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vie personnelle

  • Tenir (3)

    Ça fait 51 jours que j'ai quitté la clinique, 51 jours d’abstinence et je me félicite parce que personne ne le fera pour moi. Parfois, j'ai des envies mais je me dis que j'aurais trop à perdre. On m'a renouvelé mon arrêt de travail jusque début octobre et donc j'en profite pour suivre l'actualité, lire, faire du sport. Je me fixe des objectifs chaque jour, des choses que j'ai pas envie de faire. Aujourd'hui samedi. Je me suis réveillé vers les 8h00, je n'avais pas de crise d'angoisse mais je me sentais déprimé. Je me suis levé quand même, je suis resté traîner, j'ai pas ouvert les volets et je suis retourné au lit jusque 11h30. Là, ça va mieux, je me suis occupé du linge, de la vaisselle. J'ai bu du café et tout à l'heure, ce sera steak et riz pour faire le plein d'énergie avant d'aller à la salle de sport. Mon frigo est vide, il va falloir aussi que je fasse quelques courses. 

    Tout ça paraît dérisoire. Un peu "l'homme qui dort" de Pérec. Mais que voulez vous que je vous dise ? Voici donc une note qui ne sert à rien, qui s'enfonce sur elle même. Je cherche un livre à lire, peut-être un Kundera dont j'ai tout lu l'oeuvre il y a vingt ans ou pour me détendre un Agatha Christie. On dit que son roman policier le plus abouti et exigeant est "le vallon" alors pourquoi pas.

    Concernant, "les dix petits nègres" que j'ai évidement lu au moins deux fois, plus je réfléchis, plus je le trouve mal léché. Les dix invités ont chacun une chambre et voient chacun d'entre eux mourir les uns après les autres. La logique voudrait que ce faisant, les invités restants restent soudés ensemble dans le salon au lieu de retourner individuellement dans leur chambre. Mais non, ça leur traverse pas l'esprit. Bon mais en dehors de ça, ça reste le must du roman policier. 

    Shako. 

  • affaires de divorce, épisode 4

    J'ai rencontré Mathilde de Bouillebec sur mon lieu de travail en 2000 ou 2001, je ne rappelle  plus trop. Elle faisait partie à l'époque des trois ou quatre comptables volants, c'est à dire des gens qui venaient en renfort dans une agence pour remplacer des comptables absents pour diverses raisons. Quand je l'ai vue pour la première fois, j'ai eu tout de suite le coup de foudre. N'en déplaise à Kundera, le coup de foudre existe. 

    On parle volontiers de coups de foudre; je ne suis que trop conscient de ce que l'amour tend à créer une légende de soi-même, à mythifier après coup ses commencements." (la plaisanterie)

    Moi j'ai eu un coup de foudre pour elle mais elle non. Au fur et à mesure des jours, elle m'a dit après qu'elle me prenait pour un flambeur, un branleur etc...Mais ce que je ne savais pas c'est qu'elle était aussi intimidé par moi que je ne l'étais pour elle. Parfois, pour des raisons professionnelles,  j'étais amené à aller dans son bureau et j'avais le cœur qui palpitait et tranquillement, j'ai commencé à discuter avec elle et je me suis rendu compte que malgré sa beauté éclatante, c'était une femme réservée, timide. Elle se livrait très peu. En fait, tout à fait le type de femme que je voulais, la beauté physique en plus. Un jour, une grosse imprimante est arrivée dans son bureau. Je lui ai demandé si c'était pour elle. Elle m'a dit que non, que c'était pour Robert de Chaussepierre, son petit ami. 20 ans ont passé, je ne me rappelle pas de tout. Savais-je avant l'imprimante qu'elle avait cet ami, peut-être. En tout cas, au fil du temps, on est devenu très proche et le soir, on restait très tard dans l'agence pour être tous les deux.

    Un soir, je suis allé dans son bureau comme je le faisais chaque soir que nous n'étions plus que tous les deux et je suis, excusez moi l'expression, passé à l'action. Elle était devant moi mais de dos et elle avait sa nuque dégagée. Il faut savoir que j'adore les nuques surtout quand elle sont dégagées et que donc, les cheveux sont attachés par un chouchou ou autre. Et il y quelque chose qui m'impressionne encore plus c'est la facilité et la vitesse avec laquelle les femmes s'attachent les cheveux. En tout cas, attachés avec une épingle ou un chouchou, l'effet est le même, ça dégage la nuque. Donc, comme je disais, je suis rentré dans son bureau, j'ai dû faire un effort monumental en posant ma main sur sa nuque. Elle ne s'est pas défendue et faisant semblant de continuer son travail alors au fond je sais qu'elle ne pensait qu'à ma main sur sa nuque que je ne cessais de caresser. Point positif, elle n'a rien fait pour la retirer. Je ne sais pas et dans quelle mesure mais soir après soir c'était le même cérémonial mais un peu plus à chaque fois et je me disais qu'on allait finir par vivre ensemble.

    Mais il y avait deux complications.

    Elle vivait à Choufleury avec Robert de Chaussepierre, un type que je connaissais fort bien car il bossait aussi dans la boîte ! C'était même un ami à moi car nous avions quelques passions communes pour le cinéma mais lui plus spécifiquement les musiques de film. 

