Laissez les sous venir plaisantait mon grand-père
A qui voulait l’entendre à l’heure du labour.
Hélas, de souvenir de cet ancêtre cher
Je n’ai que vieux clichés et ce beau calembour !
Loïc LT (1992?)
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Laissez les sous venir plaisantait mon grand-père
A qui voulait l’entendre à l’heure du labour.
Hélas, de souvenir de cet ancêtre cher
Je n’ai que vieux clichés et ce beau calembour !
Loïc LT (1992?)
Je voulais juste rassurer mes lecteurs concernant la situation en Bretagne. Il n’y a pas de climat insurrectionnel. Comme partout en France, les bretons sont majoritairement désintéressés par la chose publique, ils rouspètent contre les impôts et les taxes certes mais pas plus et pas moins qu’avant. Ils pensent aussi que les hommes politiques sont des incapables et qu’ils s’en foutent plein les poches mais pas plus et pas moins qu’avant.
Le discours médiatique est encore à mille lieux de la réalité. Le climat est au jemenfoutisme. L’autre jour, j’étais à table avec 4 contribuables et 3 ne savaient pas le nom du premier ministre.
Globalement, sur la situation en France, c’est un peu pareil. On parle d’un raz le bol fiscal parce qu’un ministre, lequel celui de l’économie je crois, a utilisé cette expression de façon tout à fait fortuite parce qu’il a senti que c’était ce que les journalistes voulaient entendre. Mais le raz le bol fiscal est une pure invention médiatique. Le gouvernement demande un effort afin de réduire le déficit (ce sera vain mais au moins il n’augmentera pas) mais cet effort touche avant tout les gens qui ont les moyens de le faire. Les riches ne sont pas à plaindre, la classe moyenne non plus (même s’il faut peut-être reporter quelques dépenses superflues et encore), les entreprises font des bénéfices. Quant à ceux qui sont dans la merde (chômeurs, sdf et un peu les classes populaires mais pas tous) et bien ne payant pas d’impôts sur le revenu et bénéficiant des minimas sociaux qui ne sont pas remis en cause, rien ne va changer pour eux non plus, rien ne va s'améliorer hélas non plus mais là, c'est structurel.
Donc voilà, je ne sais pas si ça vous rassure mais pour revenir à la Bretagne, et bien sachez que les bonnets rouges ne courent pas les rues et qu’il y a de fortes chances que ce micro-phénomène disparaisse (pour peu qu’il soit apparu) quand les médias auront décidé de passer à autre chose.
L'heure de Gambetti est venue. Dans les quelques textes qu'il m'a envoyé, j'ai choisi de commencer par celui-ci pour plusieurs raisons. La première est qu'il évoque la ville de Lorient qui est ma ville de cœur, la seconde est que j'ai eu une prédilection pour les zones blanches urbaines (sujet du livre blanc de Philippe Vasset que je n'ai pas oublié). Enfin, il y a quelques années, j'avais eu dans l'idée de faire la même chose avec des rhizomes de bambous( mais en forêt avec évidemment des incidences tout autres).
L’homme qui plantait des arbres
Le projet est venu lentement. Il s’est insinué dans le regard que je porte sur la ville. La ville avec nulle part où poser un regard de campagne. La ville aux arbres domestiqués. Aux prairies rasées de près. Aux arbustes poussant sur des sols plastifiés. Je veux faire quelque chose. Agir. Ici et maintenant.
