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  • des jours et des gens (1) - le cas Jérôme Kerviel

    61437b4db8239c33f0fc478f04e0ac13.jpgVous savez ma fascination pour l'univers des traders. Je n'y peux rien, c'est comme ça. J'avais deux ou trois réflexions à faire sur le cas Kerviel :

    - Ce n'est pas parce qu'il a perdu 5 miliards d'euros à lui tout seul que c'est un fraudeur. Avec le fort effet de levier sur les produits dérivés, pour peu que le marché ne va pas dans la direction espérée, ça peut monter très vite. Mais c'est vrai, 5 millards c'est beaucoup. question : qu'en aurait-il été si lors de la découverte de ces positions cachées, celles ci avaient fait apparaître 5 milliards d'euros...de plus-value ? En aurait-on parlé ? (genre la une  de l'humanité : 'scandale à la Société Générale : un trader cache 5 milliards de plus-value' -)))

    - 5 milliards d'euros, c'est beaucoup mais la Société générale a fait la bêtise de vouloir dénouer les positions du trader sans réfléchir et ce, lundi dernier, le jour où le marché s'est effondré comme il ne s'effondre qu'une fois par décennie. Si cette affaire s'était passée une semaine avant, je serais curieux de savoir ce qu'il en aurait été.

    - dans cette affaire, le bonnet d'âne revient à Ségolène Royal qui a demandé à ce que les sommes perdues soient remboursées à des ménages en difficulté financière. ça ne veut tellement rien dire que j'ai pitié pour elle et pout les 17 millions de personnes qui lui ont fait confiance le 6 mai 07.

    Royal connait rien (à rien) mais d'ailleurs moi non plus. pas grand chose..mais dans cette affaire comme dans beaucoup d'affaires, les choses ne sont pas aussi simples qu'elles ne paraissent. Et puis, il y a la présomption d'innocence. Mais nos médias s'en foutent...comme ils se foutent d'être exigeants et sérieux dans le traitement dans l'info. C'est la raison pour laquelle, je ne les écoute plus..autant que faire se peut (parce que si vous n'allez pas vers l'info, dans cette société où les médias sont omniprésents, l'info arrive toujours à vous.)

    Comme il s'agit avant tout d'un blog littéraire, voici quelques lectures en rapport avec cette sombre affaire :

    - l'argent de Zola. J'en ai déjà parlé, un must.

    - trader fou de Nick Leeson. se lit comme un roman

    - Cendrillon d'Eric Reinhardt.

  • des jours et des livres (3) - le top ten

    Compte tenue de mes lectures de ces deux dernières années, il me faut mettre à jour mon top ten. Ce sera l'occasion aussi de le mettre sur ce blog puisque jusque là, je l'avais juste déposé sur des forums divers et variés... Donc, 2 livres font leur rentrée  et en éliminent donc deux qui sont l'inconnu du Nord Express et Patricia Hishsmith et  les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Voici la liste :

     

    Marcel Proust - du côté de chez Swann
    Céline : voyage au bout de la nuit
    Emile Zola - l'oeuvre
    Eric Reinhardt : Cendrillon
    Milan Kundera : l'insoutenable légèreté de l'être
    Mario Vargas Llosa : Tante Julia et le petit scribouillard
    Boris Vian : l'écume des jours
    René Barjavel : l'enchanteur
    Franz Kafka : le chateau
    Paul Auster : brooklyn Follies

    6 écrivains français  (ce qui me confirme dans l'idée que la littérature française est la meilleure du monde...). Les américains sont très bons aussi d'un point de vue stristement narratif. Ils n'ont pas leur pareil pour ce qui est de raconter une histoire. Mais ce que je regrette c'est que je ne leur trouve pas de style personnel alors que chez les français, on sait quand on lit un Modiano que c'est de Modiano ou quand on lit Zola que c'est du Zola. Ceci dit, chez les américains, la traduction joue beaucoup. A quel point ? Je ne sais pas..

    Tout à l'heure, mon top ten cinéma.

