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  • les raisins de la colère (suite)

    Gaff1158114490.jpgJe me propose de vous résumer la fin du roman. Attention donc, ceux qui ne veulent pas la connaître sont priés de ne pas lire cette note.

    C'est un final très marquant et j'ai passé même une nuit un peu cauchemardesque à me le ressasser (un peu comme la nuit de jeudi ou vendredi où les images de Haiti n'ont cesser de me hanter).

    A la fin du roman, la famille Joad (7 personnes en tout dont deux gamins) loge dans un wagon insalubre. C'est l'automne et les travaux des champs sont terminés. Ils n'ont donc plus de travail et pas un sou de côté. Ils sont épuisés, commencent à avoir faim et Rose,  va bientôt accoucher. Et comme il pleut beaucoup, la rivière qui coule non loin de là, monte et l'eau s'approche des wagons (parce qu'il y en a plusieurs, tous "habités" par des familles de saisonniers aussi mal en pont que les les Joad). Rose accouche mais sont enfant est mort-né. Les hommes essaient de construire une digue mais elle ne tient pas et l'eau rentre dans les wagons. Tout le monde doit partir.
    Errant sur une route au milieu ne nulle part, ils aperçoivent une grange au milieu d'un pré et s'y précipitent. A l'intérieur, deux hommes sont allongés sur la paille, un père et son fils. Le père est à demi-conscient, il est en train de mourir de faim. Alors, Rose qui vient d'accoucher et qui donc dispose d'une petite réserve de lait, prend l'homme affamé à part et l'allaite.  Le roman se termine comme ça et j'ai la chair de poule rien que de l'écrire...C'est littéralement bouleversant.

  • Chevillard en plein dans le mille

    "Je suis aussi un fin psychologue, voici ma dernière théorie : un enfant sans inhibition, sans timidité, tout de suite adapté et sociable, va grandir dans le groupe, dans la bande, acquérir par conséquent des réflexes et des comportements d’animal grégaire, pur produit de son époque, parfaitement à sa place dans le système, conforme aussi à ce que celui-ci attend de lui, sans originalité, tout en surface, un consommateur docile, une tête creuse… tandis que l’enfant rechigné, solitaire, complexé, sera bien obligé de se tenir à lui-même compagnie et donc de se rendre intéressant, il s’instruira, il apprendra à se connaître, il développera son sens critique. L’intelligence a autrefois connu l’humiliation et l’ennui ; la bêtise nous parle encore de son enfance heureuse."

    Eric Chevillard (l'autofictif)

    Ah ! cette vie de mon enfance...

    Non mais autrement, concernant cette théorie, mes 7 fidèles lecteurs devinent où je me se situe...

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  • ton héritage, Benjamin Biolay

     

    Si tu aimes les soirs de pluie Mon enfant, mon enfant Les ruelles de l'Italie Et les pas des passants Eternelle litanie Des feuilles mortes dans le vent Qui poussent un dernier cri Crie mon enfant

    Si tu aimes les éclaircies Mon enfant, mon enfant Prendre un bain de minuit Dans le grand océan Si tu aimes la mauvaise vie Ton reflet dans l'étang Si tu veux tes amis Près de toi tout le temps

    Si tu pries quand la nuit tombe Mon enfant, mon enfant Si tu ne fleuris pas les tombes Mais chéris les absents Si tu as peur de la bombe Et du ciel trop grand Si tu parles à ton ombre De temps en temps

    Si tu aimes la marée basse Mon enfant, mon enfant Le soleil sur la terrasse Et la lune sous le vent Si l'on perd souvent ta trace Dès qu' arrive le printemps Si la vie te dépasse Passe mon enfant

    Ca n'est pas ta faute C'est Ton héritage Et ça sera pire encore Quand tu auras mon âge Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans

    Si tu oublies les prénoms Les adresses et les âges Mais presque jamais le son D'une voix, un visage Si tu aimes ce qui est bon Si tu vois des mirages Si tu préfères Paris Quand vient l'orage

    Si tu aimes les goûts amers Et les hivers tout blancs Si tu aimes les derniers verres Et les mystères troublants Si tu aimes sentir la terre Et jaillir le volcan Si tu as peur du vide Vide mon enfant

    Ca n'est pas ta faute C'est Ton héritage Et ça sera pire encore Quand tu auras mon âge Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans

    Si tu aimes partir avant Mon enfant, mon enfant Avant que l'autre s'éveille Avant qu'il te laisse en plan Si tu as peur du sommeil Et que passe le temps Si tu aimes l'automne vermeil Merveille rouge sang

    Si tu as peur de la foule Mais supporte les gens Si tes idéaux s'écroulent Le soir de tes 20 ans Et si tout se déroule Jamais comme dans tes plans Si tu n'es qu'une pierre qui roule Roule mon enfant

    Ca n'est pas ta faute C'est Ton héritage Et ça sera pire encore Quand tu auras mon âge Ca n'est pas ta faute C'est ta chair, ton sang Il va falloir faire avec Ou plutôt sans

    Mon enfant...Mon enfant...

  • CR138 : les raisins de la colère - John Steinbeck

    les-raisins-de-la-colere_john-steinbeck_080919095112.jpgLe hasard fait qu'après avoir lu une autobiographie de ce bourgeois-bohème un brin cynique qu'est Frédéric Beigbeder, me tombe entre les mains les raisins de la colère, de John Steinbeck, un roman datant de 1939 et qui s'apparente à quelque chose comme une version romancée du capital de Karl Marx ou peut-être plutôt un germinal américain.
    Et pour en finir avec Beigbeder, voici ce qu'il en dit dans son dernier inventaire avant liquidation : "pour faire efficace, Steinbeck nous en met plein la vue et en rajoute dans le mélodrame naturaliste...le principal reproche qu'on peut faire à Steinbeck n'est pas de sentir le pâté mais le pathos".
    Comme de fait, il a peu raison. Les raisins de la colère est un peu trop manichéen pour être crédible. Cette réserve faite, ce livre est un chef d'oeuvre.
    Concrètement, ce roman fleuve traite des excès du capitalisme dans l'Amérique rurale des années 30 à travers la folle équipée d'une famille de paysans (lesJoad) de l'Oklahoma désireuse de rejoindre la "verte" et prometteuse Californie..qui s'avérera bien plus horrible que la région natale, l'optimisme un peu naïf des débuts laissant place au désarroi le plus total jusqu'aux dernières pages proprement bouleversantes. Le récit est entrecoupé de quelqueschapitres qui permettent au lecteur de prendre du recul, de mieux comprendre le système ou de se voir offrir quelques descriptions très poétiques.
    Saisissant.
    Le roman a été adapté au cinéma en 1940. Et je me pâme encore à la lecture de cette anecdote trouvée sur wikipedia :
    Le film a connu une brève exploitation en URSS. Le pouvoir communiste en place autorise en effet sa projection, trouvant dans cette histoire qui se déroule durant la crise de 1929, l'occasion de fustiger le capitalisme. La réaction du public russe ne fut toutefois pas celle escomptée, puisqu'il s'émerveilla que, même au plus profond de la misère, les personnages possèdent encore une voiture. La censure le retira donc aussitôt des écrans.

    roman, paru en 1939
    folio n°83, 639 pages
    lecture du 05/01 au 12/01/2010
    note : 4/5
    à venir : bella ciao, Eric Holder