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compte rendu de lecture - Page 5

  • CR274 : soumission - Michel Houellebecq

    soumission.jpgAu début, je n’avais pas prévu le lire et puis je me suis laissé tenter. C’est primordial d’humer l’air du temps et Michel Houellebecq bénéficie d’une certaine aura en France et dans le monde entier et puis il dispose de supporters à gauche et à droite. Oui, parce qu’avec Houellebecq, nous nous situons plus dans le champ de la politique et de la sociologie que dans la littérature. Et ce dernier roman le confirme. Littérairement parlant, c’est pauvre, presque journalistique et très wikipedia aussi (je rappelle quand même que dans son précédent roman, il n’a eu aucun scrupule à faire des copier-coller depuis l’encyclopédie en ligne). Mais je crois qu’il assume tout ça alors ne perdons pas notre temps et venons-en au fond.

    Je rappelle vite fait que dans soumission, l’auteur imagine qu’en 2022 les Français élisent à la présidence de la république un musulman modéré, Mohammed Ben Abbes qui obtient le soutien de l’ump et du ps et ce pour faire barrage au Front National. François, le narrateur est un universitaire de renom et vit cette révolution avec un certain détachement (comme souvent chez MH, le narrateur est un type blasé et obsédé par le sexe). La France aussi se soumet à ce nouveau régime et malin qu’il est, le président de la république nomme comme premier ministre un homme de paille, à savoir François Bayrou afin de montrer qu'il n'y a rien à craindre du nouveau régime. Comme de fait, Bayrou passe pour un comique arriviste (ce qu’il est dans la réalité) à la solde de Ben Abbes . Si la liberté d’expression semble maintenue, des bouleversements s’opèrent , l’éducation nationale n’est plus laïque et se scinde entre des écoles musulmanes ou chrétiennes (l’université où travaille le narrateur devient musulmane) et puis les femmes n’ont plus le droit de travailler (pas même dans les quincailleries), du coup le chômage disparaît et les femmes ne portent plus que des pantalons et des tuniques qui empêchent qu’ont voit leurs fesses.

    Tout cela n’a rien de crédible évidemment (car si cela arrivait vraiment, un véritable soulèvement populaire renverserait le pouvoir en quelques jours) mais sous la plume de Michel, tout cela coule de source, tous ces événements semblent naturels et suivent une logique historique imparable. Mais on peut tout se permettre dans un roman et celui-ci  parmi ses quelques intérêts permet aussi de se faire une idée plus précise des fondamentaux de l’islam à travers les longues discussions que le narrateur entretient avec un érudit musulman (au point de parvenir à troubler l'indécrottable athée que je suis).

    C’est un roman de politique-fiction que tout le monde peut lire. Il est court, il est clair et c'est plus un amusement qu'autre chose.

    Un amusement car personnellement, je ne crains ni l’arrivée d’un président musulman en France (encore qu’on a déjà eu des présidents catholiques (De Gaulle, Chirac) mais dans soumission le problème n’est pas que le président soit musulman, le problème réside dans le fait qu’il veut faire de l’islam une religion d’état..aussi modéré soit-il). Je ne ne crains pas non plus une arrivée du FN au pouvoir, parce que le Front républicain qui est tant décrié fonctionne quand même très bien et que le scrutin majoritaire à 2 tours est une digue que l'extrême droite ne peut franchir.

     

    Pour résumer, n’ayez-pas peur !

     

    lecture : février 2015, parution : janvier 2015, Flammarion, kindle, 3.5/5

     

    Loïc LT

  • CR273 : pas pleurer - Lydie Salvayre

    PHO69ae8f36-285a-11e4-975e-a3dfdd16c4d0-300x450.jpgLa plupart des français ignore totalement  ce qui s’est passé en Espagne au milieu des années 30 et pour cause la guerre civile espagnole n’est étudiée ni au collège ni au lycée. Il faut bien faire des choix dans cette période où il faut  déjà traiter la crise de 1929, la montée et la prise de pouvoir des nazis en Allemagne, le Front Populaire en France. Et puis, globalement, on passait et on passe toujours très normalement encore beaucoup de temps à parler des deux guerres. Ce n’est pas un reproche, c’est juste, je le répète qu’il faut bien faire des choix.

