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  • CR131 : la peine du menuisier - Marie Le Gall

    les silences du.jpgle mot de l'éditeur : «J'étais la fille du Menuisier, je le savais. Jeanne, malgré sa folie, était plus normale que moi, côté filiation. Elle le nommait. Pas moi. Nous n'avions pas de mots l'un pour l'autre. Notre lien était un long fil continu que personne ne pouvait voir. Aucun mot ne s'y accrochait comme le font les notes sur une portée. Nous-mêmes en étions ignorants, seulement soupçonneux de sa présence tenace.»
    Son père est une ombre solitaire, sa maison bruisse de silences et les murs de pierre suintent le mystère... La narratrice grandit dans une atmosphère lourde de non-dits. Pourquoi celui qu'elle appelle le Menuisier est-il si lointain ? Pourquoi sa famille semble-t-elle perpétuellement en deuil ? Elle aimerait poser des questions, mais on est taiseux dans le Finistère. Livrée à ses doutes et à ses intuitions, elle écoute les murmures, rassemble les bribes, tisse patiemment une histoire. Des années lui seront nécessaires pour percer le secret de son ascendance, mesurer l'invisible fardeau dont elle a hérité.
    D'une plume à la fois vibrante et pudique. Marie Le Gall décrypte l'échec d une relation père-fille et touche au coeur.

    Marie Le Gall est née en 1955 ci Brest. Elle est professeur de lettres à Fontainebleau. La Peine du Menuisier est son premier roman.


    mon avis : Le livre de Marie Le Gall retranscrit parfaitement l'atmosphère d'une époque (l'après guerre dans la Bretagne profonde), la crainte de la modernité, le silence dans les familles, les interdits de la religion, l'importance des morts, et surtout ici le poids des secrets. Et surtout d'un secret qui plane sur la famille et semble être à l'origine du mutisme du menuiser et de sa non-relation avec sa fille, Marie-Yvonne , narratrice du roman. Dans cet environnement d'une tristesse implacable, elle trouve refuge dans les photos des défunts affichées sur les murs comme si leur contemplation pouvait lui révéler quelque chose de la peine de celui qu'elle n'appelle pas son père mais "le menuiser".
    Quelque chose dans le propos de Marie Le Gall m'a ramené en arrière, aux discours de ma grand-mère, au mode de vie des aïeux, à leur façon de parler -ou souvent, de ne rien dire, car dans nos campagnes bretonnes, on parle de tout sauf de l'essentiel-. Je me souviens ainsi de ma grand-mère nous parlant sans cesse de ses "cousins" qu'elle avait dans tous les hameaux du coin avec cette impression que ces cousins inconnus avaient plus d'importance pour elle que ses enfants et ses petits enfants. Donc voilà, pas forcément d'une grande modernité tout ça, un peu trop roman de terroir pour moi  sans doute aussi.
    Et donc, la déception du roman, c'est le secret dévoilé à la fin : un drame qui s'est passé dans la jeunesse du menuisier..mais qui n'explique en rien son attitude envers sa fille, étant donné que sa fille n'a rien à voir avec ce drame. Et donc, c'est là que j'ai été un peu déçu, ce qui gâche un peu le tout à mon envie.
    Autobiographique ou pas, le sentiment est que l'auteur a voulu évacuer quelque chose avec ce roman. Et qu'elle fait partie de ses écrivains d'un seul roman.

    roman, paru en 08/2009
    Phoebus, 192 pages
    lecture en 11/2009
    note : 3.5/5
    à venir : l'excuse , Julie Wolkenstein (si j'arrive à le finir)

  • Nathan Fake - the sky was pink

     

    Le ciel était rose. Au tout début, on croirait entendre un bruit de souk. Pour le reste, c'est merveilleux, onirique, métaphysique. Les adjectifs me manquent. C'est l'un des rares titres de Nathan Fake que j'aime dans sa version quasi originale. Suite à quoi, évidemment, James Holden n'a pas pu s'empêcher d'en faire ceci :

