Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lecture

  • CR315 : sur les chemins noirs - Sylvain Tesson

    sur les chemins noirs.jpgTout le monde s'imagine seul avec son baluchon tel Rimbaud sur les routes ardennaises (Mon unique culotte avait un large trou. - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course, Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou... ), avec quoi dedans,en tout cas sans thunes et personne qui ne t'attend nulle part. Et bien, si c'était le cas pour moi, je ferais le trajet ouest-est en longeant la Loire et en rejoignant Paris à la confluence de la Seine et de la Marne et je rejoindrai l'est, sans forcément suivre le cours de la Marne comme JP Kauffmann mais en prenant des chemins noirs ainsi que les appelle Sylvain Tesson qui dans se récit relate sa marche initiatique des Alpes vers le Cotentin. 

    L'idée est d'éviter autant que faire ce peut la civilisation (les routes, les métropoles...), ce qui l'appelle donc les chemins noirs, qui correspondent pour moi aux routes jaunes (c'est ainsi que jadis on nommait une route non bitumée située deux cent mètres devant la maison familiale et qui  servait juste à faire passer les tracteurs et les vaches, routes qu l'administration appelle des chemins d'exploitation). Son intention est de retrouver de l'authenticité deux ans après avoir fait l'imbécile en tentant d'escalader le mur de la maison d'un ami après avoir pris un coup de pied de barrique. Dans son périple, il dort soit à la belle étoile, soit sous sa tente Quechua, rencontre des paysans d'un autre temps et des âmes égarées, s'arrête dans des cafés de campagne pour boire de l'eau. 

    Entre deux bois, je lançais mes cris d'amour aux vaches et obtenais un parfois un long "meuh" en réponse. A Saint-Sévère, je lus la presse dans un soleil huileux. Les nouvelles du monde  n'étaient pas pire que d'habitude. Après tout, quand Attila avait débarqué avec des Huns sur les rives de la Loire, la situation n'avait pas dû être plus enviable qu'aujourd'hui.

    Et à Ardentes, au bord de l'Indre, il se demande :

    Les rivières ont-elles la nostalgie des sources ? 

    Alors qu'en même temps, Julien Doré surenchérit dans mon écho  " où vont le silence des rivières ? ", question que je ne comprends pas car une rivière est rarement silencieuse.

    Sylvain Tesson, le visage déformé par l'accident, prend plaisir à passer ses nuits à la belle étoile. " Le bivouac est un luxe qui rend difficilement supportables, plus tard les nuits dans les palaces". 

    A la fin du périple :

    Toute longue marche a ses airs de salut. On se met en route, on avance en cherchant des perspectives dans les ronces, on évite un village, on trouve un abri pour la nuit, on se rembourse en rêves des tristesses du jour. On élit domicile dans la forêt, on s'endort bercé par les chevêches, on repart un matin électrisé par la folie des herbes hautes, on croises des chevaux. On rencontre des paysans muets.

    Et pour finir

    La France changeait d'aspect, la campagne de visage, les villes de forme et la marée montait autour de notre tente, demain il s'agirait de ne pas traîner. Une seule chose était acquise, on pouvait encore partir droit devant soi et battre la nature. Il y avait encore des vallons où s'engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre et on pouvait couronner ces heures de plein vent des nuits dans des replis grandioses. 

    Il fallait les chercher, il existait des interstices.

    Il demeurait des chemins noirs.

    De quoi se plaindre ?

     

    Ce récit me fait penser un peu aux expériences de François Maspero ( les passagers de Roissy Express), aux travaux de Raymond Depardon et évidemment au périple de Jean-Paul Kauffmann le long de la Marne...et puis aussi à l'essai de Philippe Vasset cherchant à Paris des zones blanches, autant d'auteurs que j'ai évoqués sur ce blog pour le meilleur ou pour le pire (je parle de moi).

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017,  Editions Gallimard , parution octobre 2016. note : 4 / 5

    Loïc LT

     

  • CR314 : une vie française - Jean-Paul Dubois

    une vie française, Jean-Paul DuboisJean-Paul Dubois est fan de l’auteur américain Philip Roth (qui n’a jamais obtenu le Nobel de littérature ce qui est scandale quand on sait que le chansonnier de bazar, Bob Dylan l’a obtenu) et cela se ressent dans ce roman (qui est sans doute un peu autobiographique).

    Le parti pris de l’auteur a été d’associer la vie de ses protagonistes à celle de la vie politique française. D’ailleurs, les chapitres sont découpés en ce sens. On part de Gaulle pour finir en cour de mandat de Jacques Chirac. Tout commence au lendemain de la guerre à Toulouse. Le narrateur, Paul Blick est le fils d’un garagiste concessionnaire Simca et d’une mère corrigeant des articles de presse.

    Ensuite, bien que modeste et désabusé , Paul vit mille et une vies. Un temps rockeur, un temps journaliste, un temps photographe etc etc, sa vie suit le cours de l’histoire. Pleinement acteur des événements de mai 68 et donc ultra gauchiste dans l’âme, comme beaucoup dans son cas, il se voit rattrapé par la vie réelle au point de vivre après plusieurs liaisons avec une fille patronne inflexible d’une boite vendant des piscines à l'international. Par ailleurs, en sa qualité de photographe, il publie deux livres à succès sur le thème des arbres qui le mettent à l’abri de tout souci financier.