    J’avoue humblement qu’avant de lire ce roman, je ne savais pas du tout comment le général Franco avait pris le pouvoir en Espagne et je savais encore moins qu’en 1936, il s’est passé dans ce pays des événements remarquables pendant desquels les communistes, les libertaires et les nationalistes se sont affrontés violemment certes mais au cours desquels et malheureusement ou heureusement peut-être, des tentatives de mises en place de systèmes alternatifs à des niveaux locaux ont transformé une partie de la population en doux rêveurs libérés des contraintes de la religion et de système quasi-féodal qui fonctionnait jusque là (malgré que l’Espagne était une république depuis pas mal de temps déjà).

    C’est à cet été paradisiaque de 1936 que nous invite Lydie Salvayre à travers le regard de Montse, une fille d’un foyer modeste qui 70 ans plus tard émigrée en France raconte à sa fille en quoi cet été a changé sa vie. Elle habite un petit village espagnol rural qui décide de passer en autogestion en août 1936 sous l’impulsion de son frère José, un libertaire charismatique acharné qui arrive à convaincre la population d’abandonner tout système de propriété..mais après quelques jours, les gens prennent peur et préfèrent se tourner vers Diego, un fils de bonne famille converti au communisme (au grand dam de ses parents) et admirateur de Staline. La rivalité entre José et Diego ne fait que commencer. Dépité, José quitte le village en compagnie de Montse, sa soeur pour se rendre dans une ville proche où une anarchie bon-enfant s’est installée. Montse vit alors les plus beaux jours de sa vie dans cette ville où tout le monde s’embrasse, où tout est gratuit et où l’amour est réinventée. Montse y connaîtra justement l’amour. Mais pour je ne sais plus quelle raison, José et Montse (enceinte) rentrent au village où Diego, le fou de Staline a pris les commandes de la mairie.

    Parallèlement à cette histoire, l’auteur évoque à travers le désarroi de Georges Bernanos (un écrivain français catholique exilé aux Baléares), les atrocités commises par les nationalistes avec l’assentiment de l’Eglise Catholique.

    Je ne vais pas vous dire comment finit cette histoire mais je peux juste rappeler que l’utopie libertaire devenue réalité pendant quelques mois a été vaincue par les nationalistes qui donnent le pouvoir au général Franco. Mais en ma qualité de membre du MDQ, je n’arrive pas à comprendre comment les libertaires et les communistes, qui pour moi sont un peu dans le même combat, aient pu se détester et s'entre-tuer à ce point. La nationalistes ont profité des divisions d’une gauche égoïste et dessoudée…

    L’énergie romanesque que Lydie Salvayre a mis au service de l’histoire est parfaite. La plume de l’auteur est virevoltante et contrairement à certains, je n’ai pas été agacé par l’usage du ‘fragnol’ (sorte de patois parlé par Montse mélangeant le français et l’espagnol) qui donne à ce roman une coloration ibérique bienvenue. Le jury du Goncourt a sans doute couronné le meilleur roman de l’année 2014.

     

    lecture : janvier 2015, kindle, Seuil, 268 pages, parution : août 2014. 4.5/5

     

    Loïc LT

  • CR272 : Meursault, contre-enquête - Kamel Daoud

    854869.jpgJ’ai d’abord relu L'Étranger mais je ne sais pas si c’était indispensable car on peut comprendre et apprécier cette contre-enquête sans avoir lu le roman de Camus. L’auteur revient en effet assez longuement sur Meursault, sa personnalité et le meurtre. Cela m’amuse d’ailleurs de penser que la lecture de Meursault contre-enquête donnera à certains l’envie de lire L'Étranger pour la première fois alors que c’est l’inverse qui semble le plus logique.