    Robert de Chaussepierre vivait chez elle à Choufleury et un weekend, je ne sais plus pourquoi, il était totalement absent alors j'ai demandé à Mathilde de Bouillebec de venir chez moi. J'habitais un immeuble qui ressemblait à un hangar dans une zone industrielle à cinquante mètres du Blavet. Sur la gauche, il y avait un impressionnant viaduc (photo ci-dessous). Quand elle est arrivée chez moi, les choses se sont précipitées. C'était au mois de juin 2000 ou 2001 et nous nous sommes embrassés sur la bouche pour la première fois et on a fait l'amour autant que l'on pouvait. Nous étions jeunes et beaux, elle avait des cheveux sublimes et un visage d'ange. C'était torride dans les deux acceptations du terme et surtout pour nos peaux. Je crois que j'ai passé le plus beau weekend de ma vie. Il y a en une d'autres comme ça ou bien juste des après midi...je me souviens qu'un soir Robert de Chaussepierre devait venir chez moi pour me donner un cd et voici que Mathilde de Chaussepierre débarque. Je ne sais plus pourquoi, pour faire l'amour sans doute mais je savais aussi que Robert de Chaussepierre pouvait débarquer à tout moment. Quand j'ai dit ça à Mathilde, elle a pris panique et est partie. Ça s'est joué à peu de choses puisque quelques minutes plus tard Robert de Chaussepierre que je faisais cocu débarquait. Je n'ose même pas imaginé quelle aurait été sa réaction si elle l'avait croisée dans l'escalier !

    Deuxième complication. Même si je la voyais de moins en moins, je n'avais pas encore officiellement rompu avec Odette Legrandin, une parfaite blonde et bourgeoise vannetaise et je ne sais plus quand dans cette histoire  mais un jour que j'avais un peu de temps  à midi et que j'avais rendez vous à Vannes, je suis allé chez elle et très vite, elle a commencé à me déshabiller et tout mais je lui ai dit d'arrêter, que j'avais un truc à lui dire et je lui ai dit. Je crois qu'elle a pleuré. Mais elle savait déjà que j'avais le béguin pour une collègue de boulot car je lui en avais parlé. 

    Des deux bords donc, moi, Shako de Tam-Tam, elle Mathilde de Bouillebec, lui Robert de Chaussepierre et elle Odette Legrandin, le démarrage d'un couple qui allait durer 18 ans était très compliqué !

    Je raconterai la suite demain. Je n'aime pas les textes à rallonge.

    Shako.

    viaduc.jpg

    Le viaduc en question à cent mètres de chez moi

  • tenir (2)

    Chaque jour qui passe est une victoire et en même temps, je trouve que c'est de plus en plus facile. Lorsque je suis sorti de la clinique, il y a un mois et demi, j'avoue que j'avais une forte appréhension de me retrouver seul dans mon appart qui, depuis que je l'habite a toujours été synonyme d'alcool. Lorsque Mathilde de Bouillebec m'a déposé après ce retour glacial, je suis rentré dans mon appart, frais comme un gardon et j'ai commencé par remettre des choses dans l'ordre. Je ne sais plus quel était mon niveau d'envie de boire. Pour pallier au pire, j'ai pris un Espéral pour être tranquille pour 72h. C'est toujours difficile de prendre la décision de l'Espéral mais il faut savoir ce qu'on veut...et puis les jours ont suivi, je me suis instauré un rythme de vie, j'ai mis plusieurs jours à faire le ménage (je crois que je n'en avais jamais fait depuis un an et demi que je suis dans cet appart maudit).

    L'autre jour, un gars a invité tous les gens de l'immeuble pour un apéro-barbeuc...sauf moi. Alors je me suis évidemment posé la question et j'ai fini par l'avoir. Comme il savait que je ne buvais plus, il n'a pas voulu m'infliger de voir les autres boire. Louable attention mais j'espère quand même que je vais pas continuer à vivre ce genre de trucs sous prétexte que je ne bois plus.

    Aujourd'hui, je suis à 42 jours sans boire (effectif à minuit !). Comme ne plus boire n'est plus ma seule préoccupation du jour, je me suis décidé à perdre du poids, ce que j'avais déjà commencé à la clinique. Régime sévère et beaucoup de sport mais c'est pas toujours payant. Il faut persévérer. Comme j'ai éliminé quasiment toute absorption de sucre, je fais de l'hypothermie c'est à dire que j'ai des étourdissements quand je me lève mais surtout je dors beaucoup comme si mon corps me disait "bon j'en ai marre de ce que tu me fais vivre, j'en ai marre, mode pause". Je suis allé voir le médecin, il m'a prescrit une prise de sang même s'il m'a dit que l'hypothermie ne se voyait pas dans le sang. Mais il y a longtemps que je n'ai pas fait de prise de sang et ça ne mange pas de pain. Et puis le médecin a pris ma tension : 11.7  ! alors qu'historiquement je tourne aux alentours de 14/15. 

    Ce matin, entre deux siestes, j'ai fait un far breton, pas spécialement adapté pour perdre du poids mais j'ai remplacé le sucre par du Stevia. Et bien, ça donne un truc tout aussi bon. C'est un conseil que je donne à tous ceux qui veulent se régaler d'un far tout en faisant un régime. 

    Demain, je fais ma première séance à la salle de sport. Un heure pour commencer, c'est bien. Comme j'ai l'habitude de faire du footing et donc de muscler le bas, je vais essayer de muscler le haut et c'est jamais facile au démarrage. Je demanderai conseil. Et puis la salle de sport, c'est cool parce que tu fais du bien à ton corps et tu fais des rencontres, ce que j'ai cruellement besoin en ce moment. 

    Shako

  • le bateau d'Emile...et puis quoi encore !

    DSC01711.JPGDepuis deux jours, il tombe un crachin continu en Bretagne. C'est une météo qui me va très bien.