    Mais tout ce qui brille n’est pas or. Paul a du mal à se jeter dans ce monde ultralibéral à mille lieux de ses idéaux. Il trompe sa femme, Anna, comme il apprendra sur la fin qu’elle le trompait aussi et n’avait que faire de ses piscines.

    Finalement, tout part à vau l’eau (décidément, je n’ai pas de chance avec mes romans d’été). Après la mort accidentelle de sa femme, il est au bord de la banqueroute devant payer les dette laissées par son épouse. A la fin, il finit jardinier à son compte (après avoir été un vendeur de best sellers).

    On sent bien la patte de Phillip Roth dans ce roman mêlant la grande et la petite histoire. Son seul défaut est de manquer de crédibilité. Songez par exemple que Paul, non seulement devient millionnaire après avoir photographié des arbres (ce qui enlève au héros son côté français moyen) mais en plus il reçoit un coup de fil de Mitterrand lui demandant une série de photos ce qu'il refuse par idéologie. Ça en fait trop pour en faire un roman du genre “règne animal”. A l’actif, c’est un beau panorama de notre société de l’après-guerre jusqu’aux années Chirac et surtout rappelle le sérieux retournement de veste comme beaucoup de soixante huitards, d’un mec qui finalement accepte de plonger corps et âme dans le bain du libéralisme tout en étant conscient de ce rétropédalage.

    Le drame pour le narrateur, c’est que dans cet univers économique impitoyable où la famille pourrait servir un peu de garde-fous, il n’y trouve que conflits politiques (avec ses parents dans un premier temps) et avec Anna, ouvertement de droite mais dont la fin funèbre fait semer le doute.

    Des drames, de l’adultère, de la politique, le train-train quotidien (mais tumultueux souvent)...Jean-Paul Dubois fait évidemment du Philip Roth à la française dans un style simple et chronologique. Ce roman qui a reçu plusieurs prix (Fémina et Fnac) date de 2004 et nous replonge sans nostalgie dans la deuxième partie du XXème siècle avec ses francs et ses petits garages au coin de la rue.

    lecture : juillet 2017, éditions de l’Olivier, parution 2004. note : 4 / 5 (oui j’en ai marre de mettre de 4.5/5)

    Loïc LT 

  • CR311 : Mémé - Philippe Torreton

    mémé.jpgL'année dernière, j'ai écrit un livre sur mon grand-père maternel que j'ai diffusé après impression à quelques membres de ma famille. Je n'ai pas eu beaucoup de retour pourtant j'ai donné beaucoup de ma personne. Je suis allé interroger des gens l'ayant connu, j'ai posé des questions à ses filles, je suis retourné sur les lieux où il avait vécu. Mais en fin de compte, ce projet, aussi louable fut-il a été un échec. Il lui a manqué ce que Philippe Torreton a su faire à propos de sa grand-mère : de la poésie, du symbolisme. A vouloir tout dire, j'ai tout gâché. je le savais déjà mais je l'ai encore plus réalisé en lisant ce récit.

    Mémé. Aujourd'hui, qui sont les gens qui ont appelé leur grand-mère "mémé" ? Je dirais les plus de 40 ans et encore, mamie est arrivée en ville très vite. On est très peu de privilégiés à voir pu appeler sa grand-mère "mémé". Et idem pour pépé. D'ailleurs, mon book raté que j'ai intitulé le bateau d'Emile évoquait mon pépé car je l'ai tout le temps appelé de la sorte. 

    Bref, Philippe Torreton a écrit un livre sur sa mémé, une mémé vivant dans une petite bourgade normande pas loin de la mer mais si loin en même temps à tel point qu'elle n'y allait jamais. Ce bourg s'appelait Triqueville et il est perdu dans la forêt quelque part dans l'Eure. 

    Tous les gens qui ont eu une mémé (comme moi, elle m'a même élevé suite au décès de ma mère alors que j'avais 6 ans) se retrouveront forcément dans le portait de cette femme qui portait la blouse-mémé, qui ne gaspillait rien et qui tout en étant avare de sentiment n'en cachait pas moins. Le narrateur voyait beaucoup sa mémé car ses parents qui en semaine vivaient en ville rénovaient une chaumière en face de la maison de la mémé. 

    La mémé a connu des guerres, a même divorcé, une mémé presque moderne dis donc et elle est une fois montée à Paris pour voir son petit-fils jouer le Barbier de Séville. Pour l'occasion, elle avait acheté une robe et tout et quand l'acteur a su que sa grand-mère était présente, il a eu le plus grand tract de sa vie (alors que s'il y avait bien une personne qui était mal placée pour juger une telle prestation, c'était bien la mémé)...mais ça en a dit long sur les sentiments qui priment sur le jugement objectif. 

    Triqueville donc, rarement évoqué mais suffisamment pour m'interpeller. Il se trouve qu'il y a quelques jours, je me suis rendu dans ce bourg de l'Eure qui se situe pas loin de Honfleur et de Pont-Audemer. J'ai atterri dans ce bourg par hasard et à mon grand regret je ne suis pas resté longtemps. Ce n'est qu'après coup qu'on m'a raconté l'histoire de la mémé qui avait sa maison là-bas, maison à colombage sans doute, maison que j'aurais pu voir et photographier si j'avais su. 

