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Romain, Léonor, Rozenn et les autres

Je suis confortablement installé dans mon canapé en train de lire "frappez sans entrer" un polar série noire de John Godey. Pourquoi ce livre ? Parce que c'est celui que lit Brigitte Bardot dans "le mépris" sur les hauteurs de la villa Malaparte. À un moment, elle pose son livre sur ses fesses (madame est nue). Dans le film, on ne distingue pas le titre mais les fans de Godard ont trouvé de quoi il s'agissait, je ne sais pas comment d'ailleurs. Qu'importe ce n'est pas le but de ma note. 

Comme vous le savez, j'ai "des problèmes avec l'alcool" mais je n'avais pas bu depuis juin et il y a dix jours à peu près, je me sentais bien, rien ne laissait présager le passage à l'acte. En passant devant Monoprix, je suis pris d'un craving (envie subite de boire), je me suis engouffré sur le parking et suis ressorti du magasin avec une bouteille de whisky.

" J'ai tenu trois mois, mon problème est réglé, je me boirai un fond de whisky tous les soirs, ça ne me pose aucun problème" me disais-je. 

Rentré chez moi, j'ai dégommé la bouteille en une demi-heure. Le lendemain, j'ai augmenté le domaine de la lutte et j'ai filé en acheter deux autres....que j'ai enfilées à la vitesse de la lumière. Les jours qui suivirent sont à l'avenant. C'était devenu catastrophique. Mon corps réclamait, réclamait, réclamait, réclamait... Je ne mangeais plus, je ne me lavais plus et je me couchais tout habillé et le lendemain dès l'ouverture, hop, deux bouteilles dans le sac. Parfois, il y a eu des variations. Pour changer le goût du plaisir, j'achetais deux bouteilles de Ricard que je buvais cul sec et sans eau. Je savais que j'allais droit dans le mur mais mon corps avait pris le dessus sur ma motivation. Et dans la nuit de vendredi dernier, j'ai fait un delirium tremens. J'étais réveillé, ce n'était donc pas un rêve et je me faisais attaquer par des Pokemon qui avaient des cornes et des grosses moustaches. Je les repoussais avec mes poings mais ils revenaient sans cesse et au petit matin, le délire s'est calmé. Sans doute que les Pokemon avaient battu en retraite.  Le jour s'était levé et je suis sorti du lit pour aller faire mes courses mais j'étais incapable de mettre un pied devant l'autre. Je voulais déjà aller dans la cuisine pour boire un peu d'eau et ça s'est avéré impossible alors je me suis recouché et j'ai souffert toute la matinée, souffert de corps et d'esprit. Et dans un élan de désespoir, j'ai appelé mon voisin à la rescousse. Il est rentré chez moi, catastrophé de me voir dans cet état. Je passe les détails mais deux heures plus tard j'étais aux urgences de l'hôpital de Vannes. On m'a filé des benzos mais vraiment pas assez pour calmer le manque. On n'était pas très nombreux et j'enviais les patients qui dormaient. Comme j'aurais aimé moi aussi dormir !  Le médecin ne voulait pas prendre le risque d'augmenter le dosage alors voyant mon état, j'ai été transféré en réanimation où on m'a mis sous perfusion et posé des électrodes. J'étais allongé sur un lit inconfortable, je continuais à souffrir et pour enfoncer le clou, j'étais pris de coliques violentes et j'avais des diarrhées et comme évidemment je ne pouvais pas aller aux toilettes, on me donnait un bassin et débrouille-toi avec ça. Les soignants ne semblaient pas inquiets, sans doute habitués à gérer les sevrages. J'ai passé trois jours en réanimation sans dormir et puis enfin ça s'est calmé et j'ai été transféré au service gastro afin de vérifier l'état de mon foie et tout. J'ai subi une batterie d'examens, vu défilé des addictologues et plein de jolies infirmières (dont l'une avait exactement la même voix que Zaz). Elles sont recrutées sur casting ou quoi ?

En tout cas, le sevrage physique était terminé et il me tardait de rentrer chez moi pour écouter des chansons de Françoiz Breut ou lire des articles de Julie Schittly. 

Lors des examens, le plus dur fut la fibroscopie dont le but est de vérifier l'état de l'œsophage et de l'estomac. Alors, on te met une espèce de gros bouchon pour garder la mâchoire bien ouverte et on fait rentrer un gros tuyau muni d'une caméra. C'est pas spécialement douloureux (peut-être juste lors du passage dans la gorge) et l'affaire dure trois minutes. Une infirmière me tenait la main et la caressait presque. Le résultat est immédiat. Rien d'anormal à signaler me concernant. Ensuite, on s'occupe du foie. Légère hépatite mais pas de cirrhose. Retour dans ma chambre et l'on me dit que j'ai une carence en fer mais qui n'a rien à voir avec l'alcoolisme alors nouvelle perfusion pour infiltrer de la ferraille et faire de moi un T1000. 

Après cinq jours, je suis sorti de l'hôpital retapé et de bonne humeur. Il faisait beau dehors (je n'avais pas vu la lumière du jour depuis mon entrée). Mon taxi est arrivé très vite. Lors du retour, j'admirais la campagne et je me suis dit que je n'avais pas vu l'automne arriver. 

Je tiens au final à dire combien j'ai été épaté par le professionnalisme et la gentillesse des médecins, infirmières et aides soignantes. C'est la première fois que j'allais dans un hôpital public et je pensais que c'était un peu le bordel. Mais pas du tout, tout est bien huilé, les transmissions et les informations circulent bien d'un service à un autre et je resignale quand même qu'ils ont géré mon sevrage et en plus comme je disais ils ont réglé mon problème de fer et comme j'avais une blessure au bras droit (accident avant la rechute dans la salle de sport), ils ont fait un test tetanos et administré le vaccin. J'ai eu le droit aussi au test Covid. Enfin, les repas sont bien moins mauvais que ce que l'on peut entendre. 

Merci, merci, merci à ces professionnels et merci aussi à mon entourage qui demandait de mes nouvelles....mon ex épouse qui est venue me voir et qui arrivée à l'heure du dîner lorsque j'étais en réa et que je ne voulais pas manger alors elle m'a forcé quand même à le faire et m'a aidé comme on le fait pour un tétraplégique....merci à Romain, ma sœur, mon père, Léonor....et les autres.  

Une chose est claire. J'ai compris la leçon. Je ne veux plus me battre contre des Pokemon et puis en baver autant lors du sevrage. Donc, la seule solution est de ne plus boire. A chaque fois je dis ça mais là, j'en sûr, quelque chose s'est passé. Bon je vais me boire un café et j'ai encore quelques cadavres à emmener au container. 

Shako, 16h50

Commentaires

  • J'espère que tu vas aller mieux Loïc. Bon courage, bonne remontée des enfers !

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