    Hier (et il est tout à fait inutile que je vous dise quoi, comment et où), je suis tombé sur Mathilde de Bouillebec et ma fille Chloé. Passons sur Chloé qui nous fait un coup de calgon en ce moment  (attention, le calgon ne sert pas à déboucher un évier, je dis ça parce que je me suis fait avoir). A ce moment précis, je crois bien que j'étais la dernière personne que Mathilde de Bouillebec tenait à voir. J'ai voulu lui faire un bisou un peu par provocation mais prétexte Covid elle a refusé alors on est resté à deux mètres trente deux l'un de l'autre. L'ambiance était froide comme un frigo mal réglé. Je lui posé quelques questions d'usage et je voyais bien que ça l'emmerdait de répondre. Elle l'a fait quand même en éructant quelques mots qui sortaient de sa bouche au forceps mais j'avais de la peine tellement je ressentais toute la souffrance qu'il y avait en elle. Que des mots donc, la prochaine fois, ce sera des lettres et je devrai deviner le mot. Ensuite, on passera aux onomatopées. Elle me regardait de biais ou même pas du tout. Hors de question de croiser mon regard !  Quel supplice ce devait être pour elle de répondre aux questions incongrues de son ex mari qui devrait être en prison, là au moins, elle ne tomberait jamais dessus. 

    Dans tout cette triste histoire, j'ai appris je ne sais plus comment que Lola, mon autre fille, faisait un stage de basket à Nantes, chose quand même que j'aurais dû savoir et puis et c'est plus anecdotique que Mathilde de Bouillebec faisait construire une maison, je ne sais où, à Baud peut-être. J'ai bien vu qu'elle était gênée que je sois mis au courant comme si elle voulait me cacher cette information indéfiniment. Je crois plutôt qu'elle avait envie que je crève et que des mouches bourdonnent sur mon ventre putride. 

    Je suis rentré chez moi pas plus énervé que ça. Je me sens plutôt bien en ce moment. C'est ma sœur qui m'a ramené et elle et mes deux nièces sommes montées. Mon appart est tout petit mais tout à fait comme il faut pour une personne seule. Par contre à quatre là dedans, ça fait un peu cagibi. Rozenn et moi avons bu un café pendant que Daphné et Clélie mettaient de l'ambiance dans le vestibule, je suis désolé, c'est le mot qui me vient. 

    Et le soir, je me suis retrouvé seul autour de mes livres et des choses diverses comme les vinyles de Françoiz Breut (il fallait bien que je la place).  

    Par ailleurs, Il faut que je vous dise une chose incroyable. Ma grand-mère paternelle, mémé, qui a été agricultrice toute sa vie et qui n'a été que six ans à l'école pendant lesquelles elle a appris le Français, a écrit en secret, on ne sait trop quand pendant sa retraite sur un cahier d'école toute sa vie et surtout son métier d'agricultrice. Je ne sais pas qui est tombé là-dessus après sa mort en 2013. On a tous trouvé ça incroyable. C'est écrit avec pas mal de fautes mais aussi sans ponctuations, sans retour à la ligne. Brut quoi. Mais qu'importe, la nouvelle a secoué la famille. Et donc, un cousin à la retraite a décidé de publier cet ouvrage en agrémentant le tout de photos légendées si possible, d'anecdotes et aussi d'un arbre généalogique. Je savais qu'il faisait un travail à partir du cahier de mémé mais je ne m'attendais pas à une telle somme. En parcourant ce "carré d'as", c'est ainsi qu'il l'a titré, je me suis souvenu que j'avais fait la même chose quelques années avant mais en évoquant ma famille maternelle et puis évidemment sans le cahier comme mémé avait fait. J'avais publié la chose je ne sais plus comment sur le net et l'ai distribué aux personnes intéressées. J'avais appelé ça "le bateau d'Emile" puisque mon grand-père s'appelait Emile et qu'il n'a jamais fait de bateau (mais en vérité c'est aussi parce que c'est un film avec Lino Ventura) Je m'étais beaucoup renseigné auprès des enfants de mon grand-père, de mon père aussi évidemment et d'autres gens qui l'ont connus. Je crois avoir fait un bon travail mais je n'ai eu strictement aucun retour. Donc, j'en ai déduis que c'était mauvais. Je crois déjà que j'aurais dû choisir le format A4 comme le carnet d'as parce que dans mon bateau d'Emile, tout est trop resserré et donc un peu repoussant  Encore que, je suis en train de le feuilleter là, je trouve ça pas si mal. Je ne comprends pas. L'essentiel est que je suis fier de mon travail même s'il n'avait pas la même ambition que celui de Michel, coutumier de ce genre de bouquin. 

    Comme c'est mon blog et que j'y écris ce que je veux et illustre mes notes comme je veux aussi. Je vais donc mettre la couverture du bateau d'Emile où on voit ma mère sous une espèce de porche d'une ruine en pierre. J'aime beaucoup cette photo que j'ai l'impression de voir sortie d'un film d'Antonioni. Le bateau d'Emile est mon bébé, il n'a plu à personne sauf à moi. Si c'était à refaire, je le referais parce que déjà j'y ai appris beaucoup de choses. Je tiens quand même à dire que Prisca m'a beaucoup aidé pour la mise en forme du bordel.

    Six années plus tard, elle me regarde en chien de faïence devant la maison de mon enfance regrettant plus fort que mourir d'y être venue entreposer des cartons au moment même ou j'y étais avec ma sœur et mes nièces. Entre Rozenn et Mathilde de Bouillebec, ça a toujours été l'entente cordiale. 

    Voilà, je vous ai pas trop gonflé ! Mais qui vous oblige à lire !?