    Mais je retournerai.


    compte rendu de lecture,normandie,biographie,lecture,cultureL'affaire ne s'arrête pas là. Je vais vous raconter une anecdote. Ma sœur habite pas très loin de Triqueville et quand elle a su que Philippe Torreton avait écrit un récit sur sa mémé, elle l'a lu évidemment et puis une idée qui peut paraître saugrenue lui est venue. Elle a acheté cinq exemplaires de l'ouvrage et les a offert à des voisins en les postant dans leur boite à lettre avec lettre manuscrite à l'appui. Chacun est invité (je parle désormais au présent car c'est en cours) à lire ce récit et tout le monde est appelé à se retrouver pour en parler avant l'été. 

    Je salue l'initiative et en tant que journaliste pour Ouest-France (oui, je sais, je ne suis qu'un "simple correspondant" - la caste des journalistes insiste là-dessus - mais quand je vais à la rencontre des gens, je me définis comme un journaliste), si j'avais connaissance d'une telle initiative, je sauterais dessus. La littérature manque à notre société et c'est pourtant un moyen de fuir ce quotidien...ou de l'embrasser par des mots. Perso, je n'ai rien contre mes voisins mais une telle initiative venant de moi..ou d'eux me semble très improbable.

    Si la réunion a lieu, ce que j'espère, je devine que chacun aura beaucoup à dire sur le livre mais aussi sur sa mémé. La mémé. Rien que le mot mémé résume tout. Toutes nos mémés sont différentes mais elles ont le point commun d'être des mémés. 

    Et ma mémé qui s'appelait Elisa (mais qui s'est fait tout le temps appeler Marie)  avait plus d'un tour dans son sac..ou dans les poches de sa blouse, car après sa mort, on a trouvé un cahier où elle avait commencé à écrire sa vie...ou je ne sais plus, j'ai très peu vu ce cahier.  

    C'était une note sur les mémés. J'aurais bien mis des citations extraites du livre de Philippe Torreton mais le récit de 140 pages est une citation à lui tout seul. Il n'y a rien à jeter. 

    lecture : avril 2017,  édition papier J'ai lu, Flammarion: 141 pages, parution poche : janvier 2017, note 4.5/5

    Loïc LT

  • CR310 : l'insouciance - Karine Tuil

    41zBmpIu7WL._SX339_BO1,204,203,200_.jpgFrançois Vély est un riche entrepreneur en communication  et s’apprête à fusionner avec une société américaine. Tout roule en apparence pour lui mais sa vie publique cache une vie privée chaotique. Deux fois divorcé, sa seconde épouse s’est défenestrée. Il vit actuellement avec Marion Decker, une journaliste free-lance qui couvre les zones de conflit. Et puis, surtout, il met un point d’honneur à cacher ses origines juives, ce que son père avait déjà fait en changeant le nom Lévy et Vély. Pour couronner le tout, Thibault, un des enfants de François se radicalise et reproche à son père de renier sa judéité.

    Sa vie amoureuse avec Marion est complexe mais cette dernière apprécie le luxe et l’insouciance que lui procurent la richesse de son mari. Ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureuse de Romain Roller, un soldat qui revient d'Afghanistan et qui doit rester quelques jours dans le ‘sas de décompression” de Chypre. Romain est meurtri par la violence à laquelle il a assisté sur le terrain mais le couple est fusionnel, sexuellement avant tout.

    Parallèlement, on suit l’histoire de Osman Diboula, un black des quartiers chauds de Paris, porte-parole des insurgés lors des émeutes de 2005. Cette mise en lumière lui permet d’intégrer l’Elysée où l’on cherche à faire dans la diversité. Osman vit avec Sonia, la plume du président. Le couple est beau, noir, on les appelle les “Obama” de l’Elysée. Mais Osman ne supporte pas que ses origines soient la raison de son succès. Il est évincé par l’Elysée après que le président ait décidé de droitiser son discours et de se lancer sur le thème de l’identité nationale.

    Il est clair que les personnages de ce roman “documentaire” (je sais, je le dis souvent) et très bien renseigné sont les avatars de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, Xavier Niel etc.

    Le titre l’insouciance peut surprendre. Est-ce une antiphrase tant le monde dans lequel vivent tous ces gens est violent (dans les mots et parce que la guerre ) ou bien peut-être, c’est vrai, calfeutrés l’un, dans sa cour d’ivoire et d’autres dans le palais de l’Elysée n’ont pas réalisé que le pire était à venir et que le terrorisme islamiste ne serait pas vaincu par quelques actions armées.

    Dans ce roman brutal et sans fioriture, l’auteure n’a pas oublié l’intimité des protagonistes, directement touchés par les éléments extérieurs. Les couples se déchirent emportés par la violence du monde dont ils sont à leurs façons des acteurs. Soldat, journaliste, chef d’entreprise...plus on avance dans la lecture, plus on pressent le pire, le pire que peut-être donc tous ces gens n'avaient pas pressenti...l'insouciance

    On n’apprend rien de ce qu’on sait déjà du terrorisme mais ce roman permet de voir les choses de l’intérieur et non de façons superficielles et spectaculaires tels que traitées par les journalistes de BFMTV.

    Je pourrais reprocher son manque de valeur littéraire. Mais il est évident que l’auteure ne pouvait traiter ce roman d’actualité autrement. Sinon, je lui trouve des accointances dans le style et dans les "obsessions" (sexe, étude du couple, mondialisation) avec Eric Reinhardt, l'un de mes écrivains français préféré. 