    De donner une suite à un des romans les plus connus au monde paraît prétentieux et puis on se dit  qu’avec une telle idée l’auteur savait qu’il allait forcément attirer un minimum de lecteurs, plus en tout cas que s’il avait décidé de mener la contre-enquête d’un meurtre quelconque d’un arabe lambda qui n’aurait pas eu l’honneur de la littérature.

    Pour ce faire, l’auteur s’est permis de prendre quelques libertés avec la réalité (si on peut parler de réalité) puisqu’il part du principe que c’est Meursault qui a écrit L'Étranger ce qui veut dire qu’il a échappé à la peine de mort. Ici c’est le frère de la victime qui s’exprime très longtemps après les faits. C’est un vieillard et il veut rendre justice à son frère qui n’est pour des millions de lecteurs que la victime anonyme de Meursault, 

    Ce qui est amusant dans ce roman, c’est que Haroun, le narrateur, frère de Moussa (la victime) se heurte au fait que le meurtre n’a jamais eu lieu puisqu’il n’est que le final d’une oeuvre littéraire. Mais il ne se pose jamais la question de savoir pourquoi on n’a jamais retrouvé le corps de son frère, ni l’endroit où le meurtre s’est produit, qu’on n’ait plus eu de nouvelles de Raymond ni d’aucuns témoins, qu’on n’ait pas de trace du procès...Tout ce qu’il reste de concret de ce meurtre, c’est un roman écrit par le meurtrier, un roman magnifique et connu mondialement. C'est un peu comme s'il s'agissait d'une rêverie d'un quincailler qui se prend pour le frère d'un type mort dans un roman. 

    Le récit de Kamel Daoud est en ce sens une mise en abîme littéraire assez jubilatoire.

    Haroun, personnage littéraire au même titre que Meursault se donne le  droit de réponse, et cette contre-enquête prise de façon purement factuelle n’est pas sans intérêt. Elle permet de nous replonger dans l’ambiance de la guerre d’indépendance et des relations entre les Pieds-Noirs et les Algériens. A travers la vie de Haroun, on découvre le quotidien de l’Algérie colonisée.  Le soleil est aussi accablant que dans L'Étranger et l’écriture quasiment aussi sèche.

    Mais plus qu’un exercice de style, c’est à un exercice littéraire que nous convie l’auteur. En plus de m’avoir donné le vertige, il m’a permis de me replonger dans L'Étranger (que je n’ai pas étudié à l’école)  qui s’était effacé de mes écrans radar depuis très longtemps.

    lecture : janvier 2015, kindle, Actes Sud, parution : mai 2014. 4/5

    Loïc LT

  • CR270 : au château d'Argol - Julien Gracq

    product_9782070111626_180x0.jpgAu château d’Argol ouvre le tome 1 de la pléiade consacrée à Julien Gracq, un auteur dont je n’avais lu qu’un seul roman...et quel roman. Ecrit en 1938 et refusé par Gallimard avant d’être accepté par José Corti, c’est aussi le premier roman de l'auteur qui a déjà quand même 29 ans.

    J’avais lu le rivage des Syrtes dans un livre publié chez José Corti chez qui si j’ai bonne mémoire, il faut toujours séparer les pages au couteau...du coup quand on est encore à ça, je ne me pose même pas la question de savoir si cet éditeur dispose d’un département ‘ebooks’. Autant demander à une quincaillerie de se doter d’un site internet.

    Argol est décrit comme un château de type médiéval perché sur une falaise rocheuse au milieu d’une forêt armoricaine à l'extrémité du Finistère. On ne sait pas trop quand l’action se situe mais j’opterais pour le 19e siècle. Sur les conseils d’un ami, Albert, le héros de cette histoire hilarante, achète ce château et il y arrive un jour sans armes ni bagages et est tout de suite envoûté par cette bâtisse imposante.

