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des jours et des vies (4)....et des mots

Je décortique les piqûres d'araignée de Vincent Delerm et laisse mon imagination déborder de toute part en images, impressions, interrogations.. 

Comme à certaines heures, les jeunes filles,
Soudain vont griffer leurs chevilles,
Commes elles réveillent un soir d'été,
Les anciennes piqûres d'araignée.
Le décor est planté. Nous sommes en été, 'à  certaines heures'. On s'en fout de l'heure précise. Ce sont les vacances. On imagine un groupe de filles en train de discuter, sur une pelouse, sur une pelouse avec des pins maritimes admettons. Elle ont des robes légères. Elle ont le temps. C'est le soir après le dîner. Leurs vélos blancs genre ancien modèle (avec les gros klaxons) sont posés par terre en vrac. Les pédales de l'un s'emmèlent dans les rayons de l'autre. Elles discutent de tout et de rien, des garçons, de coins sympas..et tout en discutant elles s'enlèvent de petites peaux et des points noirs..quand tout à coup, l'une en se grattant éclate un bouton qu'elle avait depuis quelques jours mais qui ne la gênait plus. C'était une piqûre d'araignée sans importance..ça saigne mais ce n'est rien..juste un petit filet rouge qui coagule très vite. Elle dit 'mince' ou 'zut'.
Comme elle poursuivent la discussion,
Par dessus la démangeaison,
Comme elles peuvent sans nous regarder,
Nous qui leur parlons nous parler
Alors, là, j'identifie le 'nous' aux garçons. En fait, il y a des garçons avec les filles. Et l'on discute. Au loin, entend-on vaguement la mer ? Si tu veux. ça discute gentiment des choses de la vie. Par 'par dessus' la démangeaison, je pense qu'il faut comprendre 'malgré'. En fait, la fille qui s'est éclaté le bouton (par esprit de cohérence, on va considérer qu'une seule fille se l'ait fait..plusieurs se seraient bizarre même si le texte semble le signifier.) Donc la fille qui a ce petit soucis anodin à la cheville (si anodin que personne ne s'en est rendu compte à part peut-être quand elle a dit 'zut') continue à bavarder avec désinvolture, c'est à dire qu'elle est suffisamment fière - sans être malpolie, juste bien quoi -pour ne pas regarder le ou les mecs à qui elle s'adresse. C'est un genre d'esprit libre cette fille, dont le regard est irrésistiblement attiré par l'infini. Le derniers vers me gène. Je le trouve mal à propos. Il tombe tel un hiatus dans un texte qui jusque là coulait tranquillement. Pas grave. On en veut pas à Vincent. Peut-être qu'un camion poubelle passait à ce moment-là à la Terrasse du café (de Rouen) où il cherchait l'inspiration.
Et 3000 cheveux de travers s'affairent,
Deux épaules plus tout à fait blanches se penchent,
Et c'est l'été sur les trottoirs ce soir,
Elle dit "regarde là et là".
Apparemment, c'est le refrain. On quitte la petite discussion pour des données générales sur l'été, les peaux qui bronzent et toujours on parle de rien. Au fait, pourquoi 3000 cheveux ? En moyenne, un être humain a 3000 cheveux sur le caillou ? je ne sais pas. Perso, si c'est la moyenne, j'en ai moins. J'ai le poil très clairsemé.
Elles s'endormiront tout à l'heure,
Sur un lit qui n'est pas le leur,
Sur un matelas appartenant,
En temps normal à d'autres gens.

Voilà une strophe intéressante. Les filles sont en vacances dans quelque petite station balnéaire...allez, on va faire son chauvin..elles sont en Bretagne. A Carnac précisément (ça tombe bien, y'a des trottoirs à Carnac..et des menhirs aussi). Elles occupent une petite maison blanche assez typée prêtée par des amis riches de l'une d'elles et elle se situe à une centaine de mètres de la plage. Et là, elles discutent sur une pelouse entre la mer et leur maison, un endroit qui n'appartient vraiment à personne (pour peu qu'à Carnac, ça peut encore se trouver). Alors, en effet, elles iront dormir tout à l'heure dans un lit (ou des lits plutôt non ?) qui n'est pas le leur. Et fatalement, les matelas non plus. Quand on part en vacances dans une maison en bord de mer, on emmène pas son matelas avec soi..c'est ridicule et pourtant je trouve ce passage très beau, car le vide du propos semble s'effondrer sur lui-même. Tout ça est purement allégorique.
Et 3000 cheveux de travers s'affairent,
Deux épaules plus tout à fait blanches se penchent,
Et c'est l'été sur le trottoir ce soir,
Elle dit "tu vois je ne mens pas".
rebelote avec une petite modif. La fille, un peu bronzée sur les épaules dit désormais 'tu vois je ne mens pas'. En fait, tout à l'heure elle a montré un truc à un garçon 'regarde là et là' et lui ne l'ayant pas vu avait du mal à la croire (ou il a fait exprès pour rigoler)...finalement, il voit la chose, alors elle dit 'tu vois je ne mens pas'. Mais j'y pense, peut-être que tout simplement, elle lui fait voir ses piqûres. Je sais pas trop..et ça n'a pas beaucoup d'importance.

Ce texte m'a beaucoup marqué bien qu'il soit très léger, léger en taille et léger de par le sens. Vincent Delerm arrive par quelques mots bien choisis à restituer une certaine atmosphère estivale, éphémère, balnéaire. J'aime profondément ce texte.

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