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emmanuel carrère

  • CR266 : le Royaume - Emmanuel Carrère

    le royaume.jpgCette fin d'après-midi fut ordinaire. Je suis rentré tranquillement du boulot et la radio m’a informé du niveau du CAC 40 et de la météo du lendemain. Avant de rentrer à la maison, je me suis décidé à faire un détour par un magasin de bricolage et j’en suis sorti un peu groggy je dois dire car aussi sympathiques les vendeurs étaient-ils, j’avais l’impression qu’ils me parlaient une langue étrangère. Pourtant, je leur demandais des choses très simples...mais trop simples sans doute. Il aurait fallu qu’ils me répondent comme s’ils s’adressaient à un enfant. Il était question de visserie et une dialogue de sourds s'est instauré. Alors, je suis reparti et  la radio m’a informé de quelques faits divers et de guerres lointaines.

    Quand je suis arrivé , j’ai tout de suite été saisi par l’instant. Il ne faisait ni chaud ni froid, ni rien, le silence était d’or et la lumière apaisante. Au lieu de rentrer dans la maison, je me suis assis sur la table au fond du jardin et je n’ai rien fait d’autres que profiter de l’instant. Puis une de mes filles est venue à ma rencontre et je m’en veux encore ce soir de lui avoir clairement fait comprendre qu’elle m’embêtait avec ses anecdotes d’école. Parfois, je n’arrive pas à avoir la patience d’écouter certaines choses. Elle est repartie sans rancune courir par monts et par vaux. Je me suis saisi de ma liseuse  et j’ai terminé une lecture. C’est toujours un moment à part lorsqu’on termine un gros livre qui nous a accompagné des jours durant.

    J’ai expliqué l’autre jour dans quel état d’esprit j’ai décidé de lire Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Je ne vais donc pas y revenir. Ce qu’il faut par contre que je fasse, c’est d’enlever de mon esprit tout ce que j’ai pu entendre à son propos.

    Le livre comprend deux parties. Dans la première, l’auteur explique comment après avoir été brièvement croyant, il redevint athée et dans la seconde il mène une enquête approfondie sur les premières années du christianisme. Avec sa sensibilité à fleur de peau et lourd d’un bagage spirituel singulier, il tente avec  objectivité de raconter comment après le passage sur Terre d’un homme nommé Jésus, quelques-uns de ses amis marqués par le personnage ont réussi bon an mal an et contre vents et marées à transformer ce qui au départ s’apparentait à une secte en un mouvement religieux de premier ordre. Il est évidemment beaucoup question de ces écrits que les catholiques appellent ‘évangiles’ et qui sont quatre récits indépendants (mais pas tant que ça) racontant la vie et le message du mentor. L’auteur s’arrête particulièrement sur celui de Luc, figure attachante n’ayant pas connu Jésus mais qui fut un compagnon de Paul (n’ayant pas côtoyé Jésus non plus),  ce fameux Paul, moche, malade et mal coiffé et  dont tous ceux qui ont fait de la catéchèse doivent se rappeler du pétage de plomb dont il fut victime sur ‘le chemin de Damas’. L’Eglise doit beaucoup à ce fou parce qu’après l’affaire de Damas, il parcourut des pays entiers (bordant la Méditerranée) et réussit à convertir de nombreuses communautés...pendant qu’à Jérusalem, sous l’égide de Pierre et de Jacques (le frère de Jésus) se montait laborieusement les prémices de ce qui allait devenir l’Eglise catholique.

    L’auteur s’attache par ailleurs à contextualiser le récit. A savoir qu’au premier siècle, l’empire romain est à son apogée et les autorités tolèrent une certaine liberté religieuse tant qu’elle ne met pas en péril son intégrité. Pourtant, Ponce Pilate, le préfet de Judée, poussé par les juifs, fit crucifier ce dénommé Jésus qui s’autoproclama ‘roi des juifs’. Et comme l’écrit l’auteur, l’Eglise doit tout à ce préfet car s’il n’avait pas décidé de condamner Jésus, ce dernier ‘aurait continué à prêcher, serait mort très vieux, entouré d’une grande réputation de sagesse et à la génération suivante, tout le monde l’aurait oublié’.