     

  • CR21 : trente ans et des poussières - Jay McInerney

    4a3a611aa580e5d7ec29504ad4d5ca0b.jpgCe livre traînait dans ma PAL depuis pas mal de temps et il était toujours devancé par une autre lecture plus urgente. Mais là, ça y est, ce fut fastidieux mais je l'ai terminé. Mon impression à chaud est mitigée. Mi figue mi raisin. Avec le recul peut-être..il y a des livres qui sur le coup m'ont laissé de marbre mais qui se bonifient avec le temps qui passe qui me sépare de la lecture. (et d'autres, le contraire). A son actif, je dirais que ce roman a une vraie valeur documentaire pour qui veut s'imprégner de l'atmosphère et des pratiques du New-York friqué des années 80 (le héros principal, Russell, est éditeur dans une grosse maison d'édition et sa femme, Corrine est courtière en bourse). A son passif, je dirais que quand même, le style narratif est parfois un peu poussif (ou est-ce la traduction qui est moyenne...). Dans le genre, on préférera Auster. Il y a quand même des passages très poignants lorsqu'il est question des problèmes de drogue de Jeff, (l'ami du couple vedette), sa descente aux enfers, sa cure de désintox et les moments précédents sa mort (du sida). Sinon, on découvre sans surprise un milieu de l'édition perverti où règne la cupidité et le faux-semblant, un monde des finances impitoyable comme il se doit et les hauts et les bas de notre couple de jet-setters aussi beaux et sûrs d'eux l'un que l'autre. Au final, ça fait une histoire banale sur fond d'années Reagan, de sida émergent et de krack boursier d'octobre 87 (mais juste effleuré).

    Quelques passages :

    - Russell à propos de la Californie : ' Il ne voyait pas comment on pouvait être réellement sérieux dans quelques domaine que ce fût, quand le soleil brillait bêtement tous les jours.'

    - déjà il y a 20 ans : ' au cours d'un dîner, la conversation roule le plus raisonnablement du monde sur l'art ou la vie sexuelle des célébrités et, brusquement, le mot "optimiser" sort de la bouche de quelqu'un comme un bout de gras recraché sur la nappe. Des gens cultivés se mettaient à transformer des substantifs en verbes - "cibler", "impacter" -, les idées et les opinions politiques ne tardaient pas à suivre. "On dira ce qu'on voudra de Reagan, mais..."

    - un des seconds rôles à propos du mariage : 'On n'a pas encore inventé le genre de mariage qui me conviendrait, dit Washington calmement. Tu vois, je ne comprends pas pourquoi il ne devrait y avoir qu'un seul genre de mariage. Quand on cherche un logement, ça va de l'étage dans un immeuble en pierre de taille, au loft, en passant par le deux ou trois pièces dans une grande tour de verre avec club de gym, tout ça dépendant du style de vie qu'on a choisi, mais le mariage, il n'y a qu'un modèle de base. On est censé vivre en ménage, et dans la monogamie. Tu me suis. C'est la taille unique ? Jamais de la vie. Pourquoi est-ce qu'il n'y aurait pas différents modèles ? Tiens, distingué par des couleurs...mariage rouge, quatre nuits par semaine ensemble et les autres à draguer, mariage vert, on a des enfants ensemble et on les refile aux cousins impuissants...'

    - Russell, à propos de l'art contemporain : 'Depuis les années vingt, personne ne veut plus être un des blaireaux qui ont sifflé Stravinski ou Duchamp. Voilà bien le grand héritage du modernisme - la peur de passer pour un plouc.'

    note : 3.5/5

  • la musique de la vie (7) - Valérie Leulliot

    32960e20cfda4fbe281e5194df0fad96.jpgJ'ai déjà parlé de Valérie Leulliot et comme je fais ce que je veux ici, j'ai envie d'en reparler. Je ne cesse en ce moment d'écouter son album Caldeira sorti en février 2007. Bizarrement ce n'est que tout à l'heure en rentrant du boulot que j'ai fait pour la première fois attention aux paroles de mon homme blessé, chanson que je zappais systématiquement jusque là pour je ne sais quelles raisons...Les paroles de cette chanson sont de Miossec, ce qui est surprenant. Je ne connais pas ce Miossec mais si je dis que c'est surprenant c'est parce qu'il me paraissait assez évident à la première écoute que ce texte n'ait put être écrit que par une femme qui s'adresse à son homme et qui s'en veut de ne pas l'avoir vu sombrer. Ce texte me touche particulièrement. La chair de poule.