    Shako

  • Shako, le catho

    shakocato.jpgOn dirait que les gens veulent que je devienne catho. Il y a deux mois à peu près, je me fais prendre en stop par une ancienne collègue de boulot (en retraite) qui a bien vu que je n'allais pas bien et c'était vrai, j'avais deux bouteilles de whisky dans mon sac à dos que je m’apprêtais à enfiler cul sec. C'est alors qu'elle commence un discours étrange sur la fin du monde, sur la vengeance de Dieu et tout le prêchi prêcha de circonstance. Elle me donne un petit livret dont je n'ai pas mis longtemps à comprendre qu'il s'agissait d'un fascicule intégriste se réclamant quand même de l'Eglise Catholique mais je suppose et espère que cette dernière rejette ce type de mouvement. En tout cas, elle me propose d'accompagner un groupe de fidèles (dont elle) en Bosnie au mois de septembre et elle me payait même le voyage. J'ai réfléchi vite fait en me disant que ça me changerait les idées tout en espérant que je ne serais pas obligé de suivre ces pseudo-cathos dans leur pèlerinage d'une semaine. Je ferais mon petit touriste dans mon coin et rejoindrais le groupe ou pas le soir (à moins que je ne tombe sur un petit hôtel sympathique perdu dans les montagnes bosniaques). Je m'en faisais presqu'une joie annonçant même autour de moi que j'allais probablement en voyage en Bosnie en septembre. 

    Plusieurs semaines plus tard, elle vient chez moi et reprend son discours sur l'imminence de la vengeance et dans le flot de  stupides prédictions, j'en ai retenu une qui a failli me faire tomber de l'armoire : il ne restera plus que 48 habitants à Paris. Je ne cherchais même plus à apporter la contradiction d'autant qu'elle m'avait dit que finalement je devais payer le voyage (en plusieurs fois, s'il fallait, très gentille, merci) et qu'il n'était pas possible de quitter ce groupe d'illuminés pendant la semaine. Je lui ai clairement fait comprendre que ça n'allait pas être possible et elle m'a dit de la rappeler au cas où.

    Quelques semaines plus tard, je reçois cette carte postale de ma sœur en vacances dans la Creuse (département top cliché lorsqu'on veut quitter la société de consommation) et qui représente une vierge marie noire (permettez moi de ne pas mettre de majuscule au nom de cette dame) sur les genoux de laquelle est installé son fils, Jésus Kriss tout aussi noir que sa mère, si on peut appeler une femme qui a conçu un bébé sans père, une mère. C'est un peu caché par l'écriture de mon beau-frère mais voici la légende : "MEYMAC CORREZE, l'église abbatiale possède une vierge noire du XIIe siècle". A l'actif de ma sœur, je dirais que c'est original de ne pas envoyer de cartes représentant un paysage. Au passif, je suppose qu'elle n'a pas oublié que je suis athée donc qu'il doit s'agir d'une gentille provocation. Que la vierge marie soit noire, blanche, verte ou bleue m'importe totalement puisque je ne crois pas que cette dame ait existé. Le texte de ma sœur commence par "que la vierge marie de Meymac t'aide à prendre confiance en la vie sobre et simple....etc" signé Rozenn

    Rozenn et mon ex-collègue se sont-elles mises de mèche pour me faire basculer de l'autre côté de l'échiquier ?

    Toujours est-il que je me relèverai seul parce que je suis fort et que j'ai pour m'en sortir un grimoire et que je n'ai pas besoin du secours de Marie et de ce périple à Medjugorge. Je suppose que tout cela part d'une bonne intention mais je suis trop avancé dans les mystères de la physique quantique pour faire une improbable marche arrière. 

    Shako

  • après-midi hors du continent

    Le fleuve qui passe pas trop loin de chez moi s'appelle Le Blavet. Dans mon coin au bord de ce fleuve, il y a deux sites intéressants, Minazen et Manerven. Mais bien qu'il n'y ait pas trop de touristes, Minazen est assez bien coté parce qu'il y a un petit bar sympathique. Et à Manerven, il il n'y a qu'une petite île au milieu du Blavet (ce qui est déjà pas mal). Je ne sais pas si on peut dire qu'on quitte le continent quand on va sur ces îlots. J'ai déjà fait à cet endroit  un pique nique jeudi dernier. C'était super, pas de réseaux, presque pas de touristes, juste quelques pêcheurs. Je ne peux pas dire que c'était le silence complet puisque l'eau qui se déverse de l'écluse émet un son mais un son fort agréable. Donc, j'embarque quand même mon smartphone ( pour écouter de la musique) et ma liseuse. Jeudi dernier, j'ai dû partir assez tôt puisqu'il y avait le gala de basket de Lola, (une de mes deux filles) le soir à 18:30. Mais là, rien ni personne ne m'attend. J'essaierai de finir mon livre de Sarkozy (je n'ai rien lu depuis jeudi) et puis après je sais pas. Je fouinerai dans ma liseuse pour voir.

    Hier, j'ai fait du shopping avec mes filles à Lorient. il faisait très chaud et j'ai eu la mauvaise idée de mettre un pantalon très lourd à porter. Question dépenses, les filles s'en sont donnés à cœur joie. Lola qui n'avait presque pas dépensé a été très futée puisqu'au dernier moment alors qu'on rejoignait le bus, elle annonce qu'elle voulait voir pour acheter des lunettes de soleil. On s'est donc arrêtés chez Afflelou et comme elle n'aime que les marques, je lui ai acheté une paire de Ray-Ban dont la décence m'oblige à ne pas donner le prix.