    Globalement, pour faire simple, je dirais que Emmanuel Carrère tente de démêler le vrai du faux en opérant des recoupements entre des écrits historiques, les évangiles et tout ce qu’on a pu garder de ces temps lointains. Ernest Renan avait fait la même chose mais en s’arrêtant à la vie de Jésus alors que Carrère se concentre sur le siècle après sa ‘mort’...je ne sais pas pourquoi je mets ‘mort’ entre guillemets puisque c’est entendu, Jésus est mort sur la croix (ou autrement mais qu’importe) et l'auteur fait part de son étonnement quand il réalise qu'en 2014, la Terre compte près de 3 milliards de chrétiens parce qu’il y a 2000 ans, des plaisantins ont cru bon de sortir le défunt de son caveau pour faire croire à sa résurrection. Tout le reste n’est que légendes. Carrère n’est pas si péremptoire mais c’est à peu près le fond de sa pensée.

    Le Royaume à défaut d'être un roman ni un joyau littéraire est avant tout une enquête spirituelle et historique menée par un humaniste  ayant résolu de revenir sur une période de sa vie et si possible de la refermer. Et pour beaucoup d’entre nous, croyants ou pas, c’est comme on dit, une belle piqûre de rappel.

    Loïc LT

    rentrée littéraire 2014, lecture : septembre/octobre 2014, kindle, 4/5

  • le royaume, avant-propos.

    Dès que j'ai appris l'existence de ce livre, sa lecture s'est imposée à moi.

    Mais en avant d'en faire le compte rendu dans une prochaine note, je tenais à revenir sur ce que j'ai déjà évoqué sur ce blog à savoir, mon éducation chrétienne. Enfant, j'allais à la messe tous les dimanches, j'ai suivi toute la catéchèse...longtemps je ne me suis pas posé de questions sur la véracité de tout ce que le curé racontait. J'ai grandi avec la présence de la religion  et je vivais avec..je n'avais pas le recul et suffisamment d'esprit critique pour douter. La vie de Jésus faisait partie de ma vie comme l'école ou les loisirs. Ceci dit, je n'en n'étais nullement passionné. Je me rappelle en particulier des messes du dimanche matin à 10:30 à Languidic qui duraient 3/4 d'heures et que je trouvais si longues et ennuyeuses qu'il m'arrivait de regarder ma montre (offerte à ma première communion) 3 fois dans la même minute. Et je ne comprenais rien aux textes des actes des apôtres et tous ces trucs. J'avais honte d'aller communier etc (d'autant que la plupart de mes camarades de classe n'allaient pas à la messe) . Mes doutes sont venus avec l'adolescence. D'où ? D'un peu partout...de mes lectures profanes, de Rimbaud, des cours au lycée (pourtant privé) et puis d'une prise de conscience philosophique...un peu comme un enfant qui a 2 ans n'est pas surpris de voir disparaître un objet ou voir voler un homme mais qui a 5 ans commence à se poser des questions. Croire en la parole de l'évangile n'est pas moins grotesque que de croire au père-noël. Il n'y a pas d'échelle ni de demi-mesure dans le surnaturel : soit on y croit, soit on n'y croit pas. Mais comment un être sensé peut-il croire qu'un homme puisse changer de l'eau en vin, marcher sur les eaux, ressusciter un mort et se ressusciter lui-même ? Or des milliards de gens pensent ces choses qui outrepassent les lois de la physique ?

    Mais revenons à mon éducation. J'ai eu de la chance quand même d'avoir un père progressiste, anti-traditionaliste et très critique vis-à-vis de la richesse de l'église et de ses positions sociétales. 

    Aujourd'hui, j'ai 40 ans et plus que jamais je suis athée..mais on ne sort pas indemne d'une telle éducation (qui je le redis ne fut pas non plus si atroce). Inconsciemment, le discours catholique porte une responsabilité dans la construction de mon être. Jusque quel point, je ne saurais le dire..mais je tenais quand même à dire ici que le message catholique porte  plus de valeurs positives que négatives. C'est un message de paix, d'amour, de fraternité et de pardon. Mon père me dit souvent que le message compte plus que les faits abracadabrantesques qui se seraient passés il y a 2000 ans. Soit. Je me permets même de dire que les valeurs de catholicisme sont plus humanistes que celles de l'islam. 

