mauvais.

    L’action se passe à Bordeaux pendant la guerre d’Algérie. Personnages principaux : le commissaire Albert Darlac, un flic corrompu ayant collaboré avec les allemands pendant la guerre et participé aux rafles mais ayant réussi à échapper à la purge. Il règne de main de maître sur cette ville poisseuse dont il connaît les moindres recoins . Pour s’aider dans ses sales besognes, il dispose de malfrats qui font le sale boulot et qu’il tue quand ils deviennent gênants. Dans ma tête, je l’ai identifié physiquement à Michel Neyret, ce flic lyonnais qui encore dans les années 2000, fonctionnait à l’ancienne et qui est aujourd’hui sans doute même pas en prison. Autre personnage : Jean Delbos, survivant des camps de concentration, qui passe quelques années à Paris avant de revenir à Bordeaux pour se venger et venger sa femme Olga morte à auschwitz birkenau. Il se fait appeler Albert Vaillant et échafaude un plan criminel un peu tordu. Autre personnage : Daniel, le fils de Jean. Il bosse dans un garage et n’a pas vu son père qu’il croit mort depuis la rafle. Il a été recueilli par des amis de ses parents. Mais Daniel doit partir à la guerre. Plein d’autres personnages gravitent autour de ce trio, un trio qui ne sera réuni que lors de  l’une des dernières scènes du roman.

    L’histoire de cette vengeance (qui est plus que jamais ici, un plat qui se mange froid) est l’occasion pour l’auteur d’évoquer les années qui ont suivi la guerre 39-45, les règlements de compte, l’injustice et les rancœurs qui vont avec, la boucherie que fut la guerre d’Algérie (qui sont les pages les plus dures du roman). Derrière la Grande Histoire, il y a les humains, tous ces écorchés au sens propre comme au figuré, des humains qui subissent, qui s’aiment et liens familiaux plus forts que la haine. Il n’y a rien de reluisant dans ce polar (dont la prose est si riche qu’on peut dire qu’il frise avec la littérature) dont Darlac est le symbole le plus cruel et pas même Bordeaux qui ressemble plus à Marseille qu’au Bordeaux bourgeois d’aujourd’hui. 

    Le Bateau ivre de Rimbaud est convoqué par moment ainsi qu’Aragon et son célèbre est-ce ainsi que les hommes vivent. Un peu de poésie dans ce monde de bruts ne font pas de mal, pardon si c’est banal.

    On ne sort pas indemne de cette lecture et pas fier de ce que la France, pays des droits de l’homme, a cautionnée, laissée faire que ce soit pendant l’occupation, pendant la guerre d’Algérie et puis aussi pas fier de la façon dont elle a recasé des collabos qui n’ont soit jamais eu maille à partir avec la justice soit très tardivement pour ceux qui ont eu le malheur de vivre vieux (comme Maurice Papon qui fut secrétaire général de la préfecture de Gironde et  dont l’ombre plane forcément sur ce récit).

    Je vais remettre le livre ( que je n’ai pas pu m’empêcher de lire sur liseuse)  dans sa cabine  avec ce commentaire à l’intérieur. Il mérite d’autres lecteurs qu’ils soient bordelais, grégamistes ou tout simplement curieux.


    lecture août/sept 2016, sur livre papier et kindle, 575 pages, éditions Rivages/Noir : mars 2014. classé meilleur polar de l’année par le magazine Lire , note : 4.5/5

    Loïc LT

  • CR300 : le Rapport de Brodeck - Philippe Claudel

    lerapportdebrodeck.jpgDans ce roman qui se situe pendant la guerre 39-45 dans un petit village au cœur des montagnes situées aux confins de l’Allemagne (ou de l’Autriche), Philippe Claudel prend le parti de ne rien dire. Jamais le nom de la guerre n’est cité, ni le nom du pays, ni les juifs, ni la période. Ce roman se lit comme un conte aussi triste que sa couverture mais on comprend très vite de quoi il en retourne.