    Il faut saluer la force de ce roman qui décrit le monde d'aujourd'hui et son impact sur la vie de ceux qui en sont les acteurs. Il n’y a pas de manichéisme, les choses sont dites telles qu’elles sont. Un roman comme celui-là vaut plus que mille article de presse. Mon rêve : que Karine Tuil m'accorde un petit entretien pour l'espèce de blog ( mais très fréquenté depuis quelques semaines !)

    lecture : janvier 2017 (liseuse kindle). édition papier : 528 pages, éditeur : Gallimard. parution le  18 août 2016.

    ma note 4/5

    Loïc LT 

    (corrections ortho à venir)

  • CR309 : là où les tigres sont chez eux - Jean-Marie Blas de Roblès

    compte rendu de lecture, littérature, littérature française, 2008, prix médicis, lecture, culture, zulmaCommencé début décembre, j’ai terminé ce roman-fleuve ce 31 décembre quelques minutes avant minuit. Ce fut une course contre la montre. Drôle de réveillon ! Il était hors de question que je continue à porter ce fardeau en 2017. Repartons sur de bonnes bases et pour ma part, ce sera l’insouciance de Karine Tuil.

    Globalement, là où les tigres sont chez eux m’a ennuyé. L’auteur aurait mieux fait de laisser les félins tranquilles et utiliser son talent pour un autre sujet. Et oui, j’attaque 2017 avec la férocité d'un tigre ! On ne change pas une équipe qui perd -)

    Difficile de résumer ce pavé...alors faisons court. Il se compose de 4 histoires plus ou moins indépendantes dont la plus importante est celle de la vie trépidante du Père Athanase Kircher, un jésuite vivant au XVIIe et dont les aventures nous sont racontées par son disciple Caspar Schott. Kircher était un curieux. Fidèle à ses convictions religieuses, il n’aura toute sa vie de cesse de résoudre des énigmes scientifiques, d’inventer des machines défiant l’entendement et surtout de tenter de trouver l’énigme des hiéroglyphes. Il écrit beaucoup pour faire part de ses découvertes….mais l’histoire nous montrera qu’il s’est trompé sur quasiment toute la ligne. Paradoxalement, même si on peut trouver le personnage ridicule, sa quête de la vérité scientifique ( à qui il cherche toujours forcément une origine chrétienne) force l’admiration.

    Retour au XXe : Eléazar von Wogau est correspondant de presse pour Ouest-France Pontivy au Brésil et est chargé par je ne sais plus qui d’écrire la biographie de Kircher, ce à quoi il s’attaque sans réelle conviction. Parallèlement, on suit les aventures de son ex-femme, Elaine, partie en exploration aux confins de l’Amazone et de Moëma, fille des deux précédents. Homosexuelle et toxicomane, elle est capable de tout et n’importe quoi, part en excursion dans des contrées libertines où il lui arrive des malheurs...et c’est là qu’intervient un certain Nelson, un pauvre paralytique ( et qui est la figure principale du quatrième volet du roman) qui sauve la vie de Moëma qui s’était encore foutue dans de sales draps.

    Voilà à peu près le résumé. Compliqué mais difficile de faire plus simple. Il doit y avoir un fil rouge dans ce roman mais je ne l’ai pas trouvé ; je ne lui ai trouvé que du fil à retordre. On pourrait peut-être saluer le tour de force de l’auteur de nous narrer dans un même roman la vie d’un jésuite du XVIIe et celle d’une toxicomane vivant au Brésil au XXe. On pourrait peut-être mais pour ça il faudrait trouver ce fameux fil rouge...alors pourquoi ne pas subodorer que l’écrivain a voulu nous raconter la vie de gens aux moeurs contraires mais ayant pour point commun de se fourvoyer….dans l’erreur pour l’un et dans la débauche pour l’autre. Je passe sur les mésaventures d’Elaine en Amazonie qui aussi folles soient-elles n’apportent pas d’eau au moulin, à part peut-être celle de divertir le lecteur lassé des expériences abracadabrantes du Père Kircher ( qui meurt à la fin).

    Conclusion : pas véritablement emballant, ce roman possède au moins le mérite de nous faire voyager dans le temps et dans l’espace. l’Amazone tient une bonne place dans ce récit...mais pas autant que l’ennui.

    Sorti en 2008 et lauréat du prix Médicis, je l’avais acheté la même année. Il m’aura fallu 9 ans pour m'y atteler, pour au final le lire sur kindle ( qui ne fait que 150 grammes alors que le bouquin - que je vais déposer dans la cabine téléphonique de Grand-Champ transformée en boîte à livre,  pèse 3 kilos -). 

    lecture : décembre 2016 (liseuse kinkle). édition papier : 765 pages, éditeur : Zulma. anecdote : tous les ‘et’ sont écrits en mode &. prix Medicis 2008. ma note : 3/5

    Loïc LT

  • CR307 : la dentellière - Pascal Lainé

    product_9782070367269_195x320.jpgSi dans l’esprit de l’auteur, la fille nue qu’on voit de dos sur la couverture représente Pomme (tableau la robe du soir de Magritte), l’héroïne du roman (enfin héroïne, personnage principal on va dire), je prends tout de suite ! Sauf que cette fille ne colle pas du tout avec la façon dont l'auteur nous décrit Pomme, surnom qu’on lui a donné dans l’enfance car elle avait les joues rondes comme une pomme (encore que j'ai du mal à imaginer à quoi peut ressembler Pomme, mais indice : dans l'adaptation du livre au cinéma, c'est Isabelle Huppert qui joue le rôle). Pomme est une fille du Nord, elle grandit seule avec sa mère, elle est naïve, bête et elle n'a pas conscience des choses de l’amour.

