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chanson française

  • Le dîner de Bénabar (taillé en pièces)

    Je veux pas y aller à ce dîner,  J'ai pas le moral, je suis fatigué, Ils nous en voudront pas,

    Allez on n'y va pas. En plus faut que je fasse un régime : ma chemise me boudine,

    J'ai l'air d'une chipolata, Je peux pas sortir comme ça. Ça n'a rien à voir,

    Je les aime bien tes amis mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.

    On s'en fout, on n'y va pas, On n'a qu'à se cacher sous les draps,

    On commandera des pizzas, toi la télé et moi, On appelle, on s'excuse,

    On improvise, on trouve quelque chose, On n'a qu'à dire à tes amis

    Qu'on les aime pas et puis tant pis.

    Je suis pas d'humeur, tout me déprime et il se trouve que par hasard,

    Y a un super bon film à la télé ce soir : un chef-d’œuvre du 7ème art

    Que je voudrais revoir, un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez.

    C'est une satire sociale dont le personnage central

    Est joué par de Funès, en plus y a des extraterrestres !

    J'ai des frissons je me sens faible, Je crois que je suis souffrant,

    Ce serait pas raisonnable de sortir maintenant.

    Je préfère pas prendre de risque, c'est peut-être contagieux,

    Il vaut mieux que je reste.  Ça m'ennuie mais c'est mieux.

    Tu me traites d'égoïste ? Comment oses-tu dire ça !

    Moi qui suis malheureux et triste et j'ai même pas de home-cinéma !

    On s'en fout, on n'y va pas, on n'a qu'à se cacher sous les draps,

     

    Je ne sais pas de quand date cette chanson et je n’ai pas envie de faire des recherches sur Bénabar. Je crois qu'elle est sortie dans les années 2000 et tout de suite, je l’ai détestée et tout de suite aussi, je me suis dit que je détesterais à vie un chanteur qui ose sortir une daube pareille.

    J’ai enlevé la version en vers, car ce texte insipide ne mérite pas qu’on dise que c’est une chanson.

    Evidemment, comme Bénabar ne sait pas faire de métaphores, on comprend le texte tout de suite. Car Bénabar écrit comme il parle et il pense qu’il fait des chansons. Il veut se la jouer rebelle mais il passe dans les foyers français comme le gendre idéal et comme disait mon père l’autre soir sans conviction, Bénabar est un homme qui sait humer l’air du temps. Je me marre.

    Il y a des évidences qu’il ne méritent même pas qu’on les explique. Mais on m’en voudrait de ne pas le faire. Alors, allons-y gaiement, dans la joie et le foutoir.

    Donc, le type ne veut pas aller dîner chez des amis. Pourquoi pas, ça m’arrive aussi. Il cherche des excuses (veut faire un régime comme si un seul dîner allait changer quoi que ce soit). Ensuite il dit “ Je les aime bien tes amis mais je veux pas les voir parce que j'ai pas envie.”

    La vache ! Que c’est beau. J’ai l’impression d’entendre un gosse qui n’a pas envie de manger sa soupe. Et puis le type n’a pas honte du paradoxe. Il aime bien les amis mais il veut pas les voir parce qu’il a envie de rester tranquillement au plumard pour regarder un épisode des gendarmes de Saint-Tropez. Il se croit malin au point d’en faire tout un discours :

    Y a un super bon film à la télé ce soir : un chef-d’œuvre du 7ème art

    Que je voudrais revoir, un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez.

    C'est une satire sociale dont le personnage central

    Est joué par de Funès, en plus y a des extraterrestres !

    Y’avait-t-il besoin d’un quatrain (je suis gentil d'écrire que c'est un quatrain...mais j'ai un bon fond) pour parler d’un film dont trois mots auraient suffi ? Et par ailleurs, admettons que le mec a de bonnes raisons de ne pas aller chez les amis, il n’a pas autre chose à regarder que les Gendarmes ? ..sérieux quoi. What the Fuck dirait ma fille -) Moi, j’en profiterais pour me mater un bon film, pour lire, faire l’amour mais pas pour regarder un nanar.

