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  • du côté de chez Proust (2)

    Il y avait un excellent dossier Marcel Proust dans le supplément littérature du Monde de février 2007...mais plus que le dossier, c'est cet extrait qui m'a botté, un passage tellement beau que je m'étonne d'être passé à côté : 

     De ce poste élevé elle participait avec entrain à la conversation des fidèles et s’égayait de leurs " fumisteries ", mais depuis l’accident qui était arrivé à sa mâchoire, elle avait renoncé à prendre la peine de pouffer effectivement et se livrait à la place à une mimique conventionnelle qui signifiait, sans fatigue ni risques pour elle, qu’elle riait aux larmes.

    Au moindre mot que lâchait un habitué contre un ennuyeux ou contre un ancien habitué rejeté au camp des ennuyeux – et pour le plus grand désespoir de M. Verdurin qui avait eu longtemps la prétention d’être aussi aimable que sa femme, mais qui, riant pour de bon, s’essoufflait vite et avait été distancé et vaincu par cette ruse d’une incessante et fictive hilarité -, elle poussait un petit cri, fermait entièrement ses yeux d’oiseau qu’une taie commençait à voiler, et brusquement, comme si elle n’eût eu que le temps de cacher un spectacle indécent ou de parer à un accès mortel, plongeant sa figure dans ses mains qui la recouvraient et n’en laissaient plus rien voir, elle avait l’air de s’efforcer de réprimer, d’anéantir un rire qui, si elle s’y fût abandonnée, l’eût conduite à l’évanouissement. Telle, étourdie par la gaîté des fidèles, ivre de camaraderie, de médisance et d’assentiment, Mme Verdurin, juchée sur son perchoir pareille à un oiseau dont on eût trempé le colifichet dans du vin chaud, sanglotait d’amabilité.

  • du sépia plein les doigts

    joli texte de Vincent Delerm qui se moque d'une certaine France : Tiens tiens Les pensionnats Les chanteurs à croix de bois
    Les taloches, les coups de trique La IIIe République Tiens tiens Les belles images Les enfants du marécage Le vrai goût des vrais fruits Dans une vraie épicerie
    Tiens ça repart en arrière Noir et blanc sur poster Maréchal nous voilà Du sépia plein les doigts À quoi elle pense En s’endormant Cette jolie France Confiture bonne maman Elle pense pareil Pareil qu’hier Avant Simone Veil Avant Badinter

    Et vous, en avez-vous plein les doigts ? moi, parfois oui. Depuis ce matin, je bouquine le bouquin de Yannick Rome 'Grandes et petites histoires des tramways et petits trains en Morbihan'. C'est hallucinant de constater qu'en début du XXème siècle des dizaines de petites communes étaient reliées par des petits trains. Surpris aussi d'apprendre qu'à l'époque les compagnies de chemin de fer étaient privées. Je me régale beaucoup de cette lecture.

    medium_garelambel.jpgIl y a non loin de chez moi une petite gare en ruine (photo à gauche) qui vient d'être rachetée par la commune et qu'un passionné veut faire revivre. ( http://www.ata.free.fr/index.php?lng=fr ). Il y a quelques années, j'allais souvent m'y promener et j'imaginais un tas de trucs, tout un passé oublié, des drames passionnels, un hôtel de fortune à l'étage au cas où le train tant attendu n'arrive pas. Perso, l'architecture des gares me plait et même sans le chemin de fer, on reconnait les batîments de gare. pour 2 raisons : il y a deux étages avant le toit et la grandeur des ouvertures.

    J'ai toujours aimé les voyages en train. J'en fais moins maintenant. Car j'aime l'ambiance dans les gares, ce côté éphémère, le mouvement et le fait que l'on s'accorde vraiment un moment à soi. Les gens lisent dans les trains, regardent défiler le paysage et on ne prend pas si souvent dans nos vies où tout va trop vite le temps de la réflexion que le voyage en train permet. et puis, il y a les bars de gare où l'on se prend un petit café tout en regardant l'heure. J'aimerais beaucoup être barman dans un bar près d'une gare. On voit tant de choses, des couples qui pleurent ou des touristes exentriques.

