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holocauste

  • CR301 : après la guerre - Hervé Le Corre

    9782743631550.jpgJ’ai trouvé ce bouquin par hasard dans l'une des deux cabines téléphoniques de Grand-Champ reconverties en bibliothèque. La quatrième de couverture m’a plu et en général quand Michel Abescat de Télérama encense, ça ne peut pas être mauvais.

    L’action se passe à Bordeaux pendant la guerre d’Algérie. Personnages principaux : le commissaire Albert Darlac, un flic corrompu ayant collaboré avec les allemands pendant la guerre et participé aux rafles mais ayant réussi à échapper à la purge. Il règne de main de maître sur cette ville poisseuse dont il connaît les moindres recoins . Pour s’aider dans ses sales besognes, il dispose de malfrats qui font le sale boulot et qu’il tue quand ils deviennent gênants. Dans ma tête, je l’ai identifié physiquement à Michel Neyret, ce flic lyonnais qui encore dans les années 2000, fonctionnait à l’ancienne et qui est aujourd’hui sans doute même pas en prison. Autre personnage : Jean Delbos, survivant des camps de concentration, qui passe quelques années à Paris avant de revenir à Bordeaux pour se venger et venger sa femme Olga morte à auschwitz birkenau. Il se fait appeler Albert Vaillant et échafaude un plan criminel un peu tordu. Autre personnage : Daniel, le fils de Jean. Il bosse dans un garage et n’a pas vu son père qu’il croit mort depuis la rafle. Il a été recueilli par des amis de ses parents. Mais Daniel doit partir à la guerre. Plein d’autres personnages gravitent autour de ce trio, un trio qui ne sera réuni que lors de  l’une des dernières scènes du roman.

    L’histoire de cette vengeance (qui est plus que jamais ici, un plat qui se mange froid) est l’occasion pour l’auteur d’évoquer les années qui ont suivi la guerre 39-45, les règlements de compte, l’injustice et les rancœurs qui vont avec, la boucherie que fut la guerre d’Algérie (qui sont les pages les plus dures du roman). Derrière la Grande Histoire, il y a les humains, tous ces écorchés au sens propre comme au figuré, des humains qui subissent, qui s’aiment et liens familiaux plus forts que la haine. Il n’y a rien de reluisant dans ce polar (dont la prose est si riche qu’on peut dire qu’il frise avec la littérature) dont Darlac est le symbole le plus cruel et pas même Bordeaux qui ressemble plus à Marseille qu’au Bordeaux bourgeois d’aujourd’hui. 

    Le Bateau ivre de Rimbaud est convoqué par moment ainsi qu’Aragon et son célèbre est-ce ainsi que les hommes vivent. Un peu de poésie dans ce monde de bruts ne font pas de mal, pardon si c’est banal.

    On ne sort pas indemne de cette lecture et pas fier de ce que la France, pays des droits de l’homme, a cautionnée, laissée faire que ce soit pendant l’occupation, pendant la guerre d’Algérie et puis aussi pas fier de la façon dont elle a recasé des collabos qui n’ont soit jamais eu maille à partir avec la justice soit très tardivement pour ceux qui ont eu le malheur de vivre vieux (comme Maurice Papon qui fut secrétaire général de la préfecture de Gironde et  dont l’ombre plane forcément sur ce récit).

    Je vais remettre le livre ( que je n’ai pas pu m’empêcher de lire sur liseuse)  dans sa cabine  avec ce commentaire à l’intérieur. Il mérite d’autres lecteurs qu’ils soient bordelais, grégamistes ou tout simplement curieux.


    lecture août/sept 2016, sur livre papier et kindle, 575 pages, éditions Rivages/Noir : mars 2014. classé meilleur polar de l’année par le magazine Lire , note : 4.5/5

    Loïc LT

  • CR300 : le Rapport de Brodeck - Philippe Claudel

    lerapportdebrodeck.jpgDans ce roman qui se situe pendant la guerre 39-45 dans un petit village au cœur des montagnes situées aux confins de l’Allemagne (ou de l’Autriche), Philippe Claudel prend le parti de ne rien dire. Jamais le nom de la guerre n’est cité, ni le nom du pays, ni les juifs, ni la période. Ce roman se lit comme un conte aussi triste que sa couverture mais on comprend très vite de quoi il en retourne.

    Après la guerre, Brodeck qui a réussi à survivre au camp de concentration revient au village et le maire lui donne la mission d’écrire un rapport sur les causes ayant poussé une partie de la population  à tuer un étranger qui s’était installé dans l’auberge de Schloss. Cet étranger, appelé l’Anderer qui avait débarqué dans le village après la guerre avec un cheval et un âne avait provoqué la surprise puisque personne ne venait s’installer ici et il eut le droit à une réception organisée par le maire. Mais l’Anderer n’était pas comme tout le monde, portait un drôle d'accoutrement et se fondait très peu à la population. Brodeck, le narrateur fait des aller retour entre le passé et le présent, évoquant la façon dont lui et un autre habitant du village furent livrés aux nazis par des habitants du village, le transport vers le camp et la honte qui le hantera toute sa vie : dans un wagon si chargé que l’on ne pouvait s’allonger, avoir volé une bouteille d’eau à une maman qui dormait avec son enfant. Et puis, on revient dans le présent, l’Anderer convoque le village à un vernissage dans l’auberge où les toiles qui ont l’air anodines en disent plus qu’il y parait. L'exposition part en cacahuète et les toiles sont détruites.  L’Anderer devient le bouc émissaire, celui qui doit disparaître pour laver la honte que les habitants portent en eux.

    Le rapport de Brodeck est plus qu’un énième roman sur la guerre et l’holocauste, c’est un roman sur la culpabilité et les atrocités dont sont capables les hommes les plus normaux, c’est un roman sur les effets de masse et la xénophobie.

    On entend souvent que même dans les démocraties les plus apaisées, rien n’est jamais gagné et que les démons que tout homme porte en lui peuvent resurgir. C’est un peu la moralité de ce roman plus que jamais d’actualité, et en France notamment où même quand on manifeste pour une juste cause, on finit par commettre le pire.

    lecture juin 2016, sur livre papier, 401 pages, éditions Stock parution : août 2007, note : 4/5 

    livre de Philippe Claudel déjà commenté : Meuse l'oubli

    Loïc LT