    Sa mère décide de quitter le Nord pour s’installer à Paris du côté de Nanterre ou de Suresnes, le narrateur n’a jamais trop su (oui le roman est un brin loufoque). Pendant que la mère devient crémière, Pomme travaille dans un salon de coiffure où elle exécute les tâches ingrates. Dans le salon de coiffure, elle fait la connaissance de Marylène, une fille plus expansive. Marylène ‘avait une espèce d’amitié pour Pomme’. Les deux ‘amies’ partent en vacances à Cabourg où Pomme fait la connaissance de Aimery de Béligné, un petit aristo étudiant et frêle. En quoi Pomme l’attire ? Je ne saurais le dire, je ne me rappelle plus. Je crois qu’il se sentait un peu à part, comme l’était Pomme. Ils emménagent ensemble dans un petit appart à Paris mais n’ayant pas de points communs, ils ne parlent pas. Pomme passe son temps à faire la seule chose qu’elle sait faire : les tâches ménagères. Ils finissent par faire l’amour aussi, l’occasion pour Pomme de découvrir que les hommes sont dotés d’un attribut dont elle ignorait l’existence. Puis, Aimery de Béligné finit par se rendre compte qu’il s’ennuie et Pomme retourne chez sa mère du côté de Nanterre ou Suresnes. La mère et la fille revivent ensemble, la vie est platonique, et Pomme ne mange plus rien, elle maigrit  et finit dans un hôpital psychiatrique où elle devient de plus en plus folle (car tel est le but de ces établissements, avis du blogueur)

    C’est un étrange roman dans lequel l’auteur tente de dérouter mais il le fait avec de trop gros sabots, genre lorsque, pris d’un accès de faiblesse du fait de son anorexie, Pomme tombe en pleine rue. Un conducteur ne peut plus avancer et l’auteur va nous décrire l’intérieur de l’habitacle de sa voiture de fond en comble pendant trois pages. 

    Mais Pomme avait le de droit à son roman. Il n’y a pas de raison que seuls les gens beaux et brillants soient les héros. Des milliers de Pomme peuplent cette planète, des gens transparents, inintéressants. L’auteur ne le dit pas mais ce roman (prix Goncourt 1974) leur est dédié.

    extrait (page 125, édition de poche) : Mais parfois, il (Aimery) se disait que si Pomme ne l’entendait pas, lui, par contre, la comprenait, et qu’ils formaient un couple au moins parce qu’il était le seul à pouvoir la comprendre, par-delà les mots qu’elle ne savait pas dire. De cette manière ils étaient faits l’un pour l’autre, un peu comme la statuette ensevelie, qui n’existe plus à l’intention de personne, et l’archéologue qui l’exhume. La beauté de Pomme était celle d’une existence antérieure, oubliée, différée, sous les débris de mille vies misérables, comme celle de sa mère, avant que ne se révèle dans ce corps et cette âme parfaitement simples le secret de toutes ces générations, finalement sauvées de leur nullité ; car c’est cela que signifiait le surgissement précieux de la si pure petite fille.

    lecture novembre 2016, sur poche Folio (trouvé dans une cabine téléphonique reconvertie en librairie) , 177 pages, édition originale chez Gallimard, parution 5 février 1974, note : 3.5/5

    Loïc LT

  • CR306 : au commencement du septième jour - Luc Lang

    au commencement du septième jour.jpgJe continue à faire des fiches de lecture parce qu’à la base, c’est la raison d’être de ce blog, parce que ça m’oblige à écrire et aussi parce que je ne conçois plus lire un roman sans écrire ensuite ce que j’en ai pensé. Donc, il me reste des souvenirs des romans que j’ai lus avant 2006 mais cela reste juste de bons ou de mauvais souvenirs mais je n’ai plus le ressenti précis que j’en ai eu après la lecture. Aujourd’hui, faire un compte rendu me semble indispensable à tel point que lorsque je lis, je suis déjà dans l’optique du compte rendu. Je ne dis pas que c’est la finalité de la lecture, la lecture est avant tout un plaisir et la littérature un moyen de comprendre ce monde et l’intimité de mes congénères.

    Voici donc un petit préambule que je tenais à écrire car dernièrement, quelques gens de “la vraie vie” m’ont dit qu’ils lisaient mon blog avec plaisir sauf les comptes rendus de lecture...Je peux comprendre. Je ne veux pas être condescendant vis à vis de ceux qui ne lisent pas, ils ont d’autres occupations tout aussi louables mais si en plus il faut lire un compte rendu d’un roman qu’on ne lira jamais...quel intérêt ?  Ça ne peut intéresser que des lecteurs qui cherchent des idées de lecture et qui font des recherches sur tel ou tel roman.

    Passons maintenant au roman proprement dit, estampillé ‘rentrée littéraire 2016’, ça sort du four donc, c’est soumis à des critiques dans la presse spécialisée, c’est bien exposé dans les librairies et tout et tout (on peut peut-être même le trouver dans la médiathèque de Pleugriffet).