    Ensuite, pourquoi veut-il qu’ils se cachent sous les draps ? Il croit que les amis en question vont venir voir pourquoi ils ne sont pas venus et s’il y a de la lumière dans la maison ? N’importe quoi.

    Et puis, pourquoi, il passe son temps à chercher des excuses alors qu’un moment il dit qu’il n’y a qu’à dire aux amis qu’il les aime pas ?  A partir du moment où tu téléphones à tes amis pour leur dire que tu ne les aimes pas, qu’est-il besoin de chercher des excuses ? (régime, maladie, risque de contagion...) Vous imaginez le propos :

    • salut Théodore, je voulais te dire qu’on viendra pas ce soir parce que je dois faire un régime, en plus je suis malade et c’est contagieux et puis par ailleurs je t’aime pas.

    Ça n’a ni queue ni tête. S’il leur annonce qu’il les aime pas, inutile de palabrer.

    Gros cliché par ailleurs : ils vont commander des pizzas. En soi, pourquoi pas, comme Bénabar est un chanteur générationnel, la commande de pizzas va parler à beaucoup de trentenaires ! “ouah, il est cool ce Bénabar, je ferais comme lui”. Personnellement, j’ai déjà commandé des pizzas mais je ne les ai jamais mangées dans mon lit et encore moins sous la couette. Ah oui...mais il faut qu’ils se cachent, j’avais oublié.

    Il n’y a pas une once de poésie dans ce texte prosaïque (pas le mien, celui de Bénabar, le mien est une critique à charge et je n’ai pas la prétention d’en faire une chanson). Dans la suite de sa carrière, le chanteur est resté dans la même veine, il a écrit des textes tout aussi insipides (comme l’effet papillon..) et y’a des gens de ma génération qui aiment ça ?

    Loïc LT (en mode défouloir)

  • A présent (Vincent Delerm, la chanson, pas l'album)

    Nous sommes Marcia Baila
    Les cracheurs de feu de l'enfance
    Le trajet qui n'en finit pas
    Et la banquette arrière immense
    Nous sommes riverside park
    Les pelouses dans les centres-villes
    Les beaux jours qui débarquent
    Nous sommes les amours imbéciles

    Nous sommes le soleil blanc
    Juste en sortant du cimetière
    Le boulevard après l'enterrement
    Les visages pales dans la lumière
    Nous sommes la fin d'été
    La chaleur les soirs de retour
    Les appartements retrouvés
    La vie qui continue sous cour

    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.

    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    J'écoute beaucoup plus le dernier album de Julien Doré qui frôle la perfection, parce qu'il m'intrigue, qu'il cache bien des mystères et qu'en plus les mélodies sont bien enlevées et les arrangements parfaits mais il ne faut pas être exclusif. Et j'écoute aussi (entre autres) beaucoup le dernier opus de Vincent Delerm. Mais je ne l'écoute pas dans la même optique. Il y a une grosse différence entre une chanson de Doré et une chanson de Delerm. Doré exalte la beauté, la nature, la féminité, il y a un côté glamour mais un glamour qui frôle l'hermétisme. Le fait d'avoir fait jouer Pamela Anderson dans son clip "le lac" est purement anecdotique et la raison n'est pas celle que l'on pense. Le chanteur s'est expliqué là-dessus (et ce serait bien qu'il nous explique aussi ce qu'il veut nous dire dans certaines de ses chansons...). 
    Lorsque j'écoute Delerm, je ne cherche pas la même chose que lorsque j'écoute Doré. Delerm est un chanteur générationnel, il s'adresse aux quadragénaires, il nous parle des années 80, il nous dit la difficulté de vivre en couple, il évoque nos failles, nos fardeaux mais paradoxalement, dans ce flot de sombre nostalgie, il distille avec intelligence un positivisme et nous invite à vivre pleinement le présent. C'est le titre de l'album ! Et il se trouve que ces petites touches positives sont si fortes qu'on oublie les chansons plus tristes. Moi, après avoir écouté cet album, je me sens mieux. Et cette chanson en particulier. A présent. Tous les gens nés dans les années 70 se retrouvent un peu dans ce titre (Le trajet qui n'en finit pas et la banquette arrière immense....à qui ça ne parle pas ?). Je me revois dans la R6 orange ou la BX  quand on partait chez des amis de nos parents qui habitaient très loin et qu'on n'avait pas envie parce qu'on savait qu'on allait s'emmerder. Je me rappelle aussi d’enterrements divers, la procession jusqu'au cimetière et oui, les visages étaient pales dans la lumière. Etc etc.