    Au début, on a plus ou moins dans l’idée qu’on va lire un roman assez conventionnel d’autant que les descriptions du château et de la nature environnante abondent. Les choses se compliquent lorsqu’Albert reçoit la visite de son grand ami Herminien (une sorte de Gambetti en moins fantasque). Ce dernier est accompagné d’une fille prénommée Heide (à qui j’ai donné le visage de l'actrice Jean Seberg). Herminien et Albert entretiennent une grande complicité intellectuelle et philosophique en particulier et mènent des discussions interminables. Heide y participe vaguement. De toute façon, on a bien compris que sa raison d’être dans cette histoire est de foutre le bordel. C’est le troisième élément, l’intrus, la femme et la fin des haricots.

    Subrepticement, le roman glisse vers le surréalisme et les balades en forêt se transforment en quête mystique . Les trois tristes lurons après une baignade suicidaire en mer perdent de la consistance pour devenir comme des esprits. On ne sait pas trop si Albert tombe amoureux de Heide, on ne comprend pas trop le comportement de Herminien. Un jour, alors que le conflit cordial bat son plein,  les deux amis se retrouvent dans une chapelle nichée dans la forêt et Herminien se met à jouer de l’orgue. C’est un moment clé du roman mais je ne saurais dire en quoi. Ensuite, Albert retrouve Heide nue et blessée au bord d’une rivière et Herminien qui s’était absenté revient et se fait mal en descendant de son cheval.

    Mais qu’importe, le récit se défait des faits et flotte par delà les landes et les rivages avant de se faufiler dans les couloirs sombres du sinistre château. Puis les corps se fragilisent  et les trois tristes s’affaiblissent, le huis clos se termine mal mais on est presque soulagé que cet enfer armoricain se termine.

    Je signale à toutes fins utiles que ce roman comprend des descriptions interminables..mais admirables et qu’il ne contient aucun dialogue. Le tout donne l’impression que l’auteur a voulu, pour son entrée en littérature, en mettre plein la vue.

    Pour l’anecdote, si le château d’Argol est sorti de l’imagination de Gracq, le bourg d’Argol situé à l’entrée de la presqu’île de Crozon existe bien et selon wikipedia signifierait ‘en perdition’.

    Globalement, je déconseille fortement à mes 3 millions de lecteurs, la lecture de ce déroutant mais trop ennuyant roman.

    L’année commence tristement sur l’espèce de blog...avec ce compte rendu glauque à souhait et les événements récents qui me laissent encore complètement prostré.

     

    lecture : janvier 2015, la pléiade tome 1. note : 2/5

     

    Julien-Gracq-Au-Chateau-dArgol.jpg 

    J'ignore qui a peint cette aquarelle représentant le château en question. Cliquer juste sur l'image pour accéder au site. 

    Loïc LT

  • CR269 : Gâvres et l'homme qui vivait seul dans sa tête - Patrick Guédon

    60002549.jpg

    Lors de ce marché de noël à Languidic, je fis la rencontre de deux auteurs, l'un Pierre Varési dont j'ai déjà parlé récemment et ensuite, Patrick Guédon à qui j'ai également acheté un roman. Hasard de la vie, ces deux romans ont deux points communs et pas des moindres : à chaque fois l'action se situe dans un lieu bien défini et qui conditionne l'histoire (en l’occurrence ici Gâvres). Ensuite les deux romans évoquent notre triste destin à tous c'est à dire la mort (mais par des procédés totalement différents).

    Gâvres est une presqu'île du sud Morbihan que je connais assez mal parce qu'elle ne dispose pas de plages naturistes déjà mais que je connais un peu quand même pour y avoir commis il y a longtemps des cambriolages dans des résidences secondaires et en rentrant de l'un de ces méfaits, il me souvient avoir provoqué un accident où il n'y eut heureusement que des dégâts humains. A part ça, dans mon enfance, il me souvient que nous allions de temps en temps sur sa plage longue et recouverte de sable (quand on en avait marre de Plouhinec) mais  nous ne poussions jamais vers le bourg qui se situe à l'extrémité de la presqu'île. Ce roman de Patrick Guédon me donne du coup l'envie d'aller y faire un tour un jour d'hiver pluvieux et de prendre un whisky sans glaçon dans un bar quelconque.