    Après la guerre, Brodeck qui a réussi à survivre au camp de concentration revient au village et le maire lui donne la mission d’écrire un rapport sur les causes ayant poussé une partie de la population  à tuer un étranger qui s’était installé dans l’auberge de Schloss. Cet étranger, appelé l’Anderer qui avait débarqué dans le village après la guerre avec un cheval et un âne avait provoqué la surprise puisque personne ne venait s’installer ici et il eut le droit à une réception organisée par le maire. Mais l’Anderer n’était pas comme tout le monde, portait un drôle d'accoutrement et se fondait très peu à la population. Brodeck, le narrateur fait des aller retour entre le passé et le présent, évoquant la façon dont lui et un autre habitant du village furent livrés aux nazis par des habitants du village, le transport vers le camp et la honte qui le hantera toute sa vie : dans un wagon si chargé que l’on ne pouvait s’allonger, avoir volé une bouteille d’eau à une maman qui dormait avec son enfant. Et puis, on revient dans le présent, l’Anderer convoque le village à un vernissage dans l’auberge où les toiles qui ont l’air anodines en disent plus qu’il y parait. L'exposition part en cacahuète et les toiles sont détruites.  L’Anderer devient le bouc émissaire, celui qui doit disparaître pour laver la honte que les habitants portent en eux.

    Le rapport de Brodeck est plus qu’un énième roman sur la guerre et l’holocauste, c’est un roman sur la culpabilité et les atrocités dont sont capables les hommes les plus normaux, c’est un roman sur les effets de masse et la xénophobie.

    On entend souvent que même dans les démocraties les plus apaisées, rien n’est jamais gagné et que les démons que tout homme porte en lui peuvent resurgir. C’est un peu la moralité de ce roman plus que jamais d’actualité, et en France notamment où même quand on manifeste pour une juste cause, on finit par commettre le pire.

    lecture juin 2016, sur livre papier, 401 pages, éditions Stock parution : août 2007, note : 4/5 

    livre de Philippe Claudel déjà commenté : Meuse l'oubli

    Loïc LT

  • Madame la Chancelière

    chancelière.jpg

    La présidente de l'Europe a le droit a un bel éditorial dans le Ouest France de ce jour. Je n'ai rien contre elle mais je suis quand même surpris que l'auteur de l'article (François Régis Hutin) la remercie pour des propos qu'elle a tenus suite à cette photo épouvantable d'un enfant réfugié mort sur la plage, propos que François Hollande tient depuis longtemps. Il n'a pas eu besoin d'attendre le choc de la photo et il a affirmé plusieurs fois que l'Europe avait un devoir vis à vis de ces réfugiés. C'est ainsi que parfois,  je me pose des questions sur l'intégrité du journal Ouest France, auquel je suis abonné. J'imagine mal un édito titré 'merci Monsieur François Hollande'.

    Maintenant, concernant, ces réfugiés, puisqu'il faut en parler (quitte à faire de la surenchère sous le coup de l'émotion) , je suis évidemment heureux de la prise de conscience et du fait que des communes françaises se portent candidates pour les accueillir  mais il y a quelque chose qu'on n'a pas compris : pour la majorité de ces migrants, la France n'est qu'une étape vers l'Eldorado (et j'ai du mal à le comprendre d'ailleurs) : la Grande-Bretagne, et voire accessoirement l'Allemagne. Sauf le respect, je ne crois pas qu'ils soient intéressés par des séjours à Bort-les-Orgues dans la Corrèze ou Bubry dans le Morbihan. Nous ne semblons pas intéresser ces pauvres gens qui fuient les barbares de daesh (à qui je ne mettrai jamais de majuscule) et la guerre alors que nous sommes sans doute, céans*, les plus ouverts, les plus accueillants et munis d'un système de protection sociale plutôt généreux et surtout universel. Le fait que le FN fasse 20% n'y change rien. Il reste 80% de gens non racistes dans notre beau et doux pays (au sens propre comme au figuré).

    Loïc LT, 05/09/2015, matines. 

    * j'ai essayé de le caser, Gambetti me dira si ça colle..dans le sens ou céans signifie ici

     

    politique,françois hollande,angela merkel,guerre,daesh,réfugié,union européenne

    (photos : Ouest France, édition du 05/09/2015)

    À Madame le Chancelière : — Sa cornette bleue tournée à la mer du Nord. — Pour les naufragés.

  • CR256 : les croix de bois - Roland Dorgelès

    les croix de bois.jpgCe n'est pas utile de faire des manières pour dire des choses simples : les croix de bois évoquent, à travers les souvenirs du narrateur, Jacques (le double de l'auteur), le quotidien dans les tranchées lors de la guerre 14-18. Le récit se compose de 17 chapitres indépendants qui sont chacun comme des tableaux représentant divers moments de la vie des soldats : l'arrière-front, le combat proprement dit, les relèves, l'attente dans les bourgs parmi les villageois. On fait la connaissance de Sulphart, de Gilbert, de Bouffioux (le ch'ti) et autres soldats aux caractères divers évidemment. Jacques, le narrateur, on se demande s'il n'est pas transparent tant il est peu mis à contribution, on ne lui adresse quasiment pas la parole, on dirait qu'il n'est là que pour écrire le livre.