    Vincent Delerm était en cours d'écriture quand il a appris l'attentat du Bataclan, le Bataclan qui est devenu un peu son antre, et l'album suinte de cette déchirure et plutôt que de l'évoquer platement, le chanteur a préféré prendre le contre-pied et nous inviter à vivre le présent intensément. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Alors, ce soir, 11 décembre 2016, nous sommes la vie en cet instant et il faut se dire que c'est une chance d'être entouré des gens qu'on aime. C'est l'hiver, les volets sont fermés, le sapin de noël est allumé. Mais...
     
    Nous sommes les yeux, les larmes
    En retrouvant 30 ans après
    Sur notre enfant les mêmes alarmes
    Pour les choses qui nous alarmaient.
     
    Mes filles ont grandi, elles ont chacune leur personnalité, leur caractère et je crois que cette jolie strophe s'adresse surtout aux parents qui ont des enfants plus jeunes car je ne vois dans la vie de mes filles que la joie de vivre, de l'insouciance et j'ai du mal à discerner ce qui peut les alarmer et qui m'alarmait aussi. Peut-être parce qu'un garçon et une fille ne s'alarment pas pour les mêmes choses. Je devine quand même les premières amours imbéciles et tout ce qui se passe dans leurs petites têtes de jeunes adolescentes.
    Par ailleurs, la mélodie de à présent est en phase avec le propos, c'est une mélodie gaie qu'agrémentent  des chœurs féminins (un classique chez Delerm)
    Alors, c'est entendu ?  Malgré tous nos problèmes, tous les drames, toutes nos tracasseries, aimons-nous vivant...ah non, zut, je me trompe de chanson -), mais n'empêche qu'il n'avait pas tort. Je ne sais pas ce que François Valéry disait dans la chanson mais tout était dans le titre, un titre très fort. Et finalement, c'est le message que Vincent Delerm veut faire passer aussi : 
     
    Nous sommes la vie ce soir
    Nous sommes la vie à cet instant
    Et je te suis sur le trottoir
    Et je te regarde à présent, à présent
    A présent
    A présent
     
    Loïc LT

  • tentative d'explication : danser sur la table - Vincent Delerm

    Toi, tu disil me manque, tant de choses je n'sais pas, toutes les choses qui me manquent”.

     

    Toujours je reste là, effacé, incapable de parler fort comme ça, de danser sur la table

     

    Toi, depuis le départ, tu as raté cent fois, un amour, une histoire

    Un geste maladroit, un garçon inflammable

    Et une autre que toi a dansé sur la table

     

    Toi, tu dis ‘je préfère les étés sous les toits, La plage, le rayon vert’.

    Je fais ça juste là, pour retirer le sable. 

    Ne me demandez pas de danser sur les tables. 

     

    Toi, tu disil me manque tant de choses tu sais toi, 

    Toutes ces choses qu'il me manque, 

    Et ma vie passera, et ma vie incroyable

    Et je vivrai comme ça sans danser sur la table”. 