    Il s’agit d’un roman d’une facture assez conventionnelle. L’auteur nous raconte l’histoire d’une famille française aisée (pas locataire donc -). Thomas, le mari travaille dans une boite informatique où l’on fabrique des logiciels ayant pour but de surveiller à la trace les employés des entreprises acheteuses. On le critique beaucoup pour ça. Camille, sa femme, travaille en Normandie dans une multinationale et occupe un poste à grosses responsabilités où il faut signer de gros contrats et tout, ce qui fait qu’elle ne rentre dans la maison familiale à Paris que le weekend. Deux enfants. Famille normale. Puis le drame. Camille est victime d’un accident de voiture en rentrant de Normandie le vendredi soir. Après une longue hospitalisation, elle décède. Thomas ne comprend pas les circonstances de l’accident. Logiquement, pour rentrer, Camille prend l’autoroute Le Havre-Paris sauf que là, l’accident a lieu sur une petite départementale ne menant nulle part et donc où elle n’avait aucune raison d’être. Thomas mène sa petite enquête en examinant l’ordinateur de bord mais ses questions restent sans réponse. A ce moment du roman, j’ai dans l’idée que l’enquête sera l’objet du récit. Camille avait-elle une double vie ? Du fait de son poste sensible, a-t-elle subi un sabotage de la part des concurrents ? Mais on n’en saura pas plus. L’auteur laisse tomber l’affaire. Fin du livre 1. 

    Livre 2, on retrouve Thomas en montagne (Pyrénées ?)  dans la maison où il a grandi. Il y vient régulièrement. Son frère Jean y tient une bergerie. Thomas fait des excursions en montagne. Les enfants, Anton et Elsa sont heureux, ils participent aux travaux de la ferme et en hiver profitent des plaisirs de la neige. Jean adore ses neveux. On parle un peu de Pauline, la petite sœur partie au Cameroun ouvrir des dispensaires et puis on apprend aussi des secrets de famille, que le père n’est pas mort accidentellement justement du fait d'un de ces secrets. Je ne vais pas tout dévoiler.

    Livre 3, Thomas a laissé ses enfants à sa mère et retrouve Pauline après moult péripéties. Il s'accommode mal de la vie au Cameroun, de la chaleur, de la mentalité etc etc mais il s’y fait. Il suit Pauline dans ses pérégrinations et tente de la convaincre de rentrer en France mais elle refuse. Quand on vit longtemps en Afrique, même dans le plus profond dénuement, on ne veut pas rentrer (c’est le syndrome Rimbaud).

    Voici globalement de quoi il en retourne. Mon avis est mitigé. J’ai trouvé que la mort de Camille était vite passée au second plan même si le changement de vie de Thomas après l’accident est lié à ce drame mais le fait est qu’à la fin du roman, on n’en sait pas plus sur sa personnalité qu’au début. On voit bien sa fuite en avant mais jamais il n’est question du manque. La psychologie de Thomas reste un mystère. Seul l’amour (naturel) qu’il porte à ses deux enfants et  la façon dont il essaie de les soutenir est évoqué mais le malaise vient de ce qu’on a le sentiment que Camille n’est qu’un élément de sa vie et qu’il est passé à autre chose. Cette fuite en avant qui  suit (qui conduira à la perte de son boulot) est-elle une façon de provoquer une rupture brutale afin de ne pas s’apitoyer et vivre dans le deuil perpétuel ? Thomas apparaît pourtant comme un homme sensible mais on ne peut guère en dire plus. Un roman de 514 pages pouvait se permettre de pousser plus loin l’introspection. Ce ne fut pas le choix de Luc Lang qui a préféré faire de son roman une sorte de  road-movie avec un petit détour par la case "retour aux sources". Pour enfoncer le clou, le roman est truffé d’anecdotes qui n’apportent rien comme par exemple les détails techniques dans la boite informatique qui est plus un terrain de combat de coqs qu’une société soucieuse d’apporter satisfaction à ses clients.

    A vouloir trop en dire, à vouloir épuiser son sujet, Luc Lang a oublié l’humain, les conséquences de la perte d’un être proche. Et je dois être plus con que la moyenne, je ne comprends pas le titre. J’ai plusieurs interprétations mais peu importe, je ne l’aime pas, il est trop long et fait mal aux oreilles.

    lecture octobre 2016, sur liseuse kindle , (544 pages en version papier), éditions Stock, parution août 2016, note : 2/5

    Loïc LT

    (correction ortho et coquilles à venir)

  • CR305 : tropique de la violence - Natacha Appanah

    tropique de la violence.jpgLe souvenir de l'étranger m'habite. A chaque fois qu'un ado désoeuvré est livré à lui-même dans un pays exotique, je repense tout le temps à Meursault et tente de trouver des points communs. En plus, ici, Moïse, le héros de ce roman polyphonique voit sa mère adoptive s'écrouler sous ses yeux (sans doute victime d'une crise cardiaque) et au lieu d'appeler les secours, il reste de marbre, fait comme si de rien n'était, dort même dans la maison puis s'en va rejoindre le bidonville de Mayotte, portant sa casquette NY. Cette mère adoptive, c'était la Française qui l'avait adopté après qu'il ait été abandonné par une réfugiée arrivée illégalement des Comores via un bateau de fortune (appelé kwassa là-bas si je me souviens bien). La mère l'élève comme un enfant blanc, il fréquente les beaux quartiers, l'école française et puis après son décès brutal, comme poussé par un instinct primitif, il rejoint les lieux de ce qu'il est au fond : un enfant du pays. Il traîne alors dans l'immense bidonville de Mayotte qu'on appelle là-bas Gaza et fait la rencontre de Bruce, le chef de gang qui va précipiter sa perte.