    Le style de l'auteur est assez raffiné, un peu plus peut-être que celui de son confrère Pierre Varési. Les chapitres sont séparés par de courtes poésies qui prennent les quatre chemins, du genre: 

    Je ne me rappelle plus la route

    Ni le chemin pris.

    Il n’y a pas de doute,

    Je suis bien ici

     

    L'auteur nous plonge dans la vie quotidienne de Gâvres, de ses pêcheurs bourrus et saouls qui n'en finissent pas de finir leurs clopes. Mais je crains qu'il ne soit allé un peu trop dans la caricature..d'autant que l'histoire se déroule à notre époque puisque Lémile, le héros solitaire de cette étrange histoire surfe sur les autoroutes de l'information comme on le disait encore dans les années 90. Lémile a débarqué et s'est installé là par hasard et a tout de suite été pris pour un original par les habitants du village, d'où son surnom ridicule. Il se réfugie donc dans un monde virtuel où une inconnue apparemment vivant dans les environs lui fait plus ou moins des avances et lui fait tourner la tête. Il cogite tout ça lors de monotones balades . Mais cette inconnue n'est pas du tout ce qu'il croit. Le final est inattendu mais je n'en dirais pas plus.

     

    La Grande Falaise éditions, 2011, 197 pages, lecture : décembre 2014, note 3.5/5.

     

    configuration du dernier rivage :

    gavres.gif

     

    Comme on le voit donc, une route côtière longe la presqu'île jusqu'au bourg. Côté océan, on a donc cette longue plage pas très fréquentée par les touristes. L'endroit est plus ou moins un terrain militaire (encore qu'aujourd'hui, je ne sais pas) et il reste de nombreuses traces de l'armée. Je me souviens l'été dernier m'être promené autour d'anciens bâtiments militaires laissés à l'abandon et ça m'avait fait froid dans le dos. Je pouvais y entrer comme dans un moulin. Dernière anecdote : il existait il y a quelques années un semi-marathon qui partait de Gâvres pour arriver à Port-Louis. Je l'ai fait une fois sous une chaleur accablante et pour la logistique et bien, c'était sympa, on laissait nos voitures à Port-Louis (qu'on voit sur la carte) et on se rendait à Gâvres en bateau. 

     

    Loïc LT

     

     

    Pour une fois, je ne sais pas pourquoi, j'ai écrit cette note d'abord sur papier...l'envie de retrouver le plaisir du stylo plume peut-être...

     

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  • CR267 : Monsieur Blaise - Pierre Varési

    DSC01128.JPGDimanche dernier, alors que je déambulais dans les allées  d'un marché de noël, je suis tombé sur cette couverture représentant la plage du Courégant, une sorte de plage enclavée entre d'hostiles rochers, une sorte de digue et ces blockhaus dont je parlais précédemment. Même si je ne suis pas un grand lecteur de romans régionaux, j'engage la conversation avec l'auteur, m'enquiers du genre de roman qu'il écrit et je lui fais part de mes lectures, de ce blog etc. 

    J'ai passé un bon moment avec Pierre Varési. Parmi les ouvrages qu'il présentait, j'ai choisi ce roman pour sa couverture donc mais aussi pour son titre, qui me rappelle un peu les titres des romans de Philippe Delerm, auteur qui aime aussi  les personnages transparents (Monsieur Spitzweg), qui normalement ne valent pas un coup de cidre et encore moins un roman. 

    Mais le personnage principal de Monsieur Blaise n'est pas Monsieur Blaise. C'est Roland Pignard. Toute sa vie dans son nom. 

