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  • le bateau ivre expliqué à Chloé : strophes 2 et 3

    24012009347.JPGJ'étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

    définition de équipage. équipage : ensemble du personnel embarqué sur un navire, un avion, un char etc, dont il assure la manoeuvre et le service.
    On dirait que Rimbaud a étendu la notion d'équipage à l'ensemble des marchandises que le bateau transporte. Parce qu'à la base, un équipage ce ne sont que des gens. Mais bon, le poète fait ce qu'il veut, il est libre et Rimbaud, peut-être plus que tout autre. Débarrassé des haleurs (dont je t'ai donné la définition lors de l'étude de la strophe 1), le bateau file, emporté par les eaux.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.


    Ça se complique ! Le bateau continue de s'exprimer et nous apprend ici que sa folle aventure se déroula "l'autre hiver" et qu'il était plus sourd qu'un cerveau d'enfants. J'explique : quand tu ne veux pas manger ta soupe, tu n'en démords pas, et quand on t'oblige à la goûter, tu fais la sourde. Le bateau, c'est pareil : rien ne peut le faire revenir en arrière. Que sont "les péninsules démarrées" ? Je sais pas trop mais on va dire que ça signifie que le bateau entre juste en mer et qu'il fait tellement de vague qu'elle se ressentent jusqu'au large.

    tohu-bohu : grand désordre ; agitation confuse et bruyante

  • couverture du télérama n°3080

    TS.jpg15 jours après Obama (qui faisait la une du n°3078), voici que télérama fait une nouvelle fois preuve de grande originalité en nous proposant une couverture anti Sarkozy. Tout en subtilité en plus puisqu'on appose sur la tête du président un message de la forme de ceux présents sur les paquets de cigarette. ouh la.  Tout ça confirme dans l'idée qu'à Télérama, on est capable du meilleur comme du pire.

    A l'intérieur, il y a une interview de Claude Badinter et il aurait été plus astucieux de mettre ce dernier en couv. non ? Ou bien alors, Philippe Djian, l'un des meilleurs écrivains français de sa génération dont le dernier roman impardonnables est chroniqué (par l'excellente Nathalie Crom).

    Ou bien je sais pas moi, quelque chose d'optimiste, d'enjoué, d'hilarant...Pour une fois ? Dans un pays où 90% des gens s'avouent heureux, ça n'aurait rien d'indécent. Ah ! Que j'exècre cette sinistrose provoquée et entretenue par nos médias de tous bords. Que j'exècre ce mot crise employé à tort et à travers...Que j'exècre ce discours qui consiste à trouver anormal tout excès qu'il soit économique, culturel ou même météorologique ! Bon sans mais que veulent les journalistes ? Une société où il ne se passe rien, où la croissance économique est forte, une société de plein-emploi, où l'on ne meurt que de mort naturelle, où l'accident est impossible, où il neige à noel et qu'il faut chaud (mais pas trop) en août. Enfin, non je sais pas, je me demande si les journalistes ne se complaisent pas dans l'énumération de ces soi-disant dérèglements. Je les trouve en effet plein d'assurance et de ferveur à essayer de nous expliquer tout ce qui ne va pas avec ce ton qui leur est propre où chaque phrase tombe comme une sentence, totale et définitive. Alors qu'en fin de compte une majorité de journalistes ne se rendent pas compte à quel point ils sont totalement déconnectés de la vraie vie. En plus, d'être déconnectés, ils sont incompétents. Et vlan.

    Mais je m'égare. A la base il était question des couvertures de télérama...que je trouvais tristement banales..

    Loïc

     

  • CR70 - Cherokee - Jean Echenoz

    22012009338.jpgJe viens de terminer cherokee et j'ai adoré ce roman tout comme j'avais adoré je m'en vais. Jean Echenoz confirme donc tout le bien que je pensais de lui. Et il ne pouvait en être autrement tant dans ma conception de la littérature, la forme compte tout autant que le fond..voire plus.   Dans cherokee, l'histoire brinquebalante d'un type un peu paumé qui se retrouve enquêteur dans une espèce d'agence de détectives où l'on enquête sur des affaires abracadabrantesques (un vol de perroquet par exemple) n'est évidemment une fois de plus qu'un prétexte à une débauche verbale d'une ingéniosité sans pareil où les mots rares et précieux côtoient des termes techniques qui tombent à chaque fois fort à propos, où des phrases insolites se succèdent comme autant de surprises et d'émerveillement ! Pour autant l'environnement échenozien n'est pas spécialement chatoyant puisqu'en général et dans cherokee en particulier, les terrains vagues se succèdent à rues sombres jonchées de déchets et à des zones péri-urbaines à moitié désertées. Mais la plume de l'écrivain donne à tous ces endroits et aux antihéros qui les fréquentent une sorte de grandeur poétique véritablement enivrante.