    Le roman polyphonique n'est pas trop ma tasse de thé. Je préfère qu'il n'y ait qu'un seul narrateur et j'ai déjà expliqué la raison plein de fois sur ce blog et je n'ai pas envie de redire pourquoi. Nonobstant ce dispositif, tropique de la violence tient la route et vaut surtout pour sa valeur documentaire. On imagine mal que la république française (dont Mayotte est le 101ème département mais politiquement l’affaire pose toujours problème) compte un territoire où règne une telle violence, à part évidemment dans des quartiers bien délimités où les français  vivent comme dans des ghettos de luxe.

    En dehors de cela, la personnalité de Moïse est attachante en même tant qu’agaçante. Le parallèle avec Meursault n'est donc pas dénué de fondement. Moïse souffle le chaud et le froid, relit sans cesse le même livre (l'enfant et la rivière de Henri Bosco) mais est attiré par le danger.

    Les services sociaux de l’Etat Français ou des ONG  en prennent pour leur grade (il ne servent à rien sauf à se faire vandaliser leurs locaux) et Mayotte non plus n'en sort pas grandi malgré des descriptions époustouflantes des plages et de la nature luxuriante (faut que je fasse gaffe à ce que je raconte parce que je connais quelqu'un - très bien même - qui connaît quelqu'un qui y est en ce moment).

    Tropique de la violence vaut le détour et Mayotte aussi paraît-il ! C’est une destination touristique peu prisée mais pour ceux qui souhaitent s’y rendre en partant de Pleugriffet via le Canal de Nantes à Brest, on peut débuter son voyage en partant de  l’écluse de Cadoret en navigant sur l’Oust et puis une fois arrivé à Nantes, couler son bateau d’une manière ou d’une autre (perceuse avec gros forêt, masse, dynamites…) et se rendre à l’aéroport, prendre le  premier avion pour Paris et à Paris trouver une hypothétique correspondance pour Mayotte. Il faut arrêter de voir des difficultés là où il n’y en a pas. Les choses sont souvent plus simples qu’elles en ont l’air.

    lecture octobre 2016, sur livre papier (emprunt médiathèque Quatro à Baud), 175 pages, éditions Gallimard, parution août 2016, note : 3/5. 

    Loïc LT

  • CR304 : les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

    les gens dans l'enveloppe.jpgQuelques personnes parfois me demandent d’écrire un livre (roman ou autres). Ecrire, c’est chouette, mais il faut avant tout avoir le talent pour ça et je suis le mieux placé pour savoir que je ne l’ai pas et par ailleurs il faut une idée. Et l’idée, je ne l’ai pas. Je parle de ça parce que les gens dans l’enveloppe, c’est avant tout une idée géniale ! Sur Internet, l’auteure achète sans trop savoir pourquoi une enveloppe contenant des photos défraîchies d’une famille quelconque. Ensuite, passée l’interrogation sur la raison pour laquelle une famille se débarrasse de ses photos, une idée lui vient. A partir de ces clichés (rarement légendés), elle va écrire un roman. C’est la première partie du livre. Dans ce roman, en s’appuyant évidemment sur les photos et en attribuant des prénoms aux gens (sauf ceux dont la photo donne le nom), elle imagine l’histoire de cette famille dont elle ne sait rien, pas même l’endroit où elle habite. Le personnage central est une jeune fille très belle qui s’appelle Laurence et qui attend désespérément le retour de sa maman qui a fui avec son amant en Argentine. Plus tard, elle part d'ailleurs en Argentine à sa recherche (j'espère qu'elle n'est pas tombée sur les rustres du CR303 -)...pour ceux qui suivent ce blog...

    Ensuite, une idée géniale appelant une idée lumineuse, elle se décide à aller à la rencontre de cette famille, sans être trop certaine de pouvoir la retrouver. Les photos datent et elle n’a que très peu d’éléments à part que les gens habitent en Bourgogne. A partir d’un petit indice (un rectangle blanc sous l’horloge du clocher), elle parvient à trouver le lieu. Il s’agit du bourg de Clerval dans le Doubs. Elle se rend sur place et aidée par des clervalois férus d’histoire locale, elle retrouve la trace de la famille. Elle prend contact. Ceux qui étaient âgés sur les photos sont morts et les plus jeunes ont vieilli (comment parler pour ne rien dire) . La famille se prête au jeu. Et évidemment, leur histoire n’a rien à avoir avec celle inventée par l’auteure.

    Donc le livre se divise en deux parties : le roman et l’enquête. Le roman m’a laissé sur ma faim. J’ai trouvé qu’il manquait de souffle et d’ambition. Quand on a une si belle idée, on l’exploite au maximum. L’enquête par contre m’a complètement chamboulé. A force de s'immiscer dans la famille, Isabelle Monnin a fini par s’attacher à elle. Son projet est devenu une obsession. Son but était de retrouver une jeune fille qu’on voit sur la photo (Laurence) dont les parents se sont séparés  mais c’est Michel, le père de Laurence qui s’avère être le personnage central. Il est le lien entre les grands-parents décédés et sa fille Laurence qui vit dans une villa moderne de Clerval. Michel a 67 ans au moment de l’enquête, sa vie est derrière lui mais l’arrivée d’Isabelle Monnin avec son enquête aussi étrange qu’incongrue va lui donner un second souffle et il va se nouer un lien très fort entre lui et Isabelle (même si à la base, c’était mal parti car elle a voulu faire croire qu’elle voulait acheter la maison de famille ce que Michel a mal pris). J’abrège bien sûr, toute la famille est de la partie et l’enquête est l’occasion aussi d’évoquer Clerval ( à défaut de Persquen) , bourg de 1000 habitants assez industrialisé et les mutations qu’il a connues. La famille M (évidemment, l’auteure a la délicatesse de ne pas dévoiler le vrai nom), ses déboires, ses joies, ses peines, Clerval, l’histoire de France, c’est tout cela qui est convoqué dans ce récit. C'est une famille banale, tout comme Clerval et avec si peu de matière (ou avec ce trop plein de matière, tout dépend comment on conçoit la littérature) Isabelle Monnin nous livre un objet littéraire non identifié plus modianesque que les romans de Modiano. Au milieu du bouquin, entre le roman et l’enquête, le livre contient quelques photos trouvées dans l’enveloppe (j’ai mis celle de Laurence en bas de la note). 