    Chloé a été plutôt désagréable avec moi car elle était persuadée que j'avais bu la veille (parce que quand elle a appelé vers les 23:00 pour cette histoire de hacking incompréhensible, apparemment je parlais bizarrement). Peut-être cela vient-il des médocs, surtout le Baclofène que j'ai eu le malheur de prendre à 20:00 ce soir là alors que d'habitude je le fais au coucher...parce que ce machin, au demeurant très efficace fait dormir alors ce soir là,  j'ai dormi environ de 20:30 jusque 23:00 et Chloé m'a appelé alors je ne sais pas, je devais être un peu dans le coltard. Le pire, c'est que hier elle pensait que j'avais même bu aussi le matin même de notre sortie parce que j'ai butté dans une chaise à 16:00.  C'est stupide pour pas mal de raisons dont deux essentielles : pourquoi j'aurais pris le risque de boire le matin alors que je voyais les filles l'après-midi !? Et même si j'avais bu, le fait de buter dans une chaise à 16:00 pourrait prouver quoi que ce soit alors qu'à cette heure forcément, l'effet de l'alcool aurait disparu ? et les filles se seraient rendues compte de rien par ailleurs ! (Elle vient de me dire par sms que je ne marchais pas droit toute l'après-midi, je rigole des genoux !) Une troisième raison quand même : je suis abstinent et je tiens à le rester "plus fort que mourir". Mais Chloé me l'a dit, elle n'a plus confiance en moi alors je peux dire ce que je veux, ayant menti pendant des années, pourquoi ne mentirais je pas encore... 

    Il est 12:45, je vais préparer mon baluchon ( au menu, un melon et trois pommes) et retourner à mon havre de paix. Dans l'idéal, je serais allé courir ce matin mais j'ai toujours mal au mollet droit. Il se trouve qu'en matière de poids, autant je suis passé facilement de 100.5 à 93, autant j'ai beaucoup de mal à baisser encore. Il y a comme un pallier imposé par le corps. Parfois, je me fais plaisir en regardant mon poids après un footing pour voir un nombre inférieur à 90. Sinon, je dois redoubler d'efforts et pour ce, il faut que mon mollet me fiche la paix. En attendant, je peux faire du vélo en utilisant la batterie au minimum. Là, déjà d'aller à Manerven à vélo et revenir, ça me fait suer et donc ça agit sur mon poids. Et puis au niveau alimentaire, il faut que je fasse un régime plus sévère. Il faut souffrir de toute façon.

    Je retourne donc à cet endroit sans tambour ni trompette et sans réseaux ! 

    Je corrigerai les fautes et coquilles ce soir (avec l'aide de Léonor, merci à elle)

    Shako.

  • affaires de divorce, épisode 3

    Je ne cherche pas à casser Mathilde de Bouillebec. Elle m'a sauvé la vie plusieurs fois et pendant 18 ans elle m'a permis de mettre de côté mes vieux démons, en tout cas de les canaliser dans les eaux troubles du Blavet et même après le divorce (à propos, si voulez divorcer, ne prenez pas celui à l'amiable, c'est le type le plus compliqué qui soit au niveau administratif et ne vous attendez pas à une signature et basta, non, préparez votre stock de cartouches pour stylos plumes), après le divorce donc, elle a continué à m'épauler surtout pour des trajets longs en auto où je n'avais pas d'autres choix à part celui de prendre le taxi. Elle m'a même offert un four il y a trois mois le jour même de ma soi disant sortie définitive de la clinique.

    Et là, je suis sorti une nouvelle fois après trois semaines d'hospitalisation et ça se passe bien mais désormais elle se fout de tout ça, elle n'a plus confiance et c'est définitif comme un texte de loi relatif au budget des finances voté à la majorité par le Sénat et l'Assemblée nationale et de toute façon, c'est l'assemblée nationale qui a le dernier mot. Je vous expliquerai un jour comment faire pour donner un coup de jeune au Sénat. Et j'expliquerai pourquoi ma connerie est semblable à un pull 100% laine qu'on fout au sèche linge. Irrécupérable. 

    Je suis abstinent depuis vingt trois jours, weekends compris (je ne compte pas les jours à la clinique) et je suppose que Mathilde de Bouillebec imagine que je vais rechuter au 83e kilomètre d'une route départementale (référence que seules quelques personnes avisées peuvent comprendre). Elle s'attend à ça à tous moments. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que je prends depuis quelques temps un medoc qui s'appelle Baclofene qui marche sur certains et pas sur d'autres. C'est un médoc qui a pour but de diminuer l'envie de boire. Et bien, sur moi, il fonctionne parfaitement, presque trop même et il y a aussi mon envie, l'envie de ne plus recommencer m'a dit le docteur Labouret, médecin que je voyais sans doute pour la dernière fois. Mon envie est forte comme l'est Vitalie, la mère de Rimbaud "aussi inflexible que 73 administrations à casquettes  de plomb". C'est vrai qu'après chaque rechute, je perds un pion au damier. Une dernière récidive et il ne me restera plus que mon nez pour sniffer. Les jeux seront faits. Je n'aurais plus qu'à adopter un chien, acheter du pinard Saint-Benoit à Monoprix et faire bêtement la manche devant la cathédrale de Vannes que les islamistes ont pour l'instant épargnée des flammes. Je ne prendrai pas le sans contact, pas même la cb, juste des pièces de deux euros et des billets.

    En attendant, Mathilde de Bouillebec a décidé de me faire la gueule...même pas un "ça va?" ou autres petits messages sur Whatsapp où nous avions l'habitude d'échanger. Communication zéro de sa part et du coup de la mienne. Œil pour œil, dent pour dent..Ça date de vingt trois jours aussi, c'est à dire depuis qu'elle m'a ramené de l'hôtel des éclopés. C'est un jeu comme je disais tout à l'heure, mais un jeu dangereux, un jeu de dames ou il faut être deux. 