    Ça donne des choses de ce genre :


    Ils s'éloignèrent. Le bruit de leur moteur décrut, se fondit dans la rumeur lointaine, ils n"étaient plus là. Cependant, nous restons. Alentour le paysage est gris et terne. Il fait humide et froid. Tout est désert, on n'entend plus rien que cette rumeur lointaine sans intérêt. Que ne partons-nous pas. Mais voici qu'un autre bruit de moteur naît en coulisse, se précise, s'incarne en une nouvelle voiture qui paraît au bout du passage, s'approche, ralentit et se gare là même où stationnait la 504. C'est la Mazda locative de Fred. Va-t-il se passer quelque chose. Aurions-nous bien fait de rester. (p96) (note : narrateur extérieur au récit)

    Le perroquet Morgan était âgé d'une soixantaine d'années, ce qui correspond en gros, à l'échelle humaine, à une soixantaine d'années...
    (p138)

    Sur l'autoroute, à cette heure-ci, il n'y avait que des quinze-tonnes lancés à toute allure dans leur cortège classique de cuir, de tabac, de laine, de sueur et de gasoil et aussi quelques voitures particulières menées à toute allure par des hommes seuls, ivres et désespérés.
    (p171)


    Plus qu'un simple écrivain, Echenoz est aussi un poète, un sculpteur du verbe et et lorsqu'on lit ses oeuvres, on devine tout le plaisir qu' il a mis à les écrire. Ça se devine et ça se sent qu'il prend beaucoup de plaisir à l'écriture. Je considère Jean Echenoz comme l'un des plus grands écrivains français contemporains, au côté  de Philippe Djian (dont les romans sont différents mais qui cultive une même forme de cynisme) et de Benoit Godillon (dont un nouveau roman sort en mars).
    Alors, rejoignez le fan club de Jean Echenoz sur facebook. Et par la même occasion celui de Georges Marchais. -))
    Et puis lire l'excellente note de Pitou, le blogger au bout de la lettre.
    Et puis, aller faire dodo.

    lecture du 15.01 au 22.01.09
    note : 4.5/5
    à venir : le diable au corps, Raymond Radiguet

    Loïc

     

     

  • CR69 - le sucre - Georges Conchon

    baigneur.JPGIl y a quelques années, je me souviens que j'avais tellement adoré l'argent de Zola que je m'étais mis à chercher d'autres romans traitant de spéculation financière. Et on m'avait conseillé celui-ci, écrit par Georges Conchon, écrivain que quasiment personne ne connait (bien qu'il ait obtenu le prix Goncourt en 1964 avec l'Etat sauvage).
    Cela fait quelques jours que j'en ai fini la lecture et si je tarde à faire mon cr est que ce roman reste pour moi une énigme et que je ne suis pas très fier de moi sur cette affaire-là. Mais il faut quand même que je fasse une note car ce serait trop facile de ne pas en faire. C'est vrai quoi, zut, si je commence à faire de la ségrégation et de ne traiter que des livres que j'ai aimés, où-va-t-on ? Mais en fait, ce n'est pas que je ne l'ai pas aimé. C'est plutôt que je ne l'ai pas compris. A partir de la page 49, je suis rentré dans un brouillard complet et j'avais beau relire, redémarrer les chapitres, rien n'y a fait : je n'ai pas compris ce que voulait nous dire l'auteur.
    Au début, ça va. Ça se passe dans les années 70 : un fonctionnaire qui se prénomme Adrien hérite d'une grosse somme. Il abandonne son boulot d'inspecteur des impôts et décide de spéculer sur des marchés à terme, et ici, en l'occurrence sur le marché du sucre. S'aidant de ses ex-relations professionnelles,  il dispose de bons tuyaux et part très confiant. Il parie sur une hausse du prix du sucre..et c'est ce qui arrive, et même plus qu'il ne l'espérait. Grisé, il continue à investir des millions pariant toujours sur une hausse..ça augmente toujours jusqu'au jour où... ça dégringole. Il s'y attendait parce que comme le dit ce proverbe que connaissent bien les boursicoteurs "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel". Il s'y attendait mais suite à un malentendu avec son collaborateur, il ne peut pas vendre suffisamment tôt et par un effet boule de neige se retrouve ruiné. Là, on en est à la page 49 pour un livre qui en compte 218. C'est la suite que je n'ai pas compris. Rien du tout. Apparemment, Adrien essaie d'annuler ses pertes en faisant du chantage à des banquiers ou des ministres. Et je ne sais pas s'il y arrive vraiment. D'ailleurs, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse bien d'une histoire de chantage. La honte donc.
    Dû à quoi ? Sans doute au style de l'écrivain : plein de phrases nominales ou exclamatives et une écriture parlée avec pas mal de termes dans le genre argotique ..et du coup, Conchon oublie d'expliquer les choses à un moment où, les événements se compliquant,  il aurait peut-être fallu le faire. C'est tout ce que je vois.


    Bon, mais si vous cherchez un bon roman sur les dérives spéculatives et qui parle aussi de Mallarmé, des charmes de l'automne, d'amour, de chevilles féminines, de Paris, tout quoi, je re-re-re-conseille Cendrillon d'Eric Reinhardt. Il y a vraiment des pages sublimes dans ce livre et j'ai la chair de poule rien que de repenser à l'euphorie qui fut la mienne au temps de cette lecture.

    Sinon, cette note inaugure le mois du baigneur. C'est crétin mais c'est comme ça : toutes les illustrations mettront en scène le baigneur de Lola, si Mlle veut bien me le prêter quelques secondes de temps en temps pour la séance photo...oh mais je suis sûr que mon loulou va rien dire et qu'elle sera même fière que son papa s'intéresse au baigneur.

    note : 1.5/5
    lecture du 11.01 au 14.01.08
    à venir : cherokee, Jean Echenoz