    Il y a beaucoup d’émotion sur la fin, quand l’enquête se termine. Le compositeur et chanteur Alex Beaupain (que j’adore par ailleurs) met le tout en musique et certains membres de la famille acceptent de chanter (et Michel, lui, il parle dans le titre -Clerval, Serge - du brocanteur qui est venu vider la maison de famille en prenant entre autres les photos que l’auteure retrouvera plus tard sur le net). J’ai terminé le roman à l’aube et je me suis surpris à pleurer...pour Michel et puis je ne sais pas. Pour le temps qui passe et qui laisse quoi de nos vies à part des photos qui vieillissent mal...peut-être aussi parce qu'on a tous quelque chose de cette famille M.

    Et moi, si j’avais trouvé une enveloppe avec les photos d’une famille inconnue qu’en aurais-je fait ?

    (Sinon, avis aux célibataires, sachez qu’à Clerval sur le pavé, y’a des filles à marier, yen a des petites et des grandes, elles sont toutes à marier, mais personne ne les demande)...chansonnette écrite par un ancien curé de Clerval et qui sert de base à quatre chansons de Alex Beaupain. (Moi, à la maison, pour rigoler quand je la chante, je change les grandes en moches, c'est pas drôle hein ?)

    lecture sept/oct 2016, sur livre papier (et oui, encore !), 408 pages, éditions JC Lattès (livre de poche), parution septembre 2015, note : 4/5. Grand merci à celle qui me l'a conseillé

    Loïc LT

    Voici Laurence ( née en 1975 et fille de Michel et Suzanne), avec son beau pull rayé que sa grand-mère a dû lui tricoter, son regard fugueur et la belle tapisserie derrière. A quoi ressemble-t-elle aujourd'hui, mère de deux enfants et habitant une maison moderne de Clerval ?

    DSC08767.JPG

  • CR302 : le grand jeu - Céline Minard

    le grand jeu.jpgLire des romans de la rentrée littéraire n'est pas une nécessité absolue d'autant plus lorsqu'on ne trouve rien qui nous tente. Mais bon, j'ai toujours l'espoir que comme dans la musique ou dans d'autres arts, la littérature évolue, sur la forme et sur le fond. Les auteurs français ont beaucoup donné dans l'expérimentation littéraire, il serait peut-être temps qu'ils renouent avec ce qui est le propre de la littérature : raconter une histoire (vraie ou fausse) de la façon la plus affinée possible. Mais apparemment, c'est trop demander. Evidemment, ce n'est pas une généralité mais quand même, globalement, c'est le reproche qu'on peut faire aux auteurs français : de se prendre pour des défricheurs quand on voudrait qu'ils soient des raconteurs. 

    Ce récit de Celine Minard partait d'une bonne intention : la narratrice décide, pour des raisons obscures (bien qu'elle égraine ici ou là une certaine forme de misanthropie) de s'isoler en haute montagne dans un caisson high-tech accroché à flanc de rocher et près d'un endroit où il lui est possible de cultiver un petit jardin et d'aménager un cellier. On n'a pas le droit non plus de savoir comment elle s'est prise pour faire installer tout cela mais on a, dans la première partie, le privilège de pouvoir suivre le cours de l'installation à tel point que j'avais l'impression de lire un bouquin scientifique, genre d'un géologue ou un chercheur en je ne sais quoi. Une fois installée, cette femme mystérieuse se lance dans des défis montagnards insensés, quittant son gîte quelques jours pour aller faire de l'alpinisme et accessoirement mettre sa vie en danger. Cette partie est tout aussi pénible et ne peut plaire qu'aux alpinistes amateurs. 

    Ce qui aurait pu changer la donne et mettre un peu d'émotion dans ce roman est sa rencontre avec une sorte d'ermite, qu'elle appelle "la nonne" avec qui elle parle très peu mais boit beaucoup de rhum. Je signale au passage que cette nonne est assez capée en alpinisme également. Mais cette relation qui aurait pu casser le caractère un peu trop technique de l'ensemble laisse un goût d'inachevé. Je n'ai jamais compris ce que l'une attendait de l'autre et j'ai encore moins compris les paragraphes méta-philosophiques qui closent chaque chapitre. Donc, je suis passé à côté de ce roman atypique, un brin perché (pardon pour le jeu de mots) et mal embranché. 

    Je ne fais pas une fixation sur le Goncourt mais je constate  d'ailleurs que 'le grand jeu', malgré le fait que Céline Minard soit une auteure connue,  ne figure pas dans la première sélection (pourtant très élargie) et je n'en suis pas surpris. Je ne le conseillerais même pas à un ami me faisant part de son souhait d'aller s'isoler quelques mois en haute montagne. Ce serait le desservir. 

    lecture sept 2016, sur liseuse kindle, 192 pages, éditions Rivages, parution août 2016, note : 1.5/5

    Loïc LT