    Aujourd'hui samedi, je vais faire du shopping avec les filles mais il s'est passé quelque chose d'absolument fou hier soir sur ma messagerie sms. Une sorte de texto-jacking. J'en ai parlé avec Chloé à l'oral et forcément, elle trouvait que je parlais bizarrement, un peu comme si j'avais bu. Je lui ai dit que non évidemment, que je n'avais aucune envie de boire et quand bien même, je ne l'aurais pas fait la veille de cette sortie avec elles parce que même un lampée de whisky te suit à la trace comme un chien de chasse poursuit un gibier. Et bien sûr, ce samedi matin, Chloé va en parler à sa mère et cette dernière va forcément transformer le doute en certitude. Et on va peut-être dans le doute devoir annuler la sortie. Un général est rempli de doute mais c'est à lui seul de prendre la décision de savoir si on continue à tenter de prendre Stalingrad ou si on recule. C'est également ce que dit Sarkozy dans "le temps des tempêtes" dans son dernier essai que je suis en train de lire. La décision finale, on la prend seul dans un bureau où les murs ne parlent pas pour vous aider. 

    J'ai ma conscience pour moi, je n'ai pas bu hier soir. Parce que je n'en ai plus envie comme dit tout à l'heure, parce que je veux garder un lien avec mes filles et puis pour l'anecdote, je me suis acheté un petit carnet ressemblant à un grimoire dans lequel je note consciencieusement tous les soirs ce qui s'est passé dans la journée question alcool et depuis combien de jours ça dure sans boire depuis la sortie de l'hôtel du Golfe.. et bien ce carnet est tellement beau que je n'ai pas envie de l'entacher d'un "rechute".

    Alors ma façon de parler hier soir, je n'en sais rien, j'ai envoyé un message oral à une internaute pour lui raconter toute l'histoire de la veille (ayant comme base, l'antivol du vélo de Lola, qu'on aurait volé sans voler le vélo) et après coup, j'ai demandé à cette expatriée si elle avait trouvé que ma voix était bizarre et elle m'a répondu que non. Chloé me connaissant mieux que Léonor, je me demande si tous les médicaments que je prends ne se transforment pas en une sorte de bouillie qui vient moisir dans mon râtelier surtout en fin de soirée après une journée chargée. Pourtant à part Chloé, personne ne m'en a fait la réflexion. 

    Donc oui, dans le doute, Mathilde de Bouillebec va vouloir protéger ses filles et on verra tout à l'heure ce qu'il en est. Mais Chloé vient de me confirmer à l'instant que c'était d'accord pour la sortie, qu'elle avait compris que mes déboires de hier sont de ceux que seul le net peut inventer tout comme la machine à Gutenberg. 

    Je vous rappelle (même si y'avait des parenthèses) que si vous voulez joyeusement divorcer, n'optez pas pour le divorce à l'amiable, "amiable" étant pour le coup d'une hypocrisie totale. Je ne sais pas quelle formule repas il existe dans les autres formes de divorce, je sais juste que les deux avocats qui ont défendu chacun d'entre nous s'en sont mis plein les poches (oui parce ce que même dans ce type de divorce kafkaïen, il faut un avocat par partie et que ces derniers ne sont pas là pour connaître les goûts culinaires de chacun). D'ailleurs, je dois encore de l'argent au mien. Mais comme je ne sais pas à quoi ça correspond  (comme je n'ai jamais compris à quoi correspondaient les autres chèques), j'attends qu'on m'explique. 

    Je me souviens d'un film de Sautet (une histoire simple) où il était question d'un divorce, sans doute à l'amiable aussi  et un seul rendez vous a été nécessaire. Et Sautet n'est pas du genre à faire dans le surréalisme.

    En attendant, Mathilde de Bouillebec et moi, on se fait la gueule propre depuis la dernière sortie de la clinique il y a trois semaines. Je ne sais pas qui de la poule ou de l’œuf a commencé mais peu importe...on s'est croisé au gala de basket jeudi soir et on s'est fait un salut glacial, tout comme on saluerait une vague connaissance. Un moment, je me suis assis à un mètre d'elle pour voir si une interférence était possible. C'est facile pour moi de vous le dire, j'ai bien senti qu'elle allait me répondre par oui, par un non ou par le fameux "effectivement", adverbe qu'elle utilise couramment mais je n'ai rien fait donc je n'ai pas eu le droit au sensuel "effectivement". J'aurais peut-être dû car je savais que de son côté, cela allait rester silencieux comme la rue Sarasate un jour de confinement. 

    Y'a peu de chance que Mathilde de Bouillebec tombe sur ce blog mais au cas où, elle stopperait son mutisme afin de me dire d’arrêter de laver mon linge sale sur la toile, jusqu'à me menacer peut-être de me  poursuivre en justice. Sauf que je rappelle que sans elle, je serais mort plusieurs fois et donc étant réduit en poussière, je ne pourrais pas perdre mon temps à écrire une note lue par cinq contribuables en blouse rose. Je lui dois d'être encore en vie. Et c'est pour ces dix huit ans de bonheur et pour nos deux filles que je garde l'alliance ce qui peut être sujet à débats. 

    C'est pas la beauté qui se mange en salade.

    Shako

  • affaires de divorce, épisode 2

     

    Elle n'était pas obligée de venir me chercher alors que demander de plus. Mais elle a toujours été comme ça. Elle ne laisse jamais tomber les gens. Bon cœur. Taxi gratuit. Il ne fallait pas attendre les grands discours. Comme de fait. Silence à peine pesant. Presque évident. Parfois je pose une question et elle répond par oui ou par non et un peu plus s'il fallait. Trois mots grand maxi. J'avais mal mais je ne lui en voulais pas. Un mois plus tôt j'avais fait la connerie de trop alors il fallait pas que je sois surpris qu'elle ne me demande pas comment s'était passé ce séjour d'un mois à Séné. Pour que vous sachiez chers lecteurs, il s'est bien passé. Et depuis ma sortie, il y a vingt jours, je n'ai pas bu une goutte. 