     

    . en italique : la femme parle

    . en caractère gras : le type parle

    Ce qui me perturbe dans cette chanson triste comme un dimanche soir pluvieux, c’est de savoir qui s’exprime à tel moment et surtout qui ne veut pas danser sur la table. Spontanément, je vois un couple avec un homme effacé, qui n’aime pas trop faire la fête, qui préfère les étés sous les toits, la plage, le rayon vert (?) et une femme plus délurée, qui s’ennuie dans le couple et à qui il manque un homme exubérant capable de danser sur la table, n’importe quand ou en fin de soirée. La femme s’ennuie à tel point que son mari finit par admettre que depuis le départ de leur relation, elle a raté cent fois un amour...une histoire, un homme inflammable et du coup c’est une autre qu’elle qui a dansé sur la table (donc, l’idée c’est que c’est la femme qui veut danser sur la table ? ) et donc le type qui dit qu'elle a raté tout ça accepte d'être trompé ?

    Donc, je vois ça comme ça mais le texte prête à confusion. De toute façon, l’histoire de ‘danser sur la table’ est une métaphore de ce grain de folie qui manque dans la vie de ce couple. 

    Le texte est très court, mon commentaire aussi. Il est très court et plus simple qu’il en a l’air..il faut juste bien placer la ponctuation parce qu’il n’est pas évident au départ que ce soit le mec qui dit ‘je préfère les étés sur les toits….’ On le devine juste par rapport à ce qu’on a lu avant. C'est le problème avec Vincent Delerm, c'est qu'il écrit comme il parle. 

    Dans la dernière strophe, la femme se fait fataliste, elle ne semble pas vouloir changer de vie ‘et je vivrai comme ça sans danser sur la table’. Et quand elle dit ‘ma vie incroyable’, c’est évidemment de l’ironie, sa vie de merde en fait.

    Vous pouvez retrouver ce titre sur Deezer ou autrement, en vidéo dans la note d'avant. 

    Bon, j'y vais, on va souper. Je vais m'installer à table et faire mon ronchon. Les paysans ne parlent pas à table !

    Loïc LT, psychanalyse de bazar.

     

  • CR304 : les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

    les gens dans l'enveloppe.jpgQuelques personnes parfois me demandent d’écrire un livre (roman ou autres). Ecrire, c’est chouette, mais il faut avant tout avoir le talent pour ça et je suis le mieux placé pour savoir que je ne l’ai pas et par ailleurs il faut une idée. Et l’idée, je ne l’ai pas. Je parle de ça parce que les gens dans l’enveloppe, c’est avant tout une idée géniale ! Sur Internet, l’auteure achète sans trop savoir pourquoi une enveloppe contenant des photos défraîchies d’une famille quelconque. Ensuite, passée l’interrogation sur la raison pour laquelle une famille se débarrasse de ses photos, une idée lui vient. A partir de ces clichés (rarement légendés), elle va écrire un roman. C’est la première partie du livre. Dans ce roman, en s’appuyant évidemment sur les photos et en attribuant des prénoms aux gens (sauf ceux dont la photo donne le nom), elle imagine l’histoire de cette famille dont elle ne sait rien, pas même l’endroit où elle habite. Le personnage central est une jeune fille très belle qui s’appelle Laurence et qui attend désespérément le retour de sa maman qui a fui avec son amant en Argentine. Plus tard, elle part d'ailleurs en Argentine à sa recherche (j'espère qu'elle n'est pas tombée sur les rustres du CR303 -)...pour ceux qui suivent ce blog...

    Ensuite, une idée géniale appelant une idée lumineuse, elle se décide à aller à la rencontre de cette famille, sans être trop certaine de pouvoir la retrouver. Les photos datent et elle n’a que très peu d’éléments à part que les gens habitent en Bourgogne. A partir d’un petit indice (un rectangle blanc sous l’horloge du clocher), elle parvient à trouver le lieu. Il s’agit du bourg de Clerval dans le Doubs. Elle se rend sur place et aidée par des clervalois férus d’histoire locale, elle retrouve la trace de la famille. Elle prend contact. Ceux qui étaient âgés sur les photos sont morts et les plus jeunes ont vieilli (comment parler pour ne rien dire) . La famille se prête au jeu. Et évidemment, leur histoire n’a rien à avoir avec celle inventée par l’auteure.

