Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

littérature russe

  • CR317: l'archipel du Goulag - Alexandre Soljenitsyne

    l'archipel du goulag.jpgIl y a des monuments littéraires qu'il faut avoir lu pour mourir moins con qu'on est né...à la recherche du temps perdu, la montagne magique, pastorale américaine, sur la route...j'en passe et puis donc l'archipel du Goulag de Alexandre Soljenitsyne. Ce dernier manquait à mon palmarès. La seule chose positive que je peux en tirer sera justement de pouvoir me dire "bon, celui-là, c'est fait", parce que cet essai en lui-même est littéralement imbuvable. Comme tout le monde sait de quoi il traite, je ne vais pas épiloguer...et comme tout le monde sait les ravages du communisme dans les pays de l'Est pendant le XXème siècle, lire ce pavé, c'est enfoncer des portes ouvertes. Mais bon, je me disais, à défaut d'apprendre quelque chose, voyons sa valeur littéraire. Et bien, c'est très moyen. Pour être honnête, c'est aussi rédhibitoire à lire que ne l'était l'absurdité de l'administration soviétique. Il s'agit ni plus ni moins d'un inventaire comme autant d'exemples de gens ayant été arrêtés arbitrairement essentiellement sous Staline, ayant subi les tortures lors d’interrogatoires avant d'être jetés en prison et envoyés dans le fameux archipel. Quand un ou deux exemples aurait suffi, l'écrivain russe nous en livre une centaine, tous plus ou moins identiques. Pour être clair et honnête, c'est barbant.

    Si on ajoute à cela que sur le fond, j'ai été gêné quand à plusieurs reprises, il se permet de dire à peine à mots couverts que le nazisme était moins mauvais que le stalinisme, on n'en peut plus quoi. Il évoque parfois le capitalisme dont il n'est pas fan non plus...et heureusement qu'il lui arrive de louer quand même le monde libre que constituait les pays occidentaux. 

    Mais parfois, la description du  culte de la personnalité provoque des fous rires :

    Voici un petit tableau datant de ces années-là. Une conférence du parti dans la région de Moscou. Elle est présidée par le nouveau secrétaire du Comité de rayon, remplaçant celui qui vient d'être coffré. A la fin de la conférence, adoption d'une motion de fidèle dévouement au camarade Staline. Bien entendu, tous se lèvent ( de même que, tout au long de la conférence, tout le monde a bondi de son siège à chaque mention de son nom). Une "tempête d'applaudissements se transformant en ovation" éclate dans la petite salle. Pendant trois, quatre, cinq minutes, elle continue à faire rage et à se transformer en ovation. Mais déjà les paumes commencent à être douloureuses. Déjà les bras levés s'engourdissent. Déjà les hommes d'un certain âge s'essoufflent. Et même ceux qui adulent sincèrement Staline commencent à trouver cela d'une insupportable stupidité. Cependant, qui osera s'arrêter le premier ? Le secrétaire du Comité de rayon, qui est debout à la tribune et vient de lire la motion, pourrait le faire, lui. Mais il est tout récent, il remplace un coffré, il a peur lui aussi ! Car, entre ces murs, parmi ces gens tous debout et qui applaudissent, il y a des membres du NKVD, l'oeil aux aguets : voyons voir que cessera le premier !... Et dans cette petite salle perdue, perdus pour le Chef, les applaudissements se prolongent pendant six minutes, sept minutes, huit minutes!...Ils sont flambés : Ils sont fichus ! Maintenant, il ne peuvent plus s'arrêter, ils doivent continuer jusque la crise cardiaque ! Au fond de la salle, perdu dans la foule, on peut encore un peu tricher, frapper moins souvent, moins fort, moins frénétiquement : mais sur l'estrade, au vu de tout le monde ?!...

    Voilà, j'arrête là, parce que la scène dure un moment, je ne sais plus comment ça finit mais bon, c'est drôle et d'un autre côté, ça ne surprend personne. Ce genre de scène existe encore en Corée du Nord malheureusement.

    Donc, au final, on a peu de descriptions du Goulag. C'est surtout un enchaînement de transfèrements d'une prison à l'autre et au final aussi, on ne sait même pas comment et pourquoi Soljenitsyne est libéré. En fait, là où le récit aurait pu avoir un intérêt et bien, on n'a pas la réponse. 

    Point final. 

    lecture sur liseuse Kindle en septembre 2017, parution en France le 1er juillet 1974 aux éditions Seuil, 446 pages. note : 1.5/5

    Loïc LT

  • CR221 : Limonov - Emmanuel Carrère

    compte rendu de lecture,littérature française,littérature russe,littérature,roman,culture,livre,emmanuel carrère,limonovAprès d’autres vies que la mienne que j’avais beaucoup aimé, Emmanuel Carrère nous concocte la biographie d’Edouard Limonov, un écrivain russe, aventurier, va-t-en guerre et surtout patriote et opposant au pouvoir en place en Russie (quel qu’il soit). Personnalité complexe, Limonov dérange autant qu’il séduit et j’avoue qu’après la lecture des quasi 500 pages composant ce récit, je ne sais trop que penser de lui...par contre, ce dont je suis sûr c’est que sa vie tumultueuse  romanesque vallait bien un hommage et je salue à nouveau le talent de Carrère car le récit est rondement bien mené, façon roman, avec quelques effets de manche (que j’appelle moi l’énergie romanesque). Carrère parvient subtilement à garder sa neutralité, faisant part de son admiration parfois, de son dégoût aussi devant les actes et paroles de Limonov. Ce faisant, cette biographie nous plonge dans l’histoire de la Russie contemporaine de l’ère brejnev à l’ère Poutine. L’écrivain en profite pour égratigner un peu les pays occidentaux et notamment l’Europe qui serait à son sens trop sûre d’elle-même, de son modèle et de ses valeurs. On sent que sur ce point, il rejoint un peu les idées de Limonov (qui pour l’anecdote finira néo-bolchevique). Il apparait d’ailleurs que derrière son côté un peu lisse et politiquement correct de gauche, la personne de Carrère (qui se met un petit peu en scène, forcément, c'est un écrivain français, y'a rien à faire, ils ne peuvent pas s'empêcher -) est plus complexe qu’elle en a l’air.
    Biographie vraiment passionnante qui donne envie de découvrir la plume de Limonov.

    lecture : décembre 2011
    P.O.L, 489 pages
    année de parution : 2011
    note : 4.5/5

    Limonov, un petit air de Lénine ?

     00000003.jpg