    J'ai été bouleversé par ce livre (que j'ai lu non par envie mais parce qu'il m'intéressait de connaître quel roman faillit battre Proust lors du Goncourt 1919 ), par l'humanité et la fraternité unissant ces soldats quotidiennement confrontés au combat et à la possibilité de la mort, si ce n'est sa quasi-certitude, des types venant d'univers différents et qui se retrouvent soudainement soudés face à l'adversité. C'est peut-être banal que de dire tout cela, c'est rabâché sans fin depuis 100 ans mais personnellement, je n'arrive pas à me figurer que né un siècle plus tôt, j'aurais pu être à leur place. Comment aurais-je vécu de pareils moments ? L'homme arrive-t-il donc à s'habituer au pire ? C'est un peu ce qui ressort de ce roman  dont on se souvient des moments de fraternité, de franches rigolades, des taquineries, des dialogues.

    Vous verrez...Des années passeront. Puis nous nous retrouverons un jour, nous parlerons des copains, des tranchées, des attaques, de nos misères et de nos rigolades, et nous dirons en riant 'c'était le bon temps'

    Et puis, au cœur même du combat, on arrive à rire...ainsi dans cette scène où le soldat Lemoine n'a qu'une idée en tête : entasser des soldats morts devant lui et ses copains pour se protéger :

    A quelque pas de l'entonnoir, un officier était couché sur le côté, sa capote ouverte, et, dans ses doigts osseux, il tenait son paquet de pansement, qu'il n'avait pas pu dérouler.

    - on devrait essayer de le traîner jusqu'ici, dit Lemoine, ça ferait un de plus pour le parapet. Et avec le Boche qui est là, plus loin...

    - T'es pas louf ? grogne Hamel . Tu veux nous faire repérer en les empilant tous devant.

    - Ceux des autres trous s'en sont bien fait, des parapets.

    En effet, de loin en loin, tout le long de la crête, des hommes se dissimulaient, qu'on pouvait prendre pour des grappes de morts. Allongés derrière la moindre butte, blottis dans les plus petits trous, ils travaillaient presque sans bouger, grattant la terre, avec leur pelle-bêche, et, patiemment, ils élevaient devant eux de petits monticules, des taupinières qu'un souffle eut emportées.

    Et dans ce quotidien où la mort est omniprésente, vivre devient un luxe :

    Un petit, dans un coin, racle sa langue blanche avec un couteau. Un autre ne vit plus que par l'imperceptible halètement de sa poitrine, les yeux fermés, les dents serrés, toute sa forme ramassée pour se défendre contre la mort, sauver son peu de vie qui tremblote et va fuir.

    Il espère, pourtant, ils espèrent tous, même le moribond. Tous veulent vivre, et le petit répète obstinément :

    - Ce soir, les brancardiers vont sûrement venir, ils nous l'ont promis hier...

    La vie, mais cela se défend jusqu'au dernier frisson, jusqu'au dernier râle. Mais s'ils n'espéraient pas les brancardiers, si le lit d'hôpital ne luisait pas comme un bonheur dans leur rêve de fièvre, ils sortiraient de leur tombe, malgré leurs membres cassés ou leur ventre béant, ils se traîneraient dans les pierres avec leurs griffes, avec leurs dents. Il en faut de la force pour tuer un homme ; il en faut de la souffrance pour abattre un homme...

    Cela arrive, pourtant. L'espoir s'envole, la résignation, toute noire, s'abat lourdement sur l'âme. Alors, l'homme résigné ramène sur lui sa couverture, ne dit plus rien, et , comme celui-là qui meurt dans un coin de tombeau, il tourne seulement sa tête fiévreuse, et lèche la pierre qui pleure. 

    lecture: janvier 2014, kindle, note : 4.5/5

  • politique internationale

    Donc, si j'ai bien compris (et de loin au sens propre et au figuré en ce qui concerne les affaires internationales), il faut fermement réagir (encore que, pour l'instant, c'est juste être choqué) si on a la preuve que le pouvoir syrien utilise des armes chimiques...par contre, que des innocents meurent sous les coups de l'artillerie lourde, c'est bon, ça le fait, c'est pas grave, c'est la juste loi de la guerre...Franchement, je ne vois pas la différence, je ne vois pas pourquoi le fait d'utiliser un procédé plus que l'autre change quelque chose.