Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

revenir au monde

La fin de l'automne a été compliquée. J'ai rechuté deux fois et environ quinze jours à chaque fois et je ne suis pas un petit joueur. Deux bouteilles de whisky par jour. Je vous raconte pas la galère le matin pour aller en acheter mais mon corps était plus fort que ma volonté. Un jour, mon père m'a appelé pour me dire d'arrêter sur le champ mais il ne sait pas que c'est impossible. Arrêter net après avoir bu autant, c'est la crise d'épilepsie assurée. Pour un sevrage physique, il faut cinq jours et pendant ces cinq jours, il ne s'agit pas de diminuer la consommation mais de la remplacer par des médicaments adaptés que sont les benzodiazépines. Le plus courant est le Seresta mais je n'en avais pas sous la main et comme mon médecin traitant n'a plus le droit de m'en prescrire, il aurait fallu que j'aille chez ma psychiatre à trente kilomètres mais avec le recul, je me dis que j'aurais pu l'appeler pour qu'elle faxe une ordonnance à ma pharmacie mais je n'y ai bêtement pas pensé. Alors, les deux fois, j'ai fini aux urgences de Vannes sous perfusion  et la deuxième fois, j'ai subi les heures les plus difficiles de ma vie. Je n'arrivais pas à manger tant ma main tremblait. Mon ex femme est venue une fois au moment du repas et m'a donné à manger comme à un bébé. Cette visite m'a remonté un peu le moral. 

Comme le médecin me voyait gémir et devinait que je faisais des delirium tremens (des Pokemon avec des cornes qui fonçaient sur moi et j'étais obligé de me débattre pour les faire fuir en leur donnant des coups de poings (un S à poing?)), j'ai été transféré en réanimation et derrière moi il y avait une machinerie incroyable. Le médecin était surpris que mes constantes étaient bonnes ( pouls, tension..) mais je souffrais le martyr et je n'ai pas dormi pendant deux jours. En plus, j'avais des coliques atroces alors il a fallu encore augmenter la dose de benzos. Imaginez trois jours sans pouvoir bouger sur le dos sous perfusion avec un tensiomètre (?)à demeure se mettant en route tous les quarts d'heure. Et puis au bout de trois jours, ça s'est calmé. Mon corps a accepté de me laisser tranquille et on m'a transféré dans un autre service dont je ne sais plus le nom pour vérifier l'état de mon poumon, de mon estomac et de mes intestins. J'ai dû subir une fibroscopie. Il s'agit de te foutre un gros tuyau dans l'œsophage muni d'une caméra. Ça ne fait pas mal sauf au début quand ça passe dans le gosier. Résultat : aucunes séquelles à la surprise de l'infirmier à qui j'avais dit que j'étais sans doute à quatre grammes pendant les deux périodes d'alcoolisation. 

Pour l'anecdote et à ma surprise, il n'y avait presque personne en réa et un médecin m'a dit qu'il n'avait jamais été débordé par les cas de covid. Ensuite je suis rentré chez moi frais comme un gardon et quelques jours plus tard, j'avais rendez vous avec ma psychiatre du centre médico-psychologique d'Auray qui se situe à vingt kilomètres de chez moi et je n'avais aucun mal à aller en vélo (électrique) et je lui ai demandé qu'une infirmière vienne chez moi tous les matins pour me voir prendre l'Esperal, un médicament qui empêche tout simplement de boire. J'ai commencé à en prendre mi novembre donc ça fait deux mois que je n'ai pas bu et que je revis. Par contre, j'ai de gros problèmes de mémoire mais mon médecin m'a dit que ça reviendrait. J'essaie de la travailler en apprenant des poèmes. 

Je suis maintenant en invalidité catégorie 2 et je suis en train de monter un dossier de prévoyance pour arriver à près à 1300€. Pour un mec de droite, ce n'est pas très glorieux. Pendant une semaine, je suis resté dans le noir, le téléphone éteint. J'avais besoin de faire le point avec moi-même. Des gens se sont inquiétés mais non je n'étais pas en prison. 

Comme disait le regretté Chirac, les emmerdes, c'est comme les avions de guerre, ça arrive en escadrille et maintenant j'ai la justice au cul. Mais contrairement à ce que dit mon père qui ne me trouve aucune excuse, ça ne m'empêche pas de dormir. Plein de choses positives circulent dans ma tête. Il faut aller de l'avant. Je le dois pour moi, pour mes filles et parce que c'est un miracle de vivre. 

           

@Shako, Ardennes

Commentaires

  • Je ne vous connais pas, j'ai découvert le site par hasard en cherchant le poème de Leiris La néréide de la mer rouge. Je lis le premier post.

    Courage mon vieux, je sais ce que c'est. Essayer, trébucher, se relever, retomber. J'ai vu plusieurs fois. Certains s'en sortent, d'autres pas. Il va encore en falloir beaucoup du courage. Accrochez-vous à tous ceux que vous pouvez. Vos filles incluses, même si elles sont petites, elles comprendront, si ce n'est maintenant, ça sera plus tard. Je crois que l'échec vient de la solitude la plupart du temps.

  • Merci pour tes encouragements HN. Oui, c'est très dur de se sortir de cette saloperie. J'ai bousillé toute ma vie de ma famille pour l'alcool. Mais là, ça va mieux !
    Mais filles ont 16 et 18 ans !

    Bien à toi

Écrire un commentaire

Optionnel