    Mon idée est que Jésus a existé, qu'il fut une sorte de gourou ayant beaucoup de charisme et de bagou et qu'il a réussi à regrouper autour de lui des disciples sensibles à son discours et que ces derniers un peu fantasques ont réussi à créer une légende autour de leur mentor..jusqu'à enlever le corps de Jésus de son tombeau pour faire croire à sa résurrection. Il n'en reste pas moins que ce Jésus était  porteur d'un message vraiment novateur pour cette époque malgré qu'il fisse partie d'une secte.

    J'ai donc décidé de lire le livre de Carrère de mon plein gré alors que j'ai subi la catéchèse. Je suis devenu maître de mes choix. On ne me l'a pas imposé. 

    A venir donc : le compte rendu du roman d'Emmanuel Carrère. 

  • CR221 : Limonov - Emmanuel Carrère

    compte rendu de lecture,littérature française,littérature russe,littérature,roman,culture,livre,emmanuel carrère,limonovAprès d’autres vies que la mienne que j’avais beaucoup aimé, Emmanuel Carrère nous concocte la biographie d’Edouard Limonov, un écrivain russe, aventurier, va-t-en guerre et surtout patriote et opposant au pouvoir en place en Russie (quel qu’il soit). Personnalité complexe, Limonov dérange autant qu’il séduit et j’avoue qu’après la lecture des quasi 500 pages composant ce récit, je ne sais trop que penser de lui...par contre, ce dont je suis sûr c’est que sa vie tumultueuse  romanesque vallait bien un hommage et je salue à nouveau le talent de Carrère car le récit est rondement bien mené, façon roman, avec quelques effets de manche (que j’appelle moi l’énergie romanesque). Carrère parvient subtilement à garder sa neutralité, faisant part de son admiration parfois, de son dégoût aussi devant les actes et paroles de Limonov. Ce faisant, cette biographie nous plonge dans l’histoire de la Russie contemporaine de l’ère brejnev à l’ère Poutine. L’écrivain en profite pour égratigner un peu les pays occidentaux et notamment l’Europe qui serait à son sens trop sûre d’elle-même, de son modèle et de ses valeurs. On sent que sur ce point, il rejoint un peu les idées de Limonov (qui pour l’anecdote finira néo-bolchevique). Il apparait d’ailleurs que derrière son côté un peu lisse et politiquement correct de gauche, la personne de Carrère (qui se met un petit peu en scène, forcément, c'est un écrivain français, y'a rien à faire, ils ne peuvent pas s'empêcher -) est plus complexe qu’elle en a l’air.
    Biographie vraiment passionnante qui donne envie de découvrir la plume de Limonov.

    lecture : décembre 2011
    P.O.L, 489 pages
    année de parution : 2011
    note : 4.5/5

    Limonov, un petit air de Lénine ?

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  • CR158 : d'autres vies que la mienne - Emmanuel Carrère

    Carrere.jpgprésentation de l'éditeur : À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai

    mon avis : La plus grande douleur pour un être humain, c'est d'abord de se voir mourir à petit feu, sans qu'il n'y ait rien à faire..mais subir la perte d'un être cher est tout aussi douloureux. C'est banal que de le dire tant cela fait partie de la vie, tant nous l'avons tous plus ou moins vécu. C'est de cela qu'il est question dans cette espèce d'autobiographie à l'envers dans laquelle l'auteur raconte la maladie, la mort à travers quelques expériences personnelles récentes (mort d'un enfant lors du tsunami en Asie et cancer de sa belle-soeur).
    C'est cruel, bouleversant mais avant tout humain..et  c'est écrit avec brio et avec cette énergie romanesque (même si ici ce n'est pas un roman) que j'aime tant (celle qu'invoquait JP Toussaint à la sortie de  la vérité sur Marie mais qui en fin de compte en était absente). Et puis pour des raisons personnelles, le sujet m'a évidemment tout particulièrement ému.
    Un récit marquant.

    autofiction, parue en mars 2009
    P.O.L, 309 pages
    lecture du 02.05 au 07.05.2010
    note : 4.75/5