    à voir cette galerie : ( http://ifg.les.gares.free.fr/archives/minis_cp.php?rep=carte_post )   @ +

  • à moi. l'histoire d'une de mes folies..

    medium_couple-Total.jpg

    Je ne sais plus où j'ai trouvé cette photo. Elle me plait car elle est assez représentative d'une partie de mon quotidien, de mes nuits, de mes pensées. Je n'explique pas trop certaines choses. On doit tous avoir sa part de folie. Quand je me figure tout ça, je pense à cette phrase de Rimbaud : J'aimais les peintures idiotes, dessus des portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rhythmes naïfs. Y'a de ça, y'a de ça...sinon, pourquoi écouterais-je des émissions radiophoniques au bout de la nuit où des gens parlent de sujets qui ne m'intéressent pas ? pourquoi suis-je si passionné par les gares désaffectées...pourquoi 'je', pourquoi 'je', pourquoi dire 'je' sans cesse. pourquoi lorsque je fais de longues distances en voiture, mon regard se perd-il dans les téléphones de secours au bord des autoroutes. J'imagine plein de choses autour de ces postes. Pourquoi l'été, ai-je parfois envie de planter ma toile de tente au centre d'un rond-point en face d'un supermarché, pourquoi mon cerveau bouillonne de plaisir lorsque j'entends Serge Levaillant discuter avec des chanteurs que je ne connais pas et dont je n'aime pas les chansons, pourquoi quand la sncf vient de faire grêve et que tout rentre dans la normale, me dis-je qu'il reste encore une poignée de cheminots qui font grêve ? pour qui, pourquoi continuent-ils ? Pourquoi me demande-je s'il y a encore des gens qui utilisent des machines à écrire ?

    Marcel Proust s'endormait parait-il en lisant un guide des horaires de train. Il était atteint lui aussi ? Là aujourd'hui, je n'ai qu'une hâte : emprunter un livre à mon père où il est question des petites gares du Morbihan du début de siècle.

    Pourquoi ces deux personnes semblent être spectateurs du néant artistique ? un chantier interrompu par la nuit, devant une station service.

    Beaucoup de questions..

  • pocket symphony

    medium_air94R995_RESIZED.2.jpgTrop cool le mec qui écoute Air..bobo attitude à fond...oui oui, je sais..mais si on ne peut plus rien écouter ou lire sans se faire classer dans une catégorie de gens, on n'en finit plus...et Air, je les connaissais avant que tout le monde les connaisse, d'abord !!! Il me souvient avoir lu une très bonne critique en 1997 dans Coda, le magazine de musiques électroniques et comme il s'agissait d'un ep (donc pas trop cher), j'avais acheté et  aimé aussitôt. (vous vous rappelez de la pub de Bouygue Telecom où des gens volaient, la musique c'était eux).  J'étais à cette époque très attiré par l'électro ambient, cette techno sans tempo que les deejays passaient dans les afters au petit matin. J'adorais entre autre la compilation 'musiques pour les plantes vertes' de f com. Mais je trouvais qu'elle manquait un peu d'humanité..bien trop froid par moment. Air a su réconcilié l'électronique et la pop. Depuis 1997, chacun de leur nouvel album  est un événement et je n'ai jamais été déçu. On leur reproche souvent de ne pas changer de recette. et alors ? pourquoi changer uné équipe qui gagne (et avec la manière) ? Nicolas Godin et JB Dunckel, les deux membres du groupe sont des bidouilleurs de génie. Ceci additionné à un sens de la mélodie et ça donne ce que ça donne : le groupe français le plus commu à l'étranger (après les musclés).

    Le dernier album pocket symphony vient de sortir et il y a quelques perles là-dedans, comme mer du Japon. Mais je ne vous mettrai pas d'extraits. Trop d'internautes de goût les passeraient en boucle et me coûteraient très chers !!!

    Mais trouvez mer du Japon (sur itunes par exemple). C'est un ordre !!!