    'Roland Pignard, ouvrier lorientais se rend à l'usine pour sa dernière journée de travail. Il prend sa retraite. La suite ne se passe pas tout à fait comme prévu...' nous informe la quatrième de couverture. 

    Si vous voulez lire ce roman, je vous conseille de ne pas lire la suite.

    Donc, après avoir fêté son départ avec ses collègues, Roland et sa femme vont se promener sur la plage du Courégant (ou quelques années plus tôt, un étudiant en détresse y fit une promenade)  et en sortant de sa voiture, Roland est heurté par un véhicule et meurt sur le coup...

    Mais il ne meurt pas vraiment. Car l'idée du roman est que l'on ne meurt pas. Rimbaud disait on ne part pas, Pierre Varési s'amuse à penser qu'on ne meurt pas. Le corps meurt mais l'esprit reste. Nos cinq sens restent en éveil...même la vue quand bien même, on nous a fermé les yeux, quand bien même on n'est plus qu'un squelette.

    Roland Pignard est allongé sur son lit de mort et voit défiler tous ses proches. Il voit tout, entend tout. Il se sent bien. Ensuite, on est plongé dans l'histoire de la famille de Roland, les infidélités, les histoires d'héritage...Comme Roland a décidé de donner son corps à la science, il est pris en charge par la fac de médecine de Lorient (?) et il ne reste plus de lui que son squelette exposé dans la classe dont Vincent Poulmic est le titulaire. L'ossature Roland Pignard porte désormais le nom de Monsieur Blaise et s'avère être le porte bonheur de Vincent Poulmic, depuis que ce dernier, en sa qualité de médecin lui prodigua les premiers soins post-mortem, soins pendant lesquels il s'aperçut que le mort, d'une façon ou d'une autre lui donnait des tuyaux pour rencontrer l'amour. 

    Pour finir, lors de la rentrée scolaire, une élève pas comme les autres fait son entrée dans la classe de Vincent Poulmic. Je n'en dirais pas plus. 

    On sent que l'auteur s'est bien amusé en écrivant ce livre dont le point de vue original n'a d'égal que l'insignifiance de ses protagonistes...et l'exubérance de quelques-uns. Les Pignard m'ont rappelé un peu certaines familles qu'on rencontre dans les  romans de Djian avec leurs  lots d'infidélités, de cupidité et d'hypocrisie, même dans le deuil...Le récit est émaillé d'anecdotes truculentes (tel ce patron qui se retrouve dans un taxi conduit par un salarié qu'il a viré...). Ce roman dont le personnage principal est un mort n'a, paradoxalement, d'autre prétention que de divertir..

    Tout se passe aux alentours de Lorient et puis de sa côte ouest, cette fameuse côte qui ressemble au littoral californien (c'est mon point de vue -)...ce qui évidemment n'est pas pour me déplaire. 

    Loïc LT

    lecture du 01/12/14 au 03/12/14. éditions Lijuma. 3.5/5

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    photo piquée ici

     

  • CR266 : le Royaume - Emmanuel Carrère

    le royaume.jpgCette fin d'après-midi fut ordinaire. Je suis rentré tranquillement du boulot et la radio m’a informé du niveau du CAC 40 et de la météo du lendemain. Avant de rentrer à la maison, je me suis décidé à faire un détour par un magasin de bricolage et j’en suis sorti un peu groggy je dois dire car aussi sympathiques les vendeurs étaient-ils, j’avais l’impression qu’ils me parlaient une langue étrangère. Pourtant, je leur demandais des choses très simples...mais trop simples sans doute. Il aurait fallu qu’ils me répondent comme s’ils s’adressaient à un enfant. Il était question de visserie et une dialogue de sourds s'est instauré. Alors, je suis reparti et  la radio m’a informé de quelques faits divers et de guerres lointaines.