J’ai la tentation d’aller voir le conseiller municipal à l’environnement. Il y a des permanences le samedi matin pour les simples citoyens comme moi. Mais, j’ai relu une énième fois « l’homme qui plantait des arbres » de Giono : « Si on l’avait soupçonné, on l’aurait contrarié. » Depuis que je me suis décidé, l’automne ne vient pas. Cela fait deux mois que je le guette. Que je guette les pluies froides et les feuilles rousses. Septembre arrive enfin, en traînant des pieds. Je me mets à déambuler dans la forêt de Toul Fouen. Je fais ce qui est écrit. A la lettre. Je choisis scrupuleusement des glands de chêne blanc, je les choisis selon leur taille et leur aspect. Ils doivent être sans défaut, sans blessure, sans aucune trace d’attaque par quelque ver. J’estime dans leur aspect leur vitalité, leur capacité à germer. Je les mets dans des petits sacs en papier par paquet de cinquante. Je collecte ainsi dix mille glands. Pas de châtaignes, aucun arbre qui pourrait donner des fruits comestibles. On ne les laissera pas croître en ville. Cela doit être une règle dans les villes de France, mais je n’ai jamais vu un arbre avec des fruits comestibles dans aucune de celles que j’ai traversées ou habitées. Il y a bien des hêtres, mais cette année n’est pas une année à faines. Je stocke tout ça dans la pièce du haut, non chauffée. J’achète, pour mon dessein, un plan de Lorient. Et puis je pars roder en voiture, à la recherche d’espaces non entretenus, de recoins sauvages dans la ville. Pas de pelouses, pas d’espaces verts. On ne les laissera pas croître. De la friche, des endroits oubliés par le bitume ou même des endroits où la nature, malgré l’asphalte, reprend ses droits, où les pousses d’herbes habillent le sol.
Il s’agit, une fois un endroit potentiel trouvé de répondre à la question : cet arbre, s’il pousse, aura-t-il sa place dans l’environnement immédiat ? Va-t-il habiller « naturellement » la ville ? Va-t-il pouvoir s’étendre ? Sera-t-il encore à sa place dans vingt ans ou alors va-t-il gêner les habitants ?
Je prévois de creuser le sol à l’aide d’une simple fourchette et de déposer la graine avant de reboucher rapidement. Le plus naturellement possible. Sans précipitation mais sans traîner non plus. Je dois simplement m’assurer que je suis seul. Et même si je suis vu ! Je compte sur l’oubli. La ville regorge de gens bizarres aux comportements étranges. Je compte sur l’amnésie collective. Quelqu’un qui s’accroupit dans un terrain vague, personne n’y prête vraiment attention. Banales lubies. Je prévois ensuite de noter scrupuleusement par une croix sur le plan l’endroit où j’ai planté et le nombre de glands.
Je veux miter le paysage urbain. Lorient est une ville déjà assez arborée, avec, paradoxe, quasiment aucun jardin public, à part la place principale. Sur le plan ou sur place, en déambulant, je cherche des espaces libres. Colonisation. Béton contre chlorophylle. Guerre du vert.
Le port. Le port de pêche et de commerce. Dans ces friches industrielles à l’abandon je me mets à roder. Comme un voleur. Malaise. Lieux interlopes. Tags. Squatteurs. Clochards… C’est là que je comprends le problème des espaces arborés en ville. Surtout dans des quartiers excentrés non consacrés à l’habitation. Cela n’est pas toléré, pour des raisons, je crois comprendre, des raisons de sécurité. Il faudrait sinon circonscrire ces forêts de murs comme les jardins parisiens. Et les faire garder.
Ne pas choquer. Ne pas déranger. Fondre mon projet dans la ville, le plus possible, pour qu’un jour, chaque arbre ayant une place qui aura été pensée, sa découverte soit une surprise. Une agréable surprise. Comme si la nature avait bien fait les choses. Epouser la ville. Epouser sa philosophie. Ourler les perspectives de vert. Accompagner de cette couleur les lignes de fuite. Surtout ne pas encombrer l’espace.
Mars arrive. Je suis prêt, je piaffe d’impatience. Je prends quelques sacs de glands et j’en sors une poignée. Leur aspect a changé. Fébrilement, j’enlève la coque de quelques uns : dessous, ils sont tous flétris et noirs de moisissures. Inutilisables.
Gambetti.
