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Stéphane Mallarmé

  • la cabine de Cacela Velha (Portugal)

    Il y a encore un mois, je n'aurais pas été capable de parler du Portugal ici. Mais le sport est l'école de la vie et il faut savoir en accepter les règles et les injustices, car oui ! les français étaient supérieurs aux portugais aussi valeureux fussent ces derniers. Mais depuis, il s'est passé des choses graves qui ont remis les choses à leur place, c'est à dire le foot à ce qu'il est, c'est à dire un jeu. Alors Viva Portugal !

    J'ai reçu hier ce MMS magnifique de la sœur de ma femme qui n'est autre que la fille de la mère de ma partenaire de jeu et par ailleurs aussi tante de mes enfants (ça fait beaucoup pour une personne) :

    cabine téléphonique, portugal

    La photo a été prise à Cacela Velha qui se situe sur la commune de Vila Real de San Antonio dans la région de l'Algarve (sud du Portugal). J'aime la sonorité de Algarve et il me tarde de le placer dans un poème. Quand on veut placer un mot, on y arrive toujours. Tout de suite, j'ai été saisi par cette photo, la pureté des couleurs, le bleu du ciel, la blancheur des murs, les ombres portées et cette cabine beige qui ne sert à rien puisqu'elle ne contient pas de téléphone, ni même un bibelot d'inanité sonore. Seul son sobre esthétisme lui donne sens. La chaleur doit être accablante, d'ailleurs l'homme est absent. Certainement subsiste une présence de minuit mais il faudrait la chercher longtemps. Donc, ce qui m'interpelle c'est le vide, l'absence, la vacuité. Un personnage (peut-être le Maître) a dû fuir cette pureté et se calfeutrer dans une casa. 

    Ça m'évoque un passage de l'Histoire de l'Art d'Elie Faure (lu par Belmondo dans Pierrot Le Fou) :

    L'espace règne. C'est comme une onde aérienne qui glisse sur les surfaces, s'imprègne de leurs émanations visibles pour les définir et les modeler, et emporter partout ailleurs comme un parfum, comme un écho d'elles qu'elle disperse sur toute l'étendue environnante en poussière impondérable. 

    Et comme cet été (sans fin) est mallarméen, je ne peux m'empêcher de trouver des accointances entre cette photo et le poème en X du poète également appelé sonnet allégorique de lui-même. Qu'est-ce qu'une allégorie ? C'est une façon de représenter quelque chose qui ne peut pas se présenter. Le poème de Mallarmé n'a d'autre but que de se raconter, or, comme il ne signifie rien, il y a comme un phénomène d'effondrement, de mise en abîme. Le poème n'a de raison d'être que lui-même. 

    stéphane mallarmé, sonnet en X

    Mallarmé tente de décrire une pièce vide dans laquelle des objets inutiles sonnent creux. Il l'expliquait ainsi " une fenêtre nocturne ouverte, les deux volets attachés, et dans une nuit faite d'absence et d'interrogation, sans meubles, sinon l'ébauche plausible de vagues consoles, un cadre, belliqueux et agonisant, de miroir suspendu au fond, avec sa réflexion, stellaire et incompréhensible, de la Grande Ourse, qui relie au ciel seul ce logis abandonné du monde."

    Vous avez le droit de penser que je m'égare (tu me connais hein Julie Schittly), c'est une option. Mais cette rue déserte, ces maisons blanches, cet édicule inutile, ce ciel bleu m'apparaissent comme la version diurne du sonnet en X. Avec un peu d'inspiration, je pourrais en faire un sonnet avec des rimes en arve (mais il n'y a que larve et ça m'énarve !) 

    Loïc LT ( qui s'en va puiser des pleurs au Styx)

     

    petit bonus pour rigoler un peu :