    Donc le livre se divise en deux parties : le roman et l’enquête. Le roman m’a laissé sur ma faim. J’ai trouvé qu’il manquait de souffle et d’ambition. Quand on a une si belle idée, on l’exploite au maximum. L’enquête par contre m’a complètement chamboulé. A force de s'immiscer dans la famille, Isabelle Monnin a fini par s’attacher à elle. Son projet est devenu une obsession. Son but était de retrouver une jeune fille qu’on voit sur la photo (Laurence) dont les parents se sont séparés  mais c’est Michel, le père de Laurence qui s’avère être le personnage central. Il est le lien entre les grands-parents décédés et sa fille Laurence qui vit dans une villa moderne de Clerval. Michel a 67 ans au moment de l’enquête, sa vie est derrière lui mais l’arrivée d’Isabelle Monnin avec son enquête aussi étrange qu’incongrue va lui donner un second souffle et il va se nouer un lien très fort entre lui et Isabelle (même si à la base, c’était mal parti car elle a voulu faire croire qu’elle voulait acheter la maison de famille ce que Michel a mal pris). J’abrège bien sûr, toute la famille est de la partie et l’enquête est l’occasion aussi d’évoquer Clerval ( à défaut de Persquen) , bourg de 1000 habitants assez industrialisé et les mutations qu’il a connues. La famille M (évidemment, l’auteure a la délicatesse de ne pas dévoiler le vrai nom), ses déboires, ses joies, ses peines, Clerval, l’histoire de France, c’est tout cela qui est convoqué dans ce récit. C'est une famille banale, tout comme Clerval et avec si peu de matière (ou avec ce trop plein de matière, tout dépend comment on conçoit la littérature) Isabelle Monnin nous livre un objet littéraire non identifié plus modianesque que les romans de Modiano. Au milieu du bouquin, entre le roman et l’enquête, le livre contient quelques photos trouvées dans l’enveloppe (j’ai mis celle de Laurence en bas de la note). 

    Il y a beaucoup d’émotion sur la fin, quand l’enquête se termine. Le compositeur et chanteur Alex Beaupain (que j’adore par ailleurs) met le tout en musique et certains membres de la famille acceptent de chanter (et Michel, lui, il parle dans le titre -Clerval, Serge - du brocanteur qui est venu vider la maison de famille en prenant entre autres les photos que l’auteure retrouvera plus tard sur le net). J’ai terminé le roman à l’aube et je me suis surpris à pleurer...pour Michel et puis je ne sais pas. Pour le temps qui passe et qui laisse quoi de nos vies à part des photos qui vieillissent mal...peut-être aussi parce qu'on a tous quelque chose de cette famille M.

    Et moi, si j’avais trouvé une enveloppe avec les photos d’une famille inconnue qu’en aurais-je fait ?

    (Sinon, avis aux célibataires, sachez qu’à Clerval sur le pavé, y’a des filles à marier, yen a des petites et des grandes, elles sont toutes à marier, mais personne ne les demande)...chansonnette écrite par un ancien curé de Clerval et qui sert de base à quatre chansons de Alex Beaupain. (Moi, à la maison, pour rigoler quand je la chante, je change les grandes en moches, c'est pas drôle hein ?)

    lecture sept/oct 2016, sur livre papier (et oui, encore !), 408 pages, éditions JC Lattès (livre de poche), parution septembre 2015, note : 4/5. Grand merci à celle qui me l'a conseillé

    Loïc LT

    Voici Laurence ( née en 1975 et fille de Michel et Suzanne), avec son beau pull rayé que sa grand-mère a dû lui tricoter, son regard fugueur et la belle tapisserie derrière. A quoi ressemble-t-elle aujourd'hui, mère de deux enfants et habitant une maison moderne de Clerval ?