Alors que fusent les dernières balles de la guerre 14-18 , Albert et Edouard, deux soldats de la même compagnie sont les témoins des méfaits de leur chef, le lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Ce dernier, afin de motiver ses troupes et ainsi se couvrir d’honneur avant l’armistice assassine froidement deux poilus qu’il avait envoyés en éclaireurs. Edouard qui sauve Albert d’un ensevelissement provoqué par le lieutenant se fait démolir la tronche par un obus. Aidé d’Albert qui commet un vol de papiers, Edouard ne souhaitant pas retrouver sa famille bourgeoise se fait passer pour mort et prend l’identité d’un soldat tombé sur le front. Les deux hommes qu’un lien indéfectible unis emménagent dans un petit appartement poisseux de Paris. Edouard est défiguré, n’a plus de mâchoire, se cache derrière des masques et se drogue avec de la morphine qu’André a bien du mal à lui trouver. Artiste dans l’âme, il dessine pendant qu’Albert additionne les petits boulots. Puis, rendu fou par la morphine il décide de monter une escroquerie impensable : dessiner des monuments aux morts, en faire un livret et les vendre aux communes et se barrer avec les acomptes avant que l’on s’aperçoit de la supercherie. Dans un premier temps, Albert, plus raisonnable refuse..mais il finit par accepter. Parallèlement, comme le monde est petit (surtout dans les romans où ça aide quand même), Henri d’Aulnay-Pradelle qui fait des affaires un peu louches dans les cimetières militaires se marie avec la soeur d’Edouard…Albert qui a besoin d’argent pour monter l’escroquerie accepte un poste de comptable que lui propose le père d’Edouard (qui croit son fils mort, je le rappelle pour ceux qui suivraient pas).
Dans ce roman apocalyptique et désenchanté, on voit bien que tout le monde va droit dans le mur, consciemment et avec application. C’est une histoire absolument effrayante et qui fait mal aux êtres humains que nous sommes , incapables de tirer les leçons de l’histoire. La traîtrise, la cupidité et l’inconscience guident nos actes. La fraternité et l’amour mettent du baume au cœur mais trop peu.
Pierre Lemaitre est spécialisé dans le polar et cela se sent dans ce roman écrit à la façon des grands nouvellistes du début du XXème. L’écriture sobre est au service de l’histoire. C’est à tel point que bien que j’en ai pris l’habitude sur la kindle, je n’ai pas surligné un seul passage.
lecture : novembre 2013
Albin Michel
Kindle / 577 pages
note : 4/5

les chansons de l'innocence retrouvée/Etienne Daho
C'est un moment savoureux que celui où l'on découvre les nouvelles chansons d'un artiste apprécié. Après quelques minutes d'écoute, je suis d'ores et déjà en mesure d'affirmer que c'est l'un sinon le meilleur album d'Etienne (en concurrence avec Corps Et Armes où il avait mis la barre très haut). Un nouveau printemps me rappelle une musique de Philippe Sarde pour Sautet. Le duo avec Dominique A (en surface) est exquis. Ces deux-là étaient faits pour se trouver. Sinon, et bien la nuit dernière, je suis tombé par hasard sur une rediffusion de Eclektik, l'émission de Rebecca Manzoni sur France Inter. Passait jamais je ne t'ai dit que je t'aimerai toujours chantée par Anna Karina, suivi de la voix de Daho nous expliquant en quoi c'est une chanson parfaite. Sauf que c'est une chanson qui m'a toujours agacée mais bon, étant lié à Pierrot Le Fou, elle ne m'a jamais laissée indifférent. Ensuite, Daho et Rebecca Manzoni ont continué l'entretien dans une ambiance très sympa. Etienne avait très à l'aise, d'ailleurs, je crois que ça se passait chez lui.
L'écoute se poursuit. Sur Deezer, casque sur les oreilles, feu allumé, lumières tamisées. Les orchestrations sont très riches, avec beaucoup de violons et un son globalement très seventies. Là, je viens de terminer l'écoute de onze mille vierges, l'impression de déjà entendu prédomine mais ce n'est pas un problème. Je ne parviens pas à te dégoûter de moi chante-t-il suavement, on reconnait bien là l'amoureux torturé...l'innocence est-elle vraiment retrouvée ?
Je vous livre mon top 3 à chaud : l'homme qui marche/un nouveau printemps/en surface
Par convaincu par : les lueurs matinales (dommage car titre prometteur)/un bonheur dangereux/Bleu Gitanes