J'ai ramené ce soir de la maison qui me vit grandir la grosse anthologie de Bernard Delvaille intitulée 'mille et cent ans de poésie française'. L'idée ayant motivé ce rapatriment était de la vendre sur ebay avec une mise à prix de 20€ afin de pouvoir boucler mon budget alimentaire de février. Cependant, comme ce soir j'avais l'esprit un peu triste ( comme on l'est souvent le dimanche soir), je me suis plongé dans ce bouquin...mais pas longtemps, juste le temps quand même de tomber sur un poème de Milosz. C'est beau, ça parle de terrains vagues...et de quoi d'autre, je sais pas trop. Je ne l'ai pas vraiment saisi. Mais je vais essayer. En tout cas, c'est beau, avec plein de noms propres délicieux à prononcer.
Comment m’es-tu venu, ô toi si humble, si chagrin ? Je ne sais plus.
Sans doute comme la pensée de la mort, avec la vie même.
Mais de ma Lithuanie cendreuse aux gorges d’enfer du Rummel,
De Bow-Street au Marais et de l’enfance à la vieillesse
J’aime (comme j’aime les hommes, d’un vieil amour
Usé par la pitié, la colère et la solitude) ces terrains oubliés
Où pousse, ici trop lentement et là trop vite,
Comme les enfants blancs dans les rues sans soleil, une herbe
De ville, froide et sale, sans sommeil, comme l’idée fixe,
Venue avec le vent du cimetière, peut-être
Dans un de ces ballots d’étoffe noire, lisse et lustrée, oreillers
Des vieilles dormeuses des berges, dans les terribles crépuscules.
De toute ma jeunesse consumée dans le sud
Et dans le nord, j’ai surtout retenu ceci : mon âme
Est malade, passante, comme l’herbe altérée des murs,
Et on l’a oubliée, et on la laisse ici.
J’en sais un qu’obscurcit un cèdre du Liban ! Vestige
De quelque beau jardin de l’amour virginal. Et je sais, moi, que le saint arbre
Fut planté là, jadis, en son doux temps, afin
De porter témoignage ; et le serment tomba dans la muette éternité,
Et l’homme et la femme sans nom sont morts, et leur amour
Est mort, et qui donc se souvient ? Qui ? Toi peut-être
Toi, triste, triste bruit de la pluie sur la pluie,
Ou vous, mon âme. Mais bientôt vous oublierez cela et le reste.
Quand venait l’hiver des faubourgs ; quand le chaland
Voyageait dans la brume de France, qu’il m’était doux,
Saint-Julien-le-Pauvre, de faire le tour
De ton jardin ! Je vivais dans la dissipation
La plus amère ; mais le cœur de la terre m’attirait
Déjà ; et je savais qu’il bat non sous la roseraie
Choyée, mais là où croît ma sœur ortie, obscure, délaissée.
Ainsi donc, si tu veux me plaire —après ! loin d’ici ! toi
Murmurant, ruisselant de fleurs ressuscitées, toi jardin
Où toute solitude aura un visage et un nom
Et sera une épouse,
Réserve au pied du mur moussu dont les lézardes
Montrent la ville Ariel dans les chastes vapeurs,
Pour mon amour amer un coin ami du froid et de la moisissure
Et du silence ; et quand la vierge au sein de Thumîm et d’Urîm
Me prendra par la main et me conduira là, que les tristes terrestres
Se ressouviennent, me reconnaissent, me saluent : le chardon et la haute
Ortie et l’ennemie d’enfance belladone.
Eux, ils savent, ils savent.
C'est avec beaucoup de mal que j'ai réussi à finir bel ami de Maupassant. Ce n'était sans doute pas le livre qu'il me fallait en ces temps où j'ai soif de modernité et de 'contemporainité'..et puis dans ce genre de héros arriviste que représente ici Georges Duroy, je préfère et de loin le Julien Sorel de Stendhal, plus sentimental et plus lyrique. Il y a quand même de bonnes pages où l'on rigole de bon coeur (notamment lorsque Georges se moque du côté un peu gamine-naïve-qui en fait trop de Mme Walter) .Mais dans l'ensemble, j'ai trouvé que ça manquait de souffle et d'ambition. Bel-ami est un petit roman sympa sans plus.
Je viens de faire un tour rapide de cette compil de reprise spécial daho et le seul truc qui m'a botté est le titre chanté par Daniel Darc (tiens tiens). Il s'agit de les promesses, une chanson de Daho qui j'aime particulièrement, bien que sonnant très 80'S. Et bien, Darc arrive à lui donner une nouvelle dimension avec de jolies trouvailles sonores et une batterie bien dosée et très obsédante. J'avais déjà pu constater le talent du type à l'écoute de son dernier single (j'irai au paradis) titre qui procure une vraie bouffée d'oxygène. Et puis ensuite, en fouillant dans son 'back catalogue' (à force de fréquenter des forums branchés, c'est fou ce que j'enrichis mon vocabulaire -)), je m'aperçois que c'est lui qui chantait je me rappelle, je me souviens titre que j'écoutais beaucoup au début de ce siècle sans connaître le nom du chanteur (je croyais en fait que c'était Doriand !). Donc voilà. Rendons à César..Darc manque sans doute de tolérance mais il semblerait qu'il soit doué de talent.
(un merveilleux été, la vie continuera, cap falcon)..mais je m'en lasse vite. A partir de là, j'ai pris la décision de ne pas aller le voir à Rennes en mai. décision difficile tant elle semblait impensable il y a encore quelques mois...Décision confortée par le nom de la tournée : Obsession Tour, du nom du 2ème single tiré de l'invitation..que je ne supporte pas. Et que d'ailleurs, on n'entend quasiment jamais.
Et oui je commençais à me lasser de l'ancienne thématique...Par contre, je vous rassure, l'esprit reste le même. Ceci est un blog vigilant où pour l'essentiel je fais part de mes impressions de lectures...J'essaie tant bien que mal de le faire sur un ton décalé, avec un brin de cynisme et pas mal de second degré. j'essaierai donc de continuer à vous donner le poids des livres lus, leur dimension et éventuellement leur odeur. Et accesoirement, je parlerai peut-être de ce qu'il y a 'marqué dedans'.
M'étant souvent demandé pourquoi tant de blogs mettaient ce logo en illustration je me suis renseigné sur la question..suite à quoi j'ai décidé moi aussi de devenir un blogueur vigilant, ce que, de toute façon j'ai toujours été. Déjà tout petit, lorsque je jouais dans les prés et les bois, je refusais obstinément de grimper dans les arbres contrairement à mes petits camarades qui n'avaient peur de rien.