    DSC08767.JPG

  • Le Loir et Cher (Michel Delpech)...au pied de la lettre

    Ma famille habite dans le Loir et Cher,
    Ces gens-là ne font pas de manières.
    Ils passent tout l'automne à creuser des sillons,
    A retourner des hectares de terre.
    Je n'ai jamais eu grand chose à leur dire
    Mais je les aime depuis toujours.
    De temps en temps, je vais les voir.
    Je passe le dimanche dans l'Loir et Cher.

    Bon, qu'ils ne fassent pas de manières est une chose mais qu'ils passent tout l'automne à labourer est étonnant. L'automne est plutôt la période des récoltes. C'est vrai qu'on laboure aussi et pour peu que ce soient des céréaliers, c'est vrai que ça peut mettre du temps. Mais je ne sais pas pourquoi, je  les sens plus éleveurs que céréaliers. 

    Ils me disent, ils me disent :
    "Tu vis sans jamais voir un cheval, un hibou."
    Ils me disent :
    "Tu viens plus, même pour pécher un poisson.
    Tu ne penses plus à nous.
    On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue,
    On dirait que ça te gêne de dîner avec nous.
    On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue,
    On dirait que ça te gêne de dîner avec nous."

    Là, je n'ai pas grand chose à dire mais ils disent qu'il ne pensent plus à eux alors que dans le premier couplet, il affirme aller les voir de temps en temps. Tout dépend de ce qu'on entend par 'de temps en temps'. Bon autrement, même quand on va dans une ferme, il est tout à fait possible d'éviter d'avoir à marcher dans la boue, à moins de le vouloir, qu'il pleuve ou qu'on veuille s'amuser. 

    Chaque fois que je m'arrête dans le Loir et Cher,
    Ils ne m'laissent plus partir de chez eux.
    Je leur dis qu'il faut que je rentre sur Paris,
    Que je ne fais pas toujours ce que j'veux
    Et qu'il faut encore que je trouve un poste d'essence,
    Que j'n'ai pas le temps de finir ma bière
    Et que je reviendrai un de ces dimanches
    Passer la nuit dans le Loir et Cher.

    Le mec vient juste pour un dimanche et il est pressé. En plus, alors qu'il est du coin, il ne sait pas où se trouve le poste d'essence le plus proche. Par ailleurs, il n'a pas le temps de finir sa bière. Comment peut-on être pressé au point de ne pas avoir le temps de finir une bière ? Une bière, ça se finit en quelques secondes et perso, je n'ai jamais vu quelqu'un partir de chez moi ou sortir d'un bar sans finir sa bière parce qu'il est trop pressé. On lui demande pas de finir une barrique de cidre. Et en général, quand on prend la route, on ne prend pas une bière avant de partir. On prend un café au pire.  Il affirme ensuite qu'il reviendra un de ces dimanches, ce qui démontre qu'il vient régulièrement et donc qu'ils pensent à eux contrairement à ce que dit le refrain. Et oh surprise, on apprend qu'en plus, il dort chez eux, ce qui sous-entend qu'il arrive le samedi soir, ce qui signifie qu'il dîne avec eux le soir, qu'il dort sur place et qu'ensuite il passe le dimanche avec eux. C'est pas mal quand même. Je trouve que sa famille est dure avec lui. Surtout qu'on ne sait pas si c'est de la famille proche ou pas. Ça ne doit pas être ses parents puisqu'il dit qu'il n'a jamais eu grand chose à leur dire or on parle à ses parents. Ça peut être son frère et sa belle-sœur. 

    Mais on ne le saura jamais. Michel Delpech est parti avec son secret et a laissé une bière à moitié vide parce qu'il fallait qu'il trouve une station essence. 

    Loïc LT