     

     

  • CR130 : les années - Annie Ernaux

    les-annees_annie-ernaux_080725105713.jpg

    Plus qu'une simple autobiographie, Annie Ernaux nous livre dans les années une analyse sociologique de la France depuis l'après-guerre, avec son regard de femme impliquée et curieuse. Elle nous rappelle les progrès techniques (c'est même quasiment un inventaire de toutes les nouveautés issus de la société de consommation) , les trente glorieuses, les remous politiques et tous les bouleversements qu'a connu la France et aussi le monde. Et finalement, sa vie à elle passe au second plan mais si le peu qu'elle nous en dit suffit à saisir la personnalité et le caractère de la dame, une enseignante fille de simples commerçants normands, une femme avec une vie normale, un mari, des enfants, une vie confortable mais qui ne va pas hésiter à tout faire valser et repartir à zéro pour se faire succéder dans son lit des amants de toutes sortes. Mais globalement, l'autobiographie chez Ernaux , c'est plutôt "on" que "je", ce en quoi elle se fait un peu le porte-parole des femmes de son genre, enseignante de gauche, féministe mais pas trop. Ce côté un peu boboïsant peut agacer par moments mais après tout elle ne donne que son opinion sur les choses et on ne va pas lui en vouloir de ça.
    Le récit s'arrête fin 2006 et l'écrivain a la certitude que Sarkozy sera élu président de la république.
    Les années est sans doute l'oeuvre la plus ambitieuse de la dame.

    paru en 2007
    Gallimard, 196 pages
    lecture du 12/11 au 15/11/09
    note : 4/5
    à venir : la peine du menuisier, Marie Le Gall

  • les librairies (suite)


    lemeilleurdesmondes.jpgJe viens encore de subir les foudres d'une type me reprochant d'acheter mes livres uniquement sur internet (en l'occurrence sur fnac.com) plutôt qu'en librairie. Et par ailleurs, une récente note de Pierre Assouline m'avait passablement énervé.
    Si je mets en balance les deux modes d'achat, je suis désolé mais le déséquilibre est total puisqu'il n'y a strictement rien en faveur des librairies (à part peut-être une certaine atmosphère à l'intérieur des librairies qu'on ne retrouve évidemment pas sur les sites marchands mais ceci n'a à la limite rien à voir avec l'achat : il m'arrive de temps en temps de flâner dans des librairies parce que je m'y sens bien mais ça s'arrête là.)
    Les arguments en faveur de l'achat sur internet ne manquent pas, mais aux arguments habituels (facilité, choix, tranquillité, prix..), je me dois d'en rajouter deux autres plus personnels :
    - la librairie indépendante la plus proche de chez moi se situe à 35kms
    - elle se situe dans un centre-ville, or je ne vais jamais en ville (je me limite aux périphéries).

    On me rétorque que du coup les librairies ferment les unes après les autres...ok et ? il n'y a plus de crémeries, de chapellerie et de merceries non plus et ça ne manque à personne. Il ne suffit pas de crier "les libraires, les libraires, les libraires" et pleurer parce qu'il y en a de moins en moins (par contre pour défendre les agriculteurs il n'y a plus personne), il faut aussi s'interroger sur le pourquoi du comment.
    Je pense cependant que les libraires (qui restent encore) peuvent s'en sortir en se réinventant..il y a déjà eu des choses de faites (  dans le genre café-librairie) mais c'est resté sporadique. Et s'il n'y rien à faire, tant pis / je préfère une société sans librairies dans laquelle on lit beaucoup qu'une société avec plein de librairies pour très peu de lecteurs.

    Voilà, une prochaine note sera consacrée au pain et j'essaierai d'expliquer en quoi je préfère le pain acheté en grande surface (j'en achète par dizaine que je mets au congélateur) plutôt que le pain du boulanger.

    Il faut être absolument moderne ! (mais provocateur..jamais).