    Quand je suis arrivé , j’ai tout de suite été saisi par l’instant. Il ne faisait ni chaud ni froid, ni rien, le silence était d’or et la lumière apaisante. Au lieu de rentrer dans la maison, je me suis assis sur la table au fond du jardin et je n’ai rien fait d’autres que profiter de l’instant. Puis une de mes filles est venue à ma rencontre et je m’en veux encore ce soir de lui avoir clairement fait comprendre qu’elle m’embêtait avec ses anecdotes d’école. Parfois, je n’arrive pas à avoir la patience d’écouter certaines choses. Elle est repartie sans rancune courir par monts et par vaux. Je me suis saisi de ma liseuse  et j’ai terminé une lecture. C’est toujours un moment à part lorsqu’on termine un gros livre qui nous a accompagné des jours durant.

    J’ai expliqué l’autre jour dans quel état d’esprit j’ai décidé de lire Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Je ne vais donc pas y revenir. Ce qu’il faut par contre que je fasse, c’est d’enlever de mon esprit tout ce que j’ai pu entendre à son propos.

    Le livre comprend deux parties. Dans la première, l’auteur explique comment après avoir été brièvement croyant, il redevint athée et dans la seconde il mène une enquête approfondie sur les premières années du christianisme. Avec sa sensibilité à fleur de peau et lourd d’un bagage spirituel singulier, il tente avec  objectivité de raconter comment après le passage sur Terre d’un homme nommé Jésus, quelques-uns de ses amis marqués par le personnage ont réussi bon an mal an et contre vents et marées à transformer ce qui au départ s’apparentait à une secte en un mouvement religieux de premier ordre. Il est évidemment beaucoup question de ces écrits que les catholiques appellent ‘évangiles’ et qui sont quatre récits indépendants (mais pas tant que ça) racontant la vie et le message du mentor. L’auteur s’arrête particulièrement sur celui de Luc, figure attachante n’ayant pas connu Jésus mais qui fut un compagnon de Paul (n’ayant pas côtoyé Jésus non plus),  ce fameux Paul, moche, malade et mal coiffé et  dont tous ceux qui ont fait de la catéchèse doivent se rappeler du pétage de plomb dont il fut victime sur ‘le chemin de Damas’. L’Eglise doit beaucoup à ce fou parce qu’après l’affaire de Damas, il parcourut des pays entiers (bordant la Méditerranée) et réussit à convertir de nombreuses communautés...pendant qu’à Jérusalem, sous l’égide de Pierre et de Jacques (le frère de Jésus) se montait laborieusement les prémices de ce qui allait devenir l’Eglise catholique.

    L’auteur s’attache par ailleurs à contextualiser le récit. A savoir qu’au premier siècle, l’empire romain est à son apogée et les autorités tolèrent une certaine liberté religieuse tant qu’elle ne met pas en péril son intégrité. Pourtant, Ponce Pilate, le préfet de Judée, poussé par les juifs, fit crucifier ce dénommé Jésus qui s’autoproclama ‘roi des juifs’. Et comme l’écrit l’auteur, l’Eglise doit tout à ce préfet car s’il n’avait pas décidé de condamner Jésus, ce dernier ‘aurait continué à prêcher, serait mort très vieux, entouré d’une grande réputation de sagesse et à la génération suivante, tout le monde l’aurait oublié’.

    Globalement, pour faire simple, je dirais que Emmanuel Carrère tente de démêler le vrai du faux en opérant des recoupements entre des écrits historiques, les évangiles et tout ce qu’on a pu garder de ces temps lointains. Ernest Renan avait fait la même chose mais en s’arrêtant à la vie de Jésus alors que Carrère se concentre sur le siècle après sa ‘mort’...je ne sais pas pourquoi je mets ‘mort’ entre guillemets puisque c’est entendu, Jésus est mort sur la croix (ou autrement mais qu’importe) et l'auteur fait part de son étonnement quand il réalise qu'en 2014, la Terre compte près de 3 milliards de chrétiens parce qu’il y a 2000 ans, des plaisantins ont cru bon de sortir le défunt de son caveau pour faire croire à sa résurrection. Tout le reste n’est que légendes. Carrère n’est pas si péremptoire mais c’est à peu près le fond de sa pensée.

