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  • CR67 - la puissance et la gloire - Graham Greene

    lapuissancetlagloire.jpgDans les années 30, dans un Mexique où le pouvoir révolutionnaire cherche à détruire toute trace de chrétienté en détruisant les églises et en massacrant les prêtres, le dernier de ces derniers est recherché par les autorités. Le roman de Graham Greene est le récit de cette chasse à l'homme.
    Ce roman très fort, très prenant et un brin aride n'est pas aussi manichéen qu'il n'y parait. Le prêtre, alcoolique n'est pas vraiment un saint et le lieutenant à la tête de la traque n'est pas dénué de sentiments. La description de l'extrême pauvreté dans la campagne mexicaine est saisissante et le roman trouve son apogée dans les dialogues de haute voltige entre les deux ennemis enfin réunis. Bien que violent dans le propos et dans les faits, ce roman apparaît avant tout comme le roman des devoirs, les devoirs qui ralentissent le prêtre dans sa fuite et le devoir du lieutenant qui bien que fort respectueux de son prisonnier se doit de le supprimer pour ce qu'il représente.
    Un roman qui donne à réfléchir sur le fait religieux en pays pauvre et les limites de l'anticléricalisme lorsque tout espoir d'être heureux de son vivant est abandonné. Aussi haletant qu'un polar, la métaphysique en plus.

    Une année de lecture qui commence bien. J'ai quelques autres vieux poches avec pages jaunies et odeurs de vieux papier comme celui-ci à lire.



    Le lieutenant cracha tout à coup méchamment, comme si quelque chose de sale s'était glissée sur sa langue.
    " Vous avez toujours des réponses qui ne signifient rien, dit-il.
    - Les livres ne m'ont pas appris grand chose, dit le prêtre. Je n'ai aucune mémoire. Mais il y a chez les hommes de votre espèce une chose qui m'a toujours beaucoup intrigué. Dites-moi : vous détestez les riches et vous aimez les pauvres, n'est-il pas vrai ?
    - Exactement.
    - Eh bien, si je vous détestais, je n'élèverais pas mon enfant en sorte qu'il vous ressemblât. Cela n'aurait pas de sens.
    - En ce moment, vous déformez...
    - Peut-être. Je n'ai jamais su exactement ce que vous pensiez. Nous avons toujours proclamé que les pauvres étaient bénis, tandis que les riches auraient beaucoup de difficultés à entrer au Paradis. Pourquoi ferions-nous des difficultés aux pauvres aussi ? Oh ! Je sais qu'on nous enseigne de donner aux pauvres, afin qu'ils ne souffrent pas de la faim...la faim peut pousser un homme à mal agir tout autant que l'argent...Mais pourquoi donnerions-nous aux pauvres le pouvoir ? Mieux vaut les laisser mourir dans la crasse et s'éveiller au ciel..tant que nous ne les enfonçons pas nous-mêmes plus loin dans la crasse.
    - Comme je déteste vos arguments, dit le lieutenant. Moi, je n'en ai pas besoin. Lorsqu'ils voient quelqu'un souffrir, les gens comme vous raisonnent et raisonnent. Ils disent :"peut-être un jour s'en trouvera-t-il mieux ?" Moi je veux laisser parler mon coeur.
    - Au bout d'un fusil.
    - Oui. Au bout d'un fusil.
    - Ah ! bien, quand vous aurez mon âge, sans doute saurez-vous que le coeur est une bête dont il est prudent de se méfier. L'intelligence en est une autre, mais elle, du moins, ne parle pas d'amour.


    note : 4/5
    lecture du 02.01 au 0601.09
    à venir : Syngué sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi


  • du jour au lendemain : Paul Auster invité

    auster_paul.jpg

    Le 28 janvier 2009, Paul Auster (dont j'avais adoré les brooklyn follies ) sera l'invité d'Alain Veinstein dans l'émission du jour au lendemain, cette émission nocturne de France Culture dont j'ai déjà maintes fois parlé ainsi. AV a plutôt pour habitude d'inviter des écrivains français alors ne boudons pas notre plaisir. J'ai hâte d'entendre le timbre de voix du romancier américain, son débit de paroles, son accent, etc et toutes ces choses qui font le charme de cette émission radiophonique. Paul Auster est en promotion à l'occasion de la sortie en France de son nouveau roman seul dans le noir.