    Dans sa grande bonté, elle est venue me chercher. J'ai attendu toute la journée car j'étais libéré le matin. Je n'avais aucune appréhension. Parce que je n'attendais rien. Et je n'étais pas fier.

    J'aurais voulu quand même avoir des nouvelles des filles. Mais c'était des oui et des non encore . Même pour mes filles. Pas besoin de faire des alexandrins pour dire ça. Ça suffit la poésie. Il y a des choses qui sont à dire le plus simplement.

    Parle-moi d'elles

    Parle-moi d'elles

     

    Mais non, Chloé est en Nouvelle Zélande et Lola est draftée en NBA ? Je n'en sais rien. Au moins savoir ça. Parle-moi d'elles. Bon sang mais parle-moi d'elles ! Sont-elles heureuses ? Et leurs petits copains ? Parle moi au moins d'elles, s'il te plait ! Toi et ta vie, peu m'importe. On ne se doit plus rien. Tu fais ce que tu veux. Je ne veux même pas le savoir. Mais....

    Parle-moi d'elles

    Parle-moi d'elles. 

    On est arrivés. Merci. De rien. 

  • affaires de divorce, épisode 1

    On a divorcé il y a deux ans et demi mais ce n'est pas le divorce qui m'a emmerdé puisque avec Mathilde de Bouillebec on a vécu 12 ans ensemble en union libre. On s'est marié un peu sur un coup de tête en 2013 et le but essentiel était de réunir nos deux familles qui ne se connaissaient pas ou à peine. Non, le divorce en lui même, j'en avais rien à foutre, le plus dur fut de quitter la maison, la vie de ma famille à quatre etc.  J'ai résolu de parler de tout ça avec un brin de dérision dans une série de poèmes que personne ne lira pas mais qu'importe, je mets ici ce que je veux. Je mettrai aussi d'anciennes productions où je parle de ce sujet.

    J'évoque dans celui-ci les vieux draps, housses de couette, draps housse ou autres bricoles que j'ai ramenés dans mon appart de la maison. J'ai pris le parti de m'en débarrasser. Je ne peux plus les voir, vaisselles comprises. deux rimes avec le même mot mais pas d'histoire !

    Affaires de divorce (1)

    J’ai jeté toutes les reliques de jadis
    Près d’un buisson de rien tout près de mon appart
    Et lorsque ce fut fait j'ai cru clore une vie
    Un peu comme on termine le reste d'une tarte. 

    Le tout attendait quoi, depuis deux ou trois jours
    Car de tout ceci je n’avais plus trop que faire
    Et je décidai dans la nuit qu'enfin le jour
    Vienne enfin pour finir de jeter ces affaires

    Ensuite j'ai chanté debout sur une chaise
    En écoutant Basia après les Matt Bianco
    Un peu comme ces fous qu’on voit sur les falaises

    Ceux là même hantant  les paisibles chaumières
    Lorsqu'au sein de la nuit, la lune alors éclaire
    Ce formes bizarres comme des barbotieres.

    Shako, le 02.08.2020
  • Isabelle ou le Chat de Schrödinger

    Depuis quelques mois je connais une fille qui habite Saint-Malo-de-Beignon. C'est un bourg qui me parle car lorsque j'effectuais mon service militaire à Guer, le soir, on sortait avec quatre ou cinq bidasses, on achetait de la bière et on allait les boire au bord d'un étang situé près de ce bourg. Et quand on était bien éméché, on se foutait à poil 100%, on courait vers le ponton et on se jetait à l'eau. C'est le seul souvenir que j'ai de ce bourg, c'est pour ça que lorsqu'Isabelle m'en a parlé, j'ai repensé à ces soirées au bord de cet étang dont je ne sais le nom.

    Cela fait plusieurs mois que je connais Isabelle. Quand je l'ai connue, elle n'allait pas bien et puis j'ai assisté à sa transformation. Mais on se parlait très peu. Un jour que pour une fois je lui parlais, j'ai dû lui dire que je m'intéressais à la physique quantique, elle m'a demandé alors si je connaissais le chat de Schrödinger. A part mon chat Merlin, je ne connais pas le nom des chats des autres et donc encore moins de celui du dénommé Schrödinger. Je lui ai répondu que non mais ça m'avait surpris qu'elle me sorte ça de façon si naturelle comme ci elle me disait qu'il faisait beau dehors. Lorsque je suis rentré chez moi, j'ai en effet trouvé l'endroit où il en était question et l'expérience de ce chat qui existe et n'existe pas et qui est en fait un fondement de la physique quantique mais je vais éviter les explications.

    J'ai su plus tard qu'elle avait un sérieux bagage scolaire et qu'elle avait participé à une conférence sur le quantique et qu'à côté d'elle était assis un des frères Bogdanov.

    Petit à petit, on s'est mis à discuter de plus en plus de choses métaphysiques. J'étais agréablement surpris de sa transformation. D'une fille très effacée portant tout le temps un espèce de gilet rose, elle était devenue plus féminine jusque porter une jupe. Enfin, je croyais que c'était une jupe mais en fait c'était une robe. Un autre jour, elle portait une robe longue que j'aimais moins mais j'ai pas osé lui dire que ça ressemblait à un sac à patates. Physiquement de visage, je ne saurais trop dire. Je devinais qu'un mystère s'y cachait et les traces d'un passé assez lourd. Je ne posais aucune question sur sa vie qu'elle me distillait tranquillement. J'ai su qu'elle avait une fille mais je ne sais plus son âge et surtout qu'elle avait un mec qui s'appelle Cédric. Comme elle commençait à m'attirer, je lui disais en rigolant que j'allais tuer ce Cédric et donc qu'il me fallait abattre tous les Cédric de Nantes où il habitait car je ne savais pas son nom de famille. Souvent alors qu'on buvait un café ensemble avec d'autres individus, son téléphone sonnait et elle répondait "coucou chéri". J'aurais dû être indifférent car je ne savais pas ce qu'il se passait dans mon cerveau. J'étais fragile moi aussi et je n'avais pas du tout confiance en moi. J'étais en surpoids et le soir quand je me regardais dans la glace, je faisais des grimaces pour ne pas me voir en vrai. C'était une époque où on mangeait dans le même restaurant et j'étais surpris qu'elle se mette à une table avec des vieilles personnes alors que j'étais souvent seul à une autre table comme un con. Je ne le sais pas encore...mais tout ça est fini. Il y a de fortes chances qu'on ne se revoie plus. 