    Le Royaume à défaut d'être un roman ni un joyau littéraire est avant tout une enquête spirituelle et historique menée par un humaniste  ayant résolu de revenir sur une période de sa vie et si possible de la refermer. Et pour beaucoup d’entre nous, croyants ou pas, c’est comme on dit, une belle piqûre de rappel.

    Loïc LT

    rentrée littéraire 2014, lecture : septembre/octobre 2014, kindle, 4/5

  • CR265 : on ne voyait que le bonheur - Grégoire Delacourt

    delacourt.08c70161538.w400.jpgOn ne voyait que le bonheur est le titre idéal pour ce roman. On ne voit que le bonheur...de nos voisins, de nos amis membres de cette fameuse classe moyenne on ne voit qu’une face, la plus reluisante, la plus lisse, tout semble aller pour le mieux chez eux alors que chez nous, il y a plein de failles, des gouffres parfois. Comment ils font les autres pour vivre dans le bonheur perpétuel ?

    Mais évidemment, on n’est pas dupe. Tout n’est qu’apparence. Une pelouse bien tondue, deux bons boulots et des enfants beaux et studieux ne sont que la partie immergée de l’iceberg. Je ne sais plus qui disait que toutes les familles sont des asiles de fous, la folie quotidienne, c’est au cœur des familles qu’elle s’épanouit mais c'est là qu’elle est aussi la moins visible des autres parce qu’en circuit fermé, parce que le secret de familles est le mieux gardé. C’est un peu ma conclusion de ce roman d’un auteur que je ne connaissais pas. Le narrateur évoque son enfance. Son père est un chimiste séduisant  qui travaille dans une droguerie où il peut préparer sur demande des mixtures répondant aux besoins de ses clientes. Il ne vend pas de poudre ni de munitions.  Je ne sais plus ce que fait la mère. Deux jumelles arrivent, Anna et Anne mais Anna (ou est-ce Anne)  meurt dans son sommeil (c’est ce qu’on croit dans un premier temps). Et tout se délite dans cette famille normale. La mère s’en va et finit son existence dans la misère. La jumelle rescapée encore sous le choc de la perte de sa sœur n’arrive plus à prononcer qu’un mot sur deux. C’est compliqué. On est pudique dans cette famille, on ne parle pas des choses essentielles.

    Et puis Antoine le narrateur évoque ensuite sa famille à lui, celle qu’il a construite avec Nathalie, une jolie rencontrée dans un magasin. Il  est expert en assurance et son but est d’être salaud et de mauvaise foi envers les assurés pour que la compagnie débourse un minimum. Un jour, par pitié pour une assurée enceinte, il décide d’accepter de bien la rembourser en établissant une fausse expertise. Il se fait virer. Nathalie le trompe et elle se barre puis revient. Ils font un deuxième enfant. Mais ça ne tourne pas rond : Antoine a peur que le mal-être soit génétique et dans un accès de folie tente d’assassiner sa fille aînée afin de lui épargner un même type d'existence...mais il la rate et elle a le visage défiguré.

    Voilà à peu près l’histoire. C’est écrit très simplement, les phrases sont courtes mais percutantes. Je trouve que l’ensemble se tient mais c’est le type même de roman qu’on oublie vite...pas assez long, pas assez approfondi. Il est sélectionné pour le Goncourt mais il ne l’obtiendra pas du fait de son manque d’ambition

    Mais le sujet des familles comme autant d’asiles de fous m’interpelle et correspond à ma pensée. C’est bien sûr romancé et exagéré ici mais les fondamentaux sont là. On ne voit que le bonheur. Parfois je me demande même si le bonheur ne se cache pas derrière ceux dont on ne voit que la misère.

    rentrée littéraire 2014. lecture : septembre 2014. kindle. 3/5

    Loïc LT