    Sinon, ce soir, dans la même émission, Jean Roudaut viendra parler d'un essai sur Marcel Proust intitulé les trois anges. Il y a toujours à dire sur Proust. La Recherche est tellement dense et foisonnante qu'elle sera l'objet d'études jusque la fin des temps, car le Christ est notre Seigneur, Amen. Ce qui me fait penser qu'il faut que je fasse mon cr de la puissance et la gloire de Graham Greene. Battre le fer tant qu'il est chaud.

  • espèce d'avis sur la télévision publique

    01092874.jpgSur le principe, le fait qu'il n'y ait plus de publicité sur les chaines du service public est une bonne chose et je suis certain que sur les long terme, les programmes vont gagner en qualité. Et il faut avouer qu'en la matière, il y a pas mal de boulot, puisqu'à vue de nez, on va dire quactuellement sur une chaine comme france 2,  il n'y a que 30% de programmes dignes du service public. Or Il faut être exigent avec nos services publics et l'audiovisuel en particulier. Je me fous totalement que tf1 fasse de la télé-réalité ou diffuse des jeux débiles mais j'ai vraiment la croupe pleine de voir des émissions comme celles de Delarue (ou Courbet)  ou des séries us violentes et sécuritaires sur France2. Il faut que ça change et dans mon idée il faudrait que France 2 soit l'équivalent de france inter à la télé. 
    Maintenant le financement. Comment compenser la perte de la publicité. 2 options :
    - augmenter la redevance à hauteur du manque à gagner et la revoir à la hausse tous les ans. impopulaire mais raisonnable.
    - supprimer la redevance qui serait compenser pas une dotation de l'Etat équivalente prise sur le budget général, avec la aussi une hausse obligatoire tous les ans. Car après tout, est-ce vraiment indispensable de garder un impôt affecté comme l'est la redevance ?
    La voie prise par le gouvernement n'est ni l'une ni l'autre. C'est une usine à gaz insensée dont personne ne comprend rien. Et tout ça juste pour ne pas augmenter la redevance parce que les français n'aiment pas qu'on augmente les prélèvements parce qu'ils n'ont plus de pouvoir d'achat etc etc et tout le baratin habituel.

    Ou alors, l'autre idée, diamétralement opposée, serait de supprimer l'audiovisuel public. Après tout, il y a d'autres outils que la télé pour s'informer et se cultiver. Comme on le dit souvent, aujourd'hui, on va plus chercher l'info qu'on ne l'attend et la télé n'est pas trop adaptée à la chose. Ça se tient comme idée et évidemment, ça va sembler scandaleux pour certains mais qu'est-ce que la télévision publique actuelle si ce n'est le résidus d'un temps que les moins de 20ans ne peuvent pas connaitre, d'un temps donc où la télévision était sévèrement contrôlée par le pouvoir ?
    Ça se tient aussi. Ça soulage les français de la redevance et on redistribue ou pas les canaux libérés à des chaînes privées plus ou moins thématiques..ou pas. ou alors l'inverse.
    Vous voyez que ça n'est pas difficile de trancher.

  • CR66 : Gatsby Le Magnifique - F.Scott Fitzgerald

    gatsby5.jpgSi Gatsby est magnifique, le roman, lui est juste correct. une bonne restitution de l'atmosphère de la jet-set us des années 30. Plein de gens enrichis malhonnètement, parfois racistes, souvent cyniques. Le tout pour une histoire d'amour classique finissant par un drame prévisible. pas un chef d'oeuvre, juste un bon diverstissement.