    Mais je n'ai pas encore dit l'essentiel. Un soir, perdu dans mes pensées forcément métaphysiques autant que discrètement sentimentales, je doutais plus que jamais de l'existence de la matière et donc de l'atome. Seule Isabelle me posait des questions là dessus. On jouait à un jeu de société à deux, trois ou quatre mais souvent la partie s'interrompait lorsqu'elle et moi discutions de choses et d'autres. Elle ne venait pas souvent et ça m'énervait et je ne savais pas trop pourquoi. Un jour que je devais quitter Vannes, je lui ai envoyé un message. Un ami que j'avais souvent au téléphone m'avait dit "arrête de réfléchir et fonce". C'est vrai, cette putain de vie est trop courte, pourquoi se fixer ces interdits ridicules ? Prendre un râteau n'est pas la fin du monde. Donc je lui ai envoyé ce texto : "heureusement que je ne suis pas resté plus longtemps à Vannes parce que j'étais en train de tomber amoureux de toi". Et à ma grande surprise, j'ai eu très vite cette réponse : " j'avoue que moi aussi. Je l'ai ressenti, ça m'a troublée puis je me suis ressaisie". Je dois dire  que je n'ai pas bien compris cette réponse. A-t-elle ressenti que je tombais amoureux d'elle et que ça la troublait ou bien elle avouait qu'elle aussi était en train de tomber amoureuse de moi ?  En tout cas, ensuite, une fois lancé, j'ai poursuivi par un "un jour, nos mains se sont touchées et j'ai eu des frissons partout. C'est très bien que tu t'es ressaisie". Je mentais, je ne voulais pas qu'elle se ressaisisse. Elle avait un mec qu'elle aimait et elle venait même de faire les présentations à ses parents dont elle m'a dit laconiquement que ça s'était bien passé.

    Il est deux heures du matin. En écrivant cette note, j'écoute Franck Sinatra. Ecouter ce chanteur me rassure, m'apaise. A propos de chanteur, Isabelle m'avait fait écouter des choses qu'elle aimait et surtout à la question "qu'est ce que tu écoutes ?", elle ne m'avait pas répondu bêtement comme la plupart des gens "un peu de tout". Je me souviens qu'elle m'avait fait écouter Damien Saez un chanteur que je ne connais que de nom. Au fond de moi, je lui pardonnais alors de ne jamais avoir entendu parler de Dominique A. Ce chanteur sans doute le plus prolifique et inspiré de France reste totalement inconnu du grand public. Il lui manque sans doute un tube. J'en ai fait un peu écouter à Isabelle et notamment "il ne faut pas souhaiter la mort des gens" et j'ai profité de l'occasion pour lui dire à nouveau que je voulais tuer Cédric. 

    Ayant quitté Vannes, j'ai fait exprès de ne pas lui envoyer de message pour voir si elle allait m'en envoyer. J'ai attendu deux jours sans trop y croire et hier soir j'ai reçu un "y'a qu'à toi que je peux raconter tout ça car on est libre d'en parler sans limite" suivi d'un autre message "on se ressemble beaucoup". Je ne vais pas dire de quoi elle parlait dans le premier message. En tout cas, je me disais qu'on avait échangé cette troublante relation que par texto. A ce dernier texto, je lui ai bêtement envoyé les paroles d'une chanson de Daho qui s'intitule "on se ressemble". Peut-être espérait-elle quelque chose de plus personnel. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête d'une femme.

    Aujourd'hui, nous ne nous voyons plus. Est-ce une histoire impossible ? Je crois que oui mais elle ne m'a pas servi à rien. C'était pas grand chose mais ça me redonnait un peu confiance et elle, je ne sais pas. Je vous l'ai déjà dit, lisez un peu. On ne sait jamais ce qui se passe dans la tête d'une femme !

    En tout cas je me souviendrai longtemps d'elle. Que de chemin parcouru depuis le chat de Schrödinger. Cette expérience est tellement sidérante que je vous pose ici ce qu'en dit wikipedia : 

    C'est la mesure qui perturbe le système et le fait bifurquer d'un état quantique superposé (atome à la fois intact et désintégré par exemple… mais avec une probabilité de désintégration dans un intervalle de temps donné qui, elle, est parfaitement déterminée) vers un état mesuré. Cet état ne préexiste pas à la mesure : c'est la mesure qui le fait advenir. 

    Je me suis fait ma propre interprétation de cet énigmatique extrait : les choses n'existent que parce qu'on les voit. J'en parlais à Isabelle et bien qu'elle respectait mon opinion, elle n'était pas du tout d'accord. J’insistai sur le fait qu'elle n'existe que parce que je la vois donc en ce moment précis au cœur de cette nuit, elle n'existe pas. Elle m'appartient donc puisqu'elle n'existe que lorsque je la regarde. Oui, j'ai remplacé la mesure par le regard. C'est rassurant de penser ça. Je ne la reverrai sans doute jamais mais elle m'appartient. 

    Loïc LT