    Quelque part, on se dit que dans cet album Valérie extériorise une rupture douloureuse, cherche à comprendre le pourquoi du comment, ses responsabilités, et essaie tant bien que mal de sauver ce qui peut l'être.

    Comme ce blog n'est pas un blog people, ça ne sert à rien que je vous dise que Valérie Leulliot est la fille de Maryse  Gildas.  Par contre, je vais vous dire une chose qui a son importance, en tout cas pour moi : Un matin d'automne (en juin je crois), alors que j'étais dans la cour de l'école et que j'accompagnais mes filles dans leurs classes respectives, j'entends Lola, qui avait 2ans et demi commencer à chantonner 'rien de grave, rien de grave mon amour'. C'est un extrait de la chanson rien de grave, présente dans Caldeira. ça m'a fait bizarre car autant lorsque je mets ABBA ou Mika, j'aime faire partager mon engouement à mes filles, autant lorsque j'écoute Valérie Leulliot, je garde ça pour moi et ne pousse pas le son. C'est ne pas le genre de trucs qui peut plaire à des enfants !

    Depuis je porte la chanson rien de grave dans mon coeur. j'en reparlerai à Lola dans sa vingtaine d'années et je suis sûr qu'elle s'empressera d'aller écouter cette chanson qu'elle fredonna dans la cour de l'école les lutins. (les paroles commencent pas : une idée du bonheur, avis aux amateurs...

    C'est une nécessité pour moi de voir Valérie Leulliot en concert. D'ailleurs, elle est plus ou moins en tournée mais rien ne semble programmé pour la Bretagne. Reprend-elle des chansons de Autour de Lucie, ce groupe dont elle fut la chanteuse et souvent la compositrice ? Comment se peut-il qu'une femme concentre en elle charme, beauté, intelligence, finesse d'esprit, et discrétion ? Connait-elle Armelle Pioline, chanteuse de Holden, groupe qui travaille sur le même label et qui fait des chansons dans le même style ?

    Si vous voulez écouter des extraits, la miss a son myspace. (je ne comprendrai jamais comment un site aussi hideux qui myspace peut avoir autant de succès..) Voici les paroles de au virage..Les rimes en 'age' sont assez convenues mais la mélodie et le timbre de voix de Valérie en font une petite merveille :

    Viens souffler sur les nuages
    Ton air de n’avoir rien fait
    Tes yeux qu’on croirait en voyage
    Mouillent mes mains, mes pensées

    Viens la lune de passage
    Nous voit tous les deux blessés
    A force de manquer de courage
    On reste à s’imaginer

    Notre histoire n’est pas un mirage
    On doit pouvoir y arriver
    On doit pouvoir sauver les pages
    Tu vois rien n’est encore défait
    Viens me rejoindre au virage
    On peut toujours recommencer…

    Viens souffler sur mon visage
    Les villes, les gens, les forêts
    Tout ce que tu croises en voyage
    Moi j’apprends à rester à quai
    Je n’aurai plus peur des orages
    T’y crois pas mais je le promets
    Tu sais mon unique voyage
    C’est dans tes yeux que je le fais

    Non tout ça n’est pas un mirage
    Alors on doit y arriver
    On doit pouvoir sauver les pages
    Tu vois rien n’est encore défait
    Viens me rejoindre au virage
    On peut toujours recommencer
    On peut toujours recommencer

  • des jours et des livres (2) - Milan Kundera

    655c9c87d65779b95bf51622f92f6224.jpgLes essais de Milan Kundera sont aussi limpides et épurés que ses romans et le rideau (que je feuillette plus que je ne lis depuis tout à l'heure) n'échappe pas au constat. Milan Kundera élabore tout à un tas de concepts et théories (le kitsch par exemple) complexes et pourtant, à le lire, on a le sentiment que tout est simple et évident. Chaque phrase est un diamant, chaque pensée une illumination.

    Par contre, pour bien comprendre un essai de Kundera, il faut un minimum de culture romanesque puisqu'il fait sans cesse référence à de grandes oeuvres pour appuyer ses théories. Si on n'a pas lu ces oeuvres, c'est plus compliqué de s'imprégner de l'idée. Par exemple, dans l'art du roman, il est beaucoup question de Jacques le Fataliste et dans le rideau de l'homme sans qualités. C'est la raison pour laquelle, j'ai une préférence pour ses romans.

    phrase tirée de la fiche MK de wikipedia : Ainsi, la seule « morale » du roman serait la connaissance, le distinguant de la philosophie qui, abstraite (alors que le roman étudie toujours des situations concrètes), apporte un jugement. Le roman suspend ce jugement en montrant des faits susceptibles d'être interprétés et jugés diversement.                                      Telle est la différence entre un roman de Kundera et le roman de Muriel Barbery (touts proportions gardées..) : chez Kundera, l'histoire appuie les théorie alors que chez Barbery, les théories et l'histoire sont indépendantes.

    J'ai lu les romans de Kundera dans les années 90 et je dois dire qu'ils occupent une place privilégiée dans mes souvenirs littéraires. . Ceci dit, j'aimerais en relire , pour le plaisir surtout mais aussi pour les juger avec ce regard d'adulte que j'ai aujourd'hui et que je n'avais pas il y a 15 ans..donc voilà..juste comme ça...se rappeler parfois de ces oeuvres qui nous ont marquées..et ça pourrait être l'occasion de revoir du film 'l'insoutenable légéèreté de l'être' de Philip Kaufman, qui restitue à merveille l'atmosphère et le ton kunderien.

    Quelle joie ce serait d'apprendre la sortie d'un nouveau roman du maître..

    Loïc, 22h00

     

  • souvenirs de lectures : passages avec zone.

    6eb0cb8eee4a3a438de587d4ff550123.jpgDans tous ces livres que j'ai lus dernièrement, il arrive évidemment qu'il soit question de terrains vagues. Et comme le terrain vague est un peu le fîl rouge de ce blog, (thème que d'aucuns jugeront profondément débile), j'ai décidé de retranscrire ici certains des passages en question. Et pour inaugurer cette série, il m'est revenu à l'esprit un passage exquis de je m'en vais de Jean Echenoz, livre que j'ai beaucoup aimé, je le rappelle.

    J'extrapole un peu le thème du terrain vague à des zones industrielles désertes et les zones péri-urbaines sans intérêt. Terrain vague au sens large donc...(voilà une note qui ne risque pas de faire monter l'audience - très basse - de ce blog ! Mais on s'en fout, on est entre nous (enfin non je suis avec moi))

    Entrée dans Charenton, la Fiat a viré à droite dans une petite artère qui porte le nom de Molière ou de Mozart, Baumgartmer ne se rappelle jamais lequel des deux mais il sait qu'elle aboutit perpendiculairement à une autre voie rapide, au-delà de laquelle s'étend une minuscule zone industrielle bordant la Seine. Cette zone est composée de rangée d'entrepôts, de perspectives de boxes à rideau métallique sur certains desquels sont peints des noms de firmes, au pochoir ou pas. Signalées par un grand panneau - la Flexibilité au service de la Logistique -, il y existe également nombre de cellules de stockage en location, d'une surface comprise entre deux et mille mètres carrés. Il s'y trouve encore deux ou trois petites usines très calmes qui ont l'air de tourner au quart de leur potentiel ainsi qu'une station d'épuration, tout cela distribué autour d'un tronçon de route apparemment privé de nom.

    C'est un secteur encore plus vide que partout ailleurs au milieu de l'été, et presque silencieux : les seuls bruits perceptibles y aboutissent sous forme de rumeur floue, de frémissements sourds, d'échos d'on ne sait quoi. Pendant l'année, à la rigueur, peuvent s'y promener deux couples âgés avec leur chien. Certains moniteurs d'auto-école ont aussi repéré cet endroit et se sont passé le mot, profitant du trafic nul pour y faire évoluer leurs élèves à moindre risque et parfois aussi, sa machine sur l'épaule, un cyclotouriste le traverse pour emprunter le petit pont qui franchit la Seine vers Ivry.

    Je suis subjugué par ce style décapant et déroutant en même de poétique. D'ailleurs, plus les semaines passent qui m'éloignent de la lecture de ce roman, plus il apparait qu'il m'a profondément marqué (c'est l'effet inverse au livre de Barbery qui m'a laissé sur le coup une grosse impression et qui aujourd'hui me semble d'une naïvité et d'une vacuité abyssales).

    Loïc, 22h35

    ps : la photo est extraite du site blanc de Philippe Vasset (lien en bas à gauche, merci à lui)