    Un bon Harlequin quoi...extrait:

    Elle tenta d'allumer une cigarette. Sa main tremblait. Brusquement, elle jeta la cigarette et l'allumette encore enflammée sur le tapis.
    - oh ! s'écria-t-elle. Vous m'en demandez trop. C'est vous que j'aime maintenant. Ça ne vous suffit pas ? Le passé existe. Je n'y peux rien.
    Désemparée, elle se mit à pleurer.
    - J'ai aimé Tom. Mais je vous aimais aussi.
    Gatsby écarquilla les yeux, les referma.
    - Vous m'aimiez aussi ?
    - Elle ment, là encore ! dit Tom avec férocité. Elle ne savait même pas si vous étiez vivant. Il s'est passé beaucoup de choses, entre Daisy et moi, des choses que vous ignorez toujours, des choses que nous n'oublierons jamais l'un et l'autre.


    Nick, Tom...manque Steeve.

    lecture du 27.12 au 30.12, note : 3/5.

  • CR65 : la mort à Venise - Thomas Mann

    9782234055902FS.gifThomas Mann fait partie de ces auteurs dont le nom juste, par son côté ramassé et par sa tonalité germanique suffit à provoquer une forme de respect (de la même façon que Herman Hesse ou Stéphan Zweig). Je n'avais pas prévu lire ce livre  et n'avais que très vaguement connaissance de son existence. Je crois d'ailleurs que mon subconscient considérait la mort à Venise plutôt comme un film (ce qu'il est d'ailleurs devenu par la suite). Et puis, ce livre est tombé d'un carton alors que j'effectuais un déménagement. Je me suis baissé, l'ai ramassé et là, pour lui c'était trop tard. Sa lecture était devenue inévitable.
    J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui s'apparente plus à une nouvelle qu'à un roman. Il s'agit de l'histoire de Gustav Aschenbach, un romancier allemand relativement âgé qui part se reposer à Venise où il tombe en admiration devant un  jeune polonais de 14ans logeant dans le même hôtel que lui. Il lui trouve un physique parfait, beaucoup de grâce lui évoquant quelque dieu mythologique. A partit de là, le récit est une suite de jeux de regards et d'effleurements entre les deux êtres, entrecoupés de réflexions diverses de l'artiste sur l'art et l'amour. Pendant ce temps, la mort rôde à Venise où la rumeur court que la peste a débarqué, situation qui créé  une sorte d'urgence qui oblige G.A. a plus d'empressement dans l'approche.
    La force de Thomas Mann dans ce roman est d'avoir réussi à maintenir une forme de suspense psychologique alors qu'il ne se passe rien en réalité (puisqu'à aucun moment, l'artiste et le jeune polonais ne vont entrer en contact) et qu'on devine très vite qu'il se passera rien. L'écriture est fluide, voire évanescente et le récit se ponctue en beauté par un final au romantisme exacerbé.

    Très beau roman, qui se lit en moins de deux heures. C'est important de le dire ça pour ceux qui veulent augmenter leur bagage culturel en peu de temps. Et j'ai choisi ce petit extrait, p90 qui retranscrit finement une situation que l'on vit tous régulièrement :


    il n'est rien de plus singulier, de plus embarrassant que la situation réciproque de personnes qui se connaissent seulement de vue, qui, à toute heure du jour se rencontrent, s'observent, et qui sont contraintes néanmoins par l'empire des usages ou leur propre humeur à affecter l'indifférence et à se croiser comme des étrangers, sans un salut, sans un mot. Entre elles règnent une inquiétude et une curiosité surexcitées, un état hystérique provenant de ce que leur besoin de se connaître et d'entrer en communication reste inassouvi, étouffé par un obstacle contre nature, et aussi, et surtout, une sorte de respect interrogateur. Car l'homme aime et respecte son semblable tant qu'il n'est pas en état de le juger, et le désir est le résultat d'une connaissance imparfaite.


    le désir est le résultat d'une connaissance imparfaite. 

    lecture du 25.12 